‹ La Trépanation Primitive Dans Les Plaies Du Crâne Par Projectiles De Guerre: Observations Personnelles De La Guerre Des BalkansChapitre 45 sur 52 · NOT · texte numérisé non relu

NOT

lioré. L'aphasie rétrocède rapidement; il a aujourd'hui prononcé une quinzaine de mots.

L'hémiplégie également esl moins accentuée. L'asymétrie faciale a presque disparu, quand la face est au repos, et elle est peu marquée quand il rit ou montre les dents.

10 juillet. — Pansement. Je retire les mèches qui recouvrent la surface cérébrale. Je laisse celle qui va dans la plaie, pour isoler le cerveau de la plaie d'entrée de la balle qui suppure encore un peu.

Bon état général.

11 au 20 juillet. — Ablation de la mèche cérébrale le 14 juillet. La plaie de l'entrée de la balle ne suppure plus. La plaie opératoire est cicatrisée. J’introduis deux petites mèches entre le lambeau et la surface cérébrale.

Le membre inférieur a presque recouvré ses mouvements ; au membre supérieur, les mouvements des doigts sont très paresseux.

L'état général est excellent.

L'aphasie est très diminuée; 1l parle suffisamment, tout en se servant d'un vocabulaire très restreint. Il écrit assez bien; il lit le journal et comprend tout ce qu'on lui dit.

La paralysie faciale a disparu.

Ayant quitté l'hôpital du Croissant Rouge pour reprendre la direction de mon ambulance du quartier général et me rendre au champ de bataille je n'ai eu des nouvelles du blessé qu’à mon retour à Salonique On m'a dit que, vers le 10 août, il a été évatué à Athènes, marchant bien, mais ayant toujours de la difficulté à se servir de son bras.

Observation XXVI (personnelle). +.

Plaie pénétrante par balle de shrapnell au niveau de la bosse päriétale gauche. — Projeclile dans le cerveau. — Légère hémiparésie droite. — Aphasie motrice el sensorielle. — Trépanation. — Guérison avec amélioration de l'aphasie et disparilion de l'hémiparésie.

Hôpital du Croissant Rouge, Salonique.

Anton.., Michel 21 ans. 4 Régiment. 1° compagnie.

Blessé le ? juillet, il entre à l'hôpital le lendemain 3 juillet.

Aussilôt après le traumatisme, il est tombé, mais n'a pas perdu connaissance immédiatement, puisqu'il a appelé son camarade qui était à côté de lui en le priant de ne pas l’abandonner.

Au bout de quelques minutes, il a perdu connaissance. Nous tenons ce renseignement de son camarade, blessé lui aussi au thorax.

Il a été rasé, badigeonné à la teinture d'iode et pansé trois heures après l'accident dans l’ambulance régimentaire. Mais déjà aussitôt après son traumatisme, un brancardier lui a appliqué un pansement individuel.

Etat actuel. — Hémiparésie droite avec contracture légère, et de temps en temps, de petites secousses cloniques débutant par la main.

Réflexes exagérés. Babinski et Oppenheim positifs à droite.

Paralysie du facial, surtout inférieure, à droite.

Aphasie complète, Le blessé n’est pas dans le coma, mais il ne comprend pas ce qu'on lui dit et il n'émet que des sons inarticulés.

Il prend le verre qu'on lui tend; il ferme les yeux et ouvre la bouche quand on accomplit ces mouvements devant lui. Il lend la main gauche, etc.

La langue est déviée du côté droit.

Légers troubles de la déglutition.

Température 37° 5. Pouls à 52. Respiration 19.

Ponction lombaire. — Liquide très hypertendu el hémorragique.

À son entrée à l'hôpital on lui fait 20 centimètres cubes de sérum anti-tétanique et 500 centimètres cubes de sérum souscutané.

Examen de la plaie. — Au niveau de la bosse pariétale, à 10 centimètres cubes au-dessus du méat auditif, plaie circulaire de 8 centimètres à bords réguliers.

Il en sort des caillots et de la substance cérébrale.

Hématome sous-cutané considérable.

L'os sous-jacent semble fracturé, autant que l’hématome permet de le constater.

Il n'existe pas d'orifice de sortie.

Opération. — 4 juillet. — Anesthésie à l'éther très légère.

Hémostase provisoire à la bande élastique. Lambeau cutané pentagonal, à base inférieure, de la largeur d’une paume de man, circonscrivant l’orifice d’entrée.

Hémorragie veineuse très abondante au niveau de l'incision. Je suis forcé d'enlever la bande élastique et de faire l’hémostase avec des pinces.

Hématome sous-cutané volumineux. J’enlève de nombreux et volumineux caillots mélangés à de la substance cérébrale.

Je respecte le périoste, et je dissèque le lambeau en tirant dessus. La peau se sépare aisément du périoste, grâce à l'infiltration sanguine, entraînant avec elle de nombreuses esquilles.

Je sectionne et rugine le périoste en allant du centre vers la périphérie.

L'os est fracturé et réduit en esquilles sur une étendue d'une pièce de 5 francs. De là, partent deux larges fissures se dirigeant respectivement vers la bosse frontale el vers la protubérance occipital.

Je fore 5 trous avec le trépan el la fraise de Doyen,

el j'enlève un lambeau osseux en sciant avec la scie de Gigli que je passe sous les trous avec le décolle-dure-mère de de Martel. Le lambeau osseux s’enlève par morceaux, à cause des nombreuses fissures qui le sillonnent. La brèche osseuse est d'une paume de main.

Hématome extra-dure-mérien du volume d'un œuf. J'extrais au doigt de nombreux caillots qui filent vers la base du cer veau.

Fig. 43. — Obs. XXVI.

La dure-mère présente un orifice de 2? centimètres de diamètre; elle ne bat pas et présente une coloration bleuâtre.

Incision circulaire de la dure-mère. Aussitôt s'écoule du sang noirâtre mélangé à de la substance cérébrale, Je déterge celle-ci sous un filet de sérum chaud que je fais couler durant: toute l’opération.

La surface du cerveau est diffluente sur l'étendue d’une circonférence ayant 2 centimètres de diamètre. Il en sort au

moins une cuillerée et demie de substance cérébrale mélangée à des caillots,

J'en extrais de nombreuses esquilles, plus de 14; en plus des touffes de cheveux et un petit morceau d’étoffe provenant du képi. Je ne sens pas le projectile.

Je lave la plaie avec du sérum chaud alcoolisé (5 p. 100) et dans lequel j'ajoute un peu de teinture d'iode,

Le cerveau bat bien et fait hernie à travers l’orifice.

Mèches imbibées de sérum alcoolisé dans la plaie cérébrale. Mèches sur la surface du cerveau.

Avivement des bords de la plaie d'entrée et suture. Hémostase et suture du lambeau, en laissant deux petites fenêtres de chaque côté de sa base par où sortent les mèches.

Pansement légèrement compressif.

Suites. — Aussitôt après l'opération, le pouls bat à 85.

Soir. — Température 385. Pouls à 100. Respiration, 20. La parésie a presque disparu. La paralysie faciale reste la même que ce matin. Etat général bon; pas de shoc opératoire.

4 juillet. — Température 39°. Pouls à 110, Respiration, 20. Pendant la nuit, il a été très agité. Il se plaint de maux de tète et nous montre constamment l'endroit trépané.

Il a prononcé aujourd’hui son nom, etil a dit distinctement quelques mots : eau, douleur, mourir, épouse.

Vers la matinée, il a eu un vif frisson et a vomi.

La parésie n'existe plus. Les réflexes patellaires sont toujours forts, mais il n'existe pas de clonus.

La paralysie faciale est au même élat.

La paralysie de la langue est moins accentuée.

Soir. — Température 39°5. Pouls à 120. Céphalée, vomissements. Pas de Kernig, ni raideur de la nuque.

5 juillet. — Température 38°. Pouls à 100.

Pansement. — Rien à l’orifice de la balle. Je retire les mèches qui recouvrent la surface cérébrale; il vient du pus.

Je fais sauter quelques points de suture et j'écarte le lambeau avec une spatule. J'enlève la mèche qui va dans la

plaie cérébrale; elle ramène de la substance cérébrale et du pus. Je lave la surface cérébrale avec du sérum physiologique alcoolisé {5 p. 100) et je remets des mèches.

Soir. — Température 38°. Pouls à 100.

La céphalée reste intense.

Ponction lombaire; je retire 20 centimètres cubes de liquide hypertendu et sanguinolent.

La céphalée diminue à la suite de la ponetion.

6 juillet. — Température 37°8. Pouls à 90.

Etat général meilleur. La céphalée a diminué.

Pansement. — Moins de pus qu'hier. Lavage au sérum alcoolisé. Nouvelles mèches.

Ponction lombaire, 15 centimètres cubes de liquide, moins hémorragique qu'hier.

Soir. — Température. 38° Pouls à %5.

6 juillet. — Température 37°2. Pouls à 80. La céphalée est très diminuée.

Pansement, comme hier.

Ponclion lombaire : 10 centimètres cubes. La tension du liquide est moindre qu’hier, à peine rougeûtre.

10 juillet. — La température est normale ainsi que le pouls. La plaie suppure très peu. La hernie cérébrale qui avait augmenté de volume le 2° et le 3 jours de l'opération reste stalionnaire avec tendances à diminuer.

L'aphasie diminue; il n'y a pas de surdité verbale. Mais il ne comprend pas le journal {cécité verbale), ne peut pas écrire ni à la dictée, ni en copiant. L’aphasie motrice diminue et il augmente tous les jours son vocabulaire de quelques mots.

15 juillet, — 1 est évacué à Athènes. La plaie est presque cicatrisée, ne suppure pas, el la tumeur de la hernie cérébrale est moins volumineuse : la moitié d’une petite mandarine environ.

Le blessé marche. Les mouvements au niveau du bras sont parfaits.

L'aphasie reste stationnaire.

Observation XXVII (personnelle).

Plaie de la région lemporale droite par balle de shrapnell. — Perle de substance cérébrale. — Pas de paralysie. — Trépanation. — Extraction du projectile. — Guérison.

2° Hôpital militaire, Salonique,

Picoul... Pel., 41 ans, capitaine de l'infanterie,

Il est transporté à l'hôpital militaire le 3 juillet dans la nuit, 7 heures après son traumatisme.

Il a perdu connaissance une demi-heure après son traumaüsme; il est resté dans cet état 2 heures environ. Il a été pansé une demi-heure après dans l’ambulance régimentaire, rasé et badigeonné à la teinture d’iode.

Etat actuel. — L'intelligence est très légèrement obnibulée. Il nous donne des détails sur son traumatisme, mais il confond les dates et les lieux.

Il n’y à pas de paralysie.

Réflexes des membres inférieurs forts. Pas de clonus, ni de Babinski.

L'œil droit présente une forte ecchymose sous-conjonctivale. La pupille est légèrement plus dilatée que la gauche. Les réflexes à la lumière sont normaux des deux côtés.

Pas de troubles des sphincters.

Pas d’hémorragie nasale ou des oreilles.

Ponction lombaire. Liquide hypertendu et hémorragique ; j'en retire 15 centimètres cubes.

Examen de la plaie. — À 6 centimètres au-dessus du milieu de l'arcade zygomatique et sur la verticale menée sur elle, orifice circulaire, à bords, irréguliers, de 1 centimètre de diamètre. Il s'écoule du sang et de la substance cérébrale. ,

L’os sous-jacent présente un enfoncement très nel; Je ne sens pas de fragments mobiles.

Il n'y a pas d'orifice de sortie.

Température 37°1. Pouls à 68.

Je me décide à intervenir séance tenante.

Opération. — Hémostase provisoire à la bande élastique.

Anesthésie à l’éther, que je cesse aussitôt le lambeau cutané confectionné.

Lambeau cutané de la largeur d’une paume de main, cir-

Fig. 44, — Obs. XXVII.

consecrivant l'orifice d'entrée, et s'étendant de la racine du sourcil en avant, jusqu'immédiatement au devant du pavillon de l'oreille, en arrière. Forme pentagonale et base inférieure.

Rugination de l'os. Celui-ci présente un orifice régulièrement elliptique, à grand axe transversal et mesurant 23 millimètres. Il n’y a pas de fissures sur l'os, ni autres esquilles.

Je fore 5 trous avec le trépan et la fraise de Doyen. Passage de la scie de Gigli à l'aide du décolle-dure-mère et sciage.

Je pousse également sous les deux trous de la base du lambeau la scie de Gigli et je scie cette base, pour éviter des fissures. Je détache ainsi un lambeau pentagonal de la largeur d’une petite paume de main (fig. 12).

Hématome extra-dure-mérien du volume d’une noix, étalé. Je retire avec les doigts quelques caillots qui filent vers la base,

L'orifice de la dure-mère, de 2? centimètes de diamètre, laisse échapper de la substance cérébrale et quelques caillots. La dure-mère ne bat pas. J’incise circulairement la dure-mère en laissant une petite collerette de 1 centimètre environ pour doubler la lèvre de la brèche osseuse el préserver ainsi le cerveau. |

Hématome peu important sous-dure-mérien, que je déterge sous un filet de sérum chaud.

Le cerveau présente un orifice de ? centimètres de diamètre. J'en retire quelques esquilles très petites et un morceau d’étoffe provenant du képi. Je plonge délicatement le doigt pour chercher la rondelle osseuse qui est détachée de l'os. Je la sens dans une profondeur de 4 centimètres environ (les deux dernières phalanges de mon index). Je la saisis et la sors avec une pince de Kocher. Elle est constituée par la table externe et le diploë. Les esquilles déjà enlevées sont formées aux dépens de la table interne. Un autre fait curieux est que cette rondelle a sa face externe -— la able externe — tournée en dedans, tandis que le diploë sur lequel reste encore attaché un petit fragment de la table interne regarde la surface cérébrale. La rondelle osseuse s’est par conséquent retournée. J’explore à nouveau la plaie cérébrale, et à 5 centimètres, je sens un corps dur. La pince enfoncée dans le cerveau sur mon doigt ramène une balle de shrapnell aplatie en galet. Pendant ces manœuvres, le blessé a perdu une cuillerée de substance cérébrale. I! semble donc que le projectile ayant frappé la surface osseuse obliquement et doué d'une force vive plutôt faible, ail détaché la rondelle osseuse qui

s'est retournée en s'enfoncant dans le cerveau, de sorte qu’elle s’est placée, sa face interne en dehors et plussuperficiellement que le projectile.

Lavage au sérum alcoolisé à 5 p. 100.

Mèche imbibée de sérum dans la plaie, et également sur le reste de la surface cérébrale à nu. Le cerveau ne montre aucune tendance à faire hernie.

Avivement des bords de la plaie de l'orifice de la balle et suture.

Ablation de la bande élastique et hémostase du lambeau cutané.

Suture du lambeau, sauf sur une petite longueur vers la base pour la sortie des mèches.

Suiles opératoires. — Des plus simples.

4 juillet, le malin. — Température 36°8. Pouls à 68. Le blessé se sent très bien. Très légère céphalée. Aucun trouble de l'intelligence, ni phénomème paralytique .

Le soir. — Température 37°. Pouls à 70.

b juillet. — Très bon état. A la visite du matin, je trouve le blessé fumant sa cigarette.

7 juillet. — Très bon état. Je fais son premier pansement. La plaie d'entrée du projectile est en bon état. La plaie opératoire est réunie per primam.

Ablation des mèches qui ramènent un peu de substance cérébrale. Nouvelles mèches.

11 juillet. — Suppression définitive des mèches. Le blessé s’est levé aujourd’hui. Il est en parfait état.

10 octobre. — J'ai eu des nouvelles de mon blessé. Il se porte admirablement bien et il est fiancé.

4 novembre. — Il est venu me consulter à Athènes, à propos de son mariage. Il présente un léger enfoncement au niveau de la région trépanée; en y appliquant la main, on sent les battements cérébraux. Mais une épaisse couche de tissu fibreux rend les téguments résistants. Je lui ai conseillé de laisser les choses comme elles sont pour le moment, et plus

tard on pourrait penser à lui faire une opération ostéo-plastique ou à y appliquer une prothèse. Pour le moment, je lui ai conseillé le port d’une perruque doublée à cet endroit d’une plaque métallique... dans un but purement esthétique.

Il m'a écrit au mois de janvier qu'il a consulté le D' Rein à Frankfurt et que celui-ci lui a donné le même conseil. Actuellement ce blessé, dont l’état au moment de son traumatisme a été jugé désespéré, et pour lequel mes confrères m'ont vivement conseillé l'abstention, vu sa mort imminente, ce blessé, dis-je, est marié et il sera bientôl père. Cette observation est une preuve de plus du besoin d'intervenir d'urgence, même dans les cas qui paraissent désespérés, pour prévenir à tout prix l'infection méningo-encéphalique, contre laquelle, une fois établie, nous sommes complètement désarmés..

Observation XXVIII (personnelle).

Plaie par balle de fusil. — Entrée derrière l'oreille droite, sortie à l'angle externe de l'œil droit. — Hémipléqie gauche, paralysie faciale. — Epanchement extra-dure-mérien temporal. — Trépanalion avec conservation du lambeau osseux. — (ruérison.

Ambulance C. 2, Simitli. ;

Seré.…. N., 17° Régiment d'infanterie, 3° compagnie.

Il est transporté le 17/30 juillet.

Au moment de son traumatisme, 15 juillet soir, il n'a pas perdu connaissance. Il aurait fait, d’après son bulletin, au moins 100 pas, chargé de son sac jusqu’à l'ambulance de son régiment; arrivé là, il est tombé sans connaissance. Depuis, il est dans le coma.

Etat actuel. — Coma. Hémiplégie gauche el anesthésie complète de ce côté. Paralysie du facial inférieur du même côté,

Réflexes tendineux exagérés du côté paralysé; Babinski négatif, Oppenheim douteux. Clonus à gauche.

L'œil droit est en exaphtalmie, immobile; pupille dilatée ; cornée légèrement opaque. Réflexe cornéen aboli; réflexe à la lumière nul.

Examen de la plaie. — Orifice d'entrée, circulaire, à lemporte-pièce, de 8 millimètres de diamètre, au niveau du tem-

Page 1