HISTORIQUE
Comme le faisait remarquer. Velpeau: « il est certain que du temps d'Hippocrate les doctrines nécessaires au trépan étaient absolument constituées », nous pourrions ajouter qu’à ce moment-là elles ne comptaient plus qu'une faveur tout à fait minime, si on les compare à l’importance qu'elles avaient prises au temps de la pierre polie.
Depuis longtemps déjà, ces œuvres, ciselées sur les crânes néolithiques par des opérateurs habiles, ont été reconnues et admirées, c’est pourquoi notre but n’est pas de convaincre les incrédules : une simple visite aux Collections de nos Musées leur donnerait la foi.
Nous n'avons pas voulu faire ici un historique qui n’eût été qu'une vaste compilation, mais il nous a paru indispensable de rappeler les premières découvertes et leurs interprétations, encore valables, dont le mérite ignoré outre-Atlantique revient à des savants français.
Le premier crâne préhistorique trépané fut trouvé à Crozon (Finistère) le 20 septembre 1843, mais la trépanation n’en fut pas reconnue; on en trouva un second £as près de Cocherel, mais ce ne fut que plus tard, en 1873, que Prunières, médecin de Marvejols, joignit cette pièce à la collection importante dont il recueillit les éléments dans les gisements de la Lozère.
En 1867, Prunières découvre sous un dolmen du Causse de Chanac (Lozère) une rondelle cranienne provenant de l’occi-
pital d’un crâne qu'il supposa avoir été perforé pour fabriquer une coupe à boire.
PA
En 1873, Prunières présentait à l'Association française pour l'avancement des sciences, réunie à Lyon, la rondelle cranienne qu'il avait trouvée en 4867.
En 1874, il présenta à Lille plusieurs rondelles identiques et dix crânes avec des perforations, les unes guéries et les autres non cicatrisées; puis il découvrit, dans les grottes de Baumes-Chaudes, une soixantaine de pièces nouvelles, rondelles craniennes et crânes perforés. |
En 187%, le baron de Baye découvrait, dans les grottes de la Marne, deux crânes avec de larges pertes de substance et plusieurs rondelles craniennes.
Le général Faidherbe trouvait sous le dolmen de Roknia (Algérie) deux crânes perforés.
A son tour, Broca constata sur trois crânes retirés de la grotte de l’'Homme-Mort de larges pertes de substance impossibles à attribuer à des causes accidentelles. L’un de ces crânes présentait deux perforations très rapprochées.
Toutes les pièces venant d’être découvertes furent examinées par ce grand chirurgien, doublé d’un éminent anthropologiste, qui, le premier, le 5 mars 1874, émit l’idée qu'il s’agissait de trépanation.
En 1876, au Congrès international d'anthropologie et d’archéologie réuni à Budapest, il donnait lecture de son mémoire : De la trépanation du crâne et des amulettes craniennes à l’époque néolithique. Dans ce mémoire, où il étudie les différentes pièces recueillies jusqu'alors, il conclut à deux sortes de trépanation : 4° la trépanation posthume; 2° la trépanation chirurgicale.
« Les perforations cicatrisées ont des bords taillés en biseau au dépens de la face externe, amincis du côté de l’interne, lisses, éburnés, comparables à ceux que présentent les anciennes ouvertures du trépan. Les bords sont recouverts d’une couche de tissu compact qui se confond, sans ligne de démarcation sensible, avec la lame compacte de la surface externe
des os du crâne.
Les bords que j'appelle posthumes, parce qu'ils ont été inci-
ee res
sés après la mort, sont encore souvent taillés en biseau au dépens de la surface externe, polis et tranchants, mais ils sont aussi quelquefois plus où moins perpendiculaires, striés et rUgUeEUx. ï
Ce qui les distingue surtout des premiers, c’est que les cellules du diploé restent ici constamment ouvertes, tandis que, au contraire, sur les bords cicatrisés, ces cellules sont effacées, voilées et recouvertes par un tissu compact de nouvelle formation.
Le caractère le plus décisif des cicatrices craniennes, celui qui les distingue au premier coup d'œil des pertes de substance posthumes ou des blessures récentes, dit Broca devant la Société d’Anthropologie, c’est l’absence des porosités diploiïques qui, au lieu de rester ouvertes, ont été comblées et effacées par une couche cicatricielle de tissu compact. »
En 1878, Lucas-Championnière, dans son premier ouvrage sur la trépanation, insiste surtout sur la consécration religieuse qui serait, d’après lui, le but de la trépanation.
En 1880, le baron de Baye publiait ses découvertes dans L'archéologie préhistorique.
En 1881, Le Baron, dans sa thèse sur les Lésions osseuses de l’homme préhistorique en France et en Algérie, apportait, par ses-observations précises, une contribution importante à l’étude des trépanations.
En 1900, le marquis de Nadaïllac rappelle les observations antérieures en faisant un essai de classification.
En 1895, Manouvrier donne communication de la décou- ‘verte d’une curieuse lésion observée sur trois crânes féminins recueillis sous le dolmen de la « Justice » à Epone. Il la dénomme T sincipital. Elle serait, le plus souvent, consécutive à une cautérisation du cuir chevelu.
Les découvertes se précipitent : En 1912, Lucas-Champion-. nière, dont l’opinion avait évolué, fait de la trépanation préhistorique la preuve de l’origine de trépanation décompressive.
En 1920, Emile Schmitt présentait au Congrès de Strasbourg
; D LEE L'po
de l'Association française pour l'avancement des sciences, un travail sur la trépanation au temps préhistorique; il y reprenait la genèse des premières découvertes et faisait une étude très complète sur les rondelles craniennes, avec une critique de la première classification de Broca.
En 1923, le regretté Professeur Lecène, dans son ouvrage sur : L'évolution de la chirurgie, rappelle les premières découvertes, mais reluse toute logique présidant à l’art chirurgical des néolitiques. ;
Ce court aperçu des principaux travaux au sujet de la trépanation n'exclue pas toutes les observations et toutes les notes publiées dans les diverses revues d'anthropologie, d’archéologie, de préhistoire ou de médecine. Nous nous sommes ellorcés, à la fin de notre étude, d’en donner une liste aussi complète que possible.
À l'étranger, la question de la trépanation préhistorique a fait l’objet d’études nombreuses. Nous citerons les noms de Buckand, Buschan, Von Luschan, Mantegazza, ‘Hansen, Anoutchine, Kopernicki, Schneider, Gillmann, Fletcher, Farquharson, Aschmead, Lumholtz, Muñiz, Mac Gee, Virchow. Plus récemment, des auteurs pour la plupart américains ont fait des travaux très documentés sur la trépanation au Pérou. Nous citerons : Bandelier, Julio GC. Tello, Mac Curdy G. Grant, Hrdlicka, Herbert Williams et Roy Moodie.
La riche illustration des travaux de ces derniers auteurs permet d'apprécier la multitude des documents des collections des Etats-Unis.