‹ La Transhumance pyrénéenne et la circulation des troupeaux dans les plaines de GascogneChapitre 61 sur 83 · Livre Rouge · texte numérisé non relu

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creusé des fossés, installé des clôtures. La lande, investie de toutes parts, passait peu à peu aux mains des laboureurs.

D'autre part les pouvoirs publics se montraient moins accommodants que par le passé. Si, dans le premier siècle qui suivit la réunion du Béarn au royaume, les intendants, préoccupés de ménager les privilèges traditionnels et probablement aussi, sous l'inspiration de Colbert, de protéger les propriétaires de troupeaux, évitèrent d'intervenir trop ouvertement, cependant ils se gardèrent de laisser sans défense les droits de la couronne. Déjà, en 1664, ils imposaient aux Ossalois le paiement, à titre d’albergue noble, d'une somme de 200 livres et l'obligation de ne plus se transporter en armes sur la lande du Pont-long. Dans le courant du XVITI siècle, la situation se modifia définitivement. La mode était alors de produire le plus de grain possible, de développer les cultures et d’enclore les terres. Le Pont-long se trouva directement menacé. En 1758, l’intendant d'Etigny proposait aux Etats de Béarn de transformer la lande, d'y abandonner le pacage et le soutrage et de mettre le sol en labours. La Jurade protesta avec la plus grande énergie et l'affaire en resta là. Une fois de plus les Ossalois réussirent à se faire maintenir « dans la possession et jouissance du Pont-long » (1770) . En 1777, en 1785, ils remportaient de nouvelles victoires. Mais c'étaient des victoires sans lendemain. En dépit de leur vigilance, l’envahissement de la lande se poursuivait. Un ancien maître des Eaux et Forêts, Laclède, obtenait du roi la concession d'une vaste étendue de terrains dans le quartier appelé le Bois de l’'Ousse et entreprenait de le mettre en valeur, d'y creuser des canaux de dessèchement, d'y établir des plantations, des prairies et des cultures. Cette tentative ne fut interrompue que par la Révolution *. Les empiètements se multipliaient.

Enfin il faut bien reconnaître que les Ossalois n'avaient plus les mêmes raisons que par le passé de revendiquer l'usage exclusif du Pont-long. Depuis la grande épizootie qui avait ravagé le bétail béarnais en 1774 et 1775, la vallée avait perdu la plus grande partie de son troupeau de bêtes à cornes. Sans doute, elle continuait à envoyer ses brebis pacager en plaine, mais les brebis, nous l'avons dit, ne demeuraient jamais sur la lande. Elles ne faisaient qu'y passer. Du jour où la transhumance des vaches se trouvait réduite à un petit nombre d'animaux, les montagrards devaient nécessairement se relâcher de leurs exigeances passées. Il est visible que

47. Registres de la Jurade, BB 7, p. 69-71, 290-292, 297-299. 48. Serviez, 57, p. 54-56.

les communes de la vallée, surtout celles du bas Ossau, sans re-

noncer à leurs droits, mirent, à partir de cette époque, beaucoup moins d’ardeur à les défendre.

La vieille querelle du Pont-long avait donc beaucoup perdu de son intérêt lorsqu'une affaire d'attribution de biens ecclésiastiques mit en conflit, une fois de plus, la vallée d’Ossau avec l'Etat “. Battu en première ‘instance, l'Etat eut la sagesse de se désister (1829). Et la vallée d'Ossau entra en possession du domaine contesté. « En despiet deus de Pau, avaient coutume de dire les Ossalois, lou Pount-loung sera d'Aussau. » Cette vieille prédiction se trouvait réalisée. Mais, au moment où elle obtenait cette ultime satisfaction, la vallée ne conservait qu’une faible partie du domaine pour lequel elle avait jadis si passionnément bataillé. Elle sut mettre de la modestie dans son triomphe. La vieille Jurade avait disparu avec la Révolution. La communauté syndicale qui hérita, avec la loi de 1837, d’une partie de ses anciennes fonctions *”, se scinda en deux corps distincts : le bas et le haut Ossau, qui se partagèrent ce qui restait de la lande (1853). Presque aussitôt, le bas Ossau vendit sa part à une société de défrichements. Le haut Ossau conserva la sienne, 2.078 hectares en tout. Il l’exploite encore. Chaque année, à la fin de l'hiver, il y envoie quelques douzaines de vaches. Le plus clair des profits qu'il en retire est représenté par la vente de la « tuie », recherchée comme litière par les cultivateurs du voisinage, et par le loyer du terrain d'aviation militaire.

Ainsi se termina la bataille du Pont-long.

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