TRAITEMENT
La question du traitement des plaies du crâne par arme à feu, a divisé et divise encore les chirurgiens en deux camps : celui des interventionnistes et celui des abstentionnistes. Cette division s'accentue encore davantage, lorsqu'il s’agit de coups de feu du crâne par projectiles de guerre.
La question est d’une extrême importance, d'autant plus que les opinions adverses sont soutenues par des chirurgiens de grand mérite, et dont l'expérience et la valeurscientifique et chirurgicale sont hors conteste. Les chirurgiens militaires ne sont pas non plus d’accord sur cette question, et l’expérience des dernières guerres (Anglo-Boër, Russo-Japonaise, guerres Balkaniques) ne parail pas avoir tranché complètement le différend.
Ayant suivi de près les deux guerres balkaniques et ayant eu à soigner pendant 14 mois plusieurs milliers
de blessés tant dans les formations sanitaires de l'avant
res
pendant les deux campagnes que dans les hôpitaux de l'arrière durant les 4 mois qui se sont écoulés entre ces deux campagnes, j'ai pu me faire une opinion personnelle. Je suis d'avis qu'il faut intervenir dans la presque totalité des cas de plaie du crâne par coup de feu et intervenir le plus tôt possible après le traumatisme.
J'essayerai d'exposer les raisons qui m'ont convaincu que l'intervention primitive est le procédé de choix dans les plaies qui nous occupent. Je discuterai en même temps la valeur des arguments des abstentionnistes pour montrer qu'ils ne résistent pas à un examen serré.
Mais entre les deux camps adverses, se place un certain nombre de chirurgiens — civils pour la plupart, ayant ou non participé à la guerre — qui, tout en admettant l'utilité et la nécessité même de l'intervention précoce, la déclarent impossible à mettre en pratique, les formations sanitaires de l'avant ne pouvant pas disposer, — à leur avis, — des moyens nécessaires et indispensables pour mener à bon terme des opérations délicates comme les trépanations.
Sur ce point non plus, je ne puis partager leur opinion, etme plaçant sur le terrain-de la chirurgie exclusivement militaire, je veux essayer d'en donner les raisons.
J'étudierai successivement les questions suivantes :
1° Faut-il intervenir d'urgence dans les cas de plaies du crâne par coup de feu ou faut-il s'abstenir?
2 Faut-il intervenir largement sur les plaies du crâne dans les formations sanitaires de l’avant, ou se contenter d’une simple toilette de la plaie et évacuer les blessés le plus tôt possible?