‹ La Transhumance pyrénéenne et la circulation des troupeaux dans les plaines de GascogneChapitre 62 sur 83 · I. — Les domaines et les parcours · texte numérisé non relu

I. — Les domaines et les parcours

La transhumance de montagne en plaine reste, à notre époque comme dans le passé, limitée à un petit nombre de vallées. Ni Barèges, ni le bas Lavedan, ni Campan n’envoient, en hiver, de bétail dans les plaines gasconnes. D'Aure partent, chaque année, environ 2.000 brebis que leurs propriétaires n’ont pas les moyens d'entretenir à l’étable et qu'ils envoient, jusqu'au retour de la belle saison, pacager dans les prés et les cultures du bas pays. Ces animaux viennent de Guchen, de Bazus et de Vielle-Aure, qui sont de la partie moyenne de la vallée, mais surtout de Tramezayeues, Aulon et Grailhen qui sont de la région haute ou des versants les plus élevés. Ils ne s’éloignent jamais beaucoup de la montagne natale : Trie, Galan, Castelnau-Magnoac, et, pour les plus aventureux, Boulogne-sur-Gesse, sont les points extrêmes de leurs parcours. IT en est de même pour les animaux venus du Louron (2.500 à 3.000 brebis environ). Le domaine de la transhumance hivernale n’a donc pas changé du côté de l'Est. Vers l'Ouest, en revanche, il a modifié ses limites. Les brebis basquaises ont cessé de fréquenter la région bordelaise où elles paraissaient encore, il v a une centaines d'années, au témoignage de Dralet. Il en est de même des tronpeaux de Barétous, toute proche du Pays basque, et qui, bien que béarnaise, lui ressemble par plus d’un trait.

Comme dans le passé, la transhumance hivernale est pratiquée par les deux grandes vallées béarnaises, Aspe et Ossau, et par un groupe de communes lavedanaises des vallées de l'Ouzon et d’Azun. L'Ouzon, qui descend des flancs du Gabizos vers le Gave de Pau qu'il rejoint à Nay, est béarnais dans sa partie basse. La partie haute est lavedanaise par l’histoire ', mais les deux communes de Ferrières et d’Arbéost qui l’occupent sont entièrement béarnaises par leur genre de vie. Azun a, elle aussi, plus d’un trait d’affinités

1. Arbéost et Ferrières appartiennent, avec la vallée d'Azun, au canton d’Aucun,

LA TRANSHUMANCE ACTUELLE 95 avec le Béarn et surtout avec Ossau. Trois de ses communes, Aucun, Arrens et Marsous, pratiquent la transhumance hivernale. Enfin, dans la vallée de Saint-Savin et de Cauterets, une dernière commune envoie quelque bétail en plaine. C’est Uz, très petite et très pauvre en fourrage.

La transhumance de montagne en plaine est donc restée une pratique essentiellement béarnaise. Elle l’est d’abord par son domaine de départ. Elle l’est aussi par les troupeaux qu'elle déplace. Tous sont de la même race, formés de brebis laitières, habituées aux grands parcours. Un certain nombre d'animaux venus du Lavedan sont de race lourdaise. Ils ne vont jamais très loin... Elle est béarnaise, enfin, par ses caractères, par les habitudes et le genre de vie des pasteurs qui la pratiquent.

Cette transhumance béarnaise est l'expression la plus remarquable de la persistance des anciens modes de l'exploitation pastorale dans les Pyrénées. Elle est une pratique traditionnelle. Cependant elle n’est pas sans avoir subi, à notre époque, quelques modifications. D'abord (et c’est le plus important de ces changements) elle n'intéresse plus le gros bétail, à l’exception de quelques animaux du haut Ossau et du Lavedan. Elle a complètement abandonné ses anciens parcours dans la Grande lande, domaine traditionnel d’hivernage pour les troupeaux de vaches béarnaises, surtout des ossaloises. Réduite au petit bétail, elle évite la région des sables, des bruyères et des pins. Elle continue à ne passer et à ne séjourner que dans les domaines de culture, dans les champs et dans les vignes.

C’est cette transhumance actuelle des brebis béarnaises que nous avons à décrire. Nous suivrons les troupeaux dans leurs parcours, puis dans leurs domaines d'hivernage.

Aspe, Ossau, Azun et leurs dépendances fournissent toutes trois leur part de troupeaux transhumants, mais dans des proportions variables.

C’est le haut Ossau. particulièrement pauvre en fourrages, qui envoie au dehors la plus forte partie de son troupeau. Il est assez difficile de donner des chiffres tout à fait exacts : on est assez bien informé sur les effectifs de ceux qui partent, grâce aux certificats sanitaires : beaucoup moins sur ceux qui restent, les renseignements étant souvent incertains. Toutefois on peut, avec une approximation suffisante, évaluer les transhumants du haut Ossau à 15.000 bêtes à laine, sans compter les chèvres (une ou deux par

troupeau). Comme l'effectif total du petit bétail est de 18.000 à 20.000 têtes, on voit que la proportion des transhumants est de 75 % sur l’ensemble du troupeau. Ce pourcentage est largement dépassé dans certaines communes, à Laruns, où il s'élève à 80 % environ ; à Aste-Béon, où la presque totalité des bêtes à laine quitte le village pour la plaine (90 %,). Pour les autres communes, la proportion des émigrants varie entre 50 et 75 %. Ainsi il ne reste, au cours de l'hiver, qu'un très petit nombre de bêtes ovines dans la haute vallée d’'Ossau. C’est ce qui explique qu'il s’y trouve fort peu de fromageries roquefortaises : une seule, installée dans Ja partie basse, à Bielle, suffit à assurer le ramassage du lait et la préparation des mottes ?.

Le bas Ossau conserve à peu près tout son troupeau, moins nombreux d’ailleurs que celui du haut. Une seule commune, Castet, que son genre de vie et sa situation rapprochent du canton de Laruns, envoie en plaine 50 % de ses bêtes à laine : Louvie-Juzon, deux ou trois troupeaux, d’une centaine de têtes chacun. Aussi les fromageries sont-elles plus nombreuses : on les trouve à Arudy et à Buzy.

Dans la vallée d’Aspe, ce sont les communes groupées dans Île bassin de Bedous, bien pourvues de prairies, naturelles et artificielles, et de fourrage, Bedous, Accous, Lèes-Athas, Osse, qui conservent la plus forte proportion d'hivernants, environ les trois quarts. Osse, qui envoyait, avant la guerre, la plus grande partie de son bétail au dehors, une dizaine de troupeaux au moins, ne transhume plus que par intermittence. Les communes basses (Escot, Sarrance) se séparent en hiver de la moitié ou du quart de leurs animaux. Ce sont les communes hautes qui envoient naturellement le plus grand nombre de transhumants, de 50 à 80 © : c'est à peu près la proportion atteinte à Borce et à Lescun. Au total, la vallée d’Aspe expatrie à peu près autant de brebis que le haut Ossau. Mais comme son troupeau est plus nombreux, les effectüifs qui restent sont plus considérables. C’est pourquoi les fromageries sont plus fréquentes. Il % en a presque partout : Lescun, à lui seul, en a deux*.

Dans le Tavedan, Ferrières envoie en plaine 90 % de son troupeau, Arbéost la presque totalité du sien‘. La contribution d’Arrens, de Marsous et d’Aucun est beaucoup moins considérable, Elle

. Voir la Vie pastorale, p. 327, . Ibid, p. 326.

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