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un de ses amis avait été tué par les sauvages; comme 1l demandait au roi où était la tombe de son ami : «La voici,» lui répondit le chef en lui montrant son gros ventre tatoué.
Chez les Likouangoulas, les Monguélimas et tous les riverains du haut Louhali, les mœurs sont les mêmes. Il y a quelques années, au moment de l’arrivée des Belges dans la région, on mettait, dans quelques villages échelonnés, des soldats de la force publique pour hâter les transports; ces soldats étaient habituellement étrangers à la rég10n; or, tous ceux qu'on laissa dans l’Arouimi disparurent successivement. On crut d’abord à des désertions, mais on finit par connaître le fin mot de l’affaire: les Monguélimas mangeaient les petits soldats.
On retrouve les mêmes mœurs chez les Azandés ou Nyams-Nyams et chez les autres peuples du haut Oubanghi, Mombouttous, Batékés, Bapotos, Bakoumas, Bangalas; mais ils ne mangent pas leurs morts. Je sais seulement, l'ayant constaté de visu, qu'ils taillent la chair humaine en longues lanières. Pendant leurs expéditions, ils découpent ainsi et font boucaner en route tous les blessés et les morts, puis 1ls emportent ces lanières comme provisions de bouche pour continuer leur chemin. Les Bangalas ou Mongalas viennent, ces temps derniers, de manger quelques blancs pour varier leur ordinaire ; une expédition belge est allée les en châtier.| Tous les nains ou Pygmées, sans exception, sont anthropophages, et même encore plus passionnés que les autres, étant donné qu'ils se nourrissent presque exclusivement de viande. Très agiles à la guerre et se battant bien, ils sont très craints des gens du pays et font, comme leurs voisins, des incursions
contre les faibles. Dans les marchés d'échange qu'ils tiennent en pleine forêt avec les indigènes (TLC où ceux-ci leur apportent des fruits et autres comestibles ainsi que des produits de leur industrie, les Pygmées vendent des brochettes de viande boucanée de tous les genres.
Chez la plupart des peuplades que J'ai citées on exécute de la même façon les malheureux esclaves ou condamnés que l’on désire manger; on leur attache la tête à un arbre souple qui fait ressort et ne reste plié que sous le poids du condamné ; l’exécuteur s'approche et tranche d’un seul coup la tête. Aussitôt celle-ci est arrachée et jetée au loin par l'arbre, qui se redresse; on débite ensuite la viande et on se la partage. Quelquefois, chez les Bapotos, par exemple, on marque avec de la craie ou du charbon sur l'individu vivant les parties qui sont vendues, et le maître promène le malheureux Jjusqu'à ce que chaque fraction de son corps ait trouvé acquéreur ; alors seulement on le met à mort. Telles sont la résignation et la force d'habitude à l'obéissance passive chez ces malheureux peuples que l'esclave qui se sait destiné à être mangé ne songe pas même à se plaindre de son sort ; il n'ignore pas que la nourriture qu'on lui donne est destinée à l'engraisser; 1l voit venir avec insouciance le jour où il servira de pâture à ses congénères; il supporte stoïquement ce rôle d'animal de boucherie, se laisse palper, marquer et enfin exécuter sans un mot, sans un murmure.
(1) J'ai dit plus haut que les Pygmées n'avaient pas de rapports avec les autres noirs; mais, dans certaines réoions, ils entretiennent ces marchés d’un commun accord.
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De tous ces détails, je n'ai rien inventé ; je suis même incomplètement renseigné ; 1l y a certainement beaucoup d'atrocités commises que j'ignore, mais ce que j'en ai dit suffit à montrer la barbarie de certaines races africaines, Il est probable que, dans un temps donné, ces coutumes disparaîtront tout
naturellement par le contact européen, par la suppression des guerres, des razzias, de l’esclav age. Les anthropophages pourront alors élever du bétail et leurs mœurs d’aujourd’hui changeront. L’anthropophagie n’engendre pas forcément la férocité : au fond, ces gens ne sont pas malfaisants. Du Chaillu, de Compiègne, Marche, Grenfell, Schweinfurth, Junker et tant d’ autres, comme moi, ont passé ou vécu sans danger au milieu d'eux. Il sera donc facile de faire comprendre à ces malheureux que leurs coutumes sont répréhensibles : il ne faut pour cela qu'un peu de temps et de patience. Les Belges sont d'excellents colonisateurs ; nous ne tarderons pas à faire comme eux, j'espère, dans la partie du Congo qui est sous notre influence, et l’'anthropo-
bhagie disparaîtra graduellement du continent africain.