‹ La Trépanation Crânienne: Chez les Néolithiques et chez les Primitifs ModernesChapitre 15 sur 72 · TRÉPANATIONS SUIVIES DE GUÉRISON · texte numérisé non relu

TRÉPANATIONS SUIVIES DE GUÉRISON

Le fait qui frappe le plus l’observateur dans l'étude des trépanations préhistoriques est le nombre de crânes ayant subi avec succès cette opération considérée comme importante aujourd’hui. Nous n’indiquerons pas par un chiffre la proportion des guérisons par rapport aux décès opératoires. Une statistique de ce genre n'aurait une valeur qu'entre les mains d’un même observateur étudiant toutes les collections mondiales que des découvertes nouvelles viennent compléter chaque jour. Mais ayant relèvé aussi complètement que possible les observations publiées, nous pouvons nous faire une idée du nombre de guérisons obtenues à une époque ou ni la stérilisation ni les instruments perfectionnés ne venaient sans doute apporter à ces prestigieux chirurgiens un concours indispensable aujourd’hui.

Nous pouvons dire que la majorité des opérés survivaient.

Au début des découvertes, on s’attacha surtout au problème des rondelles craniennes et les trépanations posthumes fixèrent surtout l'attention. j

Lemarchand pouvait écrire, en 1894, dans sa thèse [112] « de toutes les opérations qu'il ait été donné à l’homme de pratiquer sur son semblable, une des plus anciennes à coup sûr est la trépanation ». Rien n’est moins certain et la chirurgie osseuse doit avoir été précédée de la chirurgie sur les parties molles. « C’est un fait bien connu même des gens du monde, et il apparaît puéril de rappeler que l’on trépanait déjà à l’âge de pierre. Ce qu'il y a de plus intéressant à cons-

È ER ee

tater pour le médecin, c'est que cette opération d'une antiquité si vénérable a fait peu ou pour ainsi dire pas de progrès jusqu'à notre époque, ou mieux jusqu’à la période antiseptique. Elle fournissait une mortalité effrayante. »

Tout au contraire, si l’on pouvait comparer le nombre des succès opératoires obtenus dans la trépanation il y a quelque cinq mille ans, à éelui que l’on obtient actuellement, ce serait certainement en faveur de la chirurgie préhistorique, il est vrai, que les indications opératoires ont changé et que cette intervention si courante jadis ne s’effectue maintenant que dans des cas graves.

Le marquis de Nadaillac fut frappé du nombre de guérisons obtenues et écrivait, en 1900 : les guérisons « sont prouvées d’une manière indéniable par la cicatrisation de la plaie. Une conclusion importante en découle. Dès ces temps si éloignés que nous ne savons même pas la plupart du temps dater, la famille, le clan même, étaient constitués, puisque l’homme, l'opération terminée, trouvait chez les siens les soins nécessaires, la nourriture indispensable à sa guérison. Si nous avions besoin de preuves nouvelles, le nombre des fractures graves, dangereuses même, réduites avec un art véritable, l’apporterait. Le Docteur Prunières a mis ce dernier fait hors de doute. Sur diverses pièces, disait-il à Clermont dans une session de

* l'Association Française pour l’Avancement des Sciences, on voit des fractures consolidées avec une habileté qui donne une très haute idée des rebouteurs néolithiques. La consolidation d’une fracture de l'extrémité inférieure du tibia, une autre plus grave encore du col du fémur ne sont pas au-dessous de ce ne peuvent désirer nos plus habiles chirurgiens. »

La proportion des crânes trépanés guéris, par rapport aux crânes porteurs de perforations non guéries, nous à paru considérable, étant donné le nombre des observations que nous avons relevé.

Sans parler maintenant des rondelles craniennes présentant sur un de leurs bords les traces d’une cicatrisation, les premiers crânes étudiés par Broca étaient des crânes trépanés

guéris,

ee

Sur dix crânes trépanés de la collection de Baye [115], on note que « le sujet a survécu et les lèvres de la plaie osseuse sont mousses. La trace du raclage de l’os a disparu et le processus de réparation est évident. Mais un sujet au moins a succombé après l'opération, à moins que l’on admette une trépanation posthume ». (Lucas Championnière [115].)

Sur 38 crânes trépanés décrits par Mac Curdy au Pérou, 27 portaient les traces de la guérison.

Les 11 cas restant comprenaient des trépanations posthumes. |

Ces guérisons nombreuses impliquent non seulement, comme le disait de Nadaillac, « une existence familiale et des soins prolongés », mais aussi une résistance de l’organisme au traumatisme opératoire et à l'infection, résistance qu'il faut rapprocher de celle des primitifs actuels.

« Les peuples primitifs, de même que les peuples préhistoriques, se caractérisent évidemment par une plus grande résistibilité à l'infection. » (Lehmann Nitche [109].)

D'autre part, la résistance aux traumatismes de nos ancêtres est prouvée par les traces de terribles blessures que portent leurs squelettes : soit fractures multiples des os des membres soit lésions céphaliques, les unes et les autres guéries. Nous n’entrerons pas dans l'étude de ces lésions, dont la thèse du Docteur L. Pales (4929) [165], nous fournit une description complète. .

Nous sommes obligé de supposer, en présence de certaines lésions craniennes, que la dure-mère avait été lésée, ce qui n'avait pas empêché ces blessés de guérir. Ceci nous conduit à admettre dans les cas de trépanation très étendue, et même dans les cas de trépanation moins grande, mais siégeant en dehors de la zone dite « décolable », des perforations de la dure-mère produites par l'instrument du chirurgien. Ces lésions dure-mériennes ne devaient pas avoir les mêmes conséquences infectieuses qu'elles auraient aujourd’hui. Nous verrons également chez les primitifs que la dure-mère n’était pas toujours respectée, et ceci sans grand dommage pour le patient.

Page 1