‹ La Trépanation Crânienne: Chez les Néolithiques et chez les Primitifs ModernesChapitre 17 sur 72 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

TREPANATION POSTHUME

L'origine de l'étude des trépanations craniennes date de la découverte de rondelles craniennes et de crânes présentant des mutilations posthumes.

Nous rappellerons que Prunières découvrit d’abord, en 1867, un fragment d’occipital arrondi dont les bords portaient manifestement les traces de l’instrument qui avait servi à le découper dans un crâne après la mort. Les grottes néolithiques de la Marne donnaient au Baron de Baye des crânes perforés, des rondelles craniennes, des amulettes détachées de crânes perforés semblables à ceux recueillis par le Docteur Prunières. En 1874, ce dernier présenta à Lille toute une série . de rondelles semblables ainsi que de nombreux erânes perforés, les uns durant la vie et déjà plus où moins cicatrisés, les autres ayant été soumis à une trépanation posthume facile à reconnaître. (Marquis de Nadaïllac [161 bis].).

Les fouilles des grottes de Baumes-Chaudes procurèrent à Prunières soixante pièces nouvelles, fragments de crânes ou rondelles craniennes qui confirmaient ses premières découvertes, et dont on peut voir les exemples dans les vitrines du Muséum d'histoire naturelle de Paris (Galerie d'anthropologie).

De telle sorte que, jusqu'à 1900 environ, l’attention des plus éminents préhistoriciens fut attirée beaucoup plus par les trépanations posthumes et les rondelles craniennes qu'elles fournissaient que par les trépanations dites « chirurgicales ».

Cependant, Broca, dès 1876, avait divisé les trouvailles à

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ce Sujet en deux catégories : les trépanations posthumes et les trépanations chirurgicales.

En 1904, Salètes [908], reprenant les conclusions de Broca, pouvait dire : « La question des trépanations préhistoriques est étroitement liée à celle des amulettes craniennes. » Si bien que, recherchant les buts de l’une et l’autre de ces pratiques, on en arrivait à les confondre.

Nous pensons qu'il est préférable d'étudier séparément les trépanations posthumes et les rondelles craniennes pour chercher ensuite à mieux interpréter les trépanations chirurgicales.

RONDELLES CRANIENNES.

Le Docteur Prunières, qui a recueilli lui-même la plus grande partie des fragments osseux appelés rondelles craniennes, est sans doute celui qui a le mieux jugé leur signification. « Parmi les dépôts des grottes et des dolmens de la Lozère qu’il a explorés, il a rencontré, disséminés parmi les ossements et surtout à l’intérieur de têtes, des fragments de crânes de toutes les dimensions, qu’en raison de leurs caractères particuliers il a désignés sous le nom de rondelles craniennes. Les caractères anormaux qui ont fixé l'attention de M. le Docteur Prunières . sont les suivants : « Plusieurs de ces rondelles ont sur toute leur circonférence des bords taillés en biseau et polis artificiellement par la main de l’homme. D’autres, au contraire, ont été tantôt sciés, tantôt raclés ou limés perpendiculairement. Sur quelques-unes, on voit les stries produites par un silex ébréché, parallèles aux bords de la pièce et suivant la . direction de ses bords. |

» Sur certaines, on remarque plusieurs échappées de la scie ayant divisé l’os dans toute son épaisseur jusqu'à la table interne qu’on semble avoir fait éclater en pesant sur la partie préalablement divisée par la scie, dans les 5/10* de l'épaisseur totale. Quelques pièces ont été limées, polies ou sciées d'un côté et simplement éclatées sur les bords.

» Enfin sur le plus grand nombre des rondelles, un segment

de la périphérie est cicatrisé; quelquefois même la partie cicatrisée présente la forme d'un arc de cercle s’ouvrant en dehors, ce qui indique que les rondelles présentant cette disposition ont été prélevées sur le bord d'un crâne ayant déjà subi cette perforation. Ce rebord incisé en arc permet en certains cas d'évaluer le diamètre de la perforation. De la constaitation des formes diverses des rondelles craniennes, et en raison de la situation dans laquelle elles furent recueillies, M. le Docteur Frunières émit l’idée que celles-ci devaient avoir eu deux destinations diflérentes :

» 4° Qu'avant d’enterrer un personnage, homme ou femme qui avait porté durant sa vie une perforation cicatrisée, on enlevait quelquefois sur ce crâne des rondelles tout autour de cette perforation, et avec une partie de ses bords.

» 2 Qu'en l’enterrant, on lui restituait, ou plutôt on restituait à son crâne, une rondelle prise sur un autre individu. » (Schmitt [212].)

En eïlet, à l'intérieur de nombreux crânes trépanés de la Lozère, Prunières avait recueilli des rondelles craniennes. De là l'interprétation suivante de Broca : « Après avoir pratiqué des mutilations posthumes sur des crânes, on ne voulait pas que les morts qui les avaient subies entrassent incomplets dans la vie nouvelle qui les attendait, après celle qui s’écoule si rapidement pour nous : on empruntait à un autre crâne la rondelle qui devait combler le vide laissé par la perforation. » [37].

Et 1} ajoutait : « Il y à là la preuve matérielle la plus ancienne connue jusqu ici de la croyance de nos ancêtres dans le dogme de l'immortalité de l’ânre. On sait que les quelques pièces dont je parle ont été trouvées dans les crânes dont les perforations s'étaient cicatrisées pendant la vie, et qui ont été sciées, découpées après la mort pour fournir des rondelles prises sur le pourtour de l'ouverture cicatrisée. Ces illustres personnages arrivaient aigsi incomplets dans la tombe, et, comme ils n'auraient pu révivre avec de pareilles mutilations, u'aurait-on pas eu la pensée, en leur restituant une rondelle

prise sur un autre crâne, de leur fournir le moyen de se com pléter dans le monde nouveau où ils se rendent. « [37].

Cartailhac disait : « Après avoir rappelé les cas incontestables de crânes malades et trépanés ayant guéri et ayant été, après la mort, encore diminués de quelques parties, il (le Marquis de Nadaillac) se range à la théorie de Broca : la trépanation était, aux temps néolithiques, une pratique religieuse, une initiation, peut-être même le précepte d’un culte établi. L'initié avait une vertu et un rang qui faisait de lui après sa mort un être supérieur dont les reliques étaient recherchées et portées jusqu'au tombeau inclusivement » [56].

Et c'est ainsi que, recherchant de pair les causes qui avaient poussé nos ancêtres à trépaner et à enlever des rondelles craniennes, Broca attribue, dès le début, cette opération à des croyances mystiques et religieuses. Il voyait aussi dans cette pratique une manifestation des idées superstitieuses de l’époque qui en faisait usage pour débarrasser du mauvais esprit les épileptiques, les possédés, les idiots. En présence de toutes ces hypothèses tendant à démontrer que, dans cette question, l'imagination joue un plus grand rôle que la vérité, et en vue de ne pas surcharger la question des trépanations chirurgicales proprement dites déjà si complexe, nous n'’essaierons pas d'ajouter encore une interprétation plus ou moins fantaisiste.

Rondelles travaillées. — I1 ne nous est permis de constater que, au point de vue rondelles craniennes, les unes travaillées, (perforations ou découpures) ont été retrouvées en compagnie d'objets divers, fragments d’os longs, coquilles d’Unios (mulettes d’eau douce), également percés de trous. Elles sont à rapprocher des amulettes de même substance et de même forme trouvées dans des sépultures gauloises et franques suspendues, soit à des torques de bronze ou à des fils de bronze utilisés comme colliers. (de Mortillet [153]).

Lehmann Nitsche mentionne une coutume encore vivante chez les habitants de L’Ombrie de porter des amulettes discoïdales préparées de fragments de crânes humains comme moyens de se préserver contre l’épilepsie [109] .

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« À l’île de Pâques, les anciens habitants, aujourd’hui disparus, fabricateurs de ces colossales statues qui étonnent les rares explorateurs qui abordent dans l’île, se servaient de rondelles de crânes humains obtenues par la trépanation pour marquer les yeux de leurs idoles. » (Boulogne [161 bis].)

C’est un jeu pour le Docteur Baudouin que d'interpréter les rondelles craniennes : « La meilleure preuve que l’on puisse donner que les rondelles étaient des objets doués d’un pouvoir miraculeux, parce que obtenus à l’aide de crânes vivants, de personnages sacrés, donc représentant le Dieu tout puissant sur la terre, est le collier à 106 rondelles craniennes du Musée Guimet et venant du Thibet. Chaque rondelle provient du crâne opéré d’un ermite thibétain. D'ou il résulte que les crânes trépanés préhistoriques sont ceux de prêtres néolithiques et que les rondelles néolithiques avaient le pouvoir de celles du chapelet thibétain.

»…..Symbolisme des rondelles. On remarquera d’ailleurs que ces 106 rondelles rappellent singulièrement les 101 pièces des colliers canaques, dont j'ai étudié un exemple, lesquelles devaient avoir le même symbolisme et sont les ancêtres des chapelets chrétiens.

» Ces 106 objets ressemblent singulièrement aux pléïades à 100 étoiles !

» Donc, chaque trou de rondelle est symboliquement une étoile (cupule ou trou) placée au milieu d’un cercle qui n’est pas autre chose que le soleil de l’équinoxe, ou d’un ovale (soleil des solstices)…

» Je suis donc obligé de conclure qu’en découpant une calotte ou une rondelle dans un crâne on obtenait une sorte de statuette de Ta divinité, toute-puissante d’alors, du Dieu Pôle Soleil !

» a) La rondelle était le soleil lui-même; circulaire, elle représentait celui de l’équinoxe; ovale, celui des solstices. Les trous étaient des symboles d'étoiles. Dès lors, on pouvait mettre dans son sac en peau sacrée, son sac magique, celui des scha-

mans d'Asie, d'Amérique, cette réduction du Dieu: à une \

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