Voir la Vie pastorale, p
A1, Archives de la Vallée d’Ossau.
42, Id, Voir aussi d'Espalungue, 28,
de cause, mais le juge n'avait pas manqué de faire de sérieuses réserves sur leurs prétendus titres de propriété. Quelques années plus tard (1450), un habitant de Billère dont la jument a été « carnalée » par les gardes d'Ossau, s'adresse encore au ‘sénéchal. Celui-ci reconnaît la validité de la saisie, mais profite de l’occasion pour affirmer que le droit de saisie appartient aussi au vicomte, qui l’a toujours exercé par l'intermédiaire de son bayle. En appel, la Cour majour confirme la décision du sénéchal. Il y a plus : le procureur général de la Cour majour ayant, en 1440, poursuivi de sa propre autorité des habitants de Lescar qui avaient enclos et labouré une partie de la lande, les montagnards protestent aussitôt contre cette intervention dans laquelle ils voient un empiètement sur leurs droits.
Les Ossalois avaient donc des raisons de se méfier des cours de justice. C’est pourquoi ils préféraient, chaque fois qu'ils le pouvaient, entrer en composition avec les communautés riveraines. Au début, c’est surtout avec les habitants de Lescar qu'ils se trouvèrent en conflit. C’est avec eux qu'ils conclurent le plus ancien traité dont on ait conservé le texte (12453) *. Ce traité, négocié sous l’arbitrage de l’évêque d'Oloron, était un simple accord de bon voisinage règlementant la saisie du bétail, fixant des pénalités en cas de violences, etc... Il laissait intacts les droits dont se prévalaient les Ossalois. C’est aux mêmes conditions qu'en 1277 ils reconnurent aux habitants de Pau la faculté de labourer une partie du Pontlong “; qu'en 1510, ils permirent aux communautés de Serres et de Montardon de faire pacager leurs bestiaux dans la portion de la lande qui touchait à leurs domaines *; qu'ils concédèrent plus tard des droits de pacage et de soutrage à des habitants de Laroin, de Saint-Faust et au seigneur de Lons ; qu'ils s’accordèrent en 1484 avec le seigneur de Danguin et en 1491 avec les moines Barnabites, etc... Avec tous, ils traitèrent librement.
Toutelois ils sentaient la nécessité d'obtenir, le plus souvent pos sible, à confirmation de leurs droits par le pouvoir souverain. Mais alors ils en appelaient, plutôt qu'aux hommes de loi, directement à la personne du vicomte, qu'ils considéraient comme le défenseur naturel de leurs privilèges. Chaque fois que l’occasion s’en présenta, et généralement à chaque changement de règne, ils en demandèrent la reconnaissance. Ils l’obtinrent de Jeanne d'Artois,
43, Archives de la Vallée d'Ossau. Livre Rouge, f° 29.
44. Id. Livre Rouge, f° 11. Le texte a été reproduit par Flourac dans les Annales de la Faculté des Lettres de Bordeaux, t. III, 1881, p. 411-414.
45. Livre Rouge, passim. Archives des Basses-Pyrénées E 2335.
en 1519, et de son fils Gaston en l’année 1327. La maïson de Foix, qui semble avoir toujours été très bien disposée pour les gens de la montagne, et de laquelle ils obtinrent, probablement au XIV' siècle la suppression du droit de guiit perçu jusqu'alors sur les troupeaux, ne leur refusa jamais cette satisfaction. Gaston de Foix leur reconnut, non seulement leur droit à l'usage du Pontlong, mais l’entière liberté de carnaler le bétail, de combler les fossés et de détruire les clôtures (1463). Catherine de Navarre, en 1508 ; Henri II, en 1522 ; Henri III (Henri IV de France), en 1581, et son fils Louis XIII, en 1612, renouvelèrent par lettres patentes les promesses de 1463. Chacune de ces confirmations constituait un titre nouveau que les Ossalois joignaient soigneusement à leur dossier et qu'ils ne manquaient jamais de rappeler à l’occasion des Dénombrements, Déclarations et Aveux traditionnels, encore en 1681.
Toutefois, le temps approchait où il allait leur être difficile de maintenir dans son intégralité l’usage que, si longtemps, ils avaient fait du Pont-long. Les Ossalois avaient opposé aux empiètements des riverains, non seulement des traités et des chartes, mais la force des armes. Cette histoire est toute pleine de violences, d’incendies de maisons et de granges, de destructions de récoltes, de rencontres, dont chacune laissait des blessés et des morts “. A Pau, tête de pont sur le Gave et principal accès de la lande, on se battit jusque dans les rues... Malgré tout, il avait fallu faire des concessions. Le traité de 1277 conclu avec la vésiau de Pau avait concédé à celle-ci la partie du Pont-long la plus voisine du château et, depuis cette époque, la ville n'avait cessé de progresser aux dépens de la lande, qu’elle transformait en jardins et en terrains de cultures. La vieille communauté de Lescar, elle aussi, avait empiété sur le domaine des parcours ossalois. À d’autres encore, il avait fallu donner satisfaction. Dans la pensée des montagnards, ces accords n'avaient que la valeur de simples concessions de jouissance qui leur laissaient la seigneurie de la terre et les reconnaissaient libres d'y envoyer pacager leur bétail, à « fruit cueilli », c’est-à-dire après l'enlèvement des récoltes. C'était cependant une gêne et une limitation des parcours. Il y avait eu enfin des occupations plus ou moins clandestines. On avait élevé des constructions,