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rière ou en se traversant continuellement dans tous les sens, l’arrière-main ayant toujours l'air de vouloir passer devant l’avant-main. La nuit, la faible clarté de la lune ajoute à l'illusion, et les imperfections de ces animaux échappent à la vue; on les devine vaguement, et, l'imagination aidant, on finit par les croire naturels. Les gens du pays savent si bien cela qu'ils ne montrent jamais les animaux à la lueur révélatrice d’un feu, mais seulement au clair de lune. Les hommes masqués, au contraire, paraissent quelquefois en plein jour, à la fin des fêtes. Quand ils viennent par nuit noire, ils exécutent une danse spéciale où 1ls se hérissent la tête, les mains et le corps de charbons ardents montés sur des griffes de fer. Dans l'obscurité, on ne voit plus l’homme, mais on suit sa danse aux mouvements des parcelles incandescentes, et cette partie du spectacle n’a pas l'air moins démoniaque que le reste.
Nos clowns n'ont donc pas inventé les chevaux en carton dans l'intérieur desquels 1ls se mettent à deux, pas plus que nos élégantes n'ont trouvé les «tournures» que les femmes de la Côte d'Or portaient cent ans avant elles. De même pour la vaccine. Le principe que Jenner devait formuler en 1706 est appliqué chez certaines peuplades du haut Zambèze, certainement, depuis des temps immémoriaux, c'est-à-dire qu'on donne artificiellement la variole bénigne pour éviter les dangers de l'épidémie. Tant 1l est vrai que rien n'est nouveau sous le soleil!
Les Magandjas célèbrent en moyenne une fois par an la fête du niâou; la «mise en scène», demandant des frais, n’est pas à la portée des simples
particuliers, et les chefs seuls ont les moyens de l'organiser. En somme, c'est une des cérémonies les plus amusantes auxquelles un Européen puisse assister.
Bertrand donna un soir aux indigènes une séanc2 du niâou à sa façon : il se revêtit d'un maillot noir qui lui restait d’un déguisement dahoméen, se couvrit la tête d'une cagoule et se rendit à une grande fête où l’on exécutait, à la lueur des feux, sur une place de village, des danses des deux sexes. Au beau milieu de l'agitation, on vit un soi-disant indigène tomber au beau milieu des danseurs en faisant la roue, en exécutant des sauts périlleux, en se livrant à une danse du ventre inconnue sur les bords du Zambèze, On commença par regarder avec anxiété cette apparition ; bientôt la vue de la cagoule et les mouvements désordonnés de lintrus semèrent l'épouvante, et tout le monde décampa ventre à terre, croyant voir quelque esprit d'outretombe, quelque revenant venu là sans y être invité. Ce diable s'assit alors tranquillement à côté d'un feu abandonné et y resta pendant plus d'une heure, ce qui empêcha de rentrer chez eux tous les indigènes dont les cases s'ouvraient sur la place; puis, content de son succès et voulant jouer son rôle jusqu'au bout, 1l se leva d’un bond et disparut dans l'obscurité. La mèche fut vendue le lendemain : on avait vu rentrer le démon au camp des blancs.
Un peu de gaieté ne nous était pas inutile pour supporter la saison des pluies, car elle est fort ennuyeuse dans la brousse. Etre trempé du matin au soir, vivre dans l’eau, manger froid ou mal cuit, manquer de bois pour se sécher et n'avancer que
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