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Tchikouaoua, où elles se rapprochent et resserrent le cours du Chiré, formant les cataractes dites de Murchison. Quand j'aurai ajouté que les villages sont rares et que la largeur de la rivière varie entre 50 et 200 mètres, selon les endroits, 1l ne me restera plus qu à conduire le lecteur à Tchiromo, où s'arrête momentanément l'expédition et où je vais lui présenter mes compagnons de voyage.
Edmond de Borely a été mon camarade de régiment au temps de la vie insouciante et joyeuse du sous-officier de cavalerie : de là date notre amitié. Ensuite, lors de mon voyage au Dahomey, il vint me rejoindre dans ce pays inhospitalier, d'où 1l rentra en France fort malade. L’expédition. du Cap au lac Nyassa ne le tenta pas; mais, cette fois-c1, sur le point de partir pour le Mexique, il s'est laissé entraîner de nouveau vers cette terre étrange d'Afrique qui exerce une attraction inexplicable sur ceux qui en ont foulé le sol. D'un caractère très gai, prenant la vie comme elle est et non comme elle devrait être, de Borely a toujours été pour moi un excellent auxiliaire et un charmant compagnon.
Camille Bertrand, lui, était marin. Engagé par un coup de tête à seize ans, il a fait le tour du monde, d'abord comme simple col bleu, puis comme quartier-maître breveté torpilleur. Plus tard, il continua ses pérégrinations comme capitaine en second sur des navires marchands; un beau jour, la lassitude de la mer le prit, de cette mer stupide et monotone, quoi qu'en disent les poètes et les snobs: il vint au Dahomey et il y resta cinq ou six ans : cest là que nous avons fait connaissance, Enfin il
s'est joint à nous pour cette expédition et il ma
rendu des services inestimables par ses aptitudes”
et par son adresse à toutes sortes de métiers : plein de cœur, d’entrain et d'activité, d'un caractère excessivement jovial, c’est un bon et brave compagnon de voyage, qui complétait un trio fort bien assorti où la gaieté, cette qualité si française, nous a souvent soutenus dans des moments très pénibles.
Des circonstances indépendantes de notre volonté n'ont pas permis à ces deux excellents cace que nous
marades d'achever avec moi le voyag avions joyeusement commencé; mais les deux années que nous avons passées ensemble m'ont laissé
un inoubliable souvenir.
A Tchiromo, nous établissons notre camp à environ un kilomètre en amont du village, sous une forêt d’Ayphænæ située sur la rive droite. Pour ne pas rester sous la tente, ce qui est très pénible au milieu de la journée, nous faisons élever à la mode indigène quelques constructions provisoires destinées à nous abriter et à nous permettre d'attendre une partie du matériel qui est en retard.
Les débuts de notre séjour ne furent pas très heureux : un incendie dévora la plupart des hangars et abris que nous avions construits. Après trois heures de lutte contre le feu, aidés de 160 hommes, nous parvenons à arrêter le fléau, n'ayant subi, fort heureusement, que des pertes Insionifantes. Mais, peu après, nous sommes victimes d'une inondation produite par une crue excessive du Chiré et du Ruo (1).
(1) Le Ruo se jette dans le Chiré. à Tchiromo.
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Un matin, vers six heures, voici que le Chiré, contrairement à ses habitudes, rebrousse chemin et retourne vers sa source. Nous contemplons avec étonnement ce revirement incompréhensible ; les indigènes aussi se demandent ce que peut bien être ce phénomène inconnu jusqu'à ce jour. C'est le Ruo qui se jette dans le Chiré avec tant de violence qu'il le refoule, le grossit et le force à remonter réellement son propre cours. Devant le camp, où la berge dominait le niveau de l’eau d’environ cinq mètres, l’escarpement se trouve subite. ment réduit à deux mètres, puis à un; l'eau monte toujours rapidement : 1l faut aviser. Fort heureusement, nous avons encore un chaland, qui nous à servi à transborder le matériel, et notre embarcation en acier. Aidés de nos hommes, nous y entas
CA sons à la hâte nos objets les plus précieux d
‘abord, les plus utiles ensuite. L'eau monte toujours, et le Chiré, sortant bientôt de son lit, se répand dans la campagne tout autour de nous, changeant en un lac tous les environs. Nos palmiers font triste figure, dans le courant qui vient se briser sur leurs troncs et où ils tracent chacun leur sillage. Nous y attachons les embarcations qui sont montées maintenant par-dessus les berges et qui se balancent au beau milieu du camp. Une bonne partie de nos der-
niers objets est rattrapée au fil de l’eau, et, lorsque
notre sauvetage est à peu près terminé, nous avons A NT 2
. 3 à ve: . » FUA " = de l’eau jusqu à m1-jambes. Comme Noë, nous mon-
tons ensuite dans notre arche, qui est le chaland,
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et nous laissons le Seigneur compléter le déluge.
Voici à quel raisonnement j'avais obé1 : je ne
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connais aucun promontoire aux environs, excepté les collines où, vu l'impétuosité des eaux, 1l nous
serait difficile de parvenir ; d'ailleurs, s1 la rivière rentrait brusquement dans son lit, elle nous laisserait à sec avec un chaland de quatorze tonnes et
un orand bateau, à trois kilomètres de sa rive, situat: eu enviable qui serait la perte du cha- SILUATIOI Dé Uu envIaDI qui seral a pe te au Cna
ui occasionnerait des dépenses énormes, soit pour le rouler, soit pour le démonter et le remonter ensuite, car, de même que le bateau, 1l est en tôle d'acier, Donc, réflexion faite, je prends le parti de rester le plus près possible du Chiré; au besoin, on fera la cuisine sur le chaland et on y
dormira. N’avons-nous pas des provisions pour trois
À ce moment, — 1il peut être dix heures, — arrive le capitaine Karr, commandant de la petite glaise le Mosquito. Il avait aidé à
Tchiromo au sauvetage des habitants blancs et
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près leur mise en lieu sûr, se souvenant
de notre Situation, 1l S était porte a notre secours
nOIrS, d
randes difficultés, à cause de la force du courant, s’attendant à nous trouver hagards et
fut sa stupéfaction, quand il nous vit tranquillement amarrés
terriñés par la catastrophe. Grande
aux palmiers, fumant la pipe et contemplant avec sérénité cette immense nappe d’eau qui s'étendait de tous côtés jusqu'à l'horizon.
Après nous avoir pris à son bord (1), il mit nos embarcations à la remorque et nous déposa en un
à : : % . NE 1 . » RAS PRET s y AD nr 24 At coin élevé du villace de Tchiromo où l'eau n'était
(1) Je renouvelle ici au commandant Karr mes remerciements et ceux de mes camarades pour l'assistance qu'il nous a prêtée et pour la façon aimable dont il s’est
. | mis à notre ailsNhOsitION.
i8 TRAVERSÉE DE L'AFRIQUE ÉQUATORIALE
pas arrivée et où tout le monde s'était réfugié. C’est sans doute ainsi qu'au temps du déluge les hommes durent couvrir la cime des montagnes.
La plus grande hauteur atteinte par la rivière
au-dessus de ses berges a été d’un mètre environ,
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mais sur une surface de plusieurs kilomètres carrés; on se rend aisément compte par ces chiffres du volume d’eau énorme qui a dû passer pendant les 48 heures que l'inondation a duré. La force et limpétuosité des éléments étaient indescriptibles
dans les endroits où le courant était le plus violent,
Jai vu, malsré leurs formidables racines et leur puissante membrure, des arbres gigantesques arra le Atyce 14 \‘ à £ = 4 \ > l * à ù a Fe 19FO/P des fétus de paille et jetés ensuite sur une berge, comme si le fléau voulait assouvir sa colère; le flot idea balaya des villages entiers d'un
EAU, EURE É » Re j is g LPO ETT F chés brusquement à la rive, culbutés, roulés comme
seul coup, avec les promontoires de sable sur lesquels ils se trouvaient. Les habitants, ayant vu venir le danger, s'étaient réfugiés sur les collines; mais ce la crue avait eu lieu vers minuit, au heu de se produire le matin, 1l nen eût pas été ainsi; surpris par l’eau au milieu de la nuit, les indigènes se seraient noyés. Pour notre part, nous m'aurions
réussi à sauver qu'une faible partie de notre matériel et quà nous réfugier nous-mêmes sur les embarcations. C’eût été une perte incalculable, la ruine
de l'expédition. De la façon dont les choses se sont passées, quelques clichés abîmés, des spécimens d'histoire naturelle et divers objets perdus, des dégats de Yes d'importance, tels ont été, en somme, les seuls résultats de ce gigantesque bain de pieds. Je dois ajouter que, pendant ee sque tout le temps, il a plu à torrents, ce qui était fort désagréable; on
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TCHIROMO. — RIVIÈRE CHIRÉ.
Campement d hivernage qui fut emporté par l’inondation.