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prédécesseurs sur cette terre; mais il suffit d'examiner les restes des hommes préhistoriques et leurs travaux pour se convaincre qu’une pareille conception ne cache en réalité autre chose qu’une ignorance dédaigneuse, alors que c’est pour nous un devoir envers les hommes de l’âge de la pierre et du bronze que de ne pas les oublier (Camille Julian).
D'ailleurs, les faits que nous allons étudier datent de la fin du néolithique; les hommes de cette époque sont nos voisins immédiats quand on songe à la deuxième glaciation, si lointaine, qui marque l'aurore de l'humanité.
L’extraordinaire lenteur de l'ascension vers la civilisation est maintenant une certitude qui, cependant, n’a pas encore pénétré universellement les esprits. Quoiqu’on puisse supputer que c’est par pas mal de centaines de mille ans qu'il faille apprécier cette période, c’est moins à la Préhistoire qu'à la radioactivité et à l'astronomie qu'il revient d’épeler des chiffres. » (Breuil.)
C’est environ à 4.000 ou 5.000 ans tout au plus que remontent les crânes néolithiques trépanés; ils sont contemporains des constructions mégalithiques et témoignent avec elles d’un état social organisé et d’une civilisation.
Deux noms français sont à l’origine de ces études : c’est:au docteur Prunières, de Marvejols, et à l’éminent chirurgien Broca que revient le mérite d’avoir découvert la « trépanation cranienne » et d’en avoir montré l’intérêt. À leur exemple, des Préhistoriens ont découvert et discuté, aussi bien en Europe qu'en Amérique, des matériaux qui, en soixante années, ont constitué un ensemble important de documents relatifs à la chirurgie du crâne dans la Préhistoire.
Les travaux sont multiples, mais chaque nouvelle découverte devait accroître le nombre des observations sans ajouter autre chose que des controverses au sujet de la pratique de la « trépanation cranienne ».
La découverte, faite à peu près à la même époque, chez certaines peuplades contemporaines, d’une chirurgie cranienne par des procédés primitifs, est loin d’avoir retenu l’attention au même point que la trépanation préhistorique.
Dans un travail déjà ancien, Capitan est le seul à faire une étude synthétique des « coutumes de chirurgie nerveuse chez les peuples sauvages ».
Des travaux plus récents décrivent ces coutumes chez les insulaires des mers du Sud.
L'identité de la pratique de la trépanation chez les primiüfs et chez les néolithiques a souvent été constatée, mais l’étude comparative systématique n’a jamais été faite.
Nous avons repris l'étude d'ensemble des trépanations chez les néolithiques, et, pour éviter l'énumération complète mais fastidieuse de tous les cas observés, nous nous sommes efforcé simplement de grouper les cas analogues, d'éliminer les causes d'erreurs, et surtout d'établir, dans la mesure où cela nous est permis, une distinction entre les trépanations indiscutablement chirurgicales et celles qui ne le sont pas.
Avant d'entreprendre l'étude comparative de la trépana tion chez les primitifs préhistoriques et modernes, nous avons groupé dans un chapitre spécial les faits que quelques rares observations nous rapportent, relatifs à cette pratique chirurgicale dans les peuplades contemporaines.
Les caractères identiques des trépanations et, d'une manière générale, de toutes les interventions sur le crâne chez les primitifs anciens et les primitifs actuels, nous permettent de penser qu’une même directive est à l’origine de ces pratiques.
Enfin, l'apparition de la trépanation en Europe, à la fin du
néolithique, coïncide singulièrement avec celle de nouveaux éléments ethniques; s’il y a là autre chose qu'une simple coïncidence, nous aurions le droit de recourir à cet élément culturel propre aux envahisseurs pour essayer de retrouver les traces de leur passage et situer leur origine.