‹ La Transylvanie et ses habitantsChapitre 26 sur 39 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

KSyâr. — Les mines du nord. — Le Gutio. — HosszufaWa.

Le district le plus septentrional de la Transylvanie tire sou nom du château de Kâvdr, qui le protégeait an moyen âge.

A l'époque de la conquête , les Hongrois élevaient ordinairement des remparts de terre autour de leurs camps , qu'ils nommaient pour cette raison fold rdr, « fort de terre » , ou fekete rdr, fort noir ». De là , la quantité de villes qui^ aujourd'hui encore , portent cette dénomination. Quand la position prise avait une importance militaire, on bâtissait un château fort , et le camp ou la ville recevait le nom de Kfkdr, « fort de pierre 9, ou de Fejér vâr, a fort blanc v, appellations qui sont fort communes dans le pays. Les mêmes étymologies se remarquent dans la langue des Slaves. Bel grad , « fort blanc » ; czemi grad ou czom grag , a fort noir » .

Le château de Ko'vàr paraît donc remonter à une époque assez ancienne. Il commandait l'entrée de la province ; aitssi dut-il soutenir plus d'un siège. On cite entre autres celui que Grent les Transylvains en 1S67. Celait le ïemps où le prince Jean Sigismond était forcé

de reconquérir sar les Impériaux l'héritage de sod père. L'artillerie ayant fait brèche aux remparts ^ les Hongrois donnèrent Tassaut. On se battit avec acharnement pendant plusieurs heures. A la fin , les assaillants, que le prince conduisait bravement y se virent contraints de reculer. Ils furent plus heureux dans une seconde attaque. Malgré le déluge de poix et de résine qui pleuvait sur eux , les Hongrois s'élancèrent aux murailles. Un des commandants de la garnison » blessé mortellement par le contact des matières enflammées qu'il lançait sur les assiégeants, fut emporté dans le château. Les Impériaux perdirent courage. Abandonnant les créneaux, ils coururent 5 sur les traces du capitaine » faire panser leurs blessures. Le silence succéda au tumulte de la bataille sur les remparts abandonnés. Les Hongrois les escaladèrent et passèrent toute la garnison au (il de répée.

Sous le gouvernement des princes Kovàr servit également de forteresse et de prison d'état. C'est là que David Zolyomi expia par une captivité de dix-huit ans sa trahison envers George I Rakôtzi. Pendant la Croisade y le château tenait pour les Révoltés. Dans un moment où Tarmée insurgée se trouvait aux environs , la garnison, composée de Hongrois y invita François Ràkôtzi à en prendre possession, k Je visitai en passant» dit le prince, la place de Kovàr, située sur le passage môme , sur un roc escarpé et fort haut. Sans une espèce de dehors

muré et assez mal flanqué, elle ne servirait de rien pour la défense du passage. Cette enceinte étant assez grande, elle peut contenir une bonne garnison. Il en dépend un district qui porte le nom du château , et qui rend ce gouvernement assez proGiable pour être recherché par les grands du pays. La famille de Teleki se Tétait rendu comme héréditaire ; le comte Michel , qui me l'avait remis , en était gouverneur. Il me reçut à la tête de sa garnison , composée des habitants du district, qui sont chargés de le pourvoir de tout. Ce sont des montagnards assez courageux et fort affectionnés à leur forteresse ; en sorte que je les laissai sans rien changer aux coutumes. »

Lorsque, après le départ de Ràkôtzi pour la France, les Impériaux reprirent possession de la Hongrie, des commissions s'organisèrent, malgré Tamnistie promise, et commencèrent à inquiéter ceux qui avaient pris part à rinsurrection. Mais l'attitude du pays lit promptement arrêter les enquêtes. Un tribunal de ce genre fut institué h Nagy Bànya, et manda à sa barre Michel Teleki. Celui-ci parut, suivi des notables du district de Rovâr, coupables, comme lui, de s'être levés contre l'empereur. C'était un homme de haute stature, taillé à la barbare, avec la moustache noire et pendante et de grands cheveux tombant sur les épaules. Il entra dans la salle en tenant à la main sa masse d'arme , et portant , par dessus son costume , la peau de tigre adoptée par les officiers de

Rftôui. Il s'assit négligemment en face du bureau et attendit. L'accusateur antricftien ftit charmé de faire sentir sa puissance à un Hongrois et à un homme d'épée; et, avec un geste dont IMiisolence scandalisa les assistants : « (2uis es tu? » demanda-t-îl. Celui auquel cette question s'adressait se leva vivement, fit un pas vers la table, et, la faisant voler en éclats d^un coup de sa masse d'armes : « Ego sum , répliqiia-t^il, sacri romani imperii cornes Michael Teleki de Szck,.,, teremtelte! Ergo^quises tu? » Mais il n'avait pas achevé sa réponse, que tout le bureau, effrayé, avait précipitamment quitté la salle. Dans cette conjoncture, les accusés ne trouvèrent rien de mieux à faire que de remonter à cheval et dé gagner leurs villages. On se dispensa de les faire comparaître une seconde fbis, car les perquisitions furent suspendues , d'où ils durent conclure que Sa Majesté s'était trouvée satisfaite des explications données à ses représentants.

An retour de la paix, RSvdr fut démantelé par ordre de' l'empereur, expiant ainsi le crime d'avoir porté sur la plus haute de ses tours le drapeau des Révoltés. Le château se composait de deux parties. Sur le fette de la montagne s'étendait un bâtiment destiné à servir d'habitation seigneuriale, tandis que plus bas l'édifice prenait la forme d'une forfei^esse. Dans les chroniques, R^'va^ est désigné sous le nom de arx duplex, Anjour'^ d'hui ce ne sont que des ruines qui s'élèvent à qneiques

piedB du sol , et il est impossibte de rien distinguer dans cette masse de décombres.

Ce qu'on a de mieux à faire quand on est monté jusque là avec des espérances cf archéologue , c'est de tourner le dos aux pierres , et de se consoler en regar« gant le pays. Toutes les montagnes environnantes sont hérissées de forêts épaisses. Le vent, qui souffle avec force autour de ces débris , creuse de larges sillons sur cette mer de feuillage qui ondule à vos pieds. Rien ne trouble le silence de ces vallées sauvages , si ce n'est la présence des montagnards qui poursuivent le chevreuil. Çà et là un léger nuage bleu paraît un instant au dessous des arbres , le coup retentit , et les chiens courent en aboyant. Une petite rivière, la Lâpos, trace une longue ligne d'argent au fond de l'étroite vaTlée qui fait face aux ruines, puis se perd en serpentant dans la profondeur des forêts.

A l'horizon on voit se développer d'autres montagnes également ombragées d'arbres. A leurs pieds plane éternellement une épaisse fumée. C'est là que sont situées les mines. Plusieurs villes ou villages se sont élevés aux alentours. NagyBânya, dontlenom signifie «grande mine»^ compte trois mille habitants. C'est une petite ville assez bien bâtie où se trouvent une maison qu'habita Jean Hunyade, et l'une des églises qu'if éleva après sa victoire de Szent-Imre. Nagy Bdnya était autrefois entourée de murailles, et Jean Sigismond, après la

prise de Kôvâr, ne put s'en emparer qu'à Faide d'uo assaut meurtrier. Plus tard, quand le pays fut agité par les partisans de Tôkôli y cette petite ville eut Taudace de fermer ses portes à une armée autrichienne. Elle se livra elle-même à Râkôtzi à l'époque de la Croisade , ce qui lui attira la colère de l'empereur. Après la guerre, ses murailles furent abattues.

Dans les anciennes chartes , Nagy Bânya était appelé Bivulus dominarum, parce que les femmes y lavaient Tor dans les ruisseaux, selon les uns, et, suivant les autres, parce que les revenus des mines appartenaient aux reines de Hongrie. Ces mines étaient connues des Romains, et on retrouve encore les restes des travaux qu'ils y entreprirent. Geyza II y attira en 1142 des ouvriers allemands. Depuis cette époque les mines furent presque continuellement exploitées. Mathias Corvin les loua aux habitants 13,000 florins. Deux siècles après, la prince Sigismond Bathori leur abandonnait, pour trois années, le revenu des mines, moyennant une somme de 33,160 écus.

Aujourd'hui les mines sont possédées en partie par l'empereur, en partie par des particuliers. Les usines impériales donnent annuellement, en minerais bruts , 115 kilog. d'or, 3,000 kilog. d'argent, 860,000 kilog. de plomb, 22,800 kilog. de cuivre, et 228,000 kilog. de fer. Les usines particulières produisent environ 140 kilog. d'or, 2,600 kilog. d'argent, 118,000 kilog. de

. plomb, et 11,240 kilog. de cuivre. On extrait le métal, comme dans le district de Zalathna , en grillant et en . bocardant : aussi les forêts sont-elles continuellement enveloppées dans une épaisse vapeun Lorsque le temps , est sombre, rien n'est plus mélancolique que ce paysage ; mais il devient splendide quand paraît le soleil : la partie éclairée de la forêt s'illumine sous les rayons, tandis que le reste se perd , en vagues contours , dans . un brouillard bfeuâtre.

A Nagy-Bànya on obtient surtout de Tor ; à Felso- Bânya et à Kapnik, de l'argent et du plomb. Dans la dernière de ces deux mines, sur mille quintaux autrichiens de minerais, il ne se trouve qu'un seizième de livre d'or ; cependant on ne manque pas de l'extraire. Les mines sont exploitées là sous la surveillance des officiers du fisc , et les six cents habitants de Kapnil^- Bânya tirent leur subsistance de ce travail : tout le monde se fait mineur. Le village est situé dans une vallée romantique, au fond de laquelle court un torrent coupé perpétuellement de cascades, et doutTcau met en jeu les marteaux qui broient les minerais. Les maisons ont trouvé moyen, sur ce sol montueux et accidenté, de s'aligner en une longue rue qui serpente et s'échappe capricieusement entre le torrent et de hautes murailles de verdure. Les montagnes qui entourent Kapnik ont la forme de dômes, et sont couvertes d'arbres et derochers. Après avoir respiré l'air delà vallée, u. 23

nom eiitrepfliDAy à travers les mines , «oe de ces promenades fantastiques oà Ton oublie tout sentiment d'eiistence terrestre. Nous parcourûmes , dans le silence et les ténèbres^ un espace d'enriron six cents toises, arrêté de temps à autre par quelques hommes noirs qui yeaaiènt en droite ligne de l'empire des ombres ^ et poussaient; en courant, leurs chariots aux roues de fer arec un bruit infernal. Les galeries, en quelques endroits, étaient envahies par Teau ; ailleurs elles étaient si étroites qu'il fallait, en s'aidant des pieds et des mains, presser les murailles humides. Je sortis de là complètement métamorphosé , et j'estime avoir soustrait ce jour^Ià à Sa Majesté Apostolique, en boue argentifère, la valeur de dix écus.

RapnifcBànya est le plus éloigné des villages peuplés de mineurs. Jusque là la route est assez bonne , quoiqu'on monte plusieurs heures pour y arriver. Elle passe entre des montagnes boisées et des vallées vertes; parfois elle se resserre entre des rocs élevés et des torrents dontles eaux bruyantes tombent , couvertes d'écume, sur des pierres noires. Çà et là, des roches gigantesques se dressent comme des arcs. Partout, au flanc desmontagnes, se montrent des déchirures profondes, qui tranchent en brun sur le vert du gazon et des arbres. Ce sont des lits de torrents, lesquels , à sec d'ordinaire, versent l'eau en abondance , aux jours d'orage , après quelques heures de pluie. Ils aboutissent à des courants

— 35S — rapides qui occapeot le fond des vallées^ et au dessus desquels , d'une rive à Tautre , sont jetés , en manière de ponts, des arbres séculaires, à une hauteur de trente pieds.

Entre Felso-Bdnya et Kapnik, à une portée de fusil de la route, on voit deux rocs qui ont parfaitement la forme d'une meule de blé on de foin. Suivant la tradition , c'est la récolte d'un mauvais riche que le Ciel, dans sa justice, sut punir comme il le méritait Un marchand honnête les vendit , il n'y a pas long-temps , à un nouveau venu , à l'époque oà ils étaient cou* verts de neige, et se les fit payer au prix du blé. Gomme j'examinais ces rochers, je rencontrai un Valaque aux cheveux longs , à l'expression sauvage , bonne et enfantine. C'était un crétin qui se tenait là pour empêcher les animaux des bois de manger son mafs. Il nous raconta que, l'année précédente, un ours était venu faire un repas copieux dans son champ; il imitait l'allure et l'attitude de l'animal , saisissait les tiges du maïs entre ses bras ouverts , penchait la tête et mâchait, comme avait fait l'ours ; et il riait d^un rire d'enfant.

A partir de Kapnik, en se dirigeant vers Szigeth , on passe sur la cime même des montagnes , lesquelles se terminent en longues prairies. De ces sommets, l'on découvre, d'un coup d'œil, tous les sites majestueux et sauvages que l'on a parcourus. Par malheur Te temps

était couvert peudant que nous gravissions ces grande^ côtes 5 et nous n'aperçûmes ni village, ni homme^ ni ours mangeant au loin les mûres et les roses, ce qui est, dit-on , l'accessoire obligé de ce paysage. Les nuages nous entourèrent tout le jour. Il y avait quelque chose d'étrange à avancer solitaire sur le chemin presque vertical que nous suivions, enveloppé dans le brouillard humide qui fermait Thorizon à quelques pas de nous. Gela ressemblait fort au chemin du ciel , d'autant plus qu'on jdit * celui-ci très raboteux. Je ne sache pas, en effet, de route plus abominable que celle-là , moi qui fais profession d*en parcourir tant, et de si mauvaises. De Kapnik à Sugatag, le chemin n'est plus un chemin : ce sont de continuels précipices, où il faut disputer le passage aux. torrents , et dont il semble impossible de sortir sans mésaventure. J'aurais eu à -regretter quelque accident si je n'eusse eu, ce jour-là, le meilleur cocher de toute la Hongrie^ ce pays si fertile en excellents cochers. J'ai su de bonne source que tous les pèlerins qui, alors , ont tenté le même voyage , ont unanimement versé, et plusieurs fois. Un retard involontaire m'exposait à m'en^ gager de nuit sur cette route périlleuse, si l'un des inspecteurs des mines, M. Stoll, qui m'avait obligeamment guidé dans ma promenade souterraine de Kapnik, ne m'eût retenu de force sous son toit. Je me persuadai le lendemain que je lui devais la vie, lorsque je passai, au grand soleil, sur des ponts submergés, dont l'étroite

charpente disparaissait sous des torrents de deax toises de profondeur.

Entre les montagnes boisées qui contiennent ces mines, il en est une qui les domine toutes, et que l'on nomme le Gutin. Le sommet en est rond et nu , ainsi qu'un immense dôme. La terre , noire comme celle de la Limagne , est couverte de plantes rampantes , et étoilée de fleurs. Il y croît une herbe douce, longue et fine, comme je n'en ai jamais vu ailleurs ; le pied enfonce doucement dans ce tapis parfumé, et la reconnaissance m'oblige à dire que je dois à l'herbe du Gutin une des meilleures nuits dont j'aie gardé mémoire. Dans quelques parties de la montagne , le soi résonne sous vos pas. La vue , de cette hauteur, est fort belle : d'un côté se déploie la Transylvanie ; de l'autre le regard plonge et se perd dans les steppes, parsemées de points blancs et de fils d'argent. Le guide voulait absolument que je visse la Theïss, qui coule à deux journées de là.

L'extrémité occidentale du Gutin est bordée d'un roche r de quelques cents pieds de longueur, carré, droit, et pour ainsi dire crénelé. Des fentes verticales qui raient le roc à intervalles égaux figurent les interstices réguliers qui sépareraient de colossales pierres de taille. On dirait une citadelle cyclopéenne détruite par des cyclopes. De tous côtés des rochers à demi enfoncés dans le sol, entre les sapins, semblent les moellons qui en auraient été arrachés et lancés au loin. Quelques

uns soDt roDds comme des tours. Il y en a qui forment un pont; d'autres se penchent et vous menacent : on s'attend à les voir tomber^ et bondir» de pente en pente» jusque dans la plaine. Sur le sommet de la montagne placée immédiatement au dessous du Gutin est un de ces lacs que les Hongrois, dans leur langue figurée» ap* pellent t œil de mer », tenger szem, parce qu'on ne peut» dit-on, en trouver le fond. Le bétail refuse d'y entrer. Un vieux Bohémien qui se trouvait là quand nous approchâmes s'empara de l'enfant qui avait la garde de nos chevaux» et lui conta la fabuleuse histoire qui suit.

« Un jour les pâtres qui conduisaient leurs troupeaux près du lac entendirent un bruit étrange et virent Teau s^agiter violemment. Un animal effrayant» comme aucun d'eux n'en avait encore vu , sortit tout à coup» marcha droit au troupeau voisin, emporta la plus belle vache» et disparut sous les vagues. Les pâtres se gardèrent bien de revenir le lendemain ; mais d'autres revinrent à leur place, car l'herbe est bonne. Le lendemain donc» le dragon sortit encore et enleva encore une vache. On sut bientôt partout qu'un monstre habitait le lac du Gutin. Les bergers menèrent leurs troupeaux bien loin. Le dragon» lui» ne se découragea pas. Il sortait à son heure accoutumée , marchait jusqu'à ce qu'il rencontrât un troupeau, emportait une vache et s'en retournait. Le comte suprême de Szigeth vit bien qu'il devait se mêler de cette affaire. Il donna

des ordres à ses gens et vint lui-même an bord do lac. Biais il eut beau faire, le dragon prenait toos les jours sa vache. Alors on promit trois cents florins à celui qui tuerait le monstre.

» 11 y avait un jeune pâtre qui brûlait d'envie de se venger du dragon et de gagner les trois cents florins. Après avoir long-temps réfléchi , il imagina de remplir de chaux vive la peau d^un veau, qu'il plaça au bord du lac ; iuiHOiéme se cacha dans un buisson. Le dragon sor« tit> suivant son habitude , et se réjouit tellement de trouver si vite une proie , qu'il avala le veau sur-lechamp; puis il plongea. Le pâtre attendit An bout de quelque temps, Teau fut poussée hors du lac , et le dragon parut mugissant d'une manière terrible. Il était effrayant à voir, se tordait en tous sens, et battait de sa queue Teau , qui semblait Je fuir. A la Gn il s'envola ; mais il ne put aller bien loin , et retomba lourdement. Il était mort. Le pâtre reçut les trois cents florins , et comme il avait fait preuve de beaucoup d'esprit , il fut anobli. Depuis ce temps l'eau du lac est empoisonnée , et le bétail ne s'y désaltère pas. 9

C'est là à coup sûr une fable valaque , ou une de ces histoires merveilleuses que se seront racontées dans les mines les patients et adroits ouvriers venus, au XII« siècle, de l'Allemagne. La tradition hongroise aurait représenté un hussard paré de ses éperons d'argent^ monté sur un cheval turc, et tuant le dragon à coups de sabre«

Celui auquel ce récit s'adressait ne voulait pas y ajouter foi. Le vieux conteur avait beau affirmer; l'enfant, qui sans doute avait été à l'école , répondait que l'histoire ne lui paraissait pas croyable. La discussion qui s'éleva entre eux était fort comique dans la forme; mais elle avait un côté sérieux : au fond, l'enfant personnifiait le progrès.

La pluie nous surprit pendant le récit. Nous cher-^ cbions à nous abriter sous les arbres, quand nous fû^ mes tout à coup entourés par quelques centaines de moutons, que trois vigoureux bergers chassaient devant eux, et ramenaient rapidement au bercail. Après nous avoir regardés un instant d'un air demi-Caropche ^ ce qtii nous parut motivé par notre langue étrangère et nos habits d^hommes civilisés, ils nous dirent assez rudement que leur chaumière avait uti toit plus solide que les feuillages des chênes, et nous invitèrent à les suivre. Dès que nous fûmes arrivés , les bergers placèrent un banc au milieu de la principale chambre, nous offrirent des écuelles de bois et du pain de mais, et mirent devant nous un énorme chaudron rempli de lait caillé « Pour eux, ils se retirèrent dans une pièce voisine ^ et nous acquîmes la conviction qu'ils mangeaient avec un appétit de montagnards. Ces hommes étaient valaqucs. Aussi furent-ils très sensibles à l'attention que nous eûmes de les remercier dans leur langue. Ce fut au contraire avec une complète indifférence que celui qui pa-

raissait leur chef vit briller uoe pièce d'argent entre le» doigts de son fils, bel enfant de douze ans» qui courait entre les arbres comme un chevreuil.

Quelque attentif que nous ayons été» dans le cours de cet ouvrage» à ne point parler de nous, et à ne noua mettre en scène que dans certaines anecdotes qui pouvaient servir à la connaissance du pays, nous ne pouvons nous défendre de dire que ce fut entre ces monta* gnes et celles de Rôvàr, dans un lieu appelé Hosszu*^ falva, « long village »» que nous habitâmes quelques années. Qu'il nous soit permis de citer une fois ce nom» qui nous rappelle que» loin de la France » nous avons» pour ainsi dire, retrouvé la patrie. Le temps trop court que nous y avons passé compte entre nos plus cher» souvenirs. Sans doute on peut vivre partout de la vie de château ; on trouve partout de l'air» des chevaux et des livres. Mais nous n'avons goûté que là une complète indépendance : là» nul souci de ces mille devoirs de convention» de ces innombrables servitudes» qui vous enchat*» nent ailleurs. Convenons aussi que nous ne pouvions être plus favorisé du sort. Amené dans un pays entièrement nouveau et si différent du nôtre» nous ne pouvions mieut faire que de tomber dans une de ces rares maisons où s'est conservé le reflet des anciens jours. Dans un temps où tout s'efface » il nous a été donné de reculer de quelques siècles» et d'entrevoir une existence oubliée aujourd'hui» grâce à la présence d'un homme immobile

eomme Vimpatidus vir d'Horace^ et doot la parole, tour à tour savante et spiritaetle» nous rappelait seule l'époque où nous vivions.

Ce qui donnait le plus de charme à cette vie nouvelle pour nous, c'était le bien que nous voyions faire chaque jour à ceux au milieu desquels nous nous trouvions. Nous avons dit ailleurs quels sont aujourd'hui les rapports du noble et du paysan. La loi ne reconnaît plus^ en Transylvanie, de maître ni de serfs. Il ne se trouve, en attendant le moment qui va proclamer Tégaiité civile, qae des propriétaires et des fermiers , dont les droits et les redevances sont déterminés. Dans notre XiX« siècle, les idées de progrès ont fait assez de chemin pour que nous ayons pu voir l'oppression d'autrefois remplacée par la jH^otection que le riche peut toujours exercer sur te pauvre. Lors de la terrible famine de t818, les habitants d'Hosszufalva furent nourris durant tout un hiver par le seigneur. Ils venaient chaque matin , en rang , prendre le pain qu'on avait pétri pour enx la nuit. Le rnême fait se reproduisit à Zsibô et encore ailleurs. Je sais plus d'un village où le paysan sent qu'il existe entre lui et le possesseur une sorte de lien de famille, qu'il se garde bien de rompre. £st-il malade, a-t-il un procès, ses ressources sont-elles épuisées, il sait où trouver conseil et secours.

En Allemagne, certaines feuilles qui voient avec dépit la Hongrie échapper à l'influence germanique ne lui

pardonnent pas le nnoaTement libéral que nous ayons^ signalé; elles n'ont que des paroles hostiles pour la now blesse, qui le représente. Nous croyons que les faits ré^' pondent assez à leurs paroles. Le pouvoir exercé aotre^ fois par les possesseurs nobles a été abandonné par le& nobles eux-mêmes, qui travaillent sans relâche h élever jusqu'à eux les classes inférieures. Lesdernièresdiètesde Hongrie ont diminué les charges du paysan , et des voix qui en réclament la suppression totale s'élèvent parmi les magnats. Elles lui ont accordé déjà la faculté de po&* séder le sol, celle de remplir tous les emplois publics.. La diète de Transylvanie a marché et marche encore sur les traces de celle de Hongrie, lorsqu'elle ne la de* vance pas. Ce sont là des faits irrévocablement acquis à rhistoire ; et les phrases que l'on formule à plaisir pour en atténuer la portée ne nous inspirent que plus d'empressement à rendre aux nobles hongrois la justice qui: leur est due. Où a-t-on jamais vu une classe privilégiée prendre l'initiative , renoncer d'elle-même à ses privilèges, déclarer, par exemple, qu'elle veut désormais acquitter l'impôt. Il semble qu'on soit mal venu à accuser une aristocratie, lorsque les diètes, qui ne sont pas autre chose que l'expression de sa volonté, témoignent hautement de ses sentiments. La féliciter , c'est lui dire que son devoir est de poursuivre.

Sans doute, malgré la tendance générale, malgré le noble exemple que nous avions sous les yeux, les grand t

possessears n'ont pas toujoars conscience de leurs devoira. En leur absence, on par saite de lear négligence, un intendant qui , en sa qualité de parvenu , cherche avant toutes choses son profit , et plus souvent encore le gentilbomme pauvre qui n'a à sa disposition qu'un petit nombre de bras pour cultiver sa terre, pourront encore trop aisément peser sur le paysan. Hais sices faits, que l'on ne saurait trop sévèrement blâmer, se renouvellent.encore , il faut accuser, plus que les individus qui les commettent, les employés des comitats, auxquels est confiée l'exécution des lois votées en faveur des classes inférieures. C'est dans leurs miins qu'a été déposée l'autorité résignée par le gentilhomme. Malheureusement il arrive trop souvent qu'ils se montrent indignes de leur mission, grâce à l'incurie du gouvernement, et que , loin de protéger le paysan, ils abusent du pouvoir qui leur est échu récemment, pour peser sur lui autant et plus que le propriétaire injuste. Voilà surtout à quelle oppression il est exposé; aussi se méiie-t-il de certaines exclamations poussées au nom de l'égalité. On conçoit qu'un possesseur né dans le village, ayant grandi au milieu des habitants , ait d'ordinaire de meilleurs instincts que tel employé nouveau venu , dont le principal désir est de faire lestement sa fortune. De là vient qu'on entend des paysans regretter l'ancien état de choses, qui a été aboli dans d'excellentes intentions : car, en principe, il vaut mieux que te

villageois reconnaisse l'autorité d'une adminisiratiod que celle d'un homme. Ce n'est là néanmoins qu*un mal passager ; et en acquérant la propriété , le plus puissant moyen de développement, le paysan acquerra l'indépendance, le plus précieux de tous les biens.

Nous avons pu , mieux que tout autre, apprécier le travail qui s'accomplit à cette heure en Hongrie, en comparant nos souvenirs avec le spectacle qui a frappé nos regards y au sein des pays les plus civilisés. S'il y a des serfs en Europe , c'est là où l'industrie règne en souveraine aveugle et absolue. Là , s'il doit y en avoir encore, se lèveront les nouvelles jacqueries. Personne n'avancera que la condition actuelle des paysans de Transylvanie soit fort digne d'envie, et c'est ce quç prouvent les efforts constants de la noblesse pour l'amé-^ liorer ; mais du moins sont-ils à l'aurore d'une vie nouvelle. En revanche, y a-t-il rien de plus désespéré que l'état des prolétaires anglais ?

Grâce aux mesures qui vont être prises pour faciliter Tacquisition du sol au paysan , celui-ci deviendra prochainement, de fermier, propriétaire. Mais on aremarqué que son premier instinct ne le porte pas à changer de condition. Yoici l'explication de ce fait, qui peut paraître étrange au premier abord* J'ai entendu un possesseur proposer à l'un de ses tenanciers le mar<;hé suivant : c La diète, lui dit-il , t'a donné le droit d'acheter le sol, et sans doute le roi contirmera cette décision.

To as beaucoup de bétail : estime toi*Bi6me tes bœuCs » dooDe-m'en assex pour payer too ebamp , et tu de* tiendras propriétaire libre » seigneur comme moi. — Non pas, répondit vivement l'antre en clignant des yeux ^ et en comptant sur ses doigts les avantages et les désavan* tages de l'afiaire. Si je vous donne mon bétail , vous me donnez votre terrain , cela se compense. Hais ce lerrain*là devra se partager également entre tous mes ils. Et que restera-t-il aux fils de mes fils? -^ Ils trouveront moyen de vivre, ils apprendront un métier. -^ Un métier? Il y a par ici trop d'Allemands et trop de J^oift. Nous sommes 5 nous, laboureurs. Mes enfants, à la fin, n'auraient plus rien , et ils deviendraient pauvres comme des nobles en sandales , tandis qu'aujourd'hui chacun d'eux peut vous demander un champ et une maison. » Pour comprendre cette réponse , il faut savoir que les gentilshommes campagnards, dont Théritage va toujours se divisant, sont quelquefois si appauvris, que les paysans les prennent à leur service et les envoient à leur place faire la corvée.

C'est encore le magnat qui bâtit l'église et entretient 4e prêtre du village. C'est lui qui fonde l'école et y attire le plus d'enfants possible. Le paysan veut que son fils l'accompagne aux champs , et il faut souvent insister beaucoup pour qu'il lui laisse le temps d'apprendre à lire. Chaque jour l'école est ouverte, et quand la clocIm se fait entendre , les petits garçons et les petites

filles sortent 9 en jouant , des cbamnières pour courir jfux classes. Quelquefois, la veille des vacances ^ le matt tre annonce un examen , et prie les notables du vMlage d'y assister. C'est partout un intéressant spectacle que de voir les résultats de Tinstruction donnée aux enlMits du peuple 5 mais l'intérêt s'acerott encore dans les éco«> les de Hongrie. Dans les villages de France ou d'Aile^ magne , l'enfant arrive cuirassé dans un bel habit de drap à boutons jaones ; il semble qu'il n'y ait rien d'extraordinaire à ce qu'un petit bonhomme ornéd'nne cra»vate blanche ne soit pas tout à fait ignorant. D'ailleurs il a devant loi l'exemple de son frère atné, qui a biefi étudié à l'école, et qu'on a mis an séminaire pour en faire un prêtre, ce qui , au dire de son père, est une excellente chose. Ici vous avez devant vous .des fils de paysans, à peine vêtus, pieds nus , qui répondent de la façon la plus intâressanle aux questions des maîtres. Us chantent en chœur à votre arri-vée; puis TextimeQ coi»mence. Les plus petits s'avancent , le visage ronge com^ me une cerise, nomment les lettres et épellent; d'autres lisent , et en même temps on vous montre leur éoriture. Enfin les plus |[rands sont interrogés sur l'histoire sainte, Thistoire de Hongrie , la géographie , l'arithmétique, et même sur Tastronomie. Ceux-là ne retourneront plus à l'école. Demain ils commenceront leur vie de laboureur. Ils iront travailler avec leurs pères, qui, la bouche béante,, les yeux grands ouverts ^ laissent

tiruyammeot éclater leur surprise en apprenaot par leurs fils que notre planète tourne autour du soleil. Ils saTenty ces enfants , que renseignement de l'école ne leur servira guère dans leurs travaux journaliers ; mais le maître leur a dit qu'ils peuvent devenir des hommes utiles, et que l'instruction seule élève l'homme au dessus de l'animal. A présent, cette instruction nécessaire est acquise, et ils redeviennent paysans.

J'ai assisté plus d'une fois à des scènes semblables. Il -arrivait souvent, dans mes voyages à travers le pays, que le seigneur du lieu réunissait les enfants de l'école €t les interrogeait devant moi. J'avoue que j'écoutais avec un vif plaisir. J'ai gardé, entre autres, bon souvenir de l'école de Gernyeszeg , qui prospère sous la protection d'un jeune magnat plein de cœur, le comte Dominique Teieki.

Assurément le temps viendra où les détails que nous ilonnons ici seront lus en Transylvanie avec cet intérêt qui s'attache aux choses du passé. Peut-être même que ce jour n'est pas éloigné. Déjà les mœurs nationales s'affaiblissent; les jeunes gens, de leurs voyages, rapportent les habitudes étrangères. A leur retour, par exemple , ils congédient l'armée de domestiques qui , de temps immémorial , peuplaient la maison , et se font servir, comme cela se pratique en Angleterre , par quelques valets élégamment vêtus.

Ce n'est pas sans dessein que je cite ce trait caracié-

ristique. Autrefois — on peut presque employer cette expression — il y avait dans le village certaines familles vouées d'avance au service du seigneur. Les enfants grandissaient avec le jeune maître, et figuraient plus tard dans sa maison Jusqu'à ce qu'ils fussent remplacés à leur tour par leurs fils. Dix de ces gens faisaient la besogne d'un valet d'auberge de Londres , cela est vrai. Mais n'étaitce rien que les traditions d'attachement qui se perpétuaient de génération en génération? D'ailleurs ces liaisons dataient de loin. Souvent une famille devait le privilège de fournir des domestiques au dévoûment d'un de ses membres dans un combat contre les Turcs. Ad^ mis à jamais au service du seigneur, ils se considéraient comme membres de la maison , et prenaient part à toutes les joies comme à toutes les douleurs du mattre. Il ne se passait jamais rien d'important sans qu'ils fussent là; et le mariage dont je fus témoin peu de temps après mon arrivée est sans doute le dernier de ce genre qui ait été célébré dans le pays.

La cérémonie eut lieu dans la grande salle du château, dont les murs étaient tapissés de vieux portraits de famille et d'armes ramassées sur les champs de bataille. Au bout étaient placés le chapelain , et immédiatement après lui les époux. Derrière eux venait la famille, rangée en demi-cercle. Les deux battants de la porte étaient ouverts. L'extrémité de la salle et l'escalier étaient remplis de la foule des domestiques des deux II. S4

— 3TO~ seies, de tant raaget de tant âge, tous bottés à la boogroise. Quand la cérémonie fut achevée , le plus igé d'entre effx, vieux hussard blessé à Hoheniinden, s'approcha du jeune marié , et lui dit : « J'ai assisté à votre baptême, j'ai assisté à votre mariage; puissé-je voir ia naissance de votre premier enfant, et je mourrai beoraixli

FIN DU TOME DBUXIÈIIB BT DBBNlSa.

UOTSS.

TURCICiE LlTANliE

Quoi magnus vezirius Kara Mustapha Bana in avemali moêchea in honorem fratrie mi Régis Gallianim in dies orare solet, ex turcico in germanieum , nune in latinum translatée (1).

Pater innunierabiliura spuriorom filiorum,

Fili Mazarini ,

Spirîtus MabooietiSy

Rex sine Deo ,

Rex sine iide^

Oceidentalis Turca , \ |

Amator affabilium virginum ^

Gontemptor virginitatis ,

Auctor regii sanguinis,

Artificiose mage ,

Obcaecator Germanorum ,

Persecutor Italorum ,

Ëxtirpator Hispanorum , I J £

Hostis Ëlectorum Principum ,

Destructor urbium ,

Devastator provinciarum ,

Suppressor omnium bominum ,

Eradicator HugenoUarum,

Amice Turcarum ,

Yicîne Daemonum ,

Posscssor mnltonim aliortim bonortiro ,

Turbator pacis et quietis j

(1) Vôyeïch. 5.

Qui nionachum geDitorem habuisti ,

Qui tredccim mensîbus io utero matrîd' bnsisti^ Qui cuih dentibus nalus es ,

Qui muhis aimis eum Madama ée Moatespan ut Tir oo-

habitasti^et tameo gallicuni moi^bum nunquan ao**

eepisti ,

Qui ennetas damas gallicas bénigne protegis ,

Qui ille Tir es , cni ante paoeos annos una die quatuor^

decim spurii iilii baptizati sunt.

Qui iQos cavalleros gallicos cornibus artificiose corona^, Qui Glii tui Delpbini vices in prsestando debito muliotiot

agis, Qui multa promittis, et pauca servas, Qui pecunia et non Marte hosties, tuo» ¥iQob:|^ Qui cum Hollandis fraudulenter bellmn g^rîs^ ^H

Qui Polonos per Bethunium seducere tentas, Qui Qermaniae Principes pecunia obcœcas , | S

Qui Rebelles in Hungaria , in nialo eorum proposito

coilfortas, pecuniam eis submittendo^ Quv Ifëkolio gratiam Caesareni dissuades , Qui imperium Romanorum extrême oppugnare et tibi

subjugare quaeris y Qui doraum austriacam eradicare jurasti , Qulvitae Imperatoris Romani imidiaris.

Qui summum Pontificera omni modo exosBcare nite^

ris, Qui magiis Freiburgum occupasti, Qui fraude Argentoratum adeptus es,.

» Qui contra jus ducem Lotharingis sais provinciis spo-

liasti , Qui septentrionales coronas ad inquiétera concitas ,

Qui m omnibus auiis nequissimos tuos spiones alis^ J i

Qui cœlestiRegnojam pridem renunciasti, ( § s

Qui pacla cum Porta ottomanica constanter servas, (3 ^

Qui aliquando in seternum noster concivi^ futurus es^ | |

Lupe qui toUis provincias et génies , ) £ .

Lupe qui toUis proximo uxorem suani , > i â

Lupe qui tollis opes et bona , )s "

Oremuê»

Potentissime et invictissime frater Ludovice, qui per totam vitam tuam proximi bona peliisti et semper bonus amicus Tur* carum fuisti, et per servitia dilectissiroae tuœ Madaniœ de Montespan^ nobis miseris Turcis tuis armis opitulare, ducemque Lotharingiae cum copiis christianis e\ Hungaria fuga , ut per auxilium tuum gaudio afficiamury tuumque nomen in aver-* nali moschea aeternum laudemus et deprœdicerous. Âmen«

DIPLOMA LEOPOLDINUM

BT

ABSOLUTIO ALTENTZIANA (I).

Le droit public , en Transylvanie^ a deux sources : les Diplômes et les Lois.

Les diplômes sont 1* la Bulle d*or (1222) ^ 2» le Privilège d'André II aux Saxons^ S^'les Conditions des Princes^ U"" le Diplôme de Léopold avec les Suppléments et la Résolution d'Alvintzi.

Les lois sont 1<» les Décrets des rois de Hongrie } 2"* le Décret trfpartit; ,">« les Approbatœ Constitutiones (de 1 5 ^0 à 1 65 3, mises en ordre par George Ràkotzi) ; U"" les Compilatœ Ctm^ stituHones (recueil, comme le précédent , des lois votées par la Diète, de 1653 à 1669, confirmées par Michel lApaffi); b"* les ArticuU novellares, postérieurs aux précédents, qui vont de 1669 jusqu'à nos jours.

Nous donnons ici le texte entier du Diplôme de Léopold et de la Résolution d'Alvintzi.

DIPLOMA LEOPOLDIMOM IN FOHMA SOLBMNI BXPBDITUM.

Nos Léopold US Divlna favente clementia electus Romanorum Imperator semper Augustus, ac Germaniae, Hungariae, Bohemiae, Groatiae, Dalmatlae, Sclavoniae, etc., Rex^ Archi Dux Austriae, Dux Burgundiae , Brabantiae, Styriae, Carin-

(i) Voy. chap. 5.

thiae , Carnioliae , Lucemburgi, ac superioris et inferioris Silesiae , Y ûrtembergae et Tecbae \ Priîieeps SveTiae ^ Marcbio Romani Imperii, Burgoviae^ Moraviae, superioris et inferioris Lusatiae ; Cornes Habsburgi^ Tyrolis Ferretis, Kiburgi et Goritiae; Landgravius Alsatiae; Dominas M arcbiae Sclavonicae, Portus Naonis et Salinaram, etc., etc, Magoificis , Egregiis, Strenuis et Nobilibas , Prudentibus ac Circumspectis, Fideli-bus sincère nobis dilectis, universis Statibus provinciae Transsyivaniae, et reliquis tam ecelesiasticis quam secularibus, quorum interest, gratiam nostram Caesaream Begiamque et omne boDuro Illis bénigne perspectis quae Transsylvanfae ablegatus egrcgius fidelis dilectus Nieolaus de Belhlen uberrime exposnit, quidnam a Nobis quoad confirmalionem Dlplomatis de 28* JuniiA. 1686 desiderati, quoad religiones ibi locorum nsitatas , quoad patriae leges et consuetudines, quoad privilégia, dignita • tes et officia^ quoad sublevanda porlionum et bybernorum onera, quoad provinciam in pristinum florem redintegrandam , aiiave saluti publicae multum servientia, débita erga Nos veneratione et fidelitate efflagitet ; supremî nostri Regii muneris (a quo si D<m]îttusexercituum adrninieuletur pro temporum vicissitudine feiicia scaturire soient incrementa) esse dignovimus, charissimam banc Transsylvaniae regionem , jam a seculis Inctyto nostro Hungariae regno assertam^ magis magtsque veiutanimam nostram nmplecti. Posthabitis enim aliis contra communem christiani nominis bostem destinatis belli operationîbas, Ludovici Marchionis Badcnsis Dilectionem , ad sistendas iniqiiissimi Tôkôlyii eidemque adhaerentium rebellium , ncc non Turcarum et Tartarorura, incursiones, i!luc cum exercilu expedivimus j bac firraa spe freti , illum per quem reges régnant et justa decernunty in firmitujJine bracbii sui, justifiae* causa, arrois nostris (iaesareis et militiae transsylvanicae ^ benediclione divina affuturum^ et secundos regiae intentionis

8acees$u& largittirum. Sacraïqenlum fideiitfttis^jam suitca oobia transmissum , nibil ambi^enduni, quîn InimoitalUatis sludium non minus totam patrîam qaam iilos qui sub nostra regia pro^ teciione , oonsilio et corae commissam habeni provinciae administrationem^ cum.nunqoam intermoritura laude praestitam » et opero ipso in quibus^is emergentiîs pro viribua com* probalam Gdelitatem (quam ex. aequo aestimamus'^ ad poste-^ roa transmilter^ , eoque onini conato generose alloborare animabit y ne hostca regionem montibus ooronae ad inatar oircttmseptam, rapinis et praedis igné et ferro misceant, jam tum ab omni aevo in nnam menCem coalilas nationea pessimia stra-^ tagematum tecbnia et irritanientis disaipando y graviori barbaris senriendi jttgo mancipent, geotemque totî baetenus Cbriatianitaij antemuralem evertant.

Confirmationem desiderati Diplomatia pro soecessione Micbaelis ApafVï in princîpatnm quod attinet : eum is, utpole adoleacens qoatuordecim annorum , per leges (quarum sanc tam generosi Status ducunl observantiam) y ante vigesinium aetatis annum ad regitnen non ait adultua^ bis a perfidia TôkfHyii turbatis temporîbu» ^ neqiie in rem Transsylvaniae ne* que in patriae bonum vergere perbenigne judicavimus^siquid^ . quaminmemorataramlegum transgressioneminnovaricontingeret^ Proiode minoreiinis in timoré Domini y condignis apud Conciliarios iotimos, qui eomniissam babent provinciae adrainistrationem, virtulibus, in spem successionis usque ad annoa pubertatis imbuendus , maturescentium in eo atque emican* tiom aniOM dotum specimina exspectanda, gratia demum Gaesarea Regiaque in patrîae emolumentum benignissime coiBplectenda. Ne Tero interea teroports universi Transsylva- Hûae Ordines suspeasis afiimis baerendi , aut vel minimum praeter paternam nostram inlentionem ominandi ansam lia*bipaot> de sequentibus artiealis fidèles Statua et Ordines in

uolversom, eorumque posteras quos in oniDî erga regiam nos* tram coranam fidelitate perstiturôs confidimus, sub verbe regîo et integerrima fide daximus esse assecurandos.

Primo» In causa receptarom ibidem religionum, tempiorum y scbolaram y paracbiaram , aut introductionis cajuscunque alterius cleri et personarum ecclesiasticarum qaam ibi nonc extant y nihil alterabitur; contradictionibus quibuscunque sive sacri sive profani ordinis nihil unquam in contrarium valeniibus^ ita amen ut Catbolici propriis suis sumtibus, adeoque citra omne aliarum religionum gravamen , Claudiopoli in praesenti deTotionis suae loco sibi ecclesiam , née non Albae Juliae templum minus olim aCbristopboro Bâtbori erectum5 nunc desolatum reaedificent, iidemque Catbolici ubique locorum ^ si pauci et peregrini sint privatim , si vero eorum multi tum publici religionis suae exercitii et condendarum ecclesiarum jure gaudeant, aeque ac aliae in Transsylvania receptae religiones tali casu , ubi nimirum in loco aliquo numéro praevalent , gaudere consueverunt.

Secundo. Coniirmamus fidelibus Statibus omnes Hungariae Regum y similiter omnium a tempore separatae ab Hungaria Transsylvaniae ejusdem Principum , donationes , collationes , privilégia > annales, litulos^ officia, dignitates, décimas^ et denique quaevis bénéficia et bona, sive privatis sive civitatibus ac communitatibus et coetibus, sive cuîcunqne ex receptis religionîbus addictae ecclesiae , parocblae , vel scholae , iam in Transsylvania quam partibus Hungariae , in Siculia , et Debreczino , praedictis facta et data y etiamsi aliquando ad aliquam ecclesiam , conventum, vel capitulum pertinuerint^ ita ut nemo omnino bac occasione in suis bonis^ nec per Nos^ nec per quemcunque sacri aut profani ordinis virum, impetendo* aut actionando turbetur, sed unnsquisque ea quae nunc babet et possîdet in posterum etiam teneat et possideat^ secundum

dictas Regam et Prindpum donationes ; exceptU lis si quorum et Principum donationes ipsi per suas constilutiones abrogassent.

Tertio, Approbatas et Compilatas patriae iilius leges , DecretuiD Triparlitum Ver(>dczii (expuncto tamen ibidem articule DODO decreti Andreae régis qui in uitima posoniensi diaeta abolitus fuit) , Constitutiones , Jus municipale uationis Saxonicae^ in vigore inviolabili permansura declaramus quidem. Cum autem ipsimet Status , tum ratione religionis, tum etiam constitutionum suarum ac privilegiorum , inter se discrepent^ et Catbolici in praefatis primo et secundo articulis gravalos se existiment^ Saxones vero privilegiis suis anliquis et eorum usui ac consuetudini in articulo tertio magis cautum esse efflagitent^ e re ipsorummet Statuum duximus^ ut difficultates inter illos circa dictes très arliculos vertentes , amicabili composilione et concordia , sub ratlficatione nostra Caesareo-Regia, complanare studeant^ bac vero non succedente, auditis partibuSy opinioneque Consiliariorum nostrorum Transsylvanorum de super intellecta, reliquum Nobis erit id denique pro munere nostro Caesareo -Regio decernere , quod justum et aequum compertum fuerit.

Quarto. Morem usitatum y utpote quem supremae potestati non derogare invenimus^ in Gubemii ^ Consilii Intimi , Comitiorum, suffragiorum polilia ac libertate, in Tabulae Judiciariae, Magîstrorum Protonotariornm^ et Assessorum, item et inferiorum tribunalium auctoritate, in administrandae justitiae solito ordine et usu ( omnia tamen saWo in gravioribus recursu ad Regem) iliaesa praecipimus conservanda. In oeconomicis quoque quos^d regalia et fiscalia , praevia fidelissimorum Statuum sincera informatione, eam babituri rationem et modum^ ut per commissiones camerales aut alla via, nemo nobilium civium aut privatorum gravari posait aut debeat.

Qmnto. In omnibus sîve ad paUiktn sm justitiam vel oe*- «onomiam adminiatrandain necessarits of&ciis, utemur inéi* genis TranssyWaniSy Hungaris nempe Siculis et Saxonièas., Dullo habito religionis respectti; neque enterae nationea, aut quae Nobiscum ab ilUs inter exteras et inhabiles d^noscenlur^ ad honores et munera , quotieseunque ea Tacare contigerit^ praevalebunt; saWa tamen Nostra , •cum îllorum consensu, ad recipieaduro aut non recipiendum în matriculam commendatlone.

Sea^o. iBonis ob defeetum prolium aut notain infidelitatis ad fise«n regîum dovolvendts^ benemeritos Transsylvanos, Hungaros nempe Sieulos et Saxones indigenas , non attento reHgionis diserimine, propensi erimus dignapi. illa vero privato^ mm bona quae armis nostris oceupata sunt ab bostibus^ antiques possessoribus aut eorum posteritati y ex mera b^gnitate regîa restituentur. Ad quem finem alicni tribunal! in Trans*syl?ania , aut nostro belli duci , ut Tisis instrumentis quod jusium ividebitiir décernât , in hoc speciaii casa ex eomnoàs* sione régla bénigne committemus.

SepHmo. Supremum Status directorem NosCrum, prisHnis temporibus Yajvodam dîctum, vel ejus vices gerentem, ex indlgenarum Transsylvaniae nobiiium acprœerum nostrorum numéro , sive cathoMeae sive alterins ibi recej^tae religionis fuerit, si fidelitate et mentis praep<^at , stimèmois. Idem fnoqaede«imiere Generalis milhiae transsykanlcae, Canedlârii sttfiremi , €ons^rioram intimorum , Comitum «upremorura , et Capltaneorum ialer Sieulos , Ma^irorum Protonotartorum , aliisque dignUatibus antea soUtis , observabitur. Et haee

OeUno. Cam tati modificatione demeaiissUne lai^imur^ ut Gttèeraatoris, summi miliiiae Tfanssylvanicae Oeneralis^ Caneellarii I«timi ConaiHarîaliw^ et ProtonotariatfM, eandida-

t08y si quando similia munera rerarcienda veneriiit, Nobisad çonfimiandoin praesentent ^ ut tanto tranquilllor dWersaram nationum status persistât , periculosae inachinationes aut ambitos exulent, atque omnium animis concordi desiderio salus publica, pro optiroo regiminis fine in quem coIHment universi, baereat radicata. Quod autero ad alios officiales attinet» nempe Judices Regios inter Saxones et Siculos , Judices Nobilium , Yioe-Comites in Comitatibus^ Judices Consiileset similia officia in clvitatibus et oppidis, quae perliberam communitatum electionem apud ipsos constitui soient , in eadem etiam in posterom libertate et consuetndîne maneant^ oonBrmatione tamen pariter Nostra ^ sicut in praecedentibus, in quolibet ex dictis casibus impetranda.

Nono, Magnum inde salutis publicae incrementum redundare posse clementer existimavimus , si in Gonsilio fintimo duodecim viralisaltem très sint Catholici ^ et in Tabula ludiciaria duodecioivirali eliam très Catbolici , caeteris ex nlits religionibus ipsornm recipiendis ^ et quidem inter ilios in Gonsilio intimo eUam Judex Regios Cibiniensis Juxta leges reeeptas ex natione Saxonica ; Inter Magistros Protonotarios vero unos sit catholicus , ex modemis tamen quilihet in suo officio persistât.

Decimo, Annua Comitia^ ad negotia publica tractanda, jystitiam administrandam, et propositlones réglas si quae fuerint intelUgendas ^ neeessaria, necnon terminorum octaTalintn celebrationemy nostro Gubematori et intimo Gonsilio promolganda committimos^ reservando Nobis èorum omnium quae sic geruntur regiam confirroationem.

Vndecimo. Supremo Status directori nostro sua sit auctoritas y conditio , et praerogativa alias débita , semper ille In proyincia praesens , legibus patriis tam quoad sacra quam prefena soleBini Jnramento obstrictus } eongrua etiam stipen-

dia etilli eUingulis de GoQsilio intimo ac Tabula ludiciaria^ ex mediis aerarii nostri regii et fiscalibus , bénigne décerne*mus. Quodsi ntititas publica et diversarum ibi degentium nationum tranquillitas illum quotannis mutare suaderet, liberrima Statuum ad alium quo citius eligendum ferri poterunt suffragia , pro Nostra ulteriori clementissima resolutione transmittenda.

Duodecimo. Tempore pacis (quod Deus pacis approximet) quinquaginta mille Imperialium tributo, tempore autem belli contra Hungariam et Transsylvaniam , quadringentoram millium florenorum rhenensium contributione , computatis etiam naturalibus, contenti erimas ; repartitionis et exactionis forma pênes fidèles Status et provinciae officiâtes relicta , et ab ipsis sine partium studio ad justam proportionem reducenda } caetera quae ultra praedictas summas, vel belli vel pacis tempore , pro defensione patriae requirentur, amore fidelium Statuum; et universae plebis sublevandae causa, ex bonis regiis et fiscalibus y nec non salis et reliquorum metallorum fodinis, tricesimis 9 decimis inter Saxones, arenda decimarum in comitatibus y aliisque Nostris proventibus allaturi.

Decimimotertio. Datias et alia apud ipsos inusitata exactionum gênera introduci non curabimus, vectigalia aut tricesiroas non augebimus.

Decimoquarto, Siculi, genus bominum bellicosissimum , ab omni tributo , ab omni bybernorum aut aestivorum molestia , a decimis , et praestationibus ralione bonorum quae cum onereinsurgendi possident, velut hactenus ita in posterum penitus sint exemti. E contra pro tuenda patria propriis impensis mllitare obstricti permaneant, non tamen subintellectis rusticis vel jobbagionibus Siculis.

Decimoquinto. Liberum , sicuti sub Principibus fuit, quaestum seu commercia rerum omnium concedimus, bénigne

volenteSy ut et nobilium praerogativae ac privilégia hoc in passu observentur.

Decimosexto. Décimas etiam y consueta hactenus apud ip- SOS arenda redirai solitas, dominis terrestribus relinquimus, arenda tamen fisco reservata.

Decimoseptimo. Magnis et non necessariis praesidiis, partira ex militia indigena instituendis , et e\ nostro aerario alendis , provinciam non onerabimus; Generalem taraen et caput germanam illis praeficiemus ^ qui reciprocam cura Gubernatore^ Concilio Status , et Generàli militiae Transsylvanicae in omnibus negotiis bellicis correspondentiam habiturus, aliis> ad praedictum Statum autGubernium pertlnentibus , se non ingeret.

Decimo octavo. Tollimus a Saxonicae nationis , et totius ubique miserae plebis cervicibus, per abusum inveteratam gratuitam viatorum cujusvis generis vel conditionis vectitationera , equorum ac omnis generis jumentorura angariationem^ et quartiriorum , aliosque similes , praesertim in dictara nationem Saxonicam a viatoribus hactenus exercitos, abusus^ clementissimesuadendoet jubendOy ut poslae^ remissa prius ad aulam nostam informatione, a Consiiio Status, diversoria vero pro bénévole recipiendis> justa pecunia etpretio cibandis, ilinerantibus; a dominis terrestribus et Civitatibus constituantur.

Nos itaque qui pientissimura regii muneris Nostri executuri officium^ universorum et singulorum fidelium salutem, commune bonum, tranquillitatem publicam, rei christianae incrementum^ et charissimara Transsylvaniam , nullo, Deo opitulante , MinotaurI Turcici Labyrinthe deinceps implicandam cordi duximus , visis et examinatis praedictis articulis et punctis, pensantes eos honori quieti et commodo Statuum Ordinura et incolarum omnium, universaeque reipublicae christianae conducere, eosdem in omâlbus suis partibus et capituli Il 25

approbamus, et in perpetuum valitura. lege sancimus tenore praesentium, promittendo in verbo Nostpo regîo, ac apud Nos et Serenîssiraam nostram domum niinqaam violabili fide, quod îllos firmiter et inconcusse servabimus et servari faciemus, majora et majora semper, in iidelissimam nobis gentem, ponere bénéficia propensi. Datum in Givitate Nostra Viennae die 4* Mensis Decembris , Anno post nalivitatem Domini 1691 Regnorum Noslrorum Romani 34« Hungarici 37« Bobemici vero 36"*.

Leopoldas mp.

Vpendeotis /

T. A. Henricus Cornes de Slrattman mp.

Ad Mandatum Sacrae Caesarae Regiaeqiie Majestatis proprium Stephanus Andréas de Yerdenbarg mp.

HE90LUTIO C. B. QPAR TBLfiO ALTINCZIANÂ DICITCB.

Sacrae Caesareae Regiaeque Majestatis Archl Ducis Austriae Domîni Domini noslri clemenlissimi nomine j Domino Petro AWinczi, a Dominis Statibuset Ordinibus Transsylvaniae ad aulam Caesaream misso, hisce perbenigne significan-

dum.

Perceptas relatasque fusius esse preces ab eodem nomine dîctorum Dominorum Slatuum ad altissirae nominatam Sacram Caesaream Regiamque Majestatem delatas , religîonis aliaque negotia publica ipsi commissa spectantes ; quibus mature accurateque discussis, Majestas sua sequenlia démentis-

sime resolvit et

Imfrimu. Desideratam Confirmationem Domini Machaelis

Apaffi in prineipatu quod attinet; inhaeret sua Malestasdeueniissime iis quae bac de re , tam ia diplomate Caesareo Re-' gio de U"* Decembris Anni 16^1 expressa, quam 31' eju«« dem mensis et anni Domiais ablegatis Transsylvanicis tuoc temporis in aula Caesarea existentibus ad parem eorum instantiatn responsa sunt ^ ad quae, durantibus adhue iisdem dr^ cttflistantîis et rationîbus, Domini Statas remittuntnr.

Secundo. Optasse suam Caesaream Regiamque Mt^^statem clementissime , ul praefatum religionls negotium inter ipsofr» met Dominos Status amicabiliter complanari potuissetf com autem tentata concordia effectnm sortîta non sit^ et ab utraqiM parte vîcissim ad decisiODem suae Majestatis provocatum, visis et consideratis ils quae tui» bine înde in medîum allata, tum a Gubernio Transsylvanico proposita sunt , rem pro aequilatis ratione îta judicavit terminandam, prouti ex annexo autographe ad Dominos Status deferendo^ et copia mandati ad Guberniaiil Transsylvaniae desuper expediti, videre est. Gui dedfiioni tametsi stet Sacra Gaesarea Regiaque Msgestas , dedarat tamen , stbi gratins fore , ut ioco Reformati Unitariorum tem«plum Ciaudiopoli Gath(4icis evacuetur et tradatur^ aecipietque iUud tanquam singulare devotionis argumentum^ Gaesareo* Regia gratia in aKis oecurrentiis agnoscendum, et jussit etiaiii eo easu 5000 Ûorenoram bungariealium soauiiam Unitarus, l^ro snbûdto snmtaam iisdem ineumbentiamy numerari»

Tertio. Pergratom fuisse Majestati suae quod concordia inter Dominos Status et nationem Saxonicam , super bujus gravaminibus ut et repartitioois onerurn publicorura exactio* nisque modo postbac observando^ inita sit et oondusa, super quibus resolutionum confirmationumque Gaesareo-Regiarum iDstruoMOta originaliter hisce annectuntor. In iis porro grava* minibus quae ultra haec a praefata natione vel proposita «unt, vd demceps propooentur, sua MijeMastam ea q«ae a relîquis

Dominis Statibus in contrarium forte adduci possent^ quam Gubernii opinionem , libenter audiet. Intérim ut intelligant Domini Status quo loco apud Majestatem suam illorum babeatur intercessio , annuit clementissime y ut nominatae nationî Saxonicae annui 6000 floreni Principibus Transsylvaniae ab illapendi soliti durante praesente bello Turcico remittantur^ sibique omnino promittit, in mutuis contractibus euma Dominis Statibus postbac observatum iri usurarum modum^ utsublatis excessibus qui ad decem pro centum et ultra contra jura ascendere^ et a misera plèbe extorqueri feruntur, ad modérationem justamque summam , nempe 5 vel ad summum 6 pro centum, reducantur; caeterisque abusibus^ quibusnatio Saxonica hactenus gravata reperietur , adaequatum efficaxque remédium alla turos , proinde 18« diplomatis arliculo satis factures esse.

Quarto. Cum causae duplicis sint generis , vel criminales vel civiles , Sacra Caesarea Regiaque Majestas inter graviores illarum censenda statuit crimina laesae Majestatis, perduellio* nis, proditionisy et alla quae statum et tranquillîtatem publicam réspiciunt^ super quibus Gubernii votum seu opinionem libenter quidem audiet, decisionem autem tanquam rem ad. Regem immédiate spectantem sibi réservât ; an vero , et in quibus aliis criminibus quae poenaro corporis afflictivam cum jactura bonoris et bonorum post se Irabunt, recursus ad Regiam Msgestatem concedendus sit , Gubernii opinionem exspectabit. In Civilibus porro eas duntaxat causas pro revisibilibus^ et in quibus Majestati suae pro revisione supplicare liceat^ pronunciaty quae 3000 aureos in summa capitali aut ultra important y nulle inter roobilia et inmobilia discrimine, adnumeratis etiam juribus etsi minoris valons aut considérationis. Circa tempus , modum ac forroam revisionis verotam inte^ponendae quam introducendae ac prosequendae , aliisque

DO spéctantibus y Guberniî opinionem sua Majestas similiter praestolabitur.

Quinto. Acceptam babet sua Majestas informationem fisca-» litatum Transsylvaniae a Dominis Statîbus etOrdinibustrans-' inissam ^ et quanivis non distinctam adeo praebeat notitiam ut secure de lis disponere possit, sed exaction indagine opus esse videalur ; bac tamen paternae suae în Dominos Status et Ordines propensioni postposita, solaque devotionis Gdei ac integritatis illorum fréta fiducia, condescendit in desideratam ab ipsis dtctaruro fiscalitatum juriumque fiscaliuin provisionalem arendationem y et Camerae suae aulicae deniandavit , ut cuni Domino deputato de pretio reiiquisque conditionibus conve*» niât.

Sexto. Idbaeret porro Caesarea Regiaque Majestas diplomati suo Regîo, ut officia Transsylvaniae indigenis conferan* tur, et moduni bac de re 8 et 9 ejusdem articulis expressum rite observari faciet^ eorunique virtute ad duodecimviraie Con-^ silium întimum y uti et Tabulam Regiam pariter duodecimvi-* ralem^ ex singulis quatuor receptarum religionum tria subjec-* ta apta, si tôt pro îisdem ex qualibet religione reperiri possint, cooptabit; ubiyeroex Unitariiset Augustanae Confessioniaddictis très idoneae personae reperiri nequirent^ defectum hune ex Cathoiicis et Reformatis , ad Consilium intimum aeque ac Tabulam Regiam , percepto Gubernii sensu ita supplebit sua Majestas y ut aequalis harum duarum religionum ratio et nu*» meros in utroque Consilio habeatur.

Septimo. Insistit etiam Caesarea Regiaque Majestas, quoad investigationem bonorum armis Caesareis ab hostibus in Transsylvaniae finibus et partibus eidem annexis occupato* rum^art. 6» diptomatis; in cujus conformitate negotium illud alicui Tribunali in Transsylvania aut suo Relliduci , ut primum rerum circumstantiae id permiserint, peragendum

eommittet } eos in hune finem ex Transsylvanis et Hungaris conterminis , quos excladi nec ipsis Dominis Statibus consultum doeit, adhibitura viros^ quos pares tanti momenti negotio fore dignoyerit.

Octavo. Uti diploma mutatîonibus subjacere née autboritalis Caesareo-Aegiae, nec ipsa boni publlci ratio patitur, ita clementissime resolyit sua Majestas « ut art. oetavus et nonus dicti diplomatis^ prout de facto existunt, intacti relinqnantur^ debiteque observentur.

Nono. Negotium petitae a Dominis Statibus amplioris pro Domino Gubernatore facultatis, nîmirum 20 colonos via légitima ad fiscum regium deTolvendos^ armales praeterea^ prioii* pilaresy consensuales, tutorias, aliaque munera conferendi, ita comparatum est^ ut suae Majestali turbido boc rerum Statu resolutionem suam suspendendi imponat necessitatem. Con* siderabit vero rem opportuniori tempore penitius^ et ad officia Dominorum Statuum pro Regia sua benignitate reflectet.

Dtdmo. Deroandabit sua Majestas Gubernio Transsylvaniae^ ut conficiat catalogum Gonsiliariorum caeterorumque ofiicialium stipendia regia in Transsylvania merentium \ quo viso Sacra Caesarea et Regia Majestas suae Camerae statim ordinabit ut annua salaria singulis deputentur et rile persoWantur , prouti porro tune Regio Gubernio insinuabîtur.

Undeeimo. Quemadmodum* singularem suam diversis occasionibus testata est Caesarea sua Regiaque Majestas propensionem Dominis Statibus gratificandi, ita nec minorem intercessionis eorundem^ pro assignando Domino Micbaeli Apaffîo snbsidio sustentationis, babuisset rationem ^ nisi expensarum bellicarum^ ipsismet Dominis Statibus non ignotarum, moles omnes Transsylvaniae redilus in tantum absorberet, ut bine ingentem nervum in Transsylvaniam quot annis submittere necesse sit, Cessantibus vero modemis difficultalibus^ preces

Dominoruiu Stataaiu^ pro uti tune e re publîca visum ftierit, benignissime sua Majeslas eonsiderabit.

Duodecimo. Partes Regni Hongariae Transsylvaniae an<nexaS; inter quas etiam Debreczioum comprehenditur, quod spectat : cum difficile sit ex iis tanquam notorio Uungariae membro Status Hungariae excludi, ita sua Majeslas rem instituety ut pro adiuiaistratione offidorum quae illis io parlibus vacare contingent (reciproco inter Transsylvaniae et Hungariae Status stabilito incolatus jure), non minus Transsylvanicae quam Hungaricae nobilitatis et nationis ratio babeatur.

Decimo tertio. Dominorum Statuum gravamina contra bybernornm pluriumque inde résultant! um impositionum onera, tametsi defunctus Dominus Generalis Commissarius Caesareus ad ea responderit, nibilominus ad Consilium bellicum directa sunty eo fine : ut accurate indagata illorum série, sublatis excessibus^ omnia ad justam aequitatem reducantur. Intérim ut contributiones Dominis Statibus indictae necessitate teroporis et belli^ securitateque illorum propria sic exigente, imponuntur^ ita cessantibus periculis^ Statuque rerura in melius uti speratur mutato , Sacra Caesarea Regiaque Majeslas , pro paterno affectu , Dominorum Statuum sublevationi prospicere modo possibili adnitetur.

Decimo quarto. Postaçum in Transsylvania rite ac provide administrandarum curam jam ante Camerae suae commisit Sacra Caesarea Kegiaque Majestas, illamque de observandis iis quae ad bunc finem pertinent, gravaminumque occasione submovenda, serio monebit , et mandabit insuper Gubernio, ut loca, per quae dictae postae diponendae sint, proxime proponat, et in reliquo securitati postarum studeat.

Decimo quinto. Consentit vicissim sua Majestas clementis- ^me, ut Siculi Transsylvaniae finibus non educantur, nisi patriae ipsius tutandae ratio et nécessitas id postularent.

Decimo sexto, Quamquain sua Msjestas iis qui Tokolii partes secuti sunt terminum satis prolixum pro resipiscentia praefixerit y noluit tamen benignitatem et clementiam suam iis arctari limitibus, quin etiam hoc elapso gratiam implorantibus paleat aditus ; eoque iis etiam qui hactenus ad thronum suae Majestatis confugerunt, sumtis prius debitis a Gubernio informationibus, nisi quid singulariter obstaret, et de bonis illorum aliter foret intérim dispositum, gratiam suam non denegabit; eandem quoque clementiam caeteris, quibus ulterius ad frugem absque ulteriori mora redire serio animus est, quantum tranquillitas publica et rerum circumstanliae permettent , prae^ia rei disquisitione experturis.

Decimo septimo. Quod Samuelem Szentivanyi^ et Stepbanum Csaki bonornm Devensium Provisorem concernit : cum pecunia illius in usus bellicos impensa, de hujus vero bonis ut ipsimet Domini Status allegant^ aliter dispositum sit^ Majestati suae integrum non est expetitum ab iisdem gratiam rei non amplius exstantisimpertiri.

Decimo octavo. Demandabit e contra circa postulatam rusticorum transfugarum restitutionem Caneellariae Hungarico- Aulicae y ut ordinatam 31' Decembris Anni 1691 Commissionem sine ulteriori mora instituât, curabitque per aliam Commissionem ex Hungaris et Transsylvanis compositam praetensionem Dominorum Statuum contra oppidum Debreczinense investigari^ ac omnem rei^ audilis partibus, amicabili compositione terminandae operam adhiberi, secus rei série cum voto ad aulam Caesaream pro suae Majestatis clementissima decisione deferenda^ intérim sua Majestas nollet a Dominis^tati* bus auctorilate propria contra Debreczenicnses quidpiam at« tentari.

Decimo nono. Dolenter intellexit sua Majestas egestatem Comitatuum Màramaros; Szolnok mediocris^ et Krasznensts^

lisque percepto Commissariatu Bellico général!^ qaoad posaibilitas et ratio belli admittunt, subvenire conabitar; Districtum autem Kovâriensem regno Hungariae subtrabi^ aut cum Transsylvanîa commisceri supradictae rationes non patîuntiir. I>e militis in Transsylvanîa aeque ac annexis partibas existentis directione pridem sua Majestas disposuit, eique disposition! clementissime inhaeret.

Vigesimo. Pergrata fuere Sacrae Caesareae Regiaeque Majestati ea quae pro instruendo Gubernio Transsylvanico , sicut et de sigillorum usu^ a Dominis Statibus et Ordinibus suggesta sunt -y quae mature considerata perpensaque in eum or<^ dinem ac formam redigi curavit, quain servitio suo Caesareo Regio, nec non compendiis et tranquillitali charissimae sibi provinciae magis conducere visum fuit, perbibito etiam in bis amplissimo paternae suae sollicitudinis et amoris documento.

Vigesimo primo. Annuit clementissime ut Gubemiom Transsylvanicum Albae Juliae resideat ; cui^ pro majori ejusdem securitate, de praesidio militari quantum opus fuerit prospici demandabit.

Vigesimo secundo, Ëxistimasset quidem Sacra Caesarea Regiaque Majestas, cum Cancellaria aulica Hungarica expeditionem Transsyivanicam in aula avito jure ita potuisse reuniriy ut particulare tamen Arcbivum et Regestratura, uti et distinct! pro bac expeditione Refei'endarii et Secretarii^ instîtuerentur^ cum tamen Status et boc deprecati sint, malintque separatam prorsus ab Hungarica Cancellaria expeditionem instituiy ita et iii hoc Sacra Caesarea Regiaque Majestas iliis gratificari clementissime resolvit^ a Gubernio sua Transsylvanico postulatura opinionem, ex quot et qualibus personis, cum qua pro singulis instructione, constitu! convenientius possit.

Vigesimo tertio* Porro consideratis articulis quos Domini

Status pro instruendo Regio Gubernfo subnexueruDt, mentem et YolaDtatem suam dicto Guberoio similiter enixius decla* rabit Sacra Caesarea Regiaque Hajestas ; cui uti nihil magîs cordi esse commodis et incolumitate cbarissimae sibi provinciae praesens clementissima resolutio satis demonstrat, ita spe indubia fréta est, Dominos Status eamdem omni promtitudine aestudio accepturos^ accuratissimequein omnibus adimpleturos esse^ quibus uti et Domino Alvinczi, gratiam benignitatem propensionemque Caesareo-Regiam in omne tempus Juculen* tissime confirmât. Signatum sub ejusdem Majestatis suae appresso sigillo secretiori. Laxemburgi 14-a Maji 1693.

Stepbanus Andr. de Verdenburg m. p.

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