‹ La traversée de l'AfriqueChapitre 43 sur 106 · CHAPITRE If · texte numérisé non relu

CHAPITRE If

LAC NYASSA — PLATEAU NVASSA-TANGANVIKA- LM OUBEMBA — LES SOURCES DU CONGO |

Arrivée au lac Nyassa. — Le Pronneer. — Départ de ! de Borely et des porteurs. — Monkey-Bay,— Description A1 11 st du lac. — Tribus qui habitent ses rives. — Les Souahi- "| | lis. — La campagne antiesclavagiste. — Fort-Maguire. |

- Poires à poudre indigènes. — Kota-Kota. — Nkata. | Nuées de mouches comestibles. — Rouaroué. — | Forme des cases. — Voyages de M. Sharpe. — Karonga. Poissons et coquillages. — Langenburg. — Les Ouan- | kondés et leurs mœurs. — Souédi, «l’homme-canon. » LA - Les monts Moungamba. — Accidents aux bagages : | un chronomètre cassé. — Faïence et fer émaillé. — Le plateau Nyassa-Tanganyika ; sa température, ses | productions ; l’émigration européenne y est possible. | — Les montagnes de la Lune. — Limite du Nyassaland. 4 — Les sources de l’Aroangoua. — Les Asséoués. — 3oucles d'oreilles des femmes. — Les Ouanyikas. — | Costumes de perles. — Les Inamouangas. — Les Oua- | namamboués. — Mœurs de ces différentes peuplades. | Les Aouembas; leurs coutumes et leur histoire. — — Exploration de la Tchozi et de la Tchambézi. — Les | Pères Blancs. — Gisements de fer. — Difficulté de | | |

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mesurer les indigènes. — Accueil méfiant fait dans lOubemba. — Les ponts rustiques. — Les villages fortifiés. — À propos de chiens morts. — Retour au plateau. — Les sources du Congo.

C'est en 1803 que, pour la première fois, J'avais aperçu le lac Nyassa, point terminus de ma précé-

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dente expédition. Nous avions bien fait une tentative dans le pays des Makouangouaras (1) pour gagner Zanzibar, mais elle avait été infructueuse, non qu’elle fût impossible, mais plutôt parce que nous étions las de nos trois années de marches entremêlées de misères et que nous n’avions plus guère le courage de nous attarder pendant plusieurs mois dans des palabres avec les indigènes.

Du haut de notre camp, situé sur une petite colline en face du cap Maclear, nous avions contemplé pendant quelques jours les eaux bleues du lac: le surnom de «Lac des Tempêtes», que les anciens lui avaient donné, me semblait un peu exagéré, rien n'ayant l'air plus calme, vu de loin, que cette nappe d'eau à peine ridée. J'eus l'occasion de revenir sur ce jugement en 1807.

Campés à Mponda, à quelques minutes du bord, nous cherchions en vain un moyen de transport, lorsque mon ami M. Alfred Sharpe, consul général et gouverneur du Nyassaland, eut l'extrême amabilité de mettre à notre disposition une canonnière, le Pionneer. li chargea le capitaine Rhoades, qui la commandait, de nous faire visiter les diverses localités du lac et de nous conduire ensuite à Karonga, à l'extrémité nord.

Le Pionneer est un joli navire à hélice, de très petite dimension, filant dix nœuds et tenant fort bien la mer; je dis «la mer» avec intention, car aussitôt entrés dans le lac Nyassa, nous en avons l'illusion complète : de grosses vagues aux reflets verts qui se couronnent d'écume brisent tout autour

(1) Sur la rive orientale du lac.

de nous, tandis que notre petit bateau tangue et roule de son mieux; le vent est modéré; des îlots rocheux passent lentement, et au large, jusqu’à l'horizon, on voit paraître et disparaître de petites lignes d’écume,

À l'est, de hautes montagnes bordent le lac; à l'ouest et au sud, par-dessus des collines de verdure, on aperçoit la cime bleuâtre du mont Zomba.

En quittant Mponda, nous avons été obligés, à notr® grand regret, de nous séparer de notre camarade de Borely. Son état de santé était de plus en plus inquiétant : l’anémie le minait lentement et son poids s'était réduit de quatre-vingts kilos à cinquante-sept. Le docteur d’une canonnière du Chiré lui ayant conseillé de ne pas continuer, il se décida à revenir en France: il était si affaibli qu'il n'aurait plus été en état de supporter les fa- Eau du voyage. Je dois ajouter qu'il est bien rentré et que, peu de temps après son retour, il était complètement remis.

Le gros des porteurs de l'expédition a été congédié à Mponda ; nous gardons néanmoins, avec mes chasseurs et nos domes dit ete quelques hommes qui nous ont été fidèles Un nouveau capitan,

James, a été engagé sur le haut Chiré: ancien élève de la mission, il lit et écrit couramment et parait devoir nous être utile. Chasseurs, porteurs, docs 65 set capitans sont comme le petit navire de la chanson : ils n’ont jamais navigué et ont le mal de mer; moi-même, quoique à l'épreuve de ce mal, Je Suis assez incommodé par brusques coups e tangage,

Enfin les secousses cessent, le calme succède à

la tempête, et nous entrons par une fente de falaise

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dans une petite anse tranquille : c'est Monkey- Bay. Encadré de tous côtés, sauf au nord, par de hautes montagnes, le golfe est protégé contre les vents habituels du sud-est; au fond, un village échelonne ses cases sur une petite colline ; il est bordé d’une jolie plage de sable. Un vieux boutre arabe échoué et brisé, épave du temps où florissait la traite, jette du pittoresque sur cet ensemble charmant. Nous sommes encore chez les Angonis et on parle magandja, mais quelques milles plus loin commencent d’autres peuplades.

Le lendemain, nous reprenons le large et nous dansons d'autant plus que l’eau est plus profonde ; les vagues sont plus grosses mais ne brisent pas.

Pendant que nous voguons vers sa côte orientale, disons quelques mots du lac Nyassa.

Sa longueur est de plus de 300 milles (480 kilomètres) et sa plus grande largeur, de 60 (96 kil mètres); sa profondeur, considérable en certains endroits, n'a pu être mesurée. I1 constitue, on le voit, une étendue d’eau respectable, exposée à tous Îles vents et encaissée dans une ceinture de montagnes. Rien d'étonnant donc s'il ressemble à une mer.

Gon écoulement dans le Zambèze forme d’abord un petit lac, le Malombé, et ensuite la rivière Chiré.

Sa côte occidentale seule est connue, étant d'un abord plus facile que l'autre et habitée par des indigènes moins belliqueux.

Les tribus riveraines sont nombreuses : au sudouest et au sud, les Angonis mêlés de Magandijas ; au sud-est, les Yaos et les Adjaouas ; à l'ouest, les Atongas (race d'Angonis), les Ouanyassas, les Ahengas ; à l’est, les Makouangouaras.

Les territoires du lac appartiennent à trois nationalités diverses : anglais au sud et à l’ouest, portugais à l'est, allemands au nord-est et au nord. Sauf du côté anglais, ces territoires ne sont pas occupés effectivement (1).

Avant l'arrivée des Européens, des noirs de la côte de Zanzibar (Souahilis), que l’on appelle à tort Arabes et que nous avons déjà rencontrés chez Moassi, s'étaient établis sur le lac Nyassa et dans l’ouest. Ils y faisaient la traite des esclaves, comme partout, d'ailleurs, dans l'Afrique centrale. Leurs chefs avaient pris dans le pays une grande influence. À l’époque où les Anglais y arrivèrent, il y avait dans leurs territoires quatre de ces potentats, entre autres, qui étaient fort puissants Molozi au nord, Zarafñ au sud, Makandjira au sud-

est, Jumbé à l’ouest. Sauf Jumbé, qui a fait sa soumission et s'est mis au service des Anglais, tous ont été traqués, battus, tués pendant les hostilités ou pendus ensuite. Quant à Jumbé, il est mort il y a deux ou trois ans.

Au Nyassaland, on est persuadé que cette campagne philanthropique, qui n’a en somme servi aux fonctionnaires anglais qu'à acquérir des grades, des décorations et des titres, a arrêté la traite des esclaves. C’est au moins discutable. D'après moi, cette campagne n'a guère eu pour résultat que de faire changer la traite de quartier : ce n’est pas avec un Européen tous les cent milles et deux petites canonnières pour garder une étendue de 350 milles que l'on peut surveiller les côtes du lac, surtout

(1) J'ai établi ailleurs que les Portugais ont découvert

le lac Nyassa et en ont été les premiers occupants dans les temps anciens. (Voir Du Cap au lac Nyassa, p. 333.)

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quand on considère que la rive orientale est presque dépeuplée d’indigènes et non occupée par les Européens. J'ai dit, dans le chapitre précédent, que la traite est loin d’être abolie dans ces régions, et Jai donné plusieurs fois mon avis sur cette question. Quand on me parle de l'influence européenne empèchant le commerce des esclaves, je ne puis m'empécher de rire : la suppression de l'esclavage chez les peuples africains est une grosse révolution à faire il faudra encore un siècle pour qu’elle s’accomplisse et pour qu'on puisse parler sans exagération des résultats acquis.

Au moment des hostilités avec les chefs souahihs, le gouvernement du Nyassaland a bâti en plusieurs endroits des forts ou ouvrages retranchés. Fort-Ma cuire en est un. C'est là que nous nous rendons en quittant Monkey-Bay; nous ny restons que que ques heures, le temps de faire une ou deux observa tions astronomiques (1).

Kota-Kota, où nous arrivons le lendemain, l'ancienne résidence du chef Jumbé. La population y est fortement mélangée de Souahilis et d'Atongas. On fait dans le pays de jolies sculptures sur bois, mais elles sont du style arabe de Zanzibar et ne nous intéressent pas au point de vue indigène. On cultive du riz en quantité sur le bord du lac. La ville est basse, humide et malpropre ; les Européens y occupent une colline nue et aride à sept ou huit cents mètres du rivage; des moustiques nombreux en font encore un de ces endroits où je ne voudrais pas finir mes Jours!

(1) J'y ai remarqué de curieuses poires à poudre makouangouaras faites d’une longue corne de bœuf taillée.

La rivière Boua, que j'ai déjà citée, et qui prend sa source sur le territoire de Mpéséni, au nord de Tchipéta, se jette dans le Nyassa à quelques milles au nord de Kota-Kota, au milieu de terrains fortement marécageux.

Après Kota-Kota, en allant vers le nord, la côte change beaucoup d'aspect : les hautes montagnes que nous avions vues au troisième plan se ra pprochent du rivage et : exposent au soleil leurs aspérités et leur végétation épaisse. Le lac nous ballotte plus que jamais, et les gens de l'expédition commencent à maudire le jour où leur mauvaise chance les a poussés sur cette galère. Nkata nous oiïfre un refuge provisoire dans son petit golfe tranquille à 85 milles au nord de Kota-Kota, et nous y passons une nuit. Le lendemain matin, nous resie le large... et en même temps notre vie agitée. Voici dans le lointain deux colonnes noires qui ous l'eau au ciel. On dirait de la fumée mais, emeigement pris, ce sont des bandes de mouches appelées £#oungo; quand leurs essaims énormes tr ittent sur un endroit habité, les indisènes les capturent en grand nombre avec la fumée d'une plante spéciale qui les étourdit : ils les réduisent alors en pâte et les mangent; c'est, paraît-il, excellent. Je n'ai pas eu occasion de goûter et de juger cette pâte de mouches ; ne le regrette, car 1l y avait peut-être là une découverte à faire pour nos tables blasées, quelque chose aux nids d'hirondelles chinoises, de quoi faire la fortune du lac Nyassa, qui manque d'articles d'exportation!

Après Nkata, Rouaroué, endroit charmant, avec un petit havre où les indigènes nous voient arriver

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sans prendre la fuite, ce qui est fort remarquable. Les dames du pays sont excessivement peu habillées, leur costume consistant en une bande d'étoife de peu de largeur. Les cases ne sont pas moins curieuses. Depuis que nous avons quitté le Chiré, les murs des huttes sont allés en diminuant. À Mponda, comme sur le Zambèze, ils avaient environ deux mètres de haut: à Fort-Maguire et Kota-Kota, un mètte cinquante seulement; à Nkata, ils sont réduits à soixante centimètres à peine, avec un trou pour porte; à Rouaroué, enfin, ils disparaissent complètement, la toiture étant posée directement sur le sol. Ce genre de cases, en forme de tentes militaires (1) devient commun plus au nord; je crois qu'il est motivé par la température, qui est très basse à certains moments de l’année.

Les environs de Rouaroué sont fort pittoresques ; j'ai photographié là de jolies cascades et des points de vue charmants. Le lac est bordé de tres hautes montagnes qui montrent à l'œil nu leurs moindres escarpements. Je ne puis mieux faire que de les comparer à celles de la côte d'Espagne, entre Alméria et Malaga La ressemblance est parfaite : on se croirait en pleine Méditerranée.

À l'intérieur de Rouaroué, le pays est peu connu. Les éléphants y étaient fort nombreux il y a quelques années. M. Alfred Sharpe, autrefois grand chasseur, est peut-être le seul qui lait exploré ; il a accompli des voyages remarquables dans cette région, chez Mpéséni et au lac Moëro.

Lorsque j'aurai conduit le lecteur à Karonga,

à l'extrémité nord-est du lac, j'en aurai à peu près

(1) C’est, à peu de chose près, celle des Zoulous.

LAUL Nvacca . 2° Vue-du lac à KRouarôué:

DU ZAMBÈZE AU CONGO FRANCAIS 1Io5

fini avec le Nyassa. Avant d'y arriver, nous avons dû encore chercher refuge une ou deux fois dans des criques. Nous atteignons le but de la traversée par un tel temps quil est impossible de débarquer pendant toute une journée. Le capitaine Rhoades a eu beaucoup de peine à trouver un abri dans la petite lagune de Kamboué, à deux milles au nord.

Le débarquement à Karonga est toujours difficile ; il n'y a plus là ni crique ni falaise : c'est une plage sablonneuse où déferlent les lames, un pays plat où l'on voit çà et là des palmiers à éventail et de grandes herbes parsemées de quelques rares bouquets d’arbres. Derrière Karonga, se dessine une chaîne de hautes montagnes, dont nous aurons bientôt à faire l'ascension.

A l'extrémité nord-est du Nyassa est Langenburg, point méridional extrême de l'Afrique orientale allemande. Les indigènes de cette région pêchent dans le lac quantité de poissons et mème de coquillages qui sont fort bons.

Les Ouankondés peuplent le nord du lac ; leurs mœurs, différentes de celles de leurs voisins, méritent une description. Eleveurs de bétail, 1ls ne vivent que de laitage et de bananes; 1ls ont de orands troupeaux et d'immenses plantations de bananiers; depuis le Zoulouland, c'est le premier peuple de pasteurs que nous rencontrons. Le costume des femmes est assez succinct : quelques spirales de fil de cuivre autour des reins et une bande d’écorce battue; pour tout vêtement, les hommes portent autour de la taille un de ces ressorts à boudin en cuivre. Quand ils viennent chez les Européens, 1ls arrachent en route une feuille

de bananier, et ils la passent dans le devant de

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leur ceinture. Au physique, les Ouankondés ne sont pas laids ; hommes et femmes sont généralement gras et dodus, sans doute à cause de leur régime alimentaire; la vie leur est si facile! Les bananiers poussent sans exiger de soin, et le lait ne manque jamais. J'ai, de plus, déjà dit qu'ils ne se ruinaient pas en «complets». Aussi ces gens sont-ils mauvais porteurs et mauvais travailleurs, mous et apathiques, n'aimant que le calme et le repos. Leurs cases sont les mieux faites que j'aie jamais

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vues en Afrique, sans doute parce qu'ils ont tout le temps nécessaire pour les construire. D'une forme élégante, bien aérées et spacieuses, avec une porte où l'on peut passer sans s’accroupir, elles ressemblent de loin à des boîtes bien propres avec un couvercle en pointe ; la toiture de chaume est fort soignée et régulière. Les murs vont s'évasant du sol vers la toiture ; 1ls sont formés de lattes de bois reliées à distances égales comme un gros panier d'osier ; entre les lattes sont superposés des petits pains de glaise secs, bien égaux et parallèles ; l'ensemble est joli et propret. Ajoutons que les abords des villages sont toujours balayés. La plupart des Ouankondés construisent leur maison au milieu de clairières en pleines plantations de banamers. C'est tout à fait le village exotique qu'on nous représente dans les romans d'aventures; mais, Je LU mempresse de le dire, les mœurs et les usages ouankondés sont une exception en Afrique.

| Après trois ou quatre jours employés à Karonga | a recruter des porteurs, nous voici de nouveau prêts à nous mettre en marche avec 150 hommes, dont une vingtaine d'Ouankondés; les autres sont

des Ahengas, gens du sud-ouest de Karonga, bons porteurs. Une nouvelle recrue, un Zotb arite nommé Souédi, s'attache ce Jour- à à notre fortune. Ancien serviteur de Molozi, il s'est établi à Karonga ; Ja mort de son maître et, sur bons re enseignements, je le mets comme deuxième capitan à la suite de la caravane. Comme il est d'usage que les capitans ortent un de mes fusils et ses munitions, les camaades remettent à Souédi celui qui est le plus lourd, naturellement : à titre de dernier arrivé, 1l a l'honneur de porter, sans compter quelques cartouches, mon calibre 8 double, qui pèse vingt-deux livres : de : son surnom d'«homme-canon », qui lui est resté ans l'expédition.

°U ne fois prêts, nous disons adieu au Pionneer et son obligeant comma indant, et nous quittons

aron ga.

L’ascension des monts Moungamba (ou Moumboya) est péniblement accomplie en quatre Jours ; cest un morceau dur à avaler, pour les porteurs surtout. La différence de niveau entre Karonga et le plateau est de près de 1,300 mètres. En certains endroits, les hommes trébuchent sur les pierres roulantes dans une ravine presque à pic;

| chaque instant, jai peur de les voir tomber. En réalité , ma ibid s'applique moins aux porteurs qu'à leurs fardeaux. Les noirs sont toujours très soigneux de leur charge et adroits de leurs pieds; mais, en pareille circonstance, si, malgré toutes ses piques l'homme tombe, ce qu'il “porte en fait

tutant et le propriétaire n’a rien à dire : il y a...,cas de force el

Sur 160 hommes environ dont se compose l'ex-

bé mamie

Le ji bit un nt 108 TRAVERSÉE DE L'AFRIQUE ÉQUATORIALE RE 4 ; AIDE pédition, 60 portent des ballots de calicot, 20, des

caisses de boîtes de conserves; le reste, des objets UNE divers de campement ou des bagages, et deux seule- EURE ment, les caisses d'instruments. Pendant l'ascension des gorges, deux hommes tombèrent. Sur le nombre, on devait s'attendre à ce que ce fussent des porteurs de calicot, de caisses ou de campement: Eh bien, pas du tout : le hasard s'est chargé d'arranger cela au rebours du calcul des probabilités, hélas! car c’est précisément l’une des caisses à instruments qui est venue en contact avec les rochers! L'autre colis endommagé est une caisse contenant notre unique bouteille d'huile d'olive. Plus de salade!

Aussitôt arrivé sur le plateau, j'ouvre avec inquié: tude la caïisse d'instruments, dont un des coins est enfoncé. Désolation! le couvercle de la boite du chronomètre a sauté et son verre est cassé ainsi que l’une des aiguilles; la pauvre montre marchera quelques heures encore, et elle s'arrêtera ensuite, pour toujours! Un thermomètre aussi est brisé. Pas d'avaries aux autres instruments. Rien ne pouvait FA m'ennuyer plus que la perte d’un chronomètre, mais 1k en pareille circonstance il faut se résigner. Il m'en

restait, d’ailleurs, encore un, qui, heureusement, terminé le voyage sans encombre.

J'ai cité cet incident pour montrer les petites misères continuelles auxquelles on est exposé dans ces pays : il suffit que l’on tienne particulièrement

lo à quelque chose pour qu'on le perde. Encore nai-je pas à me plaindre autant que d'autres voyageurs que Jai eu occasion de rencontrer. Un | d'eux, entre autres, avait un service de table en ‘l faience et des verres; plusieurs fois par Jour un

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de ses domestiques se présentait devant lui avec une mine consternée, suivi d'un camarade qui se tenait un peu en arrière, en accusateur, ayant l'air de dire : C’est lui, cette fois! Et le coupable montrait des fragments d’assiettes, de tasses ou de verres : colère du patron, menaces €t coups. Ce service de table n’a pas dû longtemps durer.

Le mien est toujours en fer émaillé, ainsi que mes

timbales ; je mets touJours les liquides dans des bidons ; sil m'arrive d'oublier une bouteille quelque part, elle est toujours sûre d’avoir le sort du facon d'huile d'olive dont je viens de parler. La liste des objets perdus, cassés ou égarés dans la mieux réglée des expéditions formerait un total fort respectable ; quant aux vols, ils sont exceptionnels si la surveillance est bien organisée...

Le plateau Nyassa Tanganyika, où nous amène notre ascension, est un dos d'âne qui sépare géographiquement le bassin du Congo de celui du 7ambèze et des territoires de l'est; il marque aussi la ligne de délimitation entre les possessions anclaises et allemandes.

Le plateau s'étend entre les deux lacs, comme le dit son nom, et il commence (ou se termine) à une vingtaine de kilomètres de chacun d'eux ; une pente rapide conduit ensuite de son niveau au leur.

A mon avis, c'est ce plateau, avec les régions montagneuses qui l'environnent près des lacs, qui portait autrefois le nom de montagnes de la Lune. Ah! que de progrès et de découvertes ont été accomplis depuis qu'on nous enseignait, avec la géooraphie vague de l'Afrique, l'existence de ces mystérieuses montagnes !…

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