CHAPITRE XXII
Le HdrofMzék. — Kézdi Yâsârhely. — BtidSê hegy. Bàhinyoê vdr. — Les Opoor. — CaTeroe d'Âlmàs.
NoQS entrons actuellement dans le pays des Sicules (1 ) . Ici encore d'autres campagnes, d'autres villages ^ d'antres hommes. Quoique les champs soient bien cultivés^ vous ne trouverez peut-être pas cette aisance que vous remarquiez tout à l'heure. Les maisons sont moins spacieuses et moins commodes ^ les habitants plus grossièrement vêtus; mais vous vous sentez plus de sympathie pour ces hommes à la mine courageuse et intelligente^ les plus hospitaliers qu'il y ait au monde.
(1) Les Hongrois^ dans leur langue ^ se nomment Magyar; les Allemands les appellent Ungarn. Le mot Hongrois vient du latin Hungari. Mous désignons sous le nom de TransyU vante ( Trans silvana ) le pays que les Hongrois appellent Erdély y et les Allemands Siehenhurgen. Par analogie, nous devons nommer Sicules cette fraction du peuple magyar appelée Székely en hongrois , Sekler en allemand , et Siculi dans les historiens et le texte des lois.
Le comte Bethlen, dans ses Mémoires, s'est déjà servi de ce nom.
Les Sicules habitent les montagnes orientales de la Transylvanie. Ils occupent ces lieux depuis treize siècles^ depuis l'époque où les Huns, leurs aïeux ^ battus après la mort d'Attila , se retranchèrent dans cette contrée fortifiée, pour se soustraire à la vengeance des nations vaincues. Quoique leur pays soit plus froid , et n'ait pas généralement la fertilité prodigieuse du reste de la Transylvanie, cependant il peut rivaliser avec les contrées limitrophes. Gyergyo et le Haromszék ne le cèdent à aucune autre. C'est dans les montagnes des Sicules que se trouvent les nombreuses sources minérales oik affluent les étrangers ; on y exploite en outre des salines et des mines assez riches. Les habitants, qui se livrent aussi à l'éducation des chevaux, cultivent le tabac beaucoup plus que leurs voisins. On traverse longtemps des champs entiers où s'épanouissent de jolies fleurs rouges et blanches; puis, quand vient l'automne, les feuilles à sécher sont liées en guirlandes et suspen* dues, non pas seulement dans les cours des maisons , mais même tout le long du village, sur les murs et les haies.
Bien avant que les Magyars prissent définitivement possession de la Hongrie sous saint Etienne, lequel fonda le royaume en y établissant une administration qui subsiste encore, les Sicules avaient organisé entre eux leur administration « pansiéges » , que j'aurai
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occasion d'expliquer plus loin. Les Transylvains nom-
ment Hàromzék , c'est-à-dire Trois-Siéges , la partie méridionale du pays des Sicales , qui comprend Sepsi , Kézdi et Orbai. C'est une des plus belles contrées de la Transylvanie, et elle est surtout remarquable par la variété des tableaux. Tantôt ce sont des plaines chargées de moissons qu'arrose TAluta, ou des coteaux cultivés sur les pentes desquels le vent fait ondoyer le sarrazin ; ailleurs vous rencontrez des montagnes agrestes aux bizarres contours^ ou des forêts séculaires, dont le soleil ne traverse pas l'épais feuillage, et où vous êtes arrêté par des arbres gigantesques renversés par le temps.
La plus grande ville ou plutôt la seule ville du Hdromszék est Kézdi YâsJrhely, que Timon croit élevée sur l'emplacement de la colonie romaine Pratorla Augusta. Cependant y asdrhely ne remonte pas si haut. Suivant la tradition rapportée par Benko^ les habitants des villages voisins, de temps à autre,' se seraient réunis dans un lieu intermédiaire pour faire des échanges. Quelques uns auraient ensuite fixé leur séjour dans ce lieu , qui peu à peu serait devenu un marché important et une ville considérable. De là le nom qu'elle porte aujourd'hui (1).
Vdsdrhely (2) n'a de remarquable qu'une école fondée par l'empereur François, en 1817. Cent jeunes
(1) Hély, a Heu » j vâsâr, « foire » (en turc bazar).
(2) On évalue sa population à Zi,000 habitants.
Sicules^ tous fils de militaires^ officiers ou soldats, y sont élevés aux frais du souverain. On a voulu ^ sous prétexte de récompenser les Sicules de leur bravoure et de leur fidélité, former une pépinière d'officiers pour les régiments-frontières. La mesure était habile ; mais ceux-là même qui recevaient la récompense n'y ont pas été trompés. Trois des régiments-frontières qui gardent la Transylvanie, un de hussards et deux d'infanterie, sont composés de Sicules. Or chaque homme est mécontent de se voir forcément soldat. Quoique braves, les Sicules détestent le service militaire sous le régime allemand. Il est donc naturel que l'école impériale, malgré les avantages qu'elle procure à quelques soldats dont les fils n'auraient pu recevoir aucune éducation , n'ait pas eu grand succès auprès d'eux , puisqu'elle est une conséquence de l'institution autrichienne des régiments-frontières. *
L'école, au reste, est fort bien tenue, et l'on y reconnaît ce cachet d'ordre et de régularité qui se retrouve dans les collèges militaires de tous les pays. Les armes des élèves, de petits sabres et de légères carabines, sont appendues aux murs des corridors. On nous fit traverser des salles d'études propres et aérées, et nous fûmes conduits dans la bibliothèque , composée d'ouvrages hongrois et allemands. Il y avait là des dessins, et surtout des lavis, fort bien faits. Les cours comprennent, outre le dessin, l'histoire, la géographie, les mathématiques ,
^ 113 en un mot toutes les sciences qui sont nécessaires à u^ officier. 11 va sans dire qu'on n'oublie ni l'escrime ni la gymnastique ; mais ce qui est remarquable ponr le pays^ c'est qu^on n'y enseigne pas le latin , là où tout le monde le parle. Les professeurs font leurs leçons en hongrois et en allemand. Cette dernière langue va de pair avec la langue nationale; les enfants sont forcés de l'apprendre, quelque détestée qu'elle soiL
Au moment où nous sortîmes , nous trouvâmes les élèves rangés en bataille devant la porte. Sur l'ordre du colonel Szent-Pdii , qui voulut bien nous montrer l'établissement en détail, ils se séparèrent en deux colonnes, armés tous d'une lance. Chaque bande marcha l'une sur l'autre, figura une attaque, se rompit , se reforma, revint encore à la charge, et se reforma de nouveau, avec une précision singulière. Cet exercice gymnastique, destiné à rendre les élèves agiles et adroits, se répéta long-temps et sous mille formes. Je ne me lassais pas de regarder les enfants qui , placés à la fin des colonnes, faisaient, avec leurs petites jambes, des pas démesurément longs, et regardaient fixement le colonel, en défilant devant lui, comme pour savoir ce qu'il pensait d'eux.
On peut faire à cette école un reproche sérieux. Je ne dirai pas avec les Sicules qu'elle forme des Allemands, et non des Hongrois. Si cela est, et je le déplore, l'Autriche atteint son but , sa prévoyance n'est pas en