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lentement, telle est à peu près l'existence que l’on mène de décembre à avril Le pays se couvre de hautes herbes ; la chasse aux antilopes est suspendue ; 1l ne reste plus, pour l'alimentation, avec l'éléphant, — qui est dur à poursuivre par ce temps, et plus dur encore à mâcher, — que quelques pintades et perdrix prises au collet ou tirées au fusil, que des carpes ou des silures pêchés dans les rivières, que le poulet africain, maigre comme un coucou et que les indigènes (qui ne savent pas si bien dire!) appellent justement n£'oukou. Je tue force canards et oies sauvages, mais ces oiseaux sont huileux, sauf une sorte de sarcelle appelée czr2/1:. Les indigènes ont d’autres ressources : par exemple, les rats des champs en bas âge, qu'ils font rôtir en brochettes et qu'ils croquent tout entiers, poil et tout, comme des mauviettes; les œufs couvis, qu'ils font éclater sur la cendre chaude; les épinards du pays, etc. Dans d’autres régions, on se nourrit de termites, de chenilles, de fruits sauvages. Mais de Borely et Bertrand sont peu amateurs de ces friandises. Quant à moi, à part les œufs couvis et habités, que les indisènes préfèrent aux œufs frais, Jaime assez tout cela, et J'en mange de temps à autre.
Nous n'avons d’ailleurs pas d'heure fixe pour les repas, je le répète : on mange quand on a appétit, ce qui est, sans contredit, et quoi qu’en disent les hygiénistes en chambre, la meilleure et la plus salutaire des méthodes. La gastrite et les désordres qui en sont la conséquence n'accableraient pas | monde civilisé, si l’on attendait, pour prendre de la nourriture ou de la boisson, que l'estomac en manifestât le désir, et si l’on s’arrêtait au moment où 1l dit : assez!
En France, d'ailleurs, nous nous moquons de
l'hygiène : nous nous attablons à midi précis, parce que c'est l'usage, de même que nous consommons en un seul Fi dg ce qui suffirait largement à la journée entière. En Afrique centrale, fort heureusement, on ’affranchit : des conventions. Dans notre expédition on ne manpgeait que juste ce qu'il fallait et quand il le fallait, ce qui nous a permis, avec une hygiène raisonnée, non seulement de supporter des fatigues énormes, mais encore d'être tous vivants aujourd'hui avec une quinzaine d'années d'Afrique cha-
cun !…..
M l1S, reprenons notre vovage.
Au commencement de 1805, nous arrivons au nord du Makanga, le pays des Atchécoundas.
Quoique étant sur le territoire de ces derniers, la région est peuplée d'Azimbas. Le roi Tchinssinga, successeur en House hgne de mon ami Tcha netta (1), menvoya à cette époque une dé éputation pour me prier de me rendre chez lui; mais je n’y allai que plus tard ; pour l'instant, je voulais visiter le nord de la région et remonter ensuite vers l’ouest.
Les Azimbas, dont J'ai déjà parlé en passant (2), sont des gens primitifs, que rend intéressants le fléau de l’esclava ge qui a pesé sur eux depuis une centaine d'années. Azimba (ou Mzimba au singuhier), qui voulait dire originairement «montagnard », a pris aujourdhui la signification de sauvage, d'homme peu civiisé. Ces gens habitent tous les
1) Du Cap au lac Nyassa, p.
(2) Du Cap au lac Nyassa, p.
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plateaux montagneux de la Maravie, le sud du pays de Mpéséni et des Angonis, la région de la Louyia et de ses affluents jusqu'au Zambèze ; ils sont mélangés également, en assez forte proportion, aux Atchécoundas. Fort nombreux et prospères autrefois, ils habitaient les vallées, 1ls avaient du bétail, notamment des chèvres, et s’occupaient de culture ; mais les gens de Mpéséni, les terribles Mafsitis, leur ont déclaré une guerre qui n’a pris fin que dans ces dernières années, se-terminant par leur ruine à peu près complète.
Dans le récit de mon dernier voyage, j'ai parlé de cette guerre sans trêve ni merci où des Azimbas eurent tous leurs villages détruits et allèrent en esclavage ou furent tués par milliers; aujourd'hui, 1l ne reste que des vestiges de ce malheureux peuple.
En revanche, Mpéséni, le fameux Mpéséni, dont il sera question tout à l'heure, a fini par être battu et mis à la raison par les Anglais, qui occupent son territoire depuis 1898. Espérons donc que l'ère des razzias est close, et que les Mafsitis, ses sujets, resteront désormais chez eux. Ce qui reste des Azimbas pourra alors redescendre des montagnes où 1ls s'étaient réfugiés et s'établir dans les vallées sans danger d’être inquiété.
Mais, à l'époque où nous étions dans le nord de Makanga, ces malheureux vivaient perpétuellement sur le qui-vive et choisissaient comme repaires des pics aux aspérités inaccessibles. Aussi avaient-ils l'habitude des ascensions ardues. Alors que nous étions obligés de nous déchausser et de nous aider des mains pour grimper ou descendre certaines surfaces lisses et en pente rapide, ils couraient dessus délibérément avec leurs charges sur la tête
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ou sautaient d’un rocher sur l’autre avec autant de ûreté qu'un chamois. Du f nd des vallées, c'est avec peine qu’en explorant attentivement au télespe on finissait par apercevoir quelques huttes disséminées derrière des anfractuosités gramitiques indiquant la présence d’un hameau au flanc de quel- | céant de pierre. Il fallait souvent plusieurs heures pour monter chercher les porteurs ou les vivres dont nous avions besoin, tandis que les indigènes, une fois en rapport avec nous, gravisient et descendaient la montagne à propos de rien et plusieurs fois dans la même journée. À peine
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I] ) là-haut, à peine perceptibles, descendre à la file indienne, en faisant des zigzags. En raison des proportions énormes de ces montagnes, ils semblaient n’approcher que lentement quand, au contraire, ils dégringolaient avec une rapidité extraordinaire. Enfin, au bout d’une heure quelquefois, ils apparaissaient, leur paquet de sagaies et un
six flèches sur le dos ; à la ceinture, des peaux de
arc dans les mains, un carquois contenant cinq ou
petits carnassiers dans lesquelles 1ls mettent leur tabac: autour des reins, un morceau de cuir tanné ou d’écorce battue : dans leurs longs cheveux, quelques plumes. Des bracelets de fer ou de cuivre complétaient ce costume succinct. Passons au physique : taille plutôt petite, corps nerveux et secs, apparence délicate, visages, sinon désagréables, du moins loin d’être beaux. Les Azimbas excellent dans la façon d’arranger leurs cheveux. En
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so TRAVERSÉE DE L'AFRIQUE ÉQUATORIALE
boules, en tresses, en paquets, en plates-bandes, ils varient à l'infini l’art de se coiffer : Jai compté un jour, à une grande palabre où étaient réunis à peu près deux cents indigènes, quarante coiffures totalement différentes les unes des autres. Au surplus, le milieu habité et les circonstances extérieures 1nfluent beaucoup sur l’ethnographie : en plaine, les Azimbas n'auraient rien eu de remarquable ; dans leurs belles montagnes, au contraire, environnés d'un paysage merveilleux, traqués et persécutés comme ils l’étaient, avec leur existence remplie de dangers et leur agilité extraordinaire, ils devenaient intéressants.
On leur a donné souvent le nom de Maravis, parce qu'ils peuplent la partie du territoire qui porte ce nom, nom qui est, je crois, d'origine portugaise, et que je n’ai jamais entendu prononcer par les indigènes. D’après certains voyageurs, ces peuples auraient eu des prédécesseurs, les Pimbès, et une histoire. Comme les jésuites qui sont venus dans le Zambèze il y a plus de trois cents ans ne semblent pas avoir visité ces parages et que les renseignements donnés par les anciens établissements portugais de la région ont été détruits ou perdus, il est difficile de reconstituer le passé autrement qu'avec une forte dose d'imagination. Je me bor-
nerai donc au présent.
Les Azimbas ne sont pas fétichistes dans le vrai sens du mot : on ne voit pas d’idoles chez eux ; ils croient à Dieu, maître de toutes choses, et mettent sur le compte des esprits (#21im0u5) tout ce qui leur arrive de bon ou de mauvais ; 1ls supposent que certaines gens sont capables de conclure avec ces
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esprits une entente qui leur permet de faire des sortilèges, de manger en cachette de la chair humaine, en un mot de porter malheur.
Cette croyance à des cas isolés d’anthropophagie est générale dans ces pays, et, en la décrivant une fois pour toutes, avec les horreurs qu’elle entraîne, Je parlerai ici à la fois des Azimbas, des Magandias et des Atchécoundas, ainsi que des peuples riverains du Zambèze. Chez ces derniers, pourtant, cette superstition avec ses conséquences a beaucoup diminué à cause du contact des Européens ; mais dans l’intérieur, chez les autres peuples, elle est encore enracinée.
Quand on suspecte un individu, homme ou flemme; quand on le suppose coupable de maléfices, il est soumis généralement à l'épreuve du #oavr, qui consiste à lui faire boire un poison dont le verdict sera décisif : s’il meurt, c’est quil est coupable ; sinon, il est innocent et réhabilité. Ceux qui sont condamnés à l'épreuve sont : le #71, la femme adultère, toute personne accusée d’un crime, vol, assassinat, etc. ou celles que l’on croit capables de sortilèges, c'est-à-dire de porter le mauvais œil, la « Jettatura ».
Le ff: (1) est tout individu qui a des intelligences avec les mauvais esprits : quand tout le monde dort, il s’en va avec les hyènes, les lions ou léopards (les mangeurs d'hommes seulement). Un de ces animaux, généralement une femelle, l'adopte : c’est sa mère; à eux deux, ils combinent des larcins ou des crimes. Le 7: indique à cette mère adoptive les
(1) Démon, mauvais esprit. De là le surnom de Mañitis
(Mafsiti) donné aux gens de Mpéséni, "à cause de leurs déprédations nocturnes.
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coups à faire, le poulailler ou la bergerie à dévaliser; la nuit, il lui en ouvre la porte pour qu’elle enlève les chèvres ou les volailles qu'elle va dévorer avec lui Ou bien le f/2 conduit sa complice à la case mal fermée de quelque habitant et il laide à y entrer et à attaquer. D’autres fois, ils ouvrent ensemble des tombeaux et mangent, autour d’un feu, les restes des gens récemment enterrés.
Quand vous discutez avec les indigènes, vous leur faites facilement comprendre tout ce que cette théorie a d’invraisemblable; mais ils ne veulent pas en démordre : «On le dit...» On, c'est quelque individu malveillant qui a répandu le bruit. Peu à peu chacun y croit et le répète à voix basse sans chercher à se l'expliquer. J'ai tellement vécu dans lintimité des Magandjas et des Atchécoundas que J'étais au courant de tous ces racontars, et J'ai souvent essayé de les convaincre.
— Vous dites que X... sort le soir et va dans les bois avec les hyènes ; quelqu'un l'a-t-il vu quitter sa case, même une fois ?
__ Non: il attend que chacun soit endormi.
__ Mais sa femme, sa famille, doivent bien sen apercevoir ?
__ Non: il leur donne une médecine qui les fait dormir.
__ ['at-on au moins vu récolter cette plante, lat-on entendu demander ce narcotique à quelqu'un ?
__ Non; mais on le sait.
__ Lorsque des chèvres étaient emportées, quelquefois pendant plusieurs nuits de suite, quelqu'un de vous n’a-t-il jamais fait le guet afin de voir si l'hyène était seule ?
Oui, souvent ; mais on n’a vu que l’hyène. Le fiti se cachait.
—— Pourtant, sil devait lui ouvrir la porte de la bergerie ?
- Si l'un de nous faisait le guet, l'hyène ne prenait rien.
Et dans les bois, avez-vous trouvé l'endroit où l'animal avait été dévoré ?
Toujours.
Avez-vous vu sur le sol des traces de pied humain ?
Non, mais le #42: les fait disparaître avant de rentrer.
Comment ?
Ah! nous ne savons pas ; ces gens-là ont des médecines (#ankoualas) pour tout.
— Comment expliquez-vous qu'une personne et une ou plusieurs hyènes puissent en quelques heures (car on na pas pu commencer l'opération avant le milieu de la nuit, et il faut qu’elle soit achevée avant le Fan ouvrir un tombeau (1) et le refermer sans qu'il y en ait de trace?
Nous ne savons pas.
— Mais, quand vous accusez un des vôtres d'avoir mangé de la chair humaine, n’avez-vous jamais pensé à ouvrir le tombeau que vous supposez avoir été violé pour voir si réellement on a touché au cadavre ?
— Non; on ne touche jamais aux morts une fois qu'ils ont été enterrés.
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(1) Les indigènes sont enterrés à plus d’un mètre de profondeur ; sur la fosse refermée on amoncelle et on brise tout ce qui a servi au défunt : case, pots, marmites, nattes, etc.
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— Alors, comment pouvez-vous savoir ?
— On le dit.
Voilà tout ce que j'ai pu tirer de mes interrogatoires : on le dit! Et cela suffit pour quon fasse mourir un malheureux, ou tout au moins pour qu'on lui inflige d’atroces souffrances. Quand l'accusation devient de notoriété publique, celui qui en est l’objet finit par en être averti. C’est généralement une personne de sa famille ou un chef qui se charge de là communication : «On dit que tu es un 71.» Naturellement, l'accusé se défend; mais, si grande est la confiance que ces gens mettent dans le poison, qu'il répond sans hésiter : «Eh bien, fais-moi boire le #oavi: tu verras si Je suis un 7/2.»
La femme accusée d’adultère n’a pas le choix : son mari l'oblige, sur le moindre soupçon, à subir l'épreuve. Quelqu'un est-il accusé de porter malheur (marodza), on lui reproche ses prétendus crimes et l'on répond : à ses dénégations : « En voilà assez; le moavi décidera si tu dis vrai.»
À partir de ce moment, le sort de ces gens est entre les mains du médecin du pays ; car, selon le mélange ou le dosage, celui-ci en fait à son gré des innocents ou des coupables, à moins pourtant que le résultat ne dépende du tempérament des patients, je ne sais au juste. J'ai déjà raconté dans le récit de mon dernier voyage les effets du poison sur les individus (1), et Je n'y reviendrai pas.
Cette cérémonie est un événement local; on se. réunit en grand nombre pour y assister. Celui qui est proclamé innocent par le verdict se rase immédiatement la tête en signe d’humilité et de recon-
1) Du Cap au lac Nyassa, p. 305.
DU ZAMBÈZE AU CONGO FRANCAIS gs
naissance ; il recouvre l'estime de ses concitoyens en même temps qu'il reprend son existence habituelle. J'ai vu des gens qui avaient subi l'épreuve plusieurs fois avec succès, ce qui tendrait à confirmer l'hypothèse que la même dose, qui tue certains individus, est inoffensive sur d’autres.
À côté de ces superstitions, il en est plusieurs autres qui font de nombreuses victimes. Chez les Atchécoundas, du temps de Tchanetta, à l’époque où J'étais son hôte, des exécutions avaient souvent heu la nuit sans qu’on en connût les causes. Des femmes étaient exécutées ; on confectionnait avec leur sang et leur cœur des mankoualas destinées à prolonger la vie du chef malade ou bien à sauver un enfant dans le même cas. On ouvrait le ventre à des esclaves pour tremper dans leurs entrailles des fétiches, des queues de lions, des amulettes de chasse à l'éléphant ou d’autres objets auxquels cette cérémonie confère des pouvoirs surnaturels. Ces boucheries terminées, on attachait au corps une grosse pierre et on Jjetait le tout dans le Revougoué, où les crocodiles lui faisaient bon accueil.
Un soir, entre autres, alors qu’on me croyait couché depuis longtemps, j'étais allé m'installer sur un rocher surplombant la rivière, pour essayer de pêcher de nuit, attendu que, de jour, je n’avais d’habitude aucun succès. J'étais accompagné d’un moulèque qui portait un fusil. Le /embé (enceinte) du chef était à trente mètres de là, et un calme absolu régnait partout. La porte de la palissade s’ouvrit et un bruit de voix se fit entendre, suivi d'un gros pouf! dans les eaux calmes du Revougoué... Quelqu'un sortit encore en parlant de quelque chose
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d'oublié, et on lança dans la rivière un autre objet plus petit; puis quelques mots que Je ne compris pas, et ce lambeau de phrase accompa sné d'éclats de tire : «ll est allé à Kapako...» Après quoi, la porte se referma.
Je me demandai ce que lon FRS bien avoir jeté, et, comme Jjétais en aval, jessayai de voir sur l'eau si j'aurais l'explication de l'énigme, mais Je ne vis rien. D'un air étrange, le moulèque me pria aussitôt de rentrer; le lendemain, il avait disparu, ayant pris la fuite et étant sorti du pays pendant la nuit. Quelque temps aprés, | j'appris certains détails, et, en rapprochant les dates, je finis nel tout comprendre. On avait jeté à l'eau, ce soir-là, d’abord le tronc, puis la tête d’une esclave qui avait été executée afin que l’on pût confectionner des médecines pour une expédition que le chef avait projetée et pour laquelle il était précisément absent ; l'esclave était censée part ie la veille de sa mort pour Kapako, un village voisin ; mais on ne la revit jamais.
Ce n'était là qu'un fait isolé ; plus tard, je fus mis par mes gens au courant de tout ce qui se faisait. Ces atrocités me furent d'autant plus facilement révélées que l'on savait que Je gardais le secret comme un indigène.
Le du il y avait de plus révoltant, cest que celui
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qui se chargeait de toutes ces a nes CPPAÈES es était, comme de juste, le se >rviteur préféré du chef, et que Je contempler ces deux hommes à chaque ins- Fan de la journée. Quand on m'apportait du moa, c'était l'exécuteur secret qui faisait cet office et qui,
suivant l'usage du pays, buvait avant moi à la calebasse, afin de me prouver que le liquide n ’était pas
empoisonné. J'avais à mettre mes lèvres où 1l avait
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mis les siennes, sans montrer les sentiments qui m'agitaient, et je dev ais répondre à ses prévenances
COMIMNE SI Je ne m'« C tal 15 douté de rien !…. Il V da dans la vie des moments où le sang-froid et le calme sont bien durs à garder.
Je n'avais rien à gagner en montrant que j'étais
Un j'eusse été impuissant à changer les |
hoses, le chef m’eût opposé des dénégations et se | fût méfñé de moi, mes confidents ne m'eussent plus Il rien raconté. Au contraire, en ayant l'air de tout isnorer, je voyais et J'étudiais ces sauvages à loisir ;
d’ailleurs, quelque barbares que fussent les mœurs Il de Tchanetta, je n'ai jamais eu personnellement à me plaindre de lui.
Tchinssinga, le chef actuel, ayant été élevé par || Portugais, jespère qu'il aura aboli ces usages | de ses prédécesseurs; mais autrefois 1l se passait :| chez les Atchécoundas des choses inouïes et dont Je ne puis donner ici aucune idée.
Chez les , en de ré du #oavt, je Suis certain que ces cruautés n'existent ds du moins de Il nos Jours ; chez a Azimbas, au contraire, pendant 04) à les derniers temps de troubles, et alors que tés Maf- Î
sitis les menaçaient constamment, 1l y a eu pas mal de meurtres ayant pour but de FOR r les défaites les horreurs qui en étaient la conséquence ; on a mis à mort ainsi plus d'une éille femme devenue inutile afin que ce sacrifice sauvât la vie aux autres.
Au dire de ses propres sujets, Oundi, le chef chez
lequel nous avions failli mourir de faim en 1802, était un {1 consommé ; on accusait aussi Kamt- | chenjé, son premier ministre, et deux autres per- 1
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sonnages de partager avec lui de la chair humaine; une esclave que j'ai libérée chez lui lors de mon passage me raconta que deux jours plus tard elle devait être mangée (elle ne me dit pas à quelle sauce), et elle me nomma celles de ses compagnes qui avaient déjà eu le même sort. Je n'ai pu vérifier le fait, mais je sais qu'Oundi ne se nourrissait presque que de viande ; or, de mon temps, il n’en avait point, puisque tout le monde mourait de faim chez lui, nous compris. Il est possible que la nécessité seule ait poussé le chef agoa à manger ses sujets... pour leur conserver leur roi, comme le fameux pélican. Mais, en général, malgré toutes les cruautés et les misères, les cas d’anthropophagie sont rares chez les Azimbas. Pourtant, quelque invraisemblables que soient certaines histoires, il faut se garder de les nier sans preuves, et je n’en avais pas.
Ainsi, chez les Atchécoundas, tout le monde parle et parlera longtemps des fameux Adjaridjaris, qui étaient des étrangers et qui visitèrent le pays au moment où le commerce des esclaves se faisait ouvertement ; ils portaient de longues robes comme les mahométans et se nourrissaient exclusivement, au dire des indigènes, d'œufs crus et d'hommes ; ils achetaient des esclaves, les tuaient, les vidaient et les mettaient à cuire après leur avoir rempli le ventre de riz. J'ai demandé à beaucoup d'indigènes ce qu'étaient les Adjaridjaris : tous m'ont confirmé le fait avec les mêmes détails ; les vieilles gens assurent même en avoir été témoins. Tout cela est fort possible ; quand on constate la façon générale dont le cannibalisme règne dans des pays peu éloignés, tels que le Congo, il n’est pas impossible qüe quelques anthropophages aient fait une tournée dans
des régions où la «viande» était abondante et d’un prix modique.
En résumé, 1l est excessivement difficile pour un Européen, quelle que soit la confiance que lui montrent les indigènes, ou le soin avec lequel il étudie leurs mœurs, de savoir exactement où s'arrête la vérité et où commence la fable. L’ignorance et les préjugés entraînent à des actes inouïs des peuples pacifiques, d’un aspect doux et bon, et qu’on croirait, à les voir danser, rire et chanter, incapables de pareilles cruautés.
Dans le haut Kapotché, que nous visitâmes à la même époque, c'est-à-dire dans les premiers mois de l'année 1805, les Azimbas existaient également, mais si clairsemés qu'il fallait sept ou huit jours de marche dans la brousse sauvage pour découvrir un misérable village. Pour éviter le manque de vivres, auquel on était exposé tôt ou tard dans ce pays inhabité, une partie de l'expédition resta avec de Borely au nord de Makanga; l'autre, avec Bertrand et moi, rayonna dans la région. Par les soins de de Borely, on recevait le nécessaire au moyen d’un service régulier de correspondance établi entre nous.
Tout en visitant le pays avec soin, je me livrais à la chasse ; J'abattais des éléphants et des antilopes qui nous fournissaient, à nous et à nos hommes, un supplément agréable de vivres.
L'expédition revint ensuite au nord de Makanga, et nous allâmes, à cette occasion, faire une visite à Tchinssinga, roi des Atchécoundas.
Notre arrivée chez lui fut marquée par un événement qui eut de graves conséquences, en ce qu'il coûta la vie à un de nos hommes.
J'avais connu Tchinssinga alors quexilé par Tchanetta :1l s'était réfugié chez les M: agand}as, et, bien que l'ayant traité convenablement, Je m'étais néanmoins refusé à satisfaire toutes ses prétentions lorsqu'il m'avait demandé des étoffes pour lui et ses gens, à titre d'avance remboursable plus tard. J'étais alors moi-même très pauvre et sur la fin de mon expédition du Cap : au lac rires mais, comme il mourait pr sque « : faim, je lui envoyais souvent, a défaut d'étol singa aurait dû succéder à son père Kankouni; mais comme il était trop jeune, son oncle Tchanetta l'avait remplacé, et plus tard il l'avait même chassé à la suite d’un grave dissentiment. # la mort
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Tchanetta, les circonstances changet Tchi saga, son frère, à moitié idiot, lui a et Tchinssinga travailla alors sous main à le détrôner ; il parvint à susciter une révolte à la tête de laquelle il se mit : il s'empara du roi, quil hvra aux autorités portugaises comme l’un des auteurs du massacre de 1888 (1), et il prit sa place, atteignant aimsi adroitement le double but de se débarrasser de son concurrent d'une façon dé finitive et de s'attirer la sympathie du gouvernement portugais, qui l'avait d’ailleurs aidé Ars sa lutte contre T'chigaga.
Etant au pouvoir, Tchinssinga pouvait me garder rancune de ce que je ne lui avais pas accordé mon aide autrefois, et ensuite de ce que son ennemi Tchanetta avait été pour moi un ami. Aussi, lorsqu'il me fit demander de lui rendre visite, éprouvai-Je quelque méfiance; je promis néanmoins, mais avec la ferme intention de me tenir sur mes gardes. C'est
(1) Du Cap au lac Nyassa, p. 258.
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1, roi des Atchékoundas.
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en de telles dispositions que Jj'arrivai à Mtchéna, la capitale, en avril 1805. Mes camarades en étaient prévenus. Tchinssinga vint à notre rencontre sur la route et me dit qu’il m'avait fait préparer une case lans son /embé (enceinte que l’on fermait soigneuse-
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ment le soir). Je le remerciai et refusa, alléguant que, pour ma commodité, et vu mon nombreux personnel, je voulais camper sous des arbres dans le village. Il n'insista pas, et Je choisis moi-même à dix minutes de chez lui un emplacement qui me paraissait réunir les conditions nécessaires : c'était sur le bord du Revougoué, en vue des habitations, mais à distance, sous de grands arbres. Les porteurs et capitans s’y installèrent aussitôt, tandis que nous allions assister chez le roi à une réception donnée en notre honneur. Au milieu d’une foule énorme et silencieuse, il y eut d’abord des discours de bienvenue, puis les compliments d'usage, et enfin des auditions du fameux orchestre qui avait survécu à toutes les révolutions : Tchinssinga l'avait revu et même considérablement augmenté. Nous déjeunàmes chez lui à l'européenne, servis par des femmes, et primes ensuite congé pour veiller à l'installation du camp.
Voici comment celui-ci fut organisé :
Trois groupes d'arbres formaient des ombrages à une certaine distance les uns des autres ; sous l'un, Je mis partie des por rteurs et deux capitans ; sous l’autre, près d’un énorme baobab, le reste du per sonnel ; enfin, au milieu, jinstallai les chasseurs, lié domestiques et notre propre campement. Il DOVE y avoir cinquante mètres entre nous et chacun ee ces emplacements, et une dizaine de notre abri à celui de nos domestiques. Comme les pluies oi
SPAUE = RATER +, =———— + — = EEE RENE
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terminées, je fis installer de simples appentis de chaume destinés à nous garantir, pendant la nuit, de la rosée, encore abondante.
Sauf une visite de Tchinssinga, qui vint dîner avec nous, la soirée se passa sans incident: l'heure du coucher arriva, et je fis étendre ma natte sous l'extrémité d’un appentis. À côté de moi étaient mes camarades ; un peu plus loin, les domestiques et les chasseurs, plus trois ou quatre porteurs de leurs amis qui s'étaient joints à eux; ils occupaient l'extrémité de l’appentis opposée à celle où j'étais. Un feu fut allumé en dehors, de chaque côté, et bientôt tout le monde s’endormit, sauf quelques hommes désignés pour veiller, les uns près du baobab, les autres à l'extrémité opposée du camp.
Ce soir-là, comme toujours, d’ailleurs, chacun de nous, chasseurs et domestiques compris, avait un fusil à portée de la main. Selon ma vieille habitude, je dormais ayant avec moi, dans mon lit, sous ma couverture, mon winchester chargé à six coups de chevrotines.
Rien ne faisait supposer que cette nuit-là dût se passer d'une façon anormale, et il pouvait être onze heures et demie, lorsqu'un cri strident fut poussé sous l'abri même où nous dormions, cri auquel répondirent des exclamations des autres hommes et un coup de fusil tiré par moi. L'homme avait à peine ouvert la bouche que je m'étais dressé sur mon séant en rejetant ma couverture. Ayant le fusil tout prêt en main, grâce à sa position, j'avais tiré en l'air, dans le double but d’éloigner l’agresseur, quel qu'il fût, et de donner l'alarme.
Quelques minutes de désordre succédèrent à ce réveil brusque, et bientôt, les feux et les lanternes
rallumés, je me rendis compte qu'un homme venait d'être enlevé par un lion, mais que celui-ci l'avait lâché deux ou trois mètres plus loin, effrayé peutêtre par mon coup de fusil. Le fauve avait rampé pendant quelques mètres et, sautant par-dessus le feu mi-éteint, avait saisi l'individu qui se trouvait le premier; 1l eût aussi bien pu commencer par moi, qui occupais l'extrémité opposée.
J'envoyai chercher la pharmacie pour panser le blessé; 1l avait été saisi par la hanche : son ventre avait été ouvert par les crocs du fauve et sa cuisse labourée par ses griffes. Les premiers soins donnés, il n'y avait pas une minute à perdre, car J'étais persuadé que le lion allait revenir, qu'il rôdait déjà aux alentours. J'ordonnai de rallumer les feux; je fis attacher une petite chèvre dans un espace vide éclairé par la lanterne, les hommes furent prévenus, et tout rentra dans le calme : on attendit. L’attente ne fut pas longue : cinq minutes ne s'étaient pas écoulées que la bête faisait entendre un rugissement bas et continu, semblant évidemment se diriger vers le baobab ; ceux qui sy trouvaient prirent la fuite et vinrent nous rejoindre, laissant près de l'énorme végétal une pile de bagages, de caisses et d'objets divers.
Alors commença, là-bas, un remue-ménage que jamais Je n'oublierai; pendant cinq heures, le lion se rua sur tous les objets qu'il put trouver; on entendait un tintamarre qui eût fait croire à la présence de plusieurs lions, et si, de temps à autre, un rugissement ne fût venu nous convaincre, j'aurais cru que c'était plutôt des hommes qui nous dévalisaient.
La nuit était noire et opaque, l'endroit embarrassé d'épaisses broussailles et d'épines ; il était
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