‹ La Transhumance pyrénéenne et la circulation des troupeaux dans les plaines de GascogneChapitre 63 sur 83 · Ibid, p · texte numérisé non relu

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varie avec la quantité des fourrages engrangés : 400 bêtes dans les

années d'abondance, 2.000 bêtes dans les années de disette. Uz , Q .

n envoie en plaine que deux ou trois troupeaux.

Quelle que soit l'importance des contingents fournis par chaque vallée, le départ se produit pour tous à la même époque, Invariablement les troupeaux se mettent en route dans la première quinzaine d'octobre, au plus tard les premiers jours de novembre, pour se diriger vers la plaine, vers les « rivières », comme on dit partout en montagne.

Dès l'entrée en plaine, un nouveau partage se fait dans les troupeaux. Un grand nombre d'animaux restent à proximité de la montagne. Ce sont, pour Aspe et pour Ossau, les plus nombreux. C’est la totalité pour Marsous, Aucun, Arrens, en Azun, et pour les deux ou trois cents brebis d'Uz. Ce n'est qu’une petite partie du bétail d’Arbéost et de Ferrières, beaucoup plus attiré par les grands parcours vers le Nord et vers l'Est... C’est qu’en effet il existe deux domaines d’hivernage, qui ne laissent pas d’être assez différents.

1° Il y en a un, tout proche de la montagne, où les troupeaux se répartissent suivant leur origine. Les brebis d’Aspe s'installent le long du Gave d’Oloron, entre Navarrenx et Sauveterre, ou sur ses abords du Sud et du Nord. Elles sont, notamment, très nombreuses dans le domaine de coteaux qui s'étend de l’un à l’autre Gave. Tel berger d’Osse a mené, pendant vingt-cinq années consécutives, ses bêtes dans le canton de Lagor, où elles voisinaient avec beaucoup de troupeaux de la même commune ou des autres villages de la vallée d’Aspe. Plus de 2.000 brebis pacageaient alors dans ce seul canton. Les effectifs ont diminué depuis la guerre, mais la tradition se maintient, et le bétail aspois continue à descendre chaque année et à séjourner dans les mêmes lieux. Quelques troupeaux franchissent le Gave de Pau et poussent jusque dans la Chalosse, où ils s’établissent à Mugron, à Hagetmau, à Saint-Sever.

Les brebis d'Ossau pacagent, de même, à proximité de leur vallée, quelques-unes à Buzy, Sévignacq et Rébénacq, qui sont encore du bas Ossau : d’autres, plus nombreuses, aux abords de la montagne à Ogeu. Herrère, Escou, Escout, Précilhon, le long de l’ancienne vallée du Gave : à Oloron, Esquiule et Moumour. Entre les deux Gaves, il n’est, pour ainsi dire, pas une commune qui n’ail son troupeau de brebis ossaloises : Haut-de-Gan, Gan, Jurançon, Lasseube, Lacommande, Monein, Pardies, Lucq-de-Béarn, jusqu'à Lagor et Navarrenx, domaine d’hivernage des aspoises. Très peu

s'écartent à l'Est de l'axe de la vallée (Bruges et Bordères). Mais quelques-unes, dépassant le Gave de Pau, poussent jusqu'à Lescar, Arzacq, Morlanne, Arthez, Sault-de-Navailles, Hagetmau. Au delà commence le domaine des grands parcours.

La vallée de Nay reçoit (à Pardies, à Saint-Abit) un très petit nombre d'animaux descendus d’Arbéost et de Ferrières par l’étroite vallée de l'Ouzon. La plupart des troupeaux venus de ces deux communes séjournent sur les coteaux au Sud et au Nord de la plaine agricole, à Bosdarros, à Bruges, à Thèze, à Morlaàs où à Lembevye, quand ils ne s’avancent pas sur les routes du Nord, ce qui est beaucoup plus fréquent. Quant aux autres communes lavedanaises, Arrens, Marsous, Aucun, Uz, elles n'envoient jamais leurs troupeaux très loin de leurs montagnes. La plupart se tiennent sur les coteaux qui dominent à droite et à gauche le Gave de Pau ou dans le voisinage de l’Adour, à Vic-Bigorre, à Maubourguet, c’est-à-dire à faible distance au Nord de Tarbes.

Dans tous ces domaines, les troupeaux pacagent sur les cultures. Evitant le plus possible la lande d’ajoncs et de fougères, ils se tiennent sur les versants aménagés et le long des rivières. Les agglomérations nombreuses et actives le long des grands cours d’eau, fournissent à leurs conducteurs des marchés où ils se défont aisément des produits de leurs bêtes, agneaux, lait ou caillé. Ils v retrouvent aussi, dans les quartiers où ils sont assez nombreux, la clientèle des laiteries roquefortaises. Buzv, Escou, Précilhon, Pardies (près de Monein), Oloron ont leurs stations de ramassage du lait de brebis, tout comme les communes de la montagne. Enfin ils ont l’avantage très appréciable de se trouver à faible distance des lieux d’origine ce qui leur permet d'y revenir, au cours de l’hivernage, généralement à l’époque de l’agnelage. Maint troupeau d’Aspe ou d’Ossau interrompt momentanément son séjour en plaine pour subsister quelques semaines à l’étable du village et revenir passer dans la rivière les premières semaines du printemps.

Ce sont là des avantages considérables. Mais ils s’achètent assez cher par l'effet des contrats de location des herbages. Dans le domaine des rivières (tout comme dans le bas Ossau où s'arrête une partie des troupeaux) le berger loue, pour une période de sept à huit mois, un pacace : pré naturel. champ de trèfle semé après l'enlèvement du maïs dans lequel il a été semé, ou du blé (le trèfle. semé après la récolte, vx est plus fourni, et le pacage généralement plus cher). Ces locations sont devenues très onéreuses. Elles ont atteint, dans ces dernières années, jusqu’à 12.000 et même 15.000 francs pour un troupeau d’une centaine de bêtes. Il est vrai

LA TRANSHUMANCE ACTUELLE 99 que le propriétaire se charge de loger et de nourrir le berger. Mais , >! 2 Q . . + Al là une AMpEnSAtION que beaucoup jugent insuffisante. Et c est pourquoi il se manifeste actuellement (1928), parmi les transhumants, une tendance à allonger les parcours et à se diriger vers les campagnes girondines, où le berger est obligé de pourvoir à son propre entretien, mais où il a l’avantage de payer son pacage avec le fumier de ses bêtes, très apprécié dans les vignes, et de ne rien donner en espèces,

2° Les troupeaux à grand parcours se dirigent vers la vallée de la Garonne. Ils ne l’atteignent pas tous : un nombre assez considérable demeure sur les coteaux de l’Armagnac. La plupart atteignent la vallée du fleuve ou la dépassent. (Voir fig. 5, p. 101).

Les troupeaux de la vallée d’Aspe descendent sur Oloron dont ils suivent le Gave jusqu'à Navarrenx. De là, ils gagnent Orthez où ils franchissent le Gave de Pau. Puis, traversant la Chalosse et les Petites landes par Hagetmau, Saint-Sever, Mont-de-Marsan et Roquefort, ils poursuivent leur vovage, par Captieux et Bazas, jusqu'à Langon où ils atteignent la Garonne. C’est la route la plus directe et la plus courte. Mais ce n’est pas la seule. Un certain nombre de troupeaux passent, plus à l'Est. d’Oloron à Pau, Garlin, Eauze et Nérac : ou encore à Pau. Morlaàs, Lembeve, Lectoure, Miradoux. Valence d'Agen, d’où ils descendent la Garonne vers Langon. Suivant l'itinéraire adopté, le voyage dure dix à quinze Jours.

Les bergers d'Ossau passent tous par Pau, étape traditionnelle des transhumants, où ils traversent le Gave. Par les landes du Pontlonge. ils gagnent Garlin, Aire-sur-l’Adour, Villeneuve-de-Marsan et Roquefort, où ils rejoignent la route des Aspois. De là, les deux itinéraires se confondent par Captieux, Bazas et Langon, ou par Valence d'Agen, la Garonne et Langon.

Les troupeaux de Ferrières, d’Arbéost et de Marsous en Lavedan sont naturellement ceux dont les parcours sont les plus étendus vers l'Est. À travers le Béarn, quelques-uns gagnent Nav, où ils franchissent le Gave. et Pontacq. D’autres se dirigent, par la Bivorre, sur Bazas et Bordeaux : ou, par l’Armagnac, sur Auch, Fleurance, Lectoure et Agen. Un petit nombre atteignent Castelsarrasin, Montauban et Verdun. ou encore Mirande, l’Isle-Tourdain et Toulouse... Ainsi, cheminant vers le Nord et le Nord-Est, les troupeaux se dispersent en éventail sur les coteaux de la Gascogne, atteignent la Garonne où ils élisent domicile, ou, dépassant le orand fleuve, poussent vers les Charentes, les confins du Périgord et du Quercy.

La plus grande partie des troupeaux se dirigent vers la région bordelaise. Ils l’atteignent par Bazas. Là un partage s'opère. Les uns, se maintenant sur la rive gauche du fleuve, vont pacager dans les campagnes du Bazadais, de Sauternes et des Graves. Un petit nombre, trois ou quatre, guère davantage, contournent Bordeaux par l'Ouest et poussent jusqu'aux abords du Médoc. Macau est le terme de leurs voyages sur la rive gauche. Les autres, les plus nombreux, franchissent la Garonne à Langon. De là ils s'élèvent sur les coteaux qui dominent la rive droite et, par Sainte-Croixdu-Mont et Cadillac, se répandent dans lEntre-deux-Mers, ou, par delà la Dordogne, sur les abords de l'Isle et de la Dronne, terme de leurs migrations vers le Nord.

Tels sont les parcours des brebis béarnaises. Un coup d'œil jeté sur une carte montre combien il est inexact de dire, comme on le fait trop souvent, que les troupeaux pyrénéens vont pacager sur Îa lande, Rien n'est plus contraire à la réalité. Loin d’être attirés par les terres pauvres, les sables et les bruvères de la Gascogne occidentale, les bergers les évitent soigneusemnt, comme ils le faisaient dans le passé. Leur itinéraire le plus voisin de la lande est celui des bergers d’Aspe qui court par Saint-Sever, Mont-de:Marsan et Roquefort. à travers le Marsan et les Petites landes de l’Armagnac noir, où le tapis de bruvères et d’ajoncs et la forêt de pins qui le recouvre aujourd'hui, sont entrecoupés de cultures, de champs de maïs et de vignes. Encore est-il à remarquer que, dans cette partie de son voyage. le berger allonge les étapes, tant il a hâte de gagner de meilleurs pays. La lande n'est pas du tout la terre promise où le troupeau trouvera l'herbe abondante que lui refuse la montagne hivernale, C’est un obstacle qu'il faut éviter. La brebis ne saurait Y séjourner parce que l'herbe v est rare et mauvaise, le sol inconsistant et imprégné par les eaux pluviales. I + a bien des troupeaux dans la lande, mais ce sont des moutons d’une autre espèce, différente par la taille, les besoins et les aptitudes.

Le bercer béarnais recherche pour ses bêtes les régions de sulture. où il sait trouver des champs dépouillés de leurs moissons. des chaumes que les Tabours n’ont pas encore retournés, des vienobles où la vendange à été faite. des prairies depuis longtemps fauchées. C’est à travers ces domaines qu'il pousse son troupeau, d'étape en étape. Chaque jour, il avance d’une vinetaine de kilomètres. [Il voyage de jour ou de nuit. partant le matin aux premières heures ; ou, le soir, au moment où le soleil baisse, pour

arriver au gîte à la nuit noire. Chaque troupeau compte une cen- Poe de bêtes, souvent moins, quelquefois davantage. Les plus gros dépassent assez rarement cent cinquante animaux. Ils cheminent, tantôt seuls, évitant de suivre les mêmes routes et de stationner dans les mêmes lieux, tantôt par groupes de quatre ou cinq trou-

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