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146 TRAVERSÉE DE L'AFRIQUE ÉQUATORIALE se distinguent partout des indigènes par leur orande robe blanche et leur simulacre de turban mal attaché. Tout est très sale chez eux, comme toujours; les rues sont mal tenues et les os exhalent une odeur 52 genertis qui provient d'u ensemble d'huile de palme, de poisson sec ou frais et d'épices.
En dehors de la population noire, il y a à Oudjiji qu elques communautés d'Arabes blancs qui font du négoce à Tabora (1) et vont chaque année à la côte se réapprovisionner. Les étoffes et objets de consommation forment la base des transaction Le trafic de l'ivoire a beaucoup diminué depuis l'installation des Belges sur la rive opposée. Le commerce, en général, est devenu presque nul.
Formé de plusieurs villages, dont les trois prin cipaux sont Ougoé, Kassembo et Outalé, Oudjiji a été jadis un grand centre de traite, une des foires
d'hommes où s'approvisionnait IN Afrique équatoriale
tout entière. La présence des Européens à Zanzibar, des Belges au Congo et des Allonanste dans afrique orientale a Ré ce trafic de chair humaine et détruit l’organisation des marchés FA blics d'esclaves. Mais, pour ne plus être. ostens 1bles, ils n'en existent pas moins aujourd'hui.
Roumaliza, chef arabe, était le a RE traqué par les Belges, gêné par l’arrivée des F7
comme Tipou-[ib « arabes du centre africain.
Les Arabes sont encore nombreux autour di
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(1) Station, importante autrefois, à mi-chemin de Zan- PAS SAR Lii]Œz,
Tanganyika, mais 1ls ne s'y maintiennent qu'en faisant alhance avec les autorités locales.
Sauf l'ancien palais de Roumaliza transformé en caserne, à part ééloiés tombeaux arabes et l'arbre sous lequel se rencontrèrent Stanley et Livingstone, arbre d'autant plus remarquable qu’il est seul dans la région; à part aussi ne ie COCO-
üers, 1l n'y a rien de bien curieux à Oudyy. L’abord
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de la plage est Jonché de crânes et don
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lumains, épars dans les herbes, vieux souvenirs de la traite, restes d'esclaves morts de fatigue ou de maladie.
Oudjij1 est un des seuls endroits du lac Tanganyika où les montagnes ne surplombent pas les bords; la ville est perchée sur quelques collines basses. Lors du passage de Stanley, en 1876, le grand voyageur avait noté que le niveau du lac augmentait et que l’eau rongeait peu à peu la côte: vingt ans plus tard, alors que: j'étais à Oudj1y1, le lac se retirait au contraire : une petite île située à l’oues! une certaine distance du continent se transformait ar le retrait des eaux en un véritable Cap.
J'ai vu à Oudyiji une espèce de bœufs remai
bi. par s COr1 ( nesurt | a \ TL, 15, dt chez lt 4 11411 1111 e{ Juahé!
és le bétail du | nt, aujourd hui éteint
é par Livingstone, et dont les cornes atteignaient
Jusqu'à 3”,50 de longueur de chaque côté de la
tête, celui d'Oudjiji est sans FRERE" celui qui,
en Aïrique, offre le plus grand déve oppement de ces appendices frontaux.
Nous ne séjournons à Oudjiji que quelques :
heures, et, le soir même, nous nous mettons ent
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148 TRAV ERSÉE DE L'AFRIQUE ÉQUATORIALE
route vers le sud. Le vent, peu favorable, nous force à courir des bordées, et nous n'avançons guère. Vers le milieu de la nuit, il tombe complètement et nous gagnons à grand'peme une des cri
ques du cap | Matchazi, où le calme nous oblige à rester le matin suivant. J'en profite pour aller chasser, accompagné de mes deux domestiques et de l'homme-canon. Il m’arriva ce jour-là une aventure qui aurait pu avoir de fâcheuses conséquences.
Vers dix heures, nous étions assez loin du lac et n'avions pas vu la moindre trace d'habitants; Je venais de tuer un bubale dans les hautes herbes sur les bords desséchés d’un ruisseau, le Rougoufou; mes hommes étaient occupés à découper l'animal et en avaient déjà détaché certaines parties, lorsqu'une troupe d'indigènes apparut à quelque dis tance et s’approcha de nous. Un d'eux nous fit comprendre en mauvais souah1li que cette viande appartenait au chef, auquel je n'avais pas payé de 0780 (tr1 but) pour me pro mener sur son territoire. Comme je me suis toujours re fusé à cette formalité et, en général, à tout ce qui me Es ait humilant pour ma dignité, Je réponde comme d'habitude, que ] Je ne payais jamais de Aongo parce que je suis blanc.
Avec un air des plus arrogants, l'indigène imsiste, menace, et bientôt tous ses \cntiataries se joignent à lui pour nous accabler d'injures; puis 1ls font mine de s'empai rer du bubale.
Ma patience avait été mise à ure dure épreuve par cette insolente attitude, mais je ne voulais pas amener de complications ; nous étions armés de fusils et les indigènes n'avaient que des lances de jet et des flèches ; ils étaient onze, nous étions
quatre, et au premier coup dé feu ils auraient pris la fuite. Mais je me contins et dis simplement à l'homme-canon : « Fais-leur comprendre avec de bonnes paroles (maneno oua mzsour:) que, s'ils touchent à cette viande, Je vais me fâcher. Je ne refuse pas d'en donner un peu, mais les blancs ne sont pas des Arabes n1 des Ouangouanas, et on ne doit pas leur parler ainsi» Souédi essaye de leur traduire ce que je viens de dire tandis qu'ils avaient déjà saisi l'animal, malgré l'opposition de mes hommes. Au lieu de l'écouter, 1ls nous insultent de nouveau; faisant alors signe à Msiamburi et à Souédi de les laisser, j'ajoute en langue du Zambèze : « Nous allons leur faire peur avec nos fusils. » Mes hommes sautent aussitôt sur leurs armes, et nous nous alignons dans la position du tireur debout. Cette démonstration fait aussitôt lâcher le bubale et, se reculant, les indigènes nous regardent tant soit peu ébahis, tandis que je contiens une forte envie de rire; mais, se ravisant bientôt, ils s’éloignent en proférant des menaces et se mettent à appeler à l’aide en criant, autant que je me souvienne : Akané, akané, ce qui veut dire sans doute : guerre, ou est un mot de ralliement quelconque. D’autres cris leur répondent, encore éloignés, tandis que le tambour se met à battre à coups redoublés, à sept ou huit cents mètres, dans un village invisible, — « Ah! vous voulez la guerre! Eh bien, vous allez l'avoir, » semblent-ils crier en brandissant leurs sagaies et en ricanant d’un air féroce. Ils se sont arrêtés à une vingtaine de mètres dans les hautes herbes; on ne voit que leurs têtes et leurs épaules, tandis que leurs bras s'agitent pour faire signe aux camarades de venir. Tout à coup une idée me vient : je dis à mes
or ,-
hommes : « Sortons d'ici, en emportant chacun un morceau de viande. Je vais mettre le feu.» En même temps, j'allume les herbes, tandis que nous nous retirons: chacun de nous prend une brassée de paille et, tout en marchant, nous semons partout le feu; activée par le vent et la chaleur, la flamme court avec rapidité; bientôt d’épais nuages de fumée nous dérobent la vue de nos ennemis; nous battons lestement en retraite. «Et maintenant, dis-je, sils veulent de la viande, ils la trouveront toute cuite.»
Nos adversaires ont dû être obligés de se mettre d’abord à l'abri du feu, ce qui nous donne un peu de temps. La plaine herbeuse est immense et s'étend à perte de vue ; comme nous nous trouvons près de sa lisière, nous en sortons et, afin de n'être pas tournés, nous gagnons les points culminants. Nous apercevons bientôt le village, qu'un repli de terrain nous avait caché jusqu'alors. Il se compose d’une trentaine de cases. Il y règne une grande agitation : comme les herbes touchent presque aux huttes et que les flammes arrivent avec rapidité, une partie de la population cherche à éviter l'incendie en brûlant d'avance ou en coupant les herbes: le reste des habitants court de tous côtés, s'armant de lances et de boucliers, pour venir nous combattre ; hommes et femmes poussent des clameurs tandis que le tambour continue ses appels, adressés sans doute aux villages environnants dont on aperçoit les toits dans le lointain.
Sans attendre la fin, nous dégringolons une falaise et, par la plage sablonneuse, nous nous rapprochons de l’ancrage du boutre, lequel doit être à peu de distance. Tout en marchant rapidement, nous explorons de l'œil les crêtes environnantes,
DU ZAMBEZE AU CONGO FRANÇAIS r51
nous attendant à ch M instant à y voir appara se |
tre des lances et boucliers; mais le feu nous a permis de prendre de l'avance, et nous apercevons bientôt, au détour d’une falaise, le boutre qui se
balance dans une crique. À nos signaux, on envoie
la pirogue à terre et nous nous embarquons au moment où sur la hauteur apparaissent les naturels de l'endroit; jugeant désormais la poursuite inutile, ils s'arrêtent et se contentent de nous crier de làhaut des injures, démonstration toute platonique à laquelle nous ne voyons aucun inconvénient.
Si nous en étions venus aux mains, je ne doute
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pas que le winchester, avec ses coups répé de chevrotines, n’eût bientôt mis nos assaillants en déroute, mais je trouvais inutile d’avoir un conflit avec les indigènes pour une cause aussi futile. Nous avions encore bien du chemin à faire et je préférais garder mes forces et mes munitions pour la bonne cause. Les restes du bubale ont dû être certainement carbonisés dans dr et ces co-
quins ont peut-être compris
en accepter un morceau | | autre voyageur bénéficiera un jour de cette leçon.
Reprenons le voyage. Nous en sommes arrivés
la dernière traversée à bord du boutre. Celui-ci nous ramène au camp de Kalounga, le lendemain; puis, sur l'avis des indigènes, il nous conduit dans une autre crique plus septentrionale, appelée Tem boué, où nous débarquons avec armes et bagages.
Quelle joie de quitter le bâtiment où nous avons été si mal à notre aise et de revoir la brousse africaine! D'autant plus que le pays a un aspect sauvage derrière Temboué et quil prend des carac-
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tères particuliers auxquels le chasseur expérimenté devine la présence du gibier.
D'après les renseignements pris au cap Kalounga, il y a plusieurs villages aux environs. En rouvons le Heat même un sentier battu qui prouve résence d'habitants. Aussi, le lende. main, souédi part-1l rx côté, Je Les de l’autre, a. cun avec deux hommes, afin de recruter des por-
sffet NP ÊIIET, nous
teurs. [ls rentrent le soir, accompagnés d'indigènes qui nous apP4 rtent quelques comestibles et viennent
en même temps se renseigner sur mes conditions et mon itinéraire : nous tombons bien vite d'accord et ge s'en retournent chercher des camarades. L: bi cette députation était surtout de s'assurer sl à di obtiendrait un cadeau pour nous fournir des hommes; fidèle à ma coutume, j'en promis un, mais seulement pour le moment où l'expédition se mettrait en route au complet, d’après le principe en vertu duquel je refuse toujours de payer les gens d'avance, contrairement à une habitude invé térée que J'ai fini par faire disparaître au Zambèze, en ce qui me concernait
Le lendemain, les gens arrivent, prêts à partir, avec leurs petits paquets de nourriture : ce sont de Ouabembés 7” habitent les territoires montagneux longeant le lac. Ils doivent nous conduire jusque dans l'Ouroua, où les Baloubas (1), gens de ce pays, prendront leur place.
(1) On les nomme aussi Barouas ; mais, en règle géné- ‘ale, Jadopte toujours pour les noms la prononciation des indigènes épelée et rendue aussi exactement que possible dans notre langue. En ce qui concerne les Balou-
bas, ceux-ci articulent distinctement l’L et le B du mot
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On
Je peux alors congédier le boutre, que j'avais sardé par Drop et, pendant qu'il se prépare appareiller et que les hommes virent au cabestan en chantant un air de Zanzibar, nous grimpons en haut d'une éminence d'où nous verrons le lac pour la dernière fois. Arrivé au faîte, je contemple avec regret cette immense nappe bleue et je songe un instant à cet inconnu vers lequel je dirige mes Mais voici qu'en bas, tout petit, le boutre hisse
sa ob elle grimpe le long du mât par saccades, et le vent nous apporte les «ohé! hé! ohé! hé!» des natelots tirant à l'unisson. Le petit navire, sa voile enflée, sort bientôt de la crique, faisant sauter
écume devant lui à chaque coup de tangage, et 1 s'éloigne, penché sur le côté, tandis que l'équipage, réuni à l'arrière, nous crie adieu en chœur. Nous répondons du haut de notre colline par une longue acclamation et, chacun reprenant sa charge, nous redescendons le versant opposé, perdant de vue le T'anganyika
Nous voici donc encore une fois en marche. Si le pays et les porteurs ont changé, me fournissant ainsi deux éléments nouveaux d'étude, c’est toujours de la même façon que se passe le voyage. Les débuts en sont assez fatigants; nous franchis ons des collines ininterrompues couvertes d’une vé gétation basse; à la saison des pluies, les herbes do vent être hautes ici. Les arbres sont rares; de temps à autre, autour dun cours d'eau, quelques ombrages ; mais tout ce pays prend un aspect plus désert au fur et à mesure que nous avançons; les traces de gibier aussi disparaissent de plus en plus depuis que nous nous éloignons du lac. Plus loin, le paysage aride et abrupt, les montagnes de granit,
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vont faire place aux collines couvertes de végétation.
Ce terrain accidenté est des plus pénibles à parcourir; on s'y fatigue beaucoup pour faire, en somme, peu de HE pendant la première Journée de marche, nos ascensions se sont bornées à des collines plus ou moins élevées, mais dès midi nous apercevons de chaque côté et devant nous les hautes cimes des montagnes. Les porteurs hochent la tête en les montrant. « Attendez à demain à pareille heure, me disent-ils, et vous comprendrez pourquoi nous vous avons demandé double paie.»
Nous campons à Mtéché, petit village au pied de la chaîne. Une rivière, la Kanga, dont nous avons traversé deux affluents, court vers le nord, faisant une série de chutes ; para en est limpide et fraîche.
Le lendemain l'ascension commence. Je n'ose pas demander s'il y a encore d’autres montagne derrière celles-ci, mais je serai bientôt fixé. Nous montons pendant deux heures entrecoupées de haltes, sans aucun sentier tracé, ayant à choisir le terrain qui nous semble le meilleur, éparpillés au mieu de la végétation rabougrie et, décrivant de nombreux zigzags pour éviter les parties trop rai-
es. Nous arrivons enfin au sommet de la première montagne, d'où la vue s'étend à vingt kilomètres a la ronde.
Le spectacle que j'ai sous les yeux me cause une
isation d'immense découragement : figurez-vous les montagnes de toutes les formes et de toutes les grandeurs dont la plus petite a mille mètres, une succession sans fin de pics, d’arêtes, de cols, entremêlés de précipices, tout cela sans qu’on y aperçoive une interruption, une vallée; c’est une infinité
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de pains de sucre dans les positions les plus variées et serrés les uns contre les autres. Ce tableau rappelle d'une façon triste, sinistre même, les sites les plus sauvages, les plus abrupts, des Alpes ou des Pyrénées; mais ici, hélas! point de clochettes de pâtres, point d’hôtelleries ni de costumes pittoresques ou de sentiers à mulets; partout des profondeurs que l’on devine par certains replis sombres comme des coupures, de grandes murailles lisses et inaccesibles, sans un sentier, sans un arbre! Partout un air de solitude calme, partout une apparence désolée et morne! Ce rude paysage, d'aspect volcanique, a dû être autrefois le théâtre d'un affreux bouleversement, À en juger par le temps que nous avons mis à grimper sur la première montagne, il faudra quinze jours pour franchir cette chaîne, si toutefois elle se termine là où se borne notre vue! On va voir quel travail inoui ce devait être, en effet, pour nous, et combien inutile!
Si, à ce moment, les porteurs avaient refusé d'aller plus loin, je crois que je n'eusse pas fait la moindre objection; mais, après s'être reposés un moment, ils descendirent bravement dans l'abime, et je suivis sans mot dire. La journée s'écoula à chercher les cols et les passages les moins impraticables, et on campa près d’un ruisseau, au fond d’un trou, ayant de chaque côté des géants de oranit de 1,200 mètres de haut. Tout le monde était harassé, bien que je nestime pas à plus de six kilomètres, à vol d'oiseau, la marche accomplie ce jour-là.
Le lendemain, la première partie de la matinée se passa à quatre pattes; je dus à plusieurs reprises me déchausser afin de ne pas glisser et m’exposer
a des dégringolades mortelles. Entre autres dieux dangereux, on longe un précipice sur une corniche de quarante centimètres de large et longue de plus de cent mètres : un chamois y aurait eu le vertige. Bien que peu sujet à ce mal, je regardai le mur tout le temps que dura la traversée; je craignais autant pour mes gens que pour moi, et au moindre bruit je tressaillais, croyant à une chute. Comment les Ouabembés purent, debout, avec une charge sur la tête et face au mur, c'est-à-dire les talons sur le bord de l’abîme, accomplir ce tour de force, je ne puis me l'expliquer. Toujours est-1l quon passa la redoutable corniche. Un petit accident insignifiant fut le seul à déplorer : une outre de farine dégringola de la ceinture d'un des porteurs, lequel, j'en suis certain, ne fit pas le plus petit mouvement pour la retenir. Il faut ajouter que les Ouabembés sont des montagnards experts : Jamais des gens de la plaine n'eussent osé accomplir pareil trajet. Et dire qu'en cas d'accident je n'avais même pas de cordes : j'étais préparé à tout, sauf à cette gymnastique dangereuse.
Une fois en lieu sûr, je plongeai mon regard dans le fond, et j'essayai de le sonder; mais je ne vis qu'un vide béant, large d'une centaine de mètres et rempli d'une buée opaque. Avait-il 100 mètres de profondeur ou 500? L'un est aussi possible que l’autre. À coup sûr, nul n’y descendit jamais de sa propre volonté.
Aussitôt le dernier homme passé, on fit halte : on avait bien gagné ce repos. Comme dédommagement nous eûmes un admirable spectacle sous les yeux : un paysage calme et grandiose, un indescriptible mélange de précipices et de falaises, de sommets
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DANS LES MONTS MITOUMBAS (OUROUA); | F2
Ra MoN ES VIBTE Passage d’une corniche par l'expédition.
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et de pentes alternativement sombres ou éclairés par les rayons du soleil, cadre immense où nous nous trouvions tout petits, petits, imperceptibles.
Je voudrais montrer ce tableau à ceux qui se représentent l'Afrique comme un désert de sable vec, par-c1 par-là, que lque cocotier isolé; je voudrais les mener sur les pics couverts de neiges perpétuelles qui se trouvent dans ces massifs montagneux du centre de l'Afrique ; oui, Je répète, couverts de neige, tels |
Kilimandjaro (6,500) 1 > Kilimaouenzi (5,500) ou le Kénia (6,000), patriarches à côté desquels le mont Blanc, avec ses 4,800 mètres, n’est qu'un jeune blancbec prétentieux. Quant à ceux qui croient au cocotier isolé, je serais bien aise aussi de les conduire dans la grande forêt équatoriale, où l'on marche pendant des mois sans, pour ainsi dire, voir le soleil
e Rouenzori, qui a 5,300 mètres,
à découvert.
Tels autres, qui rêvent de l’alpinisme inédit, .seront amplement satisfaits en visitant, dans l'Ouroua, les monts Mitoumbas, qui m'inspirent ces réflexions, ou bien les monts Livingstone, au nord du Nyassa, et tant d’autres dont l'énumération serait trop longue : il n’y a que l'embarras du choix. Personnellement, je n’en ai nullement la vocation; l'idée ne m'est jamais venue de tenter l'ascension d'un pic élevé pour la satisfaction d’avoir été le premier à l’accomplir; je l'ai faite souvent, mais uniquement par obligation de métier, tantôt pou pouvoir examiner les environs ou explorer la faune ou la flore de ces altitudes, tantôt pour procéder à des observations spéciales; mais c’est toujours en maugréant, je l'avoue, que je m'y suis décidé, a1mant mieux, lorsque ce n'était pas indispensable,
er rte
contourner les montagnes que passer par-dessus. Quant aux coups d'œil pittoresques et aux tableaux admirables, on en voit tellement dans ces régions que, pour les enregistrer tous, il faudrait prendre cinquante photographies par jour : on finit par se blaser du beau, lorsqu'on en voit à profusion
Je reviens à notre marche. Elle se continue à travers les gorges le deuxième jour et le troisième. Je craindrais de fatiguer le lecteur en lui décrivant tous les arrêts, tous les détours inutiles, auxquels nous forcent ces gigantesques accidents de terrain À une certaine ravine, les hommes passent sans fardeau, descendant au fond et regrimpant de l’auter côté en s'aidant des mains, grâce aux aspérités et à quelques touffes de plantes; arrivés là, on leur jette les charges qui ne craignent rien, telles que le calicot, mais les objets plus délicats doivent être descendus attachés par les pagnes, et on perd ainsi deux heures. Plus loin, la montée est si rapide que nos hommes se mettent à deux pour porter un paquet, l'un tirant avec la main tandis que l’autre poussi avec la tête, et vice versa à la descente. Dans d’autres endroits, tout le monde, assis sur son postérieur, se laisse glisser, quelquefois un peu plus vite que de raison, et on rit pendant un instant. Vers le soir, un obstacle infranchissable se présente et nous arrête; c'est une fente énorme qui serpente entre deux montagnes, ayant des bords à pic, avec une largeur variant de sept à quarante mètres, selon les endroits; impossible de la tourner. Il faut construire un pont; mais comment? La nuit tombe sur ces entrefaites, et nous la passons sans
eau, avec quelques misérables feux de broussailles, impuissants à nous réchauffer. J'ai oublié de dire, en effet, que la température est très basse dans ces montagnes; ] enregistre de 20 à 22 degrés le jour et de 6 à 7 degrés dès que le soleil est descendu Je me couvre autant que je le peux, mais, n'ayant que deux couvertures d'été et une pèlerine légère, Je ènes, à moitié nus,
grelotte. Les malheureux indig pa asse
qu'ils font flamber à ne dort. On décide de construire un
si les arbres que nous avons découver
ent la nuit à aller chercher des brassées d'herbe
défaut de bois sec ; personne pont le matin, ts sur la mon-
NE derrière nous sont assez grands ep CE1a.
Cette montagne a 1,300 mètres au-dessus du n1-
veau de la mer et 700 au-dessus du camp; c'est À esque au faite que nous avons aperçu les arbres. Dès
l'aube nous montons x O1r ces végétaux ; a C1€E1 a pitiè qe nous, Car is SOnt tort orands, droits et pas
+ 4 7 »1 ) 1 . : 4 1 = 17 4 » | nf à 1 Le 1 7 Ron DE ». [TON Cpais; Ge cr CEUrF :ECOPCC" TOUS LTOURMMES es sen eI ts à ne FUN OQ L'ÉSALIAR ENGERN METRE ] s A | PTS RP elements n écessaire a 14 CONHEECTCIOIrL GE: CADIESr 15e RE SR RS. tr 1], Se ss ae AA 1 » Aarhrac nacnes se IMELLEncC au traval et DIEntOC aeux arpres D Se ES ES = lér 4 RATES F É pee de ont 2 Dattus ; un troisième, € CpOUILLE GC SOÏE ECOICE: Le #. | : ‘ nou LpPIU VI LUILE1 (l LU EL UIK | | t LE { )TY1 ” à 1 | JHiCIICEC : L 1 11111 ia Lit { t | i1{ LU11 1)O1I 1 da prLu 79 2 | ben | La | | Ldlilt UCS LINE )1C1 1CS COCU LIOIICS en es pDOUSSAIl
de temps à autre; c'est un amusement pour les ndisènes Et nos matériaux arrivent ou plutôt ils tombent bientôt au camp.
À l'endroit le moins large, nous creusons sur le
: br
èche; nous assujettissons
an
bord du ravin une petit
solidement l'extrémité vs des troncs avec des ER fixées à des piquets afin qu'il ne puisse glis-
ser dans le ravin, et, meAcire posé dans la brèche et pan ssé à grand peine, nous | | mi
en travers du précipice; il se place assez bien pour permettre à deux hommes de passer ; ceux-c1 rectifient sa position, se mettent à cheval dessus, soutiennent le deuxième arbre avec des co: ie et. le conduisent sur le bord opposé. On amarre les deux
troncs solidement à chaque bout, on ere : linterstice de terre, et à midi l’expéditior gx t le précipice. Comme je propose de laisser le Fe pour
le retour des porteurs, ceux-ci m'assurent que, dûtil leur en coûter un détour de huit jours dans le sud, ils ne re] eront en aucun cas par cette route; je leur dis lie que, si J'avais été pré venu, J'aurais préféré également un rie moins direct, mais aussi moins dangereux. Aussitôt que l'expédition a passé, les hommes culbutent notre pont dans l'abîme, en vertu de ce principe qu'on ne doit pas travailler pour les autres.
LE Dee jour est sans contredit le moins
pénible : les montagnes s'abaissent ; les obstacles sont plus faciles a franchir et notre parcours est trois fois plus considérable. Nous rencontrons deux
"1 r 1 > "C : es =" . d e | rac | NNONCCAMNC > ” 2YT » emplacements d anciens x illages et passons a côté
d’un pic isolé, le mont Mtété, qui a environ 600 mi tres. La Lotiel affluent de la Loukouga, a sa source à son pied. À partir de cet endroit, nous ne rencontrons plus que des collines boisées qui, pour dures et fatigantes qu'elles DE nous paraissent des mamelons insignifiants à côté des énormes masses granitiques que nous venons de quitter
Ici au moins la vie se manifeste ; quelques O1seaux, quelques animaux commencent à se montrer; la température se fait plus clémente. Nous descendons insensiblement, mais sans arrêt, depuis la veille. Arrivés à la Louizi, nos porteurs veulent
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nous quitter. « Depuis hier, disent-ils, nous sommes chez les Baloubas.» En vain je leur demande d’aller plus loin, au moins jusqu'à ce que nous rencontrions un village; ils refusent de rien entendre «Nous voulons nous en retourner, répètent-ils; nous nirons pas plus loin.» Après une longue palabre et des cadeaux supplémentaires, ils consentent à rester Jusqu'à ce que ‘je trouve des Baloubas, mais impossible de les décider à faire un pas de plus ou à aller chercher un village.
Ces gens ont été jusqu’à présent très obéissants; ils viennent d'accomplir sans murmurer un voyage périlleux, inouï, qui paraît fantastique quand on sen remémore les péripéties, et, en somme, ils ont accompli leur engagement, qui était de m’amener de l'autre côté des montagnes. Je n’insiste donc pas. Je fais avec mes domestiques quelques excursions aux environs, à la recherche de sentiers. Nous ne tardons pas à en trouver un qui remonte vers le nord, et bientôt un bruit de voix nous annonce du monde : c'est une caravane de commerçants de Zanzibar venant du sud. Elle se compose d’une trentaine d'hommes conduits par trois Souahilis. L'un de ces derniers connaît Souédi, mon hommecanon ; cette rencontre amène la nouvelle caravane à camper auprès de nous, et les Ouangouanas nous donnent quelques renseignements utiles, à savoir qu'il y a, à quelques heures d'ici, dans le sud, un très grand village où nous trouverons des porteurs, mais que, dans l’ouest, nous aurons probablement des difficultés, car le bruit court d’une guerre entre indigènes, les Bagoyas et les Baouimas.
Ces Ouangouanas ayant l'air de connaître fort bien le pays, dont ils parlent d’äilleurs la langue,
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LA « À 112 “ ' à ( * | 1 TL AN L autel Î / g " \ ‘ 4 té ; #0 4 b 4 91 w 7} } ) | : à È .! W | F + ra le A [2 Ut Ru MI su #4! null TIAT È F! 1 h EU!
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je leur propose de nous accompagner jusqu'au Louapoula en nous prêtant l’aide de‘leur expérience, leur offrant pour ce service un paiement de nature à les indemniser de leur perte de temps ou de l'arrêt de leur commerce. Souédi joint ses exhortations aux miennes, et ils finissent par accepter. Ils partent aussitôt pour nous trouver des porteurs.
L'idée fort simple que j'eus de m'adjoindre ces modestes auxiliaires décida tout bonnement du sort de l'expédition. Celle-ci était vouée, comme on va le voir, à une destruction totale ; l'avenir qui nous était réservé était le pillage des bagages, la fuite des indigènes et peut-être une fin misérable pour moi et mes quelques fidèles. Mais je vais relater les vicissitudes de ces quelques jours dans l’ordre où elles se sont produites.
Chérif, le chef de nos nouveaux Ouangouanas, revient bientôt avec 80 Baloubas qui, Joints à ses propres hommes disponibles, remplacent mes 104 montagnards ouabembés. Aussitôt ceux-Cl prennent congé de nous avec un empressement qui indique qu'ils sont dans les plus mauvais termes avec les maîtres de céans, ce dont je me doutais, d'ailleurs, par leur répugnance à parcourir le pays.
Les Baloubas que nous engageons ne consentent que conditionnellement à nous servir ; 1ls prétendent que le pays est mauvais, c’est-à-dire troublé, — par la guerre, Je suppose; — qu'ils marcheront deux, trois ou quatre jours, selon les circonstances; que peut-être ils ne pourront nous conduire plus loin que chez les Baouimas (autre tribu balouba), c’est-à-dire à 15 milles dans l’ouest ; enfin ils se refusent absolument à nous fournir aucune explica-
tion sur toutes ces restrictions : à nous de deviner
Marchons toujours, me dis-je, ils prendront conhance et en diront peut-être sr demain.
Il est entendu avec Chérif, qui a parmi: ses hommes deux esclaves du pays, que nous chercherons par tous les moyens à nous renseigner. Nous continuons donc notre voyage vers l’ouest, en plein Ouroua toujours, mais dans la perse peuplée et relative. ment plate (1) qui succède à l'Ouroua mont: 1gneux et désert. Nous apercevons 4 villages de chaque côté de notre route, et nous commençons à rencontrer du monde.
Ici, les gens font une impression étrange : on voit des guerriers armés d’un très grand bouclier carré en paille tressée; ils portent des sagales, un arc et, dans des carquo: s de paille, de petites flèches: pour vêtement ils n’ont qu’un morceau de peau d’anülope; comme ornements, des gris-cris nombreux au cou. Chez les femmes, les coiffures offrent des dessins pittoresques et des formes que Je n'ai jamais vues que dans ce pays : les unes ont les cheveux divisés en côtes bien définies, les autres en petites boules; d’autres encore, les plus étranges, donnent à leurs cheveux la forme d’une marmite dont le fond serait ap pliqué sur la nuque et dont le bord s'en irait en arrière : de derrière, on voit un trou noir qui correspond à l’intérieur du récipient; tout cela entremêlé de cire et de terre rouge, ce qui donne aux cheveux la consistance et l'aspect d’un paillasson crasseux. Chez quelques-unes d'elles, le corps est partiellement peint à l’ocre rouge; d’autres se bar-
(1) Le jour suivant, nous avons trois fois traversé la Louizi,