For général, rubr. XVII
36. Probablement en 1221 et en 1247. Voir la Vie pastorale, p. 62.
Enfin l'Etat béarnais s'établissait définitivment sur la vallée du Gave, Gaston VII (1229-1291) transportait sa capitale de Morlaàs à Orthez. En même temps, il établissait un poste avancé à Pau. I X avait à, probablement depuis longtemps”, un pont sur le Gave et une enceinte fortifiée, un plessis ou pau, solidement construit sur une avancée de la terrasse, entre le fleuve et le profond ravin da Hédas *. Il y avait aussi un receveur du quiil qui taxait les troupeaux au passage, el un viguier (béguer) pour représenter le vicomte. Gaston développa les ouvrages, multiplia ses séjours et fit du village une vesiau, c'est-à-dire une communauté administrée par des jurats élus. Un siècle plus tard, Gaston Phæbus transportait de Pau à Orthez le siège de son gouvernement. La grande route de la transhumance ossaloise, la plus importante de toutes celles qui menaient les troupeaux de la montagne vers la plaine, se trouvait désormais sous la surveillance et le contrôle du vicomte.
La question du Pont-long se posait sous un jour nouveau. Les communutés se retranchèrent derrière l'autorité du vicomte et c’est avec lui que les Ossalois durent, désormais, compter.
Dans ce débat, chacun chercha à faire valoir ses droits. Les Ossalois n’en avaient guère. Ils ne pouvaient présenter aucun titre de propriété, aucun acte de donation. Mais ils invoquaient l’antiquité de la coutume, l'usage continu qu'ils avaient fait de la lande. Ils excipaient aussi d’un certain droit que le vicomte Guillaume- Raymond leur aurait reconnu en 1221, au moment du renouvellement du For, de ne pas donner d'otages pour les prises qu'ils auraient faites dans la plaine et mises en lieu sûr dans la vallée. Ils y voyaient la reconnaissance d'une sorte de souveraineté sur leurs terres, qu'ils étendaient, sans autre raison, au Pont-long. Ils se réclamaient enfin du droit qu'ils disaient avoir toujours eu d'y paraître en armes et sous leurs enseignes”. En vertu de ces divers titres, les Ossalois se considéraient comme seigneurs et propriétaires du Pont-long. En cette double qualité, ils prétendaient avoir, seuls, le droit d'y faire pacager leur bétail et, par suite, seuls le droit d'y admettre le bétail étranger ou d'y autoriser des défrichements... De son côté, le vicomte considérait que le Pontlong, n'appartenant à personne, faisait partie de son domaine, en vertu de l’adage appliqué dans les pays de fiefs « nulle terre sans
37. La plus ancienne mention de Pau se trouve dans la charte primitive du For de Morlñas, qui est antérieure à 1117,
38. Voir l'excellente communication de P. Lorber, 45, p. 314-320,
39. For général, art. 33. Le For général ne fut rédigé qu'en 1288, mais il était fort antérieur à celte date.
seigneur. » [Il ne reconnaissait aux Ossalois qu'un simple droit d'usage. La Cour majour, dès ses débuts saisie de la question, déclara qu'à l’avenir les Ossalois seraient tenus de fournir caution pour les délits qu'ils commettraient.
Ainsi se présentait le débat au temps où les seigneurs de la maison de Moncade entreprenaient de fixer les droits de la couronne dans toutes les parties de l'Etat. Il était exactement de la même nature et portait sur les mêmes points que le conflit qui mettait aux prises, à la même époque, les pouvoirs seigneuriaux, laïques ou ecclésiastiques, avec les communautés de la région montagneuse. ” Seulement, si les termes juridiques étaient identiques, les conditions politiques étaient singulièrement différentes. Avec le Pont-long, on était en plaine. Et le vicomte eut avec lui toutes les communautés riveraines et, parmi elles, Lescar, la plus ancienne des villes du pays, et Pau qui allait devenir, un jour prochain, sa capitale. Il fut donc beaucoup plus fort.
La querelle dura près de sept cents ans. On en peut suivre les péripéties dans les archives de l'Etat béarnais et des administrations qui prirent sa suite, dans celles des communautés intéressées et surtout dans celles de la vallée d’Ossau. Les documents les plus intéressants et les plus accessibles sont ceux qui forment le Cartulaire connu sous le nom de Livre Rouge d’Ossau * et les Registres de la Jurade. * Dans cet interminable débat, les montagnards déployèrent une ténacité, une fertilité de ressources juridiques, un sens de la diplomatie tout à fait remarquables.
Autant que possible, ils évitèrent de s'adresser à la justice et de plaider. Il était, en effet, dangereux de laisser les gens du vicomte (lous de Pau, comme ils disaient), intervenir dans leurs affaires, car ils n’ignoraient pas que leurs titres à la jouissance du Pontlong étaient assez minces. L'expérience qu'ils firent des tribunaux leur prouva qu'ils avaient raison d’être prudents. C’est ainsi qu'en 1426, la Jurade ayant accordé aux habitants de Jurançon le droit de pacager pendant neuf ans sur certains quartiers de la lande et les Jurançonnais ayant continué d’y envoyer leur bétail une fois le délai passé, il y eut saisie des animaux, plainte des propriétaires et procès devant le sénéchal (1435). Les Ossalois eurent gain