II. - Les effets et la fonction de la transhumance
Son avenir.
La transhumance d'été, celle qui entraîne lestroupeaux des plaines vers les montagnes, a été très fréquemment observée et décrite. Mais elle n’a suscité qu'un très petit nombre d’études objectives et exactes *. Presque toujours elle à été mal comprise, Les uns * en ont nié l'existence et prétendu que les hauts pâturages pvrénéens n'ont jamais reçu que la visite des troupeaux indigènes hivernant dans les vallées. Les autres *, beaucoup plus nombreux, ont admis son existence sans discussion, comme un fait d'observation certaine et courante. Mais ils lui ont donné une ampleur qu'elle n'a jamais eue et lui ont attribué toutes sortes de méfaits. Nous avons montré que, à l'encontre de ces affirmations, les parcours des troupeaux ont toujours été peu étendus et leur séjour sur les montagnes limité le plus souvent aux quelques semaines du plein été. Il nous reste à chercher s'ils ont eu, sur le bon état des pâturages et, si l’on peut dire, sur la santé des montagnes, les funestes effets que l’on a dit.
Les adversaires de la transhumance en ont de très bonne foi, mais pour les besoins de leur cause, exagéré l’importance, en confondant les mouvements saisonniers des troupeaux indigènes avec ceux des troupeaux étrangers. Faute d’une connaissance plus exacte du mécanisme et des modalités de la vie pastorale, ils ont d’ordinaire pris, pour des transhumants venus des plaines, des troupeaux
1. Encore portent-elles, pour la plupart, sur des régions extérieures à celle où nous l'avons étudiée. Voir Cabannes, 18, Pée-LAaby, 49, Chevalier, 22, Sorre, 59, Lefebvre, 44. 2. Bladé, 8, de Roquette-Buisson, 54,
3. Entre autres L. A. Fabre et P. Descombes. On aura une idée des exagérations des adversaires de la transhumance en lisant l'Erode du Montagnard et la transhumance du mouton en
France de L. A Fabre (Revue d'Economie politique, mars 1909), et la plupart des autres articles du même auteur,
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS hi
sédentaires gagnant, suivant les saisons, leurs quartiers d’estivage ou les pâtures intermédiaires de printemps et d'automne. Or ces déplacements, s'ils n'intéressent pas toujours un très grand nombre d'animaux, sont en revanche très fréquents à certaines époques de l’année. Ils finissent par donner l'illusion de vastes migrations et, avec un peu de bonne volonté, d'une sorte d’invasion des montagnes par le bétail venu des plaines. À ces envahisseurs, les défenseurs de l'Arbre et de l'Eau ont attribué d’incroyables dégâts : surcharge des pâturages, dégazonnement, brûlis et incendies de forêts, aggravation de l'action torrentielle, ruine et dépeuplement des montagnes. Il n’est pas de ravages dont on n'ait rendu coupables les troupeaux transhumants, affamés par d’interminables parcours, se jetant avec avidité sur les herbages à peine débarrassés de leur manteau de neige et les réduisant en quelques semaines à l’état squelettique.
Ces accusations portées contre la transhumance sont-elles justifiées? Certainement non. Il n’est que trop vrai que le manteau végétal, sylvestre ou herbeux, qui recouvre la montagne à subi dans le passé de nombreuses atteintes. Mais ii n’est nullement certain qu'on en doive attribuer la responsabilité aux transhumants. Briot, après Demontzey, a montré que, dans les Alpes, le bétail venu des plaines a été un agent beaucoup moins actif de dénudation que le bétail hivernant”. M. Buffault est au moins aussi affirmatif et conclut qu'il n’est « nul besoin de supprimer ce mode d'exploitation, très naturel et assez profitable pour les communes montagneuses, qu'est la transhumance * ». Les mêmes observations s'appliquent exactement aux Pyrénées et cela pour deux raisons essentielles.
La première, c’est que le bétail transhumant n'y à jamais été aussi nombreux qu'on l’a affirmé. Sans doute, comme il n'existe aucune statistique ancienne, il est assez difficile de faire des conparaisons précises. Mais nous en savons assez pour être assurés que la transhumance n'a jamais mené sur les estives que des troupeaux limités en nombre et en importance, Et depuis un demi-siècle, elle est en voie de régression continue.
Une autre raison de la faible nocivité des transhumants (et ce n’est pas la moins remarquable), c'est qu'ils ne sont pas admis sur toutes les montagnes où subsistent les sédentaires. Il est une catégorie de pacages où ils ne paraissent jamais. Ce sont les quartiers inférieurs et moyens, les plus voisins des villages. Ces quar-