PER RE TER
Les femmes de tout âge se promènent dans le costume primitif de notre mère Eve. La race nest pas belle de visage, mails elle est orande et bien faite
LE
de corps; on y voit des individus mai onifiques.
Ces êtres nus, aux jambes et aux bras cuirassés de cuivre; cette peinture au carmin foncé, qui donne à leur physionomie un air féroce; ces dents limées en pointe, qui ressemblent à celles des carnassiers; cette coiffure élevée, tout excite sur les Ouaguinguélés l'attention et la curiosité. On s'étonne quelquefois que les indigènes fassent cercle autour d'un Européen pour l’examiner curieusement, mais les Européens se battraient pour entourer et voir de près un Ouaguinguélé et surtout une. Ouaguin-
guélée! Au mileu de cette foule de badauds qui les dévoreraient... des yeux, ces braves anthropophagé
pourraient s’écrier, tout comme nous le faisons «Ces sauvages n’ont donc jamais rien vu?»
Par une singulière opposition à nos usages, les eee en deuil se blanchissent le visage
avec du kaolin ; les gens à figure de Pierrot sont
donc chez eux ceux qui sont tristes ou affligés.
Sauf une poterie grossière et le travail du laiton destiné à leurs bracelets (qui est d’ailleurs d'importation européenne), il ny a ouère d'industrie chez eux. Le laiton sert de monnaie dans le bas Congo. Comme nourriture, je n'ai ete sur les marchés ouaguinguélés que du manioc en petite quantité et de grosses bananes à profusion.
Les femmes ne portent pas les fardeaux sur la tête (peut-être à cause de leur coiffure); elles mettent la charge sur leur dos et leurs reins en la soutenant par une attache passée sur le front, comme
les portefaix dans les pays du Levant.
Depuis Malonga jusqu'à Lokandou, ce sont les Ouaguinguélés qui nous fournissent nos pagayeurs; jai donc eu l’occasion d’en voir beaucoup; ils ont l'a de braves gens et, sur les rives du fleuve, ils se sont un peu policés au contact européen; mais Je ne doute pas qu’à l'intérieur ils ne soient encore très primitifs.
Ils ont comme voisins les Bakoussous et les Batétélas, dont J'ai parlé à propos de la révolte, et, plus avant dans le pays, les Tinguis-Tinguis, c’est-à-dire les fameux Pygmées dont Stanley, le premier, a signalé l'existence dans ces régions (1). Pendant mon voyage, l'occasion m'a été donnée de voir bon nombre de ces petits négrilles et j'ai pu mieux les étudier que leurs congénères de l'Afrique du Sud, les Bushmen. Dans le bassin du Congo, les régions qu'ils habitent sont assez disséminées ; en voici les limites, d'après mes renseignements et les recherches très particulières auxquelles je me suis livré sur leur compte : l’est des chutes de Stanley, c’est-à-
dire le nord du Manyéma; le nord des mêmes chutes :
jusqu à moitié chemin environ de l'Ouellé, les bords du Lomani, le sud-ouest de Nyangoué. J'ai vu deux Tinguis-Tinguis entre Kabambaré et Kassongo dans le Manyéma ; l'heure avancée à laquelle on me les a amenés ne ma pas permis de les photographier, mais 1ls se sont laissé mesurer de bonne grâce ; l’un avait 1%,35, l'autre, 1",41; j'en ai examiné par la suite une vingtaine d’autres spécimens, entre autres
se subdivisent en nombreuses tribus : Ouatouas, Obongos, Dokos, Akkas, Batouas, Tiklitiklis, Atchouas, Ouamboutis, Bushmen, etc., etc.
(1) Ils portent, selon les pays, des noms différents et
deux à Léopoldville, lesquels, m'a-t-on dit, revenaient de l'Exposition de Bruxelles. Je suis presque certain que ces deux derniers n'étaient adultes ni l'un ni l’autre et qu'ils n'ont pu donner une idée exacte des individus ayant atteint leur complet developpement. D'après mes notes, qui concordent assez bien entre elles, tous les Pygmées du Congo appartiennent à la même variété, chez eux, la peau est claire, plutôt rougeâtre, les pommettes saillantes, les yeux légèrement bridés, les lèvres un peu prononcées, le nez petit; quelques-uns sont barbus. Ils donnent l'impression générale d’un mauvais caractère.
Ici, comme dans le sud, Îes Tinguis-Tinguis vivent de chasse: mais ici les produits de cette chasse leur servent à se procurer ce qui leur est nécessaire. Outre plusieurs industries propres, ils travaillent le fer (ce que ne font pas les Bushmen) et abriquent eux-mêmes les pointes de leurs flèches, leurs petites lances ou harpons dentés, ainsi que des chaïinettes dont ils aiment à se parer. Je ne crois pas quils exploitent la matière première; mais, après avoir acheté des «chokas» aux indigènes, ils en confectionnent les objets à leur usage. Ils font aussi de grands filets assez solides pour capturer Îles petits animaux, et on les voit souvent avec ces filets drapés sur l'épaule. Les enfants chassent les petits oiseaux avec des arcs minuscules et des flèches en bois : ils sont d’une adresse merveilleuse à cet exercice.
Les Tinguis-Tinguis ne construisent pas de cases. Ils vivent exclusivement dans la forêt sous des abris de feuillage provisoires. Ce sont des nomades qui, sans voyager beaucoup, cèdent à un besoin constant
PR TU am € St : hé , , ] :
ue. Ca: + Qu * a
de changer de place qui paraît inné chez eux; tout en ne logeant jamais au même point, ils habitent souvent pendant longtemps la même localité.
La façon dont ils font leurs échanges avec les indigènes est assez bizarre; quoique se tenant aux environs des villages, ils se montrent rarement aux habitants. Ont-ils besoin d’un régime de bananes ou de tout autre comestible ? Ils le prennent et mettent À sa place un morceau de viande proportionné à sa valeur. Les Tinguis-Tinguis ne volent jamais et sont, à cause de cela, en bons rapports avec leurs voisins. Ceux-ci n'étant pas chasseurs, les négrilles leur rendent le service de les approvisionner de g1bier. Dans d’autres endroits, ces petits hommes fréquentent les marchés indigènes.
En somme, les Bushmen du Congo ne mènent pas l'existence de parias comme les Bushmen de l’Afrique du Sud, qui étaient malfaisants et traqués par tout le monde. Dans ces régions, les Tinguis-Tinouis font souvent la guerre de concert avec les indioènes, et ils se battent fort bien. Malgré ces bons rapports avec leurs voisins, ils sont néanmoins réputés comme des êtres dangereux, adonnés, comme tout le monde dans leur pays, à l’anthropophagie. Les rares Européens qui les ont rencontrés n'ont pas eu à s’en plaindre. J'en ai trouvé quelques-uns dans la forêt qui ont fait bonne contenance; mais, quand ils le veulent, ils disparaissent dans la végétation avec une agilité extraordinaire et sans Île moindre bruit.
On peut classer ces petits hommes mystérieux parmi les individus les plus singuliers, les plus intéressants qu'offre, dans ses variétés, la grande famille | humaine.
Re ae
AS re, à ni: ' #
—* nn. “4
nées nrede dn