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CHAPITRE XXIII

Agyagtolva. — Udvarhely. — CH&hfola. — Parajd. Mines et rochers de sel. — Szov^lta. — Eaux 'minérales.

Il est près d'Âlmds un village nommé Agyagfalva^ qui n'a ni caverne^ ni solfatare^ ni ruines^ mais qui a été rendu célèbre par une assemblée générale de la nation sicule tenue dans Tannée 1606. Voici à quelle occasion.

Suivant les anciennes coutumes , les Sicules , qui ont d'excellents pâturages , devaient donner en impôt chaque sixième bœuf lorsque la reine de Hongrie mettait au monde un fils. Celui qui ne possédait pas six bœufs s'entendait avec ses voisins. Deux hommes^ par exemple , qui en avaient trois , s'unissaient pour en payer un. On appelait cela payer c le bœuf du roi » • Or, quand la reine Anne, en ISOô, donna le jour à un prince qui fut plus tard Louis II, il y avait long-temps que cet usage était oublié, car ni Mathias Gorvin, ni Ladislas YI, ni Uladislas Y, n'avaient eu d'enfants mâles. Personne n'avait entendu parler du bœuf du roi ; on ne savait nulle part ce que c'était, si ce n'esta Bude. Le roi n'avait pas oublié la vieille coutume, et il en récla-

ma TexécutioD. Les Sicules refusèrent de payer : il faU lut que les officiers royaux enlevassent les bœufs de force.

Il n'y eut qu'un cri dans les montagnes. L'acte arbitraire des officiers parut une atteinte à l'antique liberté sicule. On courut aux armes. Les' employés du roi , poursuivis et chassés^ demandèrent du secours à Bude. Uladislas fit partir Paul Tomori, chef de la cavalerie de la garde^ avec des troupes de pied et cinq cents chevaux. Les Sicules marchèrent à sa rencontre jusqu'à Maros Vâsârhely. Les troupes royales furent vaincues , et Paul Tomori, qui avait reçu dix blessures, les ramena vers la Hongrie. Fiers de leurs victoires, les Sicules se retirèrent dans leurs montagnes, pensant que tout était terminé. Mais le roi envoya contre eux de nouvelles troupe^ : battus cette fois, ils se soumirent.

La révolte, quand elle fut comprimée, parut, à ceux qui l'avaient tentée, en contradiction avec la vieille a fidélité scythe », scylhica fides, dont les Sicules avaient donné jusque là des preuves non équivoques, et que les rois, dans leurs diplômes, signalaient avec reconnais* sance. Les anciens de la nation convoquèrent une as- . semblée générale, qui se réunit à Agyagfalva. Il y fut décidé en première ligne que personne, seigneur ni gentihomme, cavalier ni fantassin, n'avait le droit de tenir une assemblée, particulière ou autre, dont le but serait nuisible au bien de la patrie, ou qui attenterait à la fidélité due au roi , et à son représentant le vayvode de

Transylvanie ; qae, si les officiers royaux violaient les libertés ou privilèges de la nation ou des particuliers, on convoquerait une assemblée générale^ sans avoir recours à la guerre, et que^ si besoin était, on prierait le roi d'aviser, afin que la vieille fidélité scytbe pût rester inébranlable. Ceux qui,, à l'avenir, auraient des relations avec des hommes perfides, et ne se conformeraient pas à cette décision unanime de rassemblée, devaient perdre leur honneur et leurs biens. On prit encore quelques mesures locales de police etd'administra^ tion, puis les anciens proposèrent ces résolutions à Tapprobation générale. Tous les Sicules des trois ordres qui étaient présents levèrent la main et jurèrent d'obéir aux constitutions nouvelles.

Ces détails montrent tput d'abord quels hommes sont les Sicules. La fidélité au souverain est pour eux un devoir sacré, mais à condition qu'il se souviendra de leur attachement à la liberté et de leurs droits. S'il l'oublie, ils ne prendront pas à l'instant les armes ; seulement ils le prieront d'aviser, a afin que la vieille fidélité scythe puisse rester inébranlable » . Ce mot rappelle le Sinon, non, des Aragonais. Les rois, et surtout les princes de Transylvanie, oublièrent plus d'une fois que la fidélité des Sicules était subordonnée à la justice du souverain. On attaqua leurs libertés ; on foula aux pieds leurs privilèges. Alors, pensant qu'il ne leur restait plus d'autres ressources , ils tiraient l'épée , quoiqu'en petit nombre, et offraient la bataille. Rarement ils l'emporté-

rent Yaiacus^ ils attendaient les mauvais joars. Quand laTransyivanie allait succomber sous les coups desTurcs» des Tatars ou des Yalaques^ les princes rendaient leurs anciens droits auJi Sicules. Ceux-ci descendaient de leurs montagnes^ et l'ennemi était cbassé. Cependant les ré^ voltes avaient été étouffées dans le sang; eu marchant au combat ils passaient devant des tombes fraîchement remuées. Ces tristes monuments des guerres civiles se retrouvent encore dans le pays« Entre Barot et Kopetz on rencontre un champ semé de tombeaux : c'est un souvenir des exécutions ordonnées par Gaspard Bartsai pour châtier les Sicules qui avaient soutenu le parti de Kemény. Ailleurs on reconnaît les collines sous lesquelles furent enterrés ceux qui se battirent pour ne pas être incorporés dans les régiments-frontières^ car cette institution ne fut établie que par la force du sabre. Si jamais une insurrection éclatait dans le royaume de Hongrie, c'est en Transylvanie, parmi les Sicules, que l'empereur d'Autriche trouverait le plus de résistance. Une population aussi brave^ aussi aguerrie, aussi ulcérée, habitant un pays naturellement fortifié , tiendrait long-temps en échec les forces de l'empire.

C'est ^ dit-on, pour les contenir, que le prince Jean Sigismond éleva en 1563 deux forteresses qu'on a appelées Sséie/t/ iàmadt, «révolte sicule », etSzékely bûnJGf «repentir sicule (1) ». Quelques uns veulent,

' (1) Mot à mot : Le Sicule se révolte ^ le Sicule serepent.

sans doate par patriotisme, que ces forteresses n'aient pas môme existé, et que les châteaux de Virbely et d'Udvarhely, auxquels on a donné ces noms, soient antérieurs au gouvernement des princes. Qu'ils aient raison ou tort, toujours est-il que le premier n'existe plus, et que le second est en ruines.

Il ne reste plus de la forteresse d'Udyarhely que de gros murs qui s'étendent sur un assez grand espace, et qui s'écroulent de temps à autre. On montre les débris de la chapelle, les prisons, et la chambre souterraine où Ton battait monnaie. Sur les murs se voit une pierre qui porte les armes de Hongrie, avec le soleil et le croissant des Sicules, et Técusson de Jean Sigismond. A l'époque où ce prince défendait sa couronne contre l'empereur Ferdinand , on y grava des vers latins qui rap* pelaient aux passants la fidélité due à un souverain national. N'est*il pas remarquable qu'on écrivit en latin les avis qui s'adressaient au peuple (1)? Aujourd'hui, le

()} Hœc quicunque vides electi insignia duci$,

Pro fatria grates ^ Eungare , lœius tigas.

Cur vagiM extremis terrarum finibus erras ?

Enprope, qmm multo sanguine quasris^ habes.

Quippe peregrini quam sii damnosa potestas

Prineipis, accepta discere clade potes.

Flecte genu domino^ felicibus utere fatis:

Sanguine sublato sicca manebii humus.

Bol renfermé entre les murailles est labouré et exploité comme un champ. Je tâchais de rebâtir par la pensée ce formidable édifice; quand par hasard mes regards s'abaissaient, je voyais du maïs, des choux et des veaux.

Le château d'Udvarhely paraît avoir été construit au commencement du 14^^ siècle par Etienne Bathori. Le prince Jean Sigismond ne fit que le réparer, dans le but sans doute d'intimider les Sicules après la révolte de 1662, conduite par Antoine Székely. Ils s'étaient ras^ semblés à Udvarhely au nombre de quarante mille , et avaient battu Gabriel Majlath , envoyé contre eux par le prince. Ladislas Raddk les fit rentrer dans le devoir. En 1699, quand Michel, vayvode de Yalachie, attaqua le cardinal André Bdthori, il eut l'adresse d'attirer les Sicules en leur promettant que , s'il était vainqueur, il raserait les deux forteresses élevées contre eux par Jean Sigismond. Il tint parole. Mais Tannée suivante les Sicules furent contraints par la diète de Léczfalva de répa^ rer eux-mêmes ces forteresses maudites (1). Le château d' Udvarhely faisait partie du domaine des princes. Après la mort de Michel. Apaffi, il appartint aux comtes Gyulai, et fut détruit, pendant l'insurrection rakotzienne , par le*baron Tige, lors du mal- Ci) Wolfgang Bethlen.

heureux combat qui fut livré aux Impériaux prè9 d'Holdvilâg.

La ville dont il porte le nom est bâtie sur le bord d'une rivière 5 et compte plus de quatre mille habitant». Il s'y trouve plusieurs églises , un couvent et deux collèges. Grâce à ces différents édiGces, Udvarhely, situé d'ailleurs dans une belle contrée ^ se présente fort bien. Le collège des réformés a été fondé par le comte Jean Bethlen. Il renferme beaucoup d'élèves ; mais il est très pauvre : aussi M. Joseph Kis a-t-il fait une bonne action en y fondant cinquante places gratuites. La bibliothèque ne se compose que de quelques vieux livres donnés autrefois p^ir des seigneurs « dont les portraits dégradés sont cloués aux murs. Il s'y trouve une espèce de cabinet de physique ; mais les machines, couvertes de poussière, sont au repos ^ faute d'argent ; au dire des élèves, depuis long-temps on n'y fait plus d'expériences. Il est fort triste que les choses soient dans cet état, car un grand nombre de jeunes Sicules ne reçoivent pas d'autre éducation que celle que le collège d'Udvarhely peut leur donner. Puisque le gouvernement autrichien s'obstine à garder, et pour long-temps sans doute , certaines affections et certaines antipathies qui ne sont plus de ce siècle , c'est aux particuliers, qui seuls soutiennent les collèges réformés, à prendre une décision. J'ai déjà exprimé le vœu , en parlant de l'institution d'Enyed, de voir réduire le nombre des collèges de

premier ordre que les calvinistes possèdent en TransyU vanie. Au lieu d'en entretenir quatre avec beaucoup de frais et de difficultés , on devrait se contenter d'en garder un seul^ auquel reviendraient en partie les donations que les seigneurs réformés partagent aujourd'hui aux trois autres. Le nombre des élèves ne serait pas trop considérable dans cette seule institution ^ car il ne faudrait y admettre que les jeunes gens sortant des collèges inférieurs. On n'y donnerait pas l'instruction élémentaire que beaucoup d'enfants reçoivent aujour* d'hui dans les quatre collèges de première classe. Tout en faisant d'Enyed une sorte A* université dans le genre de celles d'Allemagne ^ et en convertissant les trois autres en collèges de second ordre , on pourrait multiplier les écoles primaires.

Les archives de la nation sicule sont gardées à tldtarhely. C'est là que se tinrent d'ordinaire les assemblées nationales, présidées par le vayvode de Transylvanie ^ lequel était en même temps comte des Sicules. Cette ville, quoique peu importante par sa population , fut regardée comme la première du Székely orszâg (1) , parce qu'elle était le lieu ordinaire de ces assemblées. C'est pourquoi elle reçut le nom d'Udvarhely, c'est-àdire«lieu de la cour» . Suivant la tradition, les Sicules ont affectionné Udvarhely parce qu'Attila y a campé long-

(1) « Pays sicule».

temps. On voit encore près de la Tiile des retranche^ ments que tous les Sicules affirment avoir été élevés par les Huns. La montagne où ils sont situés est encore appelée Bud-vârùy « fort de Buda (1)». Non loin de là, un village porte le nom de Kadicsfalva , qui fut fondé par Kadicsa , autre chef des Huns signalé dans les annales hongroises. Les Sicules ont religieusement gardé tous les noms qui se rattachent à cette première époque de leur histoire.

Le siège d'Udvarhely, Tun des plus grands du pays des Sicules, contient deux bourgs qui forment pour ainsi dire deux petites républiques à part. J*ai eu occasion de parler de plusieurs villages , situés dans les comitats hongrois, placés en dehors de la juridiction ordinaire, et se gouvernant eux-mêmes. L'usage a consacré ces exceptions , fondées sur des privilèges que les princes de Transylvanie, pour un motif ou pour un autre, accordaient volontiers. Le village d'Olâhfalu , Tun de ceux que je signale, a un juge et un percepteur particuliers, et n'est aucunement soumis à l'administration du siège. Les habitants jouissent de leurs privilèges depuis Tannée 1614, où Gabriel Bethlen les leur conféra, sous la condition d'apporter annuellement deux mille planches à Fejèrvar, et de bâtir pour le prince un moulin à scier qu'ils devaient fournir de cent arbres. L'au-

(1) Buda était le frère d'Auila.

tre bourg , Zetelaka , obtint de semblables franchises , sous la charge de livrer tous les ans cent mille bardeaux. Ces privilèges furent confirmés par Georges Rakôtzi en 1631 5 puis par l'empereur Léopold. Olàhfalu envoie de plus des députés à la diète. Ce village a donc lui seul autant de votes que le siège entier d'Udvarhely. Ces anomalies, consacrées par la constitution, ne sont pas rares. Gsik Szereda^ qui compte huit cents âmes , a le même nombre de votes que le comitat de Hunyad y qui en compte cent vingt mille. En Hongrie , cinquante villes libres n'ont à la diète qu'un seul vote. Les représentants de ces braves montagnards arrivent à rassemblée dans leur costume habituel. Il n'y a pas long -temps qu'un gouverneur de Transylvanie fit confectionner des habits d'une certaine élégance à la taille des députés d'Olàhfalu. Quand venait leur tour d'invitation, ceux-ci se rendaient à l'hôtel du gouverneur» et trouvaient dans l'antichambre des laquais qui leur passaient l'habit convenable. Le dîner leur paraissait toujours détestable 5 parce qu'ils ne reconnaissaient pas ce qu'ils mangeaient. Ils jetaient les yeux çà et là pour voir toutes les choses nouvelles qui s'étalaient devant eux ^ mais avec beaucoup de discrétion et d'un air parfaitement indifférent, car c'eût été au dessous de leur dignité de faire paraître l'étonnement dont ils étaient saisis. Us conservaient toujours le plus grand sérieux , même après qu'ils s'étaient aperçus que leurs voisins

^148 avaient abasé de leur simplicité, en leur conseillant, par exemple, de vider le café dans une assiette et de le prendre mêlé de pain , comme on fait d'un potage.

Olàhfalu, comme l'indique son nom (1)» a dû être originairement habité par desValaques. Il ne s'y trouve plus depuis un temps immémorial que des Sicules. Le bourgs partagé par un torrent qui porte le nom d'Homorod, est situé dans une contrée sauvage^ couverte de sapins et hérissée de rochers. Dans l'impossibih'té de tirer d'autre parti du sol ^ les habitants continuent à exercer cette industrie pour laquelle le prince Bethlen montra une si grande déférence , et ils portent leurs planches partout. Les habitants d*01dhfalu se donnent pour les plus purs représentants de la nationalité sicule. Ils ont gardé quelque chose de la rudesse de leurs ancêtres, et parlent le hongrois en appuyant avec inflexion sur certaines syllabes. Cet accent , plus ou moins marqué, est particulier aux Sicules, surtout à ceux qui habitent les montagnes reculées. Ils prétendent que le vieux hongrois était parlé ainsi.

Je ne puis quitter le siège d'UdvarhcIy sans faire mention des mines de sel de Parajd. On dit que la plus grande partie du territoire occupé par les Siculçs repose sur des couches de sel. Il ne faudrait très souvent creuser que quelques mètres pour ouvrir des mines.

(1) « Village valaque ».

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