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L'étendue du plateau atteint 230 milles environ (370 kilomètres), allant du sud-est au nord-ouest: sa largeur est de quelques milles seulement. C’est: un des rares endroits en Afrique ‘où les Euro: péens pourront, je crois, s'établir et vivre en bonne santé. L'altitude varie entre 1,500 et 1,800 mètres, ce qui permet d'y acclimater la pomme de terre et le blé. Le bétail y est abondant et les deux où trois Européens qui habitent le plateau ont ainsi l'avantage, unique en Afrique, d’avoir journellement du pain et du beurre frais. Les légumes y pros: pérent. De mai à août, la température est assez basse (6 à 8 degrés) pour rendre le feu indispensable le soir ; pendant le jour, elle ne dépasse pas une
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moyenne de 24° centigrades. Le pays est populeux, les gens maniables ; peu de parties de l'Afrique présentent autant d'avantages réunis.
Au point de vue économique, je dois avouet que je ne vois aucun moyen pratique pour un Européen de gagner sa vie sur le plateau; s’il y produit du blé, personne ne le lui achètera : il n'y a pas assez d'Européens pour le moment dans ces régions, et rien ne semble encore de nature à en attirer davantage; la seule chose qui pourrait changer totalement l'aspect économique du pays serait la découverte de mines d’or «payables», cest-à-dire assez riches pour justifier les frais énormes quune exploitation coûterait dans ces régions.
Les seuls Européens qui s'y trouvent actuelle-
| ment sont les agents de la British South À frica fl Company, car les limites de la Rhodesia septen- Lin trionale commencent un peu après Tchitipa, frontière nord du protectorat du Nyassaland.
Nous allons retrouver l'expédition au moment où elle atteint cette frontière.
A Tchitipa, nous campons en face des monts Mafinga, au pied desquels l'Aroangoua prend sa source. Nous l'avons vue dans le haut Zambeze. Elle traverse le pays des Sengas, borde l'ouest de Moassi et de Mpéséni et se jette dans le Zambèze x Zoumbo. J'ai reconnu sa source quelques jours plus tard.
Mon intention en quittant Tchitipa nétait pas de suivre le plateau; le gibier y manque, tandis que dans l'ouest :1l est abondant. J'espérais aussi faire de ce côté quelques découvertes intéressantes. Aussi, en arrivant à Ikaoua, laissai-je Bertrand continuer par le plateau avec le gros de l'expédition, et J'entrai avec trente hommes dans le pays des Aouembas.
Avant de m'éloigner de ce promontoire, Je ferai connaître deux ou trois peuplades qui l'habitent, à commencer par les Asséoués, qui en occupent la partie méridionale. Ils élèvent du bétail et mangent du laitage, mais, contrairement aux usages ouankondés, ils cultivent en même temps du sorgho, du millet, des patates et du manioc. Comme les Zoulous et les Ouankondés, ils ne consomment le lait qu’à l'état de fromage frais en y mélangeant du sel et du piment. Leur costume est tres sommaire pendant le jour ; le soir, ils se couvrent de pagnes d'écorce battue, la température étant, comme Je l'ai dit, fort basse. La grosse verroterie commence à entrer dans la parure des femmes. Les Asséoués sont tous armés de fusils importés par les Arabes; ils ne se servent de la sagaie que comme parade. Leur physique na rien de bien remarquable, si ce n’est que les dames
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se mettent dans les lobes des oreilles des rondelles comme une pièce d’un franc. Ce n’est encore rien, et nous allons voir ce diamètre augmenter sans cesse au fur et à mesure que nous avancerons dans le pays.
Les villages asséoués sont remarquables par leur saleté ; les cases, fort basses, sont tellement rapprochées les unes des autres que l'on peut à peine passer entre elles. Les greniers à vivres, d'une forme spéciale, consistent en des tourelles sur pilotis hautes de plusieurs mètres et couvertes de chaume. La plupart des villages de ces régions sont entourés de palissades épaisses, et c'est peutêtre la raison pour laquelle l'espace y est si me. suré.
Après les Asséoués, en remontant vers Ikaoua, sont les Ouanyikas (1), qui occupent le plateau et son versant oriental; leur langue est différente. Chez eux, plus de bananes, mais du millet et un petit tubercule pris à l’état sauvage et transplanté, que l’on appelle le zzoumbou ; cela ressemble assez à une mauvaise pomme de terre. Le physique de ces noirs est assez agréable; les hommes sont beaux. Le trou des oreilles des femmes atteint le diamètre d’une pièce de deux francs; ces dames y mettent des plaques d’étain concaves; quelquesnes d'entre elles, dédaignant l’étoffe, s'habillent, pendant le Jour, avec quelques bandes de perles, absolument comme les femmes zouloues : une bande autour du cou, une aux poignets et aux bras, une à la ceinture avec prolongement sur le devant, une aux genoux. Ce costume, qui sied admirablement
(1) Ou «habitants des plaines». Wyzka signifie plaine,
femmes bien faites, n’est permis qu'aux personnes riches, vu le prix élevé des perles et la quantité quil en faut.
Après les Ouanyikas, toujours allant vers le nord-ouest, nous trouvons les Inamouangas, qui ont à peu près les mêmes mœurs, avec un physique moins beau et une langue différente. Les femmes
les boucles d'oreilles du diamètre d’une demicouronne (4 centimètres) et le même costume que chez les Asséoués. Quant aux hommes, ils teignent 1éni pagnes en rouge foncé avec une certaine écorce; ils portent autour des reins des lanières de peau de loutre tordues en forme de chenille et aiment à se mettre aux pieds et aux jambes des re des clochettes et des fils de cuivre fin qu'ils confectionnent eux-même
Presque tous sont armés de fusils ; ils font des sagaies assez bien travaillées et sont, comme leurs voisins que j'ai cités, des gens tranquilles. Tous cultivent du tabac et fument ou prisent. Ils habitent des villages palissadés.
Viennent enfin les Ouanamamboués, dont le pays s'étend sur le plateau jusqu'au Tanganyika; l'idiome qui leur est spécial est parlé jusque là. Leurs mœurs t leur costume sont d’ailleurs à peu près ceux des
uanyikas. Les femmes ont des boucles d'oreilles
et
qui atteignent la dimension d’une pièce de cinq francs. Elles ajoutent encore à la grâce de leur physionomie en s'enlevant les deux incisives inférieures du milieu. L'opération est fort simple. «On les fait sauter avec une hache, me dit une d'elles, c'est très vite fait.» Je le comprends. D'autres, pour augmenter encore le charme de leur bouche édentée, se hment les dents supérieures en pointes de scie, ce
curieux ait été remarqué. Leur pays, qui s'appelle
qui s’harmonise heureusement avec les oreilles déformées! Là ne s'arrêtent pas les dames ouanamamboués dans leur désir de plaire : elles achètent au Tanganyika des filigranes de cuivre fin enroulés autour d’un poil d’éléphant ou de girafe et elles s'en mettent de telles quantités autour des chevilles qu’elles paraissent avoir des bottes molles et ont de la peine à marcher. Quand jaurai dit que leurs usages leur défendent de manger des poules ou des œufs, nourriture exclusivement réservée à leurs maris; quand j'aurai ajouté qu'elles se poudrent alternativement les cheveux en Jaune ou en rouge avec des écorces pilées, j'aurai à peu près décrit toutes les bizarreries de la partie féminine de cette population, et nous pourrons laisser le plateau Nyassa-Tanganyika ainsi que ses peuples étrange: dont je crois que personne, avant moi, n'avait parlé.
En quittant Ikaoua, nous entrons chez le Aouembas, qui ne sont pas moins intéressants étudier. Dans quelques années, ils seront connus, car, si je ne me trompe, les Anglais auront à les combattre lorsqu'ils voudront occuper leur territoire. Pour le moment, je ne crois pas que ce peup
ê l'Oubemba, s'étend du versant occidental du plateau Nyassa-Tanganyika au lac Moëro. Ils étaient autréfois les voisins des Baloubas, au sud-ouest du Tanganyika, mais ils se sont aujourd'hui retirés vers le sud.
Sous beaucoup de rapports, les Aouembas res semblent aux Zoulous. Au physique, ils sont vraiment beaux, dans toute l’acception du mot; les femmes sont pour la plupart jolies de visage; la
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