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Le Peters, après avoir passé la barre, non sans difficulté, entre enfin en rivière, c’est-à-dire dans le Zambèze, ct mouille en rade de Tchinde.
Notre ami Bértrand, qui nous y attendait, vient nous chercher à bord, et nous débarquons défnitivement sur la terre d'Afrique le 14 août 1804, après trente-six Jours de mer.
À part une augmentation notable dans le nombre des habitations et dans le trafic, Tchinde ne m'a œuère paru changée : c’est toujours la même bande de sable où l’on enfonce jusqu’à la cheville, sous la réverbération d’un soleil torride, et où la brise de mer n'arrive que difficilement, arrêtée quelle est par les massifs de végétation et les replis de terrain qui se trouvent au bord de l'océan. Les Portugais et les habitants ont planté quelques cocotiers, mais il leur faudra dix ans avant d'en obtenir un peu d'ombre. Ces arbres ne rendront d'ailleurs pas la ville plus salubre, car, lorsque le vent souffle du sud-est, il balaye d'immenses étendues de marécages dont il apporte les émanations pestilentielles. Les habitants vont chaque soir sur la plage, distante d'environ deux kilomètres, et 1ls y respirent, pour combattre la «malaria», l'air fortifiant de l'océan Indien. C’est ainsi que l’état sanitaire se maintient assez bon à Tchinde malgré sa situation déplorable.
C'est d'un tout autre côté que je vois de l’avenir. Depuis deux ou trois ans, une autre localité, presque aux bouches du Zambèze, d'abord simple langue de sable comme Tchinde, a pris les proportions d’une véritable ville commerçante : c'est Beira, à l'embouchure du Poungoué, à quelques
milles au sud du Zambèze (1). Dotée d'un port magnifique et profond où les navires de toutes les tailles entrent librement, Beira est aujourd'hui le point terminus du chemin de fer du Mashonaland; qu'on améliore encore le port, et Beira deviendra la ville la plus importante de la côte; c'est déjà le centre qui donne au gouvernement portugais le plus gros rendement; les Messageries Maritimes et les Chargeurs Réunis y font escale depuis peu.
On projette de créer un chemm de fer entre Beira et le Zambèze (à Lacerdonia, près de Choupanga, presque en face de l'entrée du Chiré),; l'établissement de cette ligne sera très facile et peu coûteux, et c'est par là que passera dans quelques années tout le trafic du Zambèze et des Lacs. Quilimane et Tchinde sont donc condamnées à mort. Et dire que, lorsque je suis venu à Beira pour la première fois, il y a huit ans, JyY ai vu juste quelques tentes de soldats portugais et deux baraques près d'un marécage de palétuviers! En Afrique, tout va vite : le temps, les entreprises, et même la vie des hommes!
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Le 21 août, tous les préparatifs étant achevés, de Borely, Bertrand et moi allons une dernière fois nous promener sur la grève et voir l'océan, nous demandant si nous le reverrons jamais. Eh bien, moi, je ne veux pas le revoir; c'est l'autre que je veux contempler, c'est l'Atlantique! Mais d'ici là que d'obstacles, que de luttes, que de déboires! Tant pis! Ayons du courage et de la
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(1) Du Cap au lac N'yassa, p. 209, 210.
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t2 TRAVERSÉE DE L’'AFRIQUE ÉQUATORIALE
volonté, le Ciel fera le reste! D’un dernier regard, en nous retournant, nous disons adieu aux grosses vagues qui continuent à déferler, majestueuses et insensibles aux misères humaines.
Mon désir s'est accompli : je n’ai jamais revu l'océan Indien...
En quittant Tchinde, on n’est pas encore dans le Zambèze proprement dit, quoique l’on navigue déjà sur les eaux du fleuve. Le canal du Tchinde na pas moins de vingt-cinq milles. Sa largeur n’est Jamais de plus de 80 à 100 mètres; en certains endroits, elle se réduit à 20. Il est bordé d’une boue noire et grasse où plongent des palétuviers et où ne se voient que des têtards et des crabes, seuls habitants de cette vase, Quelques hippopotames aussi fréquentent le canal.
Comme j'ai raconté mon précédent voyage sur le bas Zambèze, je passerai sur cette partie de notre itinéraire, Je mentionnerai seulement que le fleuve va en s’élargissant entre Vicenti et la mer Jusqu'à avoir en certains endroits 7 ou 8 milles (12 kilomè tres) de large; quoique les îles qui l’encombrent soient peu boisées, ses rives sont couvertes, surtout au sud, du côté d’Inhamissengo, de grands végétaux parmi lesquels il y a beaucoup d'arbres précieux pour l’ébénisterie. Cette forêt de la rive droite commence vers Choupanga et se prolonge presque jusqu’à la mer.
Enfin nous quittons le Zambèze, et, au lieu de dépasser le confluent du Chiré, comme nous l'avons fait en 1801, nous remontons cette rivière. J'ai déjà parlé d'elle (1). Entre le Zambèze et Tous
(1) Du Cap au lac Nyassa, p. 314, 327, 328.