‹ La traversée de l'AfriqueChapitre 28 sur 106 · EE RS ESS · texte numérisé non relu

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homme possède, à cette fin, une calebasse qu’il porte habituellement à la ceinture. Cuisiniers et domestiques déballent les seaux en toile ou en zinc; ils vont chercher l’eau nécessaire à la soupe ou au bain de leurs maîtres. Les marmites sont posées sur trois pierres ou sur trois mottes de terre (1). Les feux sallument. Pendant que l'eau chauffe sous la surveillance des uns, les autres repartent pour couper la paille de couchage : une botte jetée à terre, de chaque côté d’un feu, et voilà deux lits faits. On est installé. À raison d'un foyer pour quatre hommes, 1l y a chaque soir une centaine de flambées éparses tout autour de nous. Près des brasiers, la conversation s'engage dans tous les oroupes, avec plus ou moins de bruit.

Ces groupes qui rient, causent ou se disputent à la clarté des flammes, ces lueurs nombreuses qui illuminent les abords du camp, tandis qu’au loin la nuit est descendue sur le paysage, ce beau ciel étoilé, tout donne au bivouac un air de gaieté et de bien-être. Nous aussi, nous avons notre foyer, autour duquel nous devisons, les genoux entre les mains, attendant que le diner soit cuit. Ce n'est pas qu'on ait besoin de se chauffer, oh! non. Mais le feu est un compagnon; il fait rêver, il distrait.

Un peu plus tard, le repas fini, le calme se répand peu à peu; chacun se couche, les conversations cessent et bientôt un silence complet règne partout, interrompu de temps à autre par le pétillement d’une büche, les ronflements de quelque dormeur, le grésillonnement des grillons et les cris des oiseaux

(1) Pour les pays sablonneux dépourvus de terre ou

de pierres, nous avons des trépieds en fer.

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de nuit qui se répondent dans la campagne endor-

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épines sont invisibles, même au clair de lune, et vous ne vous apercevez de leur présence que lorsqu'elles vous entrent dans la chair. Ces flambeaux mouvants au milieu de la brousse sombre peuplée de fauves, ces centaines d'hommes qui passent sans bruit comme autant d’ombres muettes, leur arrivée silencieuse près de villages à l'entrée desquels les indigènes brusquement arrachés au sommeil se oroupent pour voir défiler la procession nocturne, tout cela a un caractère étrange, curieux, et se grave dans la mémoire en tableaux inoublhables.

Pendant la saison des pluies, la question de l'eau est écartée, puisqu'on en trouve partout, et on ne doit se préoccuper que de celle qui peut tomber. Il ne pleut, en général, que vers le milieu de la journée ou la nuit; comme, le plus souvent, il fait beau le matin, on en profite pour accomplir son étape, installer le camp et les abris On ne marche sous la pluie avec des porteurs qu’en cas de force majeure, à cause des dégâts, de la détérioration que subit en général votre bagage. Le mieux est de s'arrêter dès qu'il commence à pleuvoir et de couvrir avec une toile à voile les charges réunies en tas.

À la chasse, c’est différent : on marche quand même, sous le soleil ou sous la pluie, les hommes n'étant pas chargés et l'équipement n'ayant rien à craindre.

Telles sont à peu près les conditions dans lesquelles s’effectuaient nos parcours : nous faisions tous les jours de 15 à 40 kilomètres, 25 en moyenne. Tout dépendait des régions parcourues, de la race des porteurs, de la température, de la nature du terrain, de mille autres causes. Quant à la marche

de l'expédition elle-même, je la réglais d’après les

circonstances, d’après la facilité de trouver ou non soit des porteurs, soit des approx Isiônnements pour eux, d'après mon état de santé ou mes convenances ersonnelles ; 11 n’y avait point, il ne pouvait y avoir de règles bien définies.

Quelle existence de liberté illimitée, que celle qui se passait ainsi! Errer au milieu de la nature, aller de-ci, de-là, séjourner ou non, au gré de sa fantaisie, vivre avec les arbres des bois et le cie pour couverture, sans souci des luttes, des petitess des misères, des dissensions où des haines de la vie civilsée! Quand je me remémore les années que Jai passées ainsi, Jen oublie les mauvais côtés, les moments pénibles, pleins de découragement : seules, les heures de bonheur, de félicité, repassent dans ma

émoire avec mille détails attendrissants..… Et mon cœur se serre...

Les indigènes eux-mêmes aiment beaucoup cette vie-là. Ils la préfèrent à l'existence désæœuvrée de

villages, sauf lorsqu'ils sont occupés à leurs cultures. Pendant ue pas les porteurs sont difficiles à

trouver.

Dans toute la région au nord du Zambèze, ces porteurs s'engagent pour un voyage, c’est-à-dire d'un point à un autre, si le parcours n'excède pas

pt ou huit jours; quelques-uns d’entre eux demandent quelquefois à aller plus loin; mais, en général, à la fin de l'itinéraire fixé, tous s’en retourent chez eux. Contrairement à l'usage portugais, Je nai jamais voulu les payer d'avance ; c’est à

l'arrivée à destination qu'ils recevaient leur salaire consistant, en moyenne, en une brasse de calicot

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