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Après cette digression sur la question des porteurs, qui est fondamentale en Afrique, et qui le sera longtemps encore, reprenons un moment notre voyage.
Nous arrivons chez nos amis les Magandjas, sur le territoire de Mikorongo, au moment d’une grande fête annuelle qui a rassemblé beaucoup de monde. Cette fête n’a pas de nom spécial. Elle consiste en danses diverses; comme dans toutes les réjouissances, même chez les peuples civilisés, on consomme force liquides ; la bière du pays, #0a ou pombé, le katchasso (eau-de-vie de sorgho), coulent à pleins flots. Inutile en ce moment de demander aux villageois de partir pour un voyage dans la brousse. Le mieux est donc d'attendre la fin des réjouissances ; d’ailleurs, pendant que l'expédition est ainsi immobilisée, nous allons pouvoir assister à la plus curieuse, sans contredit, de ces fêtes locales : le 71404 ou danse des animaux. En voici à peu près le thème, tel qu'on le donnerait dans un livret de ballet :
Le Grand Esprit des Hommes envoie un message au Grand Esprit des Forêts dans ses domaines; il lui fait dire que les Hommes dansent tous les soirs au clair de lune, que la terre est en réjouissance, que la joie et l'ivresse règnent partout ; il ajoute quil veut faire trêve pour quelques jours avec son ennemi et propose que les hostilités entre eux soient suspendues : les Hommes déposeront leurs armes, les Animaux retireront leurs cornes et enlèveront leurs griffes. Il invite les hôtes de la forêt à se mêler aux Hommes et à venir boire et danser avec eux, au son des tam-tams, à la clarté de l’astre des nuits.
L'Esprit des Forêts accepte l'invitation, et chaque jour, pendant les fêtes, il envoie quelques-uns de ses sujets.
CHEZ LES MAGANDJAS.
Cet heureux événement est accueilli avec joie, et chaque jour, d’après les Magandjas, l'Esprit des Forêts qe A à ses sujets : « Qui va ce soir danser le niâou et boire le moa avec les Hommes? — Moi, répond le buffie du fond des bois. — Et qui encore? — Moi, dit .le bubale. » Tantôt c’est l'éléphant et le lion, tantôt le rhinocéros. L'Esprit des Forêts prévient l'Esprit des Hommes. Et celui-ci annonce la chose comme un secret; on se chuchote à l’oreille : Ce soir, c’est le buffle! — Ah!
L'idée, la signification du niâou paraît être la visite d'étrangers, animaux ou hommes, qui se mêlent aux fêtes auxquelles on les convie; des esprits appartenant à des disparus reprennent à cette occasion la forme humaine et, masqués, cachant SO1oneusement leurs mains et leurs pieds, apparaissent soudain au milieu des danses pour disparaitre un moment après.
Les invitations aux esprits et aux bêtes ayant été
endons-nous, au moment où la lune se a place du village, où commencent les pré-
lancées, re lè VE, SUL ] paratifs de Le danse.
Au hêie u, un grand espace laissé hbre. l'out autour, une foule assise, ou debout, ou juchée sur les cases, causant, riant, pendant que les tambours se pr éparent : on les accorde en frappant sur les chevilles qui tendent tout autour du bois la peau d'iguane, de zèbre ou de koudou qui les recouvre, ou bien on les flambe avec des torches de paille enflammées afin que le cuir se débarrasse de toute humidité et rende un son plus clair. La batterie du niâou consiste en un gros tambour-basse, un ou deux tam-tams plats pour les contretemps, un ou deux tambours de danse ordinaires et un tambour
aigu, long et très mince. On ne chante pas péidañts,
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