‹ La traversée de l'AfriqueChapitre 42 sur 106 · . "1 0 ERA TES · texte numérisé non relu

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avais fait était insuffisant, me laissa dix jours sans porteurs; puis, voyant que je ne cédais pas, 1l me donna 150 hommes qui prirent la fuite après m'avoir conduit 40 kilomètres kgs loin. Je trouvai bientôt d’autres hommes, grâce à l'intermédiaire de Samba- Mropa, le ministre id Mpéséni; mais ce fut alors une autre histoire : les charges étaient trop lourdes, il fallut les diminuer; il y avait huit étapes à faire on n'en voulut NARRE ir que quatre.

La vérité de tout cela, la voici : nous étions à la saison de 1 A ARE époque où les indigènes aiment mieux danser et boire du moa que travailler Quand ils ont les greniers pleins, les noirs ne ve cl se donner aucune peine parce qu'ils n’ont aucun besoin; quand leurs greniers se vident, 1ls refusent de se déplacer parce que c'est la saison des défrichements; arrive le moment des pluies

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d'accomplir de longs trajets, pendant Ja farnine enfin, 1ls n'ont pas la iorce, disent-

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charges: on passe sa vie à pal labrer, à discuter.

Quand on mène la rude vie comme nous, on finit par tout considérer comme sans munie. on est blasé par la lutte journalière contre les hommes et les choses, et on accepte les événements comme ils viennent, sans avoir l’idée de protester. Dans les moments de souffrance, de privations et de soucis, comme J'en avais eu autrefois, comme jen eus plus tard, je devenais insensible, indifférent à tout, cest la conséquence naturelle de cette existenct faite d'ennuis, de -contrariétés et d'imprévu. On a bien pour se consoler quelques bons moments de joie, de bonheur, qui sont les seuls dont on se sour vienne une fois rentré en France, mais à quel prix ne les a-t-on pas achetés!

Vers la fin de 1806, après avoir encore fait une assez longue visite à nos amis les Agonis, nous allâmes camper sur les bords du lac de Nyassa, à lembouchure du Nidipé; nous nous rendimes ensuite à Mponda, en plein Nyassaland, avec l'intention de continuer notre route vers le nord, en quittant définitivement les peuples que jai essayé de faire défiler devant le lecteur.

À cette époque, je tombai gravement malade ; la fièvre intermittente s'était emparée de moi depuis le débarrasser; mes forces baissaient chaque jour davantage, et je finis par être réduit à l’état de squelette. Je ne pouvais plus marcher qu'en me trainant appuyé sur deux cannes, et le jour semblait approcher où je serais forcé de m'aliter, peut-être pour ne

Bangouéolo, et je ne pouvais parvenir à men

plus me relever. Les soucis de l'expédition, la crainte de ne pouvoir désormais accomplir mes projets, me mettaient le moral à la torture ;: mon caractère s'aigrit : je m'en pris à tout et à tous. D’après ce qu'on me dit plus tard, j'étais devenu effrayant ; avec ma figure pâle et amaigrie, dans mes vêtements devenus trop lâches, soutenu par mes domestiques et appuyé sur mes cannes, Jarpentais le camp comme un cadavre ambulant ; la nuit, le sommeil m'abandonnant, un demi-délire me prenait, pendant lequel je proférais des menaces et des imprécations. J'avais moi-même vaguement conscience de mon état; je me sentais sur le bord de l’abîme : encore un pas, et c'en était fini. Il fallait aviser : de docteur, il n'y en avait pas; rentrer en France, 1l ne pouvait en être question. J'avais ma tâche à achever, et je l'achèverais!

Un jour, je rassemblai mes esprits, je concentrai

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mes efforts, et je me donnai à moi-même une consultation sérieuse ; ma bonne étoile m'inspira l'idée d'essayer de l’arsenic et de lantipyrine ; le sulfate de quinine était devenu désormais impuissant. L'antipyrine diluée à dose faible et continue parvint à abaisser ma température, qui sétait maintenue, presque sans interruption depuis quinze jours, entre 40 et 43 degrés, tandis que l'arsenic commença à détruire le poison de la malaria. Ce fut une véritable résurrection. Dès le lendemain, un mieux sen:sible se fit sentir; sollicité avec mesure, l'estomac recommença à fonctionner; la fhèvre, la hideuse fièvre, se mit à battre en retraite emportant avec elle la tristesse et le découragement ; les forces revinrent bientôt, je pris possession de moi-même, et aussitôt... en avant!

Oui, en avant! à la recherche d'impressions nou-

su

velles, de pays nouveaux, de gens nouveaux, et

peut-être aussi de nouveaux déboires! Mais, bah! l'avenir se chargeait bien de nous l’apprendre.

LES MEMBRES i L'EXPÉDITION, G. Bertrand. Édouard Foà. E. de Borély

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