‹ La Trépanation Crânienne: Chez les Néolithiques et chez les Primitifs ModernesChapitre 14 sur 72 · TREPANATION SUR LE VIVANT · texte numérisé non relu

TREPANATION SUR LE VIVANT

Nous avons indiqué les traits essentiels de la trépanation chirurgicale, mais l’on n’aurait jamais pu affirmer que l’opération avait été effectuée sur le vivant si la cicatrisation osseuse n’avait été le témoin de la guérison de la plupart des opérés. C'est pourquoi, nous divisons les crânes trépanés en deux grandes classes : ceux qui présentent un processus réparateur et ceux qui n'ont aucune trace réactionnelle, mettant à part les trépanations posthumes qui ne paraissent pas avoir la même signification.

Broca, dans son célèbre mémoire (Budapest, 1876) [37], et le Docteur Prunières ne décrivent que deux sortes de trépanation : la trépanation chirurgicale et la trépanation posthume: , | M. Schmitt a d’ailleurs fait de cette classification la critique suivante : « Dans ces études, il n'est nullement question de crânes ouverts témoignant que ceux-ci ont appartenu à des sujets qui auraient succombé au cours de l'opération du trépan : et pourtant, avec l'outillage rudimentaire des néolithiques, Dieu sait combien d’opérés ont été victimes de cette pratique dangereuse ! » [212]. /

Néanmoins, c’est à Broca [37] que l’on doit la définition des trépanations guéries et des trépanations posthumes : « Les perforations. cicatrisées ont des bords taillés en biseau aux dépens de la face externe, amincis du côté de l’interne, lisses, éburnés, comparables à ceux que présentaient les anciennes ouvertures du trépan. Les bords sont recouverts d’une couche

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de tissu compact qui se confond sans ligne de démarcation sensible avec la lame compacte de la surface externe des os du crâne.

» Les bords que j'appelle posthumes, parce qu'ils ont été incisés après la mort, sont encore souvent taillés en biseau, aux dépens de la surface externe, polis et tranchants, mais ils sont quelquefois plus ou moins perpendiculaires, striés et rugueux.

» Ce qui les distingue surtout des premiers, c’est que les cellules du diploé restent ici constamment ouvertes, tandis que, au contraire, sur les bords cicatrisés, ces cellules sont effacées, voilées et recouvertes par un tissu compact de nouvelle formation. |

» Le caractère des cicatrices craniennes, celui qui les distingue au premier coup d'œil des pertes de substance posthumes ou des blessures récentés, c’est l'absence des porosités diploïques qui, au lieu de rester ouvertes, ont été comblées et effacées par une couche cicatricielle de tissu compact. »

Du fait que « le travail de réparation ne s'effectue qu'au bout de longs mois » et que « les bords de la perforation passent par tous les stades de l’ostéite traumatique avant de se recouvrir de la lame de tissu compact » (Salètes [208]), Broca et Prunières avaient conclu : que la trépanation avait été le plus souvent et même exclusivement pratiquée sur des enfants. (De Quatrelages [186].)

Is s’appuyaient encore sur la persistance des sutures sur les bords des trépanations, car, disaient-ils, si l'opération avait été effectuée sur un sujet adulte, il y aurait eu soudure. La déviation des sutures vers l’orifice des trépanations leur avait paru également concorder avec leur hypothèse.

Lé Docteur £alètes, dans sa thèse [208], admet encore ces théories. Cependant, dès 1899, Lehmann Nitsche disait : « Cette thèse de Broca est absolument abandonnée aujourd'hui: il paraît au contraire que cette opération se pratiquait plus fréquemment sur des adultes, comme le prouvent les cas de trépanations imparfaites. » [109].

Guiard 8

Trois sortes de faits nous permettent actuellement de l’aîfirmer :

4° d’abord les trépanations incomplètes déjà étudiées;

2 les trépanations achevées, mais non suivies de guérison;

3° l'extrême rareté de crânes d'enfants opérés et dont la

mort précoce nous eût fourni les preuves de la théorie de Broca. |

Au sujet des trépanations achevées, mais non suivies de guérison. Cartailhac disait [55] : « 11 faut reconnaître que l’individu trépané pouvait mourir pendant ou à la suite de l’opération. Les résultats de la trépanation sur le vivant se confondent dès lors avec ceux des perlorations posthumes.

» Un anthropologiste danois, Hansen, a insisté sur ce point, mais ses conclusions qui nient toutes les perforations posthumes et les présentent comme des cas de trépanations suivies de mort, nous paraissent fort exagérées. »

Et il donnait la représentation d’un crâne trépané de Feigneux (Oise) dont la gravure est accompagnée de la suscription suivante : l'opéré est mort très peu de temps après l'opération, d’après le Docteur Topinard (Schmitt).

Nous citerons les exemples de deux crânes de Cornembeaux : l’un porte sur le pariétal droit, à quelques centimètres du bregma, une trépanation ovalaire, l’autre porte sur le pariétal droit une trépanation à bords taillés en biseau et de dimensions rappelant celles de la trépanation du crâne de Nogent-les-Vierges. Les cellules du diploé largement ouvertes indiquent que le patient n’a pas survécu à l’opération [212].

Au Pérou, on trouve de nombreux cas de trépanation dans lesquels la guérison n'avait pas pris place, le patient succombant à l'opération ou à l'affection qui la motivait (H. Williams [238]).

Nous avons déjà parlé du crâne d’adolescent provenant de la Grotte de Sanjahuara (prov. de Anta), Pérou, dont le crâne recouvert par les téguments momifiés porte deux essais de trépanation, puis deux opérations distinctes. La mort a dû suivre celle-ci de près, car il n’y a pas trace de réparation (Mantégazza [161 bis]).

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Le crâne du Dolmen de Nœs (île de Falster) porte une ouverture de 55 millimètres sur 44 que Engelhardt attribuait à une blessure et dont M. de Baye faisait une trépanation non cicatrisée [161 bis].

« Au Congrès de médecine tenu à Prague, en 1882, le Docteur Kopernicki a donné une étude sur les crânes trépanés de son pays. Presque toujours, dit-il, l’opération se faisait au haut du front, sous la région pilaire; il montrait à l'appui un crâne recueilli à deux mètres de profondeur; les parois de la plaie étaient coupées en biseau et l'absence de toute trace de réparation permet,de croire que la mort avait rapidement suivi l'opération, si même elle n'en avait pas été la conséquence immédiate. » (Marquis de Nadaïllac [164 bis].)

On hésite à dire, au sujet d’un assez grand nombre de crânes,

si la trépanation a été faite peu de temps avant la mort ou après la mort. Puisque les moyens d'investigation auxquels on a fait appel jusqu ici, se résumant en un simple examen macroscopique des pièces, se sont révélés insuffisants, nous pensons qu'il est nécessaire de se servir des moyens que nous avons aujourd hui à notre disposition, nous voulons parler de l'étude microscopique et de la radiographie.

L'examen histologique de l’os bordant l’orifice de trépanation, traité selon les méthodes que le Docteur L. Pales [165] a appliquées le premier à l’étude des os fossiles (méthode de transillumination surtout) pourrait peut-être fournir un moyen de diagnostic non négligeable.

Déjà Roy-Moodie a utilisé le microscope pour étudier la coupe d’un T sincipital sur ‘ün crâne péruvien se bornant à noter la structure osseuse sans en tirer de conclusions [203].

Nous avons cherché par la radiographie s’il n’était pas possible de préciser notre diagnostic. Mais si la radiographie qui doit accompagner actuellement toute recherche en paléopathologie a donné des résultats remarquables dans le diagnostic des tumeurs osseuses et de la plupart des lésions du squelette fossile, elle est impuissante à déceler un travail de cicatrisation à peine ébauché et ne nous permettra pas de distinguer

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une perforation posthume d’une trépanation qui a causé la mort. |

Cela ne veut pas dire qu'elle soit à rejeter comme moyen d'investigation sur les crânes néolithiques trépanés. Elle nous fournit au contraire des renseignements très utiles au sujet soit de la lésion pour laquelle on a opéré; soit du mode de guérison et c'est ce que nous allons essayer de montrer en étudiant les crânes trépanés guéris.

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