TRÉPANATIONS POSTHUMES PROPREMENT DITES
D'après Broca, les trépanations posthumes se reconnaissent en général à leurs bords taillés en biseau court ou à pic, sur lesquels on reconnaît la trace de l'instrument de silex, et dont on distingue facilement les cellules du diploé largement ouvertes.
Mais nous avons déjà signalé la difficulté, pour ne pas dire l'impossibilité, dans laquelle on est de distinguer une trépanation posthume d’une trépanation chirurgicale qui n’a pas guéri, en faisant le simple examen du bord de l’ouverture. On peut admettre, quoique ce ne soit pas une règle absolue, que l'opérateur faisant une trépanation posthume, n’ayant pas le souci d'éviter de léser le cerveau, pouvait, pour aller plus vite, scier le crâne par un des procédés que nous examinerons plus tard: |
Les bords de l’incision ainsi faite étaient, presque à pic.
Nous croyons que ceci est un des meilleurs signes pour reconnaître une trépanation posthume. À ce sujet, voici l'opinion du Professeur Verneau, dont les avis font autorité en pareille matière : « La trépanation était donc une opération Îréquemment en usage chez la tribu néolithique des Mureaux. Comme l’a fait observer M. Cartailhac, elle était pratiquée sur une partie de la voûte cranienne recouverte par les cheveux. On se servait soit d’une sorte de grattoir, qui donnait ces sections obliques dont je viens de parler, soit d’un perçoir, qui peut seul rendre compte de cet arc de cercle régulier à bords verticaux que montre le pariétal droit de notre crâne. Je n'ai pas besoin d'ajouter que, dans ce dernier cas, la plaie n'offre pas la moindre trace de réparation, ce qui justifierait l'opinion de beaucoup d’anthropologistes qui considèrent ces trépanations comme posthumes. » [231].
Crânes trépanés quéris et trépanations posthumes. — Dès les premières découvertes, Prunières et Broca avaient reconnu les caractéristiques de la trépanation posthume sur les crânes de la Lozère. Sur quelques crânes, on observait des lésions intentionnelles telles qu'il était difficile de se tromper. Elles étaient de deux ordres : 1° une trépanation faite du vivant de l'individu, c’est-à-dire à bords guéris; 2° tout autour de ce premier orifice, empiétant sur ses bords, une série de pertes de substance en arc de cercle à bords non guéris. Tel est par exemple le crâne dit « à trois arcs de cercle » recueilli par le Docteur Prunières (PI. IV, fig. 1).
Un crâne découvert par le baron de Baye portait une énorme perte de substance intentionnelle et posthume, comprenant toute la calotte cranienne [212].
Sur ces deux crânes sont réunis trois signes pouvant permettre d'affirmer la trépanation posthume :
4° bords à pic; 2°.cellules du diploé ouvertes; 3° dimensions considérables de la perte de substance.
Les deux,premiers signes, isolés ou réunis, ne sont pas capa-
bles d’étayer un diagnostic affirmatil de trépanation post-
\ Guiard \ 4
At
mortem. Mais le troisième signe, joint à l’un des deux premiers ou aux deux ensemble, permet l’affirmative.
En présence de ces deux crânes, Broca donnait l'explication suivante, qui n’a pas été rélutée depuis : « Les crânes des individus qui survivaient à la trépanation étaient considérés comme jouissant de propriétés particulières de l’ordre mystique, et, lorsque ces individus venaient à mourir, on taillait souvent dans leurs parois craniennes des rondelles ou fragments, qui servaient d’amulettes, et que l’on prenait sur le bord de l’ouverture cicatrisée. » [37].
Crânes présentant une irépanation vraie et une trépanation posthume. — Une autre catégorie de crânes présente deux orifices de trapanation : l’un cicatrisé, l’autre non cicatrisé, situés à une distance plus ou moins grande l’un de l’autre. C’est ainsi que la grotte néolithique de Feigneux (Oise) a donné un crâne d’un homme de 30 ans environ se rapprochant du type de ceux de la grotte de l’Homme-Mort. Ce crâne portait sur le pariétal gauche, près de la suture sagittale, une double perforation : l’une non cicatrisée, l’autre faite durant la vie. Celle-ci est considérable et mesure environ 60 millimètres de diamètre [161 bis].
Un moulage de crâne russe présenté en 1878 à la Société italienne d'anthropologie montrait deux orifices de trépanation; l’un fait durant la vie, l’autre non cicatrisé [161 bis].
Cartailhac avait découvert sous un dolmen près de Saint- Affrique (Aveyron) un crâne portant deux perforations : l’une au niveau du bregma, faite sur le vivant, l’autre au niveau du lambda, ne montrait pas de trace de réparation [164 bis].
De nombreux cas semblables ont été signalés .Le deuxième orifice non guéri a-t-il été fait après la mort ou est-ce une trépanation ultérieure qui a causé la mort?
À l'heure actuelle, le diagnostic ne repose que sur
les bords à pic;
les cellules du diploé ouvertes;
les dimensions considérables de la perte de substance Leur coexistence indique une trépanation posthume faite
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sans doute pour le prélèvement de rondelles craniennes. La constatation d’un de ces signes isolés ne nous permettra pas de conclure fermement, à moins que des constatations nouvelles, radiographiques ou microscopiques, ne fassent pencher notre diagnostic en faveur de la trépanation sur le vivant mort à la suite d’une seconde intervention.
Urânes ne présentant que des perforations non guéries. — Il faut grouper dans un chapitre distinct les crânes présentant uniquement des pertes de substances non cicatrisées. Les mêmes dilficultés que nous venons d’énoncer ne nous permettent pas d'alfirmer qu'il s’agit d’une trépanation post mortem. En général, l’orifice de celle-ci est plus géométrique que celui d’une trépanation faite durant la vie. 11 est ou rectangulaire ou triangulaire, suivant les incisions pratiquées par le sciage. Dans d’autres cas, il est pratiqué avec une « tarière », qui produit un orfice arrondi et de dimensions assez restreintes. Souvent la tarière a été appliquée plusieurs fois, de façon à produire un orifice à bords festonnés.
La plus ancienne perforation cranienne post mortem a été observée par Lagotala [102] sur un fragment de pariétal d’enfant provenant de la station magdalénienne de Veyrier (près Genève). C’est un trou circulaire régulier, conique, de 6 millimètres de diamètre sur la table externe, de 4 millimètres sur la table interne, ne montrant aucune trace de réparation. Il a été fait à l’aide d’un poinçon.
Virchow a décrit un crâne féminin trouvé dans la nécropole de Gaya. Il porte une énorme perte de substance occupant le tiers postérieur du frontal et les deux tiers antérieurs des pariétaux. Il en a fait une trépanation posthume, pratiquée non pas pour le prélèvement d’amulettes, mais plutôt pour façonner une coupe à boire ou un vase pour les sacrifices [161 bas].
« Dès 4875, M. Gillmann publiait la description d’un certain nombre de crânes recueillis auprès du lac Huron. Tous présentaient des ouvertures circulaires. Deux ans plus tard, il complétait ses premières explications, en ajoutant que l’opération avait été faite après la mort. » (Marquis de Nadaïllac [161 bis].
A Te
Delgado, en 1880, présentait au Congrès préhistorique de Lisbonne un crâne recueilli à Casa da Moura. Ce crâne pré-. sente une lésion sur le pariétal gauche, en forme de rectangle, terminée à ses extrémités par un arc de cercle (Cartaïlhac [51].
Les fouilles d’un mound près de Devils’River, on mit au jour cinq squelettes enterrés debout; un sixième était couché au centre du tumulus et occupait la place d'honneur. Tous portaient la même perforation, sans trace de guérison [161 bis].
Le Professeur Anoutchine faisait, il y a quelques années, au Congrès de Vilna, une communication sur deux crânes trépanés : l’un remontait à l’époque de la pierre polie, l’autre appartenait à une époque plus récente si tant est même que nous puissions le classer parmi les crânes préhistoriques. Il porte à la partie supérieure du frontal une ouverture irrégulière faite après la mort. (Marquis de Nadaïlhac [161 bis]).
Nous devons rapprocher de ces observations celles de crânes plus récents, et em particulier celle d’un crâne probablement de l’âge du bronze, cité par Gaillard, de Plouharnel, et trouvé dans ure sépulture mégalithique de Port-Blanc (Morbihan). II offre une trépanation obtenue par le sciage (Marquis de Nadaïilhac [1614 bis |).
Capitan et Manouvrier ont étudié en 1903 un crâne provenant du cimetière mérovingien de Chelles, qui présentait de chaque côté et symétriquement à la partie inférieure du pariétal une entaille formant une large brèche sensiblement ovale, de 5 à 6 centimètres dans son plus grand diamètre. Les deux savants préhistoriciens émirent plusieurs hypothèses décollation des oreilles, au moyen d’un coup de sabre porté violemment; entaille faite après la mort, pour porter la tête comme trophée, à l’aide d’une pièce de bois la traversant; coutume rituelle, ou enlèvement de rondelles craniennes (Chambroux [57}).
Nous devons à la très grande obligeance de M. l’abbé Breuil, professeur au Collège de France, la photographie d’un crâne de l’âge du fer découvert à Guntramsdorf, près de
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Vienne, et décrit par Francis Fuerst. Il porte du côté droit une triple trépanation en forme de feuille de trèfle, du côté gauche une trépanation ovalaire. Toutes ces trépanations sont posthumes. Les bords de ces trépanations ont été taillés perpendiculairenænt à la paroi, sans doute à l’aide d’une tarière.
11 crânes péruviens étudiés par Mac Curdy, étaient porteurs de trépanations non guéries; plusieurs d’entre elles semblent avoir été faites après la mort [123].
Le Docteur Baudouin (1923) signale une trépanation posthume sur un crâne de l’Allée Couverte du Terrier-de-Savatole (Vendée), une trépanation portant les traces de l’attaque du crâne par l’intérieur (Ciste-des-Cous, Bazoges-en-Pareds, Vendée) et de nombreuses perforations craniennes provenant de l’ossuaire de Bazoges-en-Pareds [19].
Il y a quelques années, le Docteur Montandon rappelait que :
5 crânes signalés par Kopernicki (Ile de Sackaline);
2 crânes signalés par Virchow (Hokkaïdo);
1 crâne signalé par Virchow (Golde);
4 crâne d'homme et 1 crâne de femme signalés par Tarenetzky (Sackaline);
20 crânes signalés par Koganéï (Hokkaïdo), présentent un agrandissement du trou occipital; en général la lésion n'’intéresse que son bord postérieur [148].
Une perforation ovalaire située sur la partie droite du frontal d’une momie bolivienne du Musée de La Plata, a été décrite et représentée par Lehmann Nitsche. L'état des téguments permet de reconstituer les traits d’incision sur le cuir chevelu; de même que ceux du crâne, ils ont été pratiqués à l'aide d’un instrument métallique tranchant, la dure-mère a été perforée [109].