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132 TRAVERSÉE DE L'AFRIQUE ÉQUATORIALE peines, sans qu'il en reste quelque chose. Quand de Borely était parti, cela avait fait un vide, mais enfin Bertrand me restait. Et voici maintenant que celui-ci aussi s’en va! Cette détermination me porta un coup très rude. Tandis que mon compagnon retournerait vers le sud avec quelques hommes qui nous avaient suivis et que je rapatriais par cette occasion, MOI, Je songeais à me diriger vers le nord, environné d'étrangers. Il allait revoir les figures familières, les peuples amis, de braves gens, En somme, comme les Magandjas; moi, j'allais faire route vers l'inconnu, poussé par mon idée f sacrifié et qui m'entrainait, plus forte que moi. Fort ffaibli, je ne pensai pas un instant à je été sûr que la mort m'atten-
xe, à laquelle je n’eusse rien
malade et :
rétrograder; eussé-
dait au but, comme cet infortuné Glave, qui mourut avant de revoir la mer; comme Versepuy, qui SUCcomba de fatigue et de maladie sur le sol natal, je n’eusse pas d'un jour retardé mon départ! Je
cuivais du coin de l'œil les préparatifs de Bertrand, le matin où il me quitta. Je le voyais aller et venir, triste, mais cachant ses pensées sous un sourire forcé, criant après les hommes pour s'étourdir, comme s'il n'allait pas partir assez vite! Et, tout étant prêt, il vint à moi, affectant un air gai devant les étrangers qui nous sntouraient; sans me regarder, car ses yeux étaient pleins de larmes, 1l me tendit la main, cette bonne main franche de vieux camarade, me disant simplement : « Adieu, Foà!» et il partit sans se retourner. Je n'avais pas besoin de voir son visage pour savoir ce qu'il pensait, et je rentrai précipitamment dans ma tente...
I] vous en coûte souvent beaucoup de quitter
un ami sincère en Europe, mais quand on n'est que
deux compatriotes au cœur de l'Afrique, c'est bien
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ae ‘ ms RER (RES n'es Bertrand parti, Jeus à faire tout seul la besogne que nous nous parlagiOns ; CI pius GES Hd et des soucis de l'expédition, des menus détails à
régler, des palabres interminables avec les indiènes, Javals mes observations journalières, mes ‘econnaissances, ma cuisine à commander, les viv a trouver pour le personnel : tout, en un mot, tout! Ah! cette année he elle fut écrasante pour moi
LEN malo
mes nuits afin de pouvoir tout faire, et le camp
, SEL ré mon état de santé, je devais prendre sur
OININellAIL GCpuIs long IH DS D LI le S {froides nuits LU plateau que }etlalis encore avec mon théodolite, . née : 1 s 1 FA . Rd ef i 4 » MIXTE lanterne et mon chronometre, à atte ndr C, CIVEZ
loppé de mon manteau, qu'Aldébara Antarès passat au méridien; ou bien, à la sn rouge d'une
rs ÉELE SONT te EE FAN DE PER AE UE lanterne de photographe, je développais les vues | a Î J 71 rises dans la journée. Et le matin, au petit jour, il LA [a \1i repart C11 LE LA { L 4 {] | 1 1 ll aVallt uvent dormi que la moitié de mo LOU IVials, revenons au 14! LaAaNganNnvViIKA
le quitta Mbala le lendemain du départ de
é 1 Bertrand. À cet endroit, se termine le plateau NII RES ED ; AE +! MS noie AE FER T :
Nyassa- l'anganyika proprement dit. Pour se rendre
au lac, on descend continuellement pendant près de 10 kilomètres. Ce versant forme le pendant de celui que nous avions gravi en quittant le lac Ny assa, et où resta l’un de mes chronomètres: mais
St moins abrupt, le plateau étant à 1,800 mètres
NII HE ( til \T 2e EN À à | IPN FAURE N 4 < He AIT à. ss ï EUR RE 4 EU 134 TRAVERSÉE DE L'AFRIQUE ÉQUATORIALE LE AT LU TEE PE LEA E LIN d'altitude à Mbala et le niveau du Tanganyika à
720 environ. Je campe à Tchitouta, petit village de oi | pêcheurs à l'extrémité sud du lac. Nous avons de là AE un coup d'œil magnifique : de hautes montagnes LI descendent brusquement de chaque côté d'une petite baie à l’eau tranquille, et, au loin, l'horizon se IH perd dans la clarté du soleil.
| Les gens de Tchitouta sont en partie des Ouanamamboués, des Ouafñpas (gens de l'Oufñpa,
LA ONE 7 = —+ ras
1 sud-est du lac) et Ouaroungous, habitants de la rive sud. On pêche ici des poissons énormes; Îles coquillages abondent : on se croirait dans un de
| nos petits hameaux de la côte bretonne, avec les (4! touristes en moins, fort heureusement.
Mais le tout n’est pas de contempler le lac T'ancanyika. Comment le parcourir? — En pirogue? — Il n'y faut pas songer. J'ai appris plus tard que les Pères Blancs, qui possèdent des missions sur les deux rives, se servent de grandes pirogues et voyagent de préférence la nuit, à l'époque où le lac est calme; mais alors j'ignorais ce détail. Pour pouvoir visiter le Tanganyika, il n’y avait que les | boutres arabes qui tinssent assez bien la mer, et Je DURS savais qu'à Oudjiji il y en avait plusieurs. Il existait | bien un minuscule vapeur construit il y a quinze 1 ans par le missionnaire anglais Hore et cédé 11 ensuite à une maison de commerce écossaise, l'AS l'African Lakes Company, mais ce frêle esquif, CURE fort vieux, me semblait peu pratique. Je fus néan- | moins bien heureux de l'avoir un peu plus tard. HER Il s'appelait le Good News.
| Je songeais donc à envoyer à Oudyjiji demander El un boutre, lorsqu'un hasard heureux en amena deux UT x Tchitouta. C'était vingt jours de gagnés. J'entrai
Led
. 1 L 1e 7 « PA:
en pourparlers avec les Ara ben Sliman, consentit, à
à me louer son bateau aux conditions suivaf é. 2 f \ a ra ” 14 4 + 2 1, - [2 roupies (1) par jour, avec faculté pour moi d'aller où je voudrais, à la condition, bien entendu, que le PA donne Nes RCE) & Se: CREME * D > vent le permit; facul |
tailler et de séjourner à Oudynn, ce qui entrait
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LJOUtE, pour ne pas y revenir, qu e contrat fut
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| APE PS QE Pt rad si Ë ARE F NES , CQUIDPARC OU DOULIE SE COIMPDOSAIT OU PIOLE OU capitaine, de cinq mariniers noirs d'Oudj1y1 et d’un . 1 . War
UX OUAaNi, nommi Mourzouk, qui était à la
;s cuisinier, calfat, voilier, charpentier et ivrogne.
Quant au boutre, c'était une grosse embarcation massive en bois du pays, longue d'environ 12 mè- ] roupie vaut peu Di
; : L: 4 » LA y - & RS RS DNS LE,
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tres, large de 4, haute à la poupe, basse à la proue, calant environ 6 pieds. Sur un mât légèrement penché en avant et étayé par de solide haubans, se hissait une immense voile latine dont la vergue était plus longue que le boutre et qui occupait à elle seule une partie du pont.
A l'arrière, un trou d'homme conduisait à un réduit nauséabond et sale où l’on pouvait se mettre six à l'abri, assis ou couchés ; au-dessus, une petite estrade où se tenait l'homme du gouvernail; sur l'avant, un trou dans lequel se réfugiait l'équipage; au centre, une cale, plus ou mo ins étanche, où, avec force morceaux de bois, je parvins à entasser mon matériel sans qu'il dt dans l’eau; l’embarquement à l’aide de pirogues l'avait déjà assez fortement mouillé.
Un beau jour, tout étant prêt, nous montons à bord, et la grande voile, gonflée par le vent du matin, ne tarde pas à nous emporter, ma fortune et moi, vers d’autres régions. Adieu l'Afrique orientale. les races cafres ou zouloues, les affluents du Zambèze, adieu! Nous sommes dans le bassin du Congo!
La description que j'ai donnée du lac Nyassa s'applique, sous beaucoup de rapports, au Tancanyika, sauf que celui-ci est beaucoup plus gt rand encore : au lieu des vagues courtes et couronnées d'écume du Nyassa, voici la houle, plus grosse, plus profonde, creusant autour de nous des vallées, gonflant des collines qui roulent et s'éloignent, puis s'effacent sans écume, malgré le vent, ce qui est un caractère particulier aux grandes étendues d'e .
Notre boutre tient fort bien la mer quand il vogue «grand largue»; son pont est bien balaye
par les vagues, mais ses Sr raboteuses sont vite séchées par ce soleil éblouissant qui fait étinceler mille couleurs chatoyantes dans les replis de l'écume.
Après être sortis de Tchitouta, nous doublons les caps Kipimboui et Kassaoua, qui divisent en
plusieurs golfes l'extrémité sud du lac, et six heures plus tard nous mouillons à Soumbo, le dernier point de la côte anglaise, à 60 milles de Tchitouta. Un pe-
tit village s” r trouve entassé sur une éminence.
Chaque fois que j'arrive dans une localité, les choses se passent à peu près de la même façon à l'aide de la pirogue, je débarque du boutre pour prendre contact avec les indigènes. Ceux-c1 s'enfuient souvent en nous voyant, peut-être à cause de la peur qe ces populations ont des boutres et des Ar abes ; d’autres fois, ils attendent, paisiblement réunis sur la p'age: que nous les allions rejoindre. On uit toujours par faire connaissance : je demande à acheter des poissons et des coquillages, en montrant la verroterie et les étoffes que Jai apportées à cel eftet k de leur côté, l'équipage et mes hommes achètent des vivres : un petit mar-
ché s'organise sur la plage. Les affaires terminées, Jemporte mon butin à bord et je reviens avec les instruments pour faire un tour aux environs; escalade un promontoire afin d'étendre ma vue au loin et pour relever la côte en fixant les points culminants ; je prends des photographies, je cause avec les indigènes, les questionnant sur ce qui m'intéresse chez eux. Parfois je profite de la quanuté de poissons qui nagent autour du boutre à ancre pour faire jeter des lignes ou pêcher à la
né ES Er
dynamite, et je ramène ainsi une capture abondante et variée, au grand ébahissement des indigènes, qui
e tardent pas à affluer pour assister à cette Pre L. orsque notre visite est terminée et que nous avons obtenu ce dont nous avions besoin, nous repartons pour aller recommencer plus loin.
Après Soumbo, nous visitons ainsi Mouliro, au Cap dal: unga, 30 milles plus au nord, puis, tra versant le lac, nous allons à Kala sur la rive est. La largeur du Tanganyika est ici d'environ 35 milles (560 kilomètres).
A Kala, je suis accueilli avec amabilité par les Pères Blancs, qui m'invitent à un diner simple, mais fourni par les moyens du pays; on ne saurait trop louer ces missions de n'avoir re. cours aux conserves qu'à la dernière extrémite. La farine du plateau leur fait un pain grossier mais sain, et les Pères cultivent quelques légumes qui, avec les chèvres, les poules et les œufs, leur permettent de vivre fort bien.
Les habitants de Kala, presque entièrement composés d'Ouañpas, sont ichtyophages et s'occupent presque pr de pêche, comme la plupart des populations riveraines que nous avons vues et verrons encore
Depuis notre départ, la tempér: ture se maintient à 30 degrés, en moyenne, le jour, et à 25 degrés la nuit ; dans l'après-midi, le vent souffle assez fortement du sud-ouest ; mais, la nuit et le matin, il y a des calmes.
Restant le long de la rive est à cause du vent, nous atteignons, à 55 milles plus au nord, Tchirando, autre crique abritée où se trouve aussi une
mission. En route, nous relevons la position de
nombreux rochers à fleur d’eau, dangereux pour la navigation, Depuis Tchitouta, il y a tout le
long des côtes des montagnes plus ou moins cou-
1g vertes de végétation et ‘dont le flanc baigne dans le lac; l'effet que produit le paysage est des plus pittoresques et vraiment enchanteur; mais, comme il se reproduit partout, on finit par être indifférent à ses beautés.
A d’autres époques, le niveau du lac a dû être plus haut, car les rochers portent tous des marques anciennes et profondes à deux mètres environ au-dessus des eaux actuelles.
Continuant vers le nord, nous atteignons Mpimboui, 20 milles plus haut. C'est sur ce parcours que le lac Tanganyika est le plus étroit : il na que 16 milles (25 kilomètres) de large.
Au cours d’une excursion de chasse faite dans l'intérieur de Mpimboui, je tue deux antilopes et découvre des traces fraîches de girafes ; mais je ne puis prolonger mon séjour et nous repartons vers le soir pour traverser le lac en diagonale, nous sur la rive opposée.
ndant au cap Kalounga,
À peine sommes-nous en route que le vent de vient violent
Ali ben Sliman passe la nuit entière sur le pont; e reste avec lui et lui tiens compagnie; il craint une tempête : le ciel est noir, et quelques éclairs font prévoir un orage. La première partie de la nuit se passe sans aggravation, mais la mer est tres grosse et l'ouragan arrive; le pont est balayé violemment par les vagues; le malheureux boutre est horriblement secoué; trempés jusqu'aux os, le capitaine et moi, nous nous cramponnons avec difficulté aux
agrès : le vent ayant changé, force nous est de
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courir devant lui vers le sud, abandonnant notre direction première; nous essayons de rejoindre la côte est, notre seul refuge... Jusqu'à l'aube Jai craint à chaque instant que nous ne fassions naufrage : un coup, de barre malheureux, une rafale plus impétueuse, et l'expédition sombrait dans les profondeurs insondables du Tanganyika! Vers le matin, nos craintes se dissipent; la bourrasque se calme un peu, tandis que ke côte est en vue; cahotés, désemparés, inondés et meurtris, nous gagnons à grand peine une crique où vingt-quatre heures se passent à réparer les avaries. Nous ne repartons pour Kalounga que le lendemain par un temps plus clément. J'ai calculé que pendant cette terrible nuit la force du vent nous avait fait faire environ 70 milles (112 kilomètres) en un peu plus de six heures!
Al me raconte quil a déja fait naufrage une fois dans de pareilles conditions; 1l me cite dix-huit boutres qui ont coulé ainsi dans les quinze dernières années, surpris par une tempête, avec leur chargement d'ivoire et d'esclaves. Il est évident que ces embarcations, si bien qu'elles se comportent, doivent beaucoup souffrir par le gros temps.
S1 l'on pouvait faire la statistique des désastres maritimes de cette mer intérieure, on arriverait à un chiffre important : le fond du Tanganyika doit être Jonché d'ivoire naufragé! Dans plusieurs endroits, les indigènes, en plongeant, ont ramené des dents d’éléphants, et ces recherches deviennent une industrie exercée par certaines peuplades. Les crocodiles énormes que l’on trouve dans le lac doivent pourtant rendre fort dangereuses ces explorations
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SUR: LE LAC TANGANVIEA., ==" Visite des criques par notre boutre.
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Après Kalounga, nous touchons encore à divers points de la côte où s'augmente notablement ma récolte de coquillages, de méduses et de poissons, et enfin nous arrivons à Oudjij, où Je rends visite aux autorités allemandes et aux Arabes influents.
Les renseignements qu'on m'y donne sont déplorables : tout le nord du Tanganyika est en révolte. Dans l'Ouvira, mon but actuel, 1l me sera Mer de trouver des Sr. Les Allemands
ulent bien m'autoriser à ‘engager des hommes, mais moyennant un dépôt ER garantie de 100 roupies par tête, soit environ 150 francs, ce dépôt ne devant pas m'être rendu pour ceux de mes hommes qui, 4 m'avoir quitté, ne retourneraient pas dans le pay rc
Il m 'était impossible d’immobiliser 15,000 francs à un moment où javais besoin de toutes mes ressources pour achever mon voyage. Une autori-
ation du gouverneur gét éral de l'Afrique allemande, résidant à Dar-el-Salam m'eût exempté de cette formalité; mais je ne pouvais perdre six mois
à la demander et à pes a Obligé de renoncer
à recruter des porteurs dans cette col
one, je décidai de continuer mon voyage jusqu'à l'extrémité nord du lac afin de voir par moi-même. À cet effet je m'étais muni de lettres d'introduction adressées par
Arabes d'Oudijiji à un des leurs, Sef ben Rachid, qui habitait Ouvira.
Au départ d'Oudjij, Mourzouck, le vieux cuisinier, est introuvable; on passe la soirée et la nuit à l’'attendre: enfin on le découvre ivre-mort dans une paillotte du village; on l'emporte et on l'embarque dans cet état.
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À Ouvira, Sef ben Rachid me déclare qu’en ce moment 1l ne peut me donner personne : il est comme auxiliaire au service du gouvernement de l'Etat indépendant, et ses hommes risqueraient d'être massacrés par les révoltés qui infestent toute la région à l’ouest; il ajoute que nous éprouverons d'énormes difficultés à franchir les hautes montagnes qui bordent l'Ouvira, lesquelles, en effet, sont les plus élevées que j'aie jamais vues. Bref, il me conseille d'aborder le Congo par un autre point.
Je ne suis qu'à moitié convaincu, et je me fais conduire par Ali ben Sliman encore plus au nord, presque à l'embouchure de la rivière Rouzizi, où Je compte prendre d'autres renseignements. Hélas! ils ne sont pas meilleurs : les indigènes se refusent a faire le voyage; on m'oppose mille prétextes ridicules où Je lis trois objections fondamentales : la crainte des révoltés, la peur de traverser un pays inconnu, les difficultés du trajet pendant les quelques premiers Jours, à passer entièrement dans les montagnes.
Il me faut donc renoncer à exécuter mon projet! Je suis donc venu jusqu'ici en pure perte! Ah! c'est alors que j'eusse souhaité d’avoir des hommes à MOI, pour ne pas me trouver à la merci des indigènes. Si Stanley, Cameron, von Gœtsen, Versepuy, Wissman, ont pu passer où ils voulaient, c’est à leurs Zanzibarites qu'ils le doivent. A peine sort-on des sentiers battus, à peine veut-on aborder les con-
trées inconnues ou réputées dangereuses, à tort ou à
raison, l'indigène ne vous seconde plus; s’il y consent, cest de mauvaise grâce, avec l’arrière-pensée de vous faire défaut à la moindre alerte.
J'avais si bien compris cela que j'avais cru indis-
pensable d'engager à Oudjij}, pour un an, des Zanzibarites ; les Arabes étaient prêts à men fournir autant que je voudrais, mais on a vu que je me suis heurté à des formalités administratives sans précédent dans aucune colonie. (Avant de nous moquer de nous-mêmes, nous devrions voir ce qui se passe chez nos voisins!) D'ailleurs; toute la réclementation qui régit l'Afrique allemande, depuis la soi-disant protection des indigènes jusqu à celle des animaux (1), touche au ridicule le plus icheve Tadme ts sus dans certaines colonies étrangères, on cherche à entraver la marche d’une expédition politique dont on craint les empiétements à son détriment; c'est tout à nel Mais n'est-il pas absurde d'arrêter à plaisir une expédition scienti fique envoyée par un gouvernement ami sur le territoire d’un tiers, alors que, dans un but paci ifique, mt fait des RARE dont tout le monde profi- > Dans une aucune colonie française, anglaise ou ne on n’agirait ainsi. J'ai vu, en général, manifester la plus grande amabilité aux étrangers, souvent même plus qu'aux compatriotes; dans le cas où certains règlements prescrivent de contrôler l'émigration ou l'immigration des indigènes, J'ai vu exiger du chef d'expédition une promesse verbale ou écrite de les rapatrier, de donner certains soins, etc. Je n'en citerai comme exemples que les engagements devant l'autorité
p les nourrir, de leur
française ou anglaise à la côte de Krou, à Zanzibar,
Le
au Nyassaland, etc.
[r) Voir mes Chasses aux grands fauves. (Appendice,
u r dre Ne VERSET +
Len. - à;
Mes doléances sont à l'adresse de l'autorité supérieure et non de ses représentants a Oudyi}i, car ces messieurs mont fait une réception très cordiale, Malgré la façon dont J'étais accrédité par M. le ministre des Colonies et par la Société de Géographie de Paris, ils n'ont pu de m'exprimer leur regret de ne pouvoir enfreindre le règlement en ma faveur. Il était pourtant facile de le tourner, puisqu un mois plus tard Jai engagé, à Mtova, 80 Ouanyamouézis, tous sujets allemands, qui se sont présentés à moi et avec lesquels j'ai fait la traversée du Manyéma. Venus directement des environs d'Oudjiy}, 1ls avaient traversé le lac; eussé-je voulu en engager 200, Je l'aurais pu. C'étaient des porteurs excellents et de beaucoup supérieurs aux Zanzibarites. Comment expliquer que, d'un côté, on ait exigé 100 roupies de garantie
a déposer par homme engagé, indépendamment,
bien entendu, de tous les autres frais, tandis que, de l'autre, J'ai pu me procurer, sans le moindre versement, une bande de 80 hommes qui ont exécuté scrupuleusement les termes du contrat ?
Quoi quil en soit, il me fallait adopter un nouveau plan. Impossible d’attemdre le haut Congo par une ligne droite allant de l'Ouvira à Riba- Riba, parallèlement à l'itinéraire de von Gcœtsen, et plus au sud. Passer par le lac Moëro était également irréalisable, pour les mêmes raisons.
Après plusieurs jours de réflexion, je m'arrêtai au parti suivant : tàcher d'éviter les territoires en révolte au nord et au sud, en passant au milieu; pour cela, couper à travers le pays pour rejoindre le Congo un peu au nord du lac Moëro; à cet
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