V.— Coups de feu de la région mastoïdienne
Observation XXXVI (personnelle).
Plaies multiples du crâne par fragments d'obus au niveau des régions temporale el mastoïdienne droite. — Paralyste faciale droite périphérique. — Trépanation. — Guérison.
Ambulance 11 B. Emin Aga.
Tsag.…, G. 29 ans, 11° Régiment, 8° compagnie.
Blessé devant le fort Saint-Nicolas, a été transporté dans mon ambulance le 22 janvier.
Immédiatement, après son traumatisme, il a perdu connaissance, el il est resté dans cet état plusieurs heures.
A son entrée, 12 heures après son traumatisme, il est éveillé, répond bien aux questions, ne présente pas de paralysie des membres.
Paralysie totale du facial droit. Commissure labiale déviée à gauche, œil droit grand ouvert, sialorrhée.
Examen des plaies. — 1° Plaie contuse au niveau de la région temporale droite, à 4 travers de doigt au-dessus du tragus, éloilée, à bords irréguliers, avec perte de substance.
Hématome sous-cutané considérable.
En écartant les bords de la plaie, je sens et je vois l'os recouvert de son périoste el présentant un petit enfoncement dans lequel j'introduis presque le bout de l'index.
2 Plaie également contuse sur la mastoïde, immédiatement derrière le conduit auditif externe, irrégulièrement circulaire, avec bords étoilés et tuméfiés. Fracture de l'os sousjacent. L'otorragie reprend après l'ablation d'un tampon introduit dans le conduit auditif lors du premier pansement.
Température 37°2. Pouls à 60. Respiration normale.
Ponction lombaire. — Liquide très légèrement hypertendu, clair.
Intervention. — À l’anesthésie locale (novocaïne-adrénaline).
1° Petit lambeau cutané autour de l’orifice de la plaie temporale. Rugination du périoste. L’os présenteune fracture étoi-
Fig. 54. — Obs. XXX VI.
Fr
lée, dont les branches irradient à 1 em. 5 autour du centre.
Je fore un trou à la fraise de Doyen, ct j'élargis à la pincegouge.
La table interne présente des lésions plus considérables que l’externe. De la périphérie de l’enfoncement partent des esquilles triangulaires à base adhérente en dehors et à sommet interne dirigé vers le centre de la circonférence de l’enfoncement.
Hématome extra-dure-mérien léger, ne dépassant pas le volume d'une amande.
Pas de lésion de la dure-mère qui bat bien. Ablation de caillots et d’esquilles sous un filet de sérum chaud. Avivement et suture des bords de la plaie cutanée. Mèche imbibée de sérum sur la dure-mère; suture du lambeau cutané, sauf l’endroit d’où sort la mèche.
2 Plaie de la mastoïde; débridement des bords de la plaie cutanée comme pour une mastoïdite. Ablation de nombreuses esquilles.
Rugination; la mastoïde apparaît en partie réduite en bouillie et en enlevant avec la pince les esquilles, je mets à nu les cellules et l’antrum qui est superficiel. J’enlève avec précaution des esquilles au niveau du massif du facial et je régularise la plaie osseuse au ciseau et au maillet.
Tamponnement avec des mèches sèches après badigeonnage à la teinture d’iode au quart.
Suture du lambeau.
Suiles. — Très simples. Pas d'infection. La température a oscillé les premiers jours autour de 37°%5. Le pouls est remonté à 75 et y est resté stationnaire.
Les mèches ont été enlevées vers le 8& jour. La paralysie faciale a commencé à diminuer dès le lendemain de l'opéraüon, el était presque complètement guérie le 5 février quand le malade fut évacué.
Observation XXVII (personnelle).
Deux plaies du crâne par fragment d'obus au niveau de la ‘région masloidienne gauche, et à l'angle externe de l'œil gauche. — Trépanation; extraction des projectiles. — Guérison.
Hôpital du Croissant Rouge, Salonique.
Photn..….. Ph., 20 ans, 17° Régiment, 11° compagnie, Sparte
Blessé le ? juillet, il est transporté à l'hôpital le 4 juillet.
Il dit avoir perdu connaissance aussilôl après son traumaüsme el est resté dans cet élat pendant 3 heures environ. I a été pansé sur le champ de bataille par un de ses camarades avec un pansement individuel. Il a été transporté au bout de 2 heures à l'ambulance régimentaire où il a été rasé et badigeonné à la teinture d’iodëe, et de là expédié à
Fig. 55. — Obs. XXXVII.
(La plaie mastoïdienne n'a pas été marquée.)
Salonique où il est arrivé le surlendemain, après avoir passé la nuit dans une ambulance dans laquelle on n'a pas touché à son pansement.
Examen du malade :
Etat général. — Etat légèrement comateux. Il est plongé
dans le sommeil dont il sort par moments pour demander à boire. Mais quand on lui crie son nom, il ouvre les yeux et il comprend ce qu’on lui dit. Rétention des urines.
Le ne
Motricilé. — 11] n'y a pas de paralysie. Les réflexes rotuliens et achilléens sont exagérés. Légère trépidation épileptoïde. Légère contracture des membres. Raïideur de la nuque et ébauche de Kernig. Pas de Babinski. Pas de paralysie faciale.
Sensibilité. — Bonne.
Organes des sens : ;
Ecoulement sanguin de l'oreille gauche. Rien du côté de l'oreille droite et du nez.
Ecchymose sous-conjonctivale à l’œil gauche et paupière très enflée de ce côté.
Réflexe à la lumière normal. Pas d'inégalité pupillaire.
Examen des plaies :
1° À un travers de doigt, en dehors et au-dessus du sourcil gauche, plaie sous forme de fente verticale, légèrement béante, longue de ? centimètres. Hématome sous-cutané. A la pression, il sort du sang mélangé à de la substance cérébrale.
A la palpation, on sent l'os sous-jacent fracturé.
2° Au niveau de la mastoïde, grande plaie irrégulièrement circulaire de 2 cm. 5 de diamètre, à bords déchiquetés.
Ponction lombaire. — Liquide hémorragique, hypertendu; J'en retire 15 centimètres cubes.
Température 382. Pouls à 60, régulier et tendu. Respiraüons 25, profondes el suspirieuses.
Opération. — 1° Plaie frontale. — A l'anesthésie locale.
Lambeau cutané circonscrivant l’orifice d'entrée, des dimensions d’une pièce de 5 francs. Rugination de l'os.
Celui-ci présente une perte de substance d’une pièce de 1 franc environ. Cette rondelle osseuse est complètement détachée el enfoncée dans la substance cérébrale. Des fissures partent de cet orifice, dont l’une, la plus considérable, se porte en haut et en arrière et dépasse les limites du lambeau cutané. Je ne la suis pas. D’autres, plus petites, irrégulières, circonscrivent des îlots osseux plus ou moins
mobiles.
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Ablation des nombreuses esquilles, régularisation et élargissement de la brèche osseuse à la pince-gouge, jusqu'aux limites du lambeau cutané. De la table interne se détachent des esquilles qui ont déchiré la dure-mère.
Celle-ci est perforée. Après ablation de quelques caillots qui recouvrent sa face externe, sous un jet de sérum chaud, je vois l'orifice de la dure-mèré, d’où s'échappe du sang et de la substance cérébrale. La dure-mère est bleuâtre et ne bat pas.
Une sonde introduite doucement dans l’orifice bute à 1 centimètre de profondeur contre un corps dur. J'incise la duremère; hématome sous-dure-mérien. Après ablation des caillots, j'y introduis le doigt et je sens un corps irrégulier et dur. Une pince introduite sur mon doigt extrait facilement un petit fragment d’obus, prismatique, mesurant 1 centimètre sur son grand axe. A côté delui, je sens et j'extrais des petites esquilles et une rondelle osseuse, formée de la table externe du diploë et de la table interne.
Léger lavage au sérum, assèchement et drainage avec des mèches.
Excision des bords de l’orifice de la dure-mère.
Avivement et suture de l’orifice d'entrée.
Mèches sur la dure-mère.
Hémostase et suture du lambeau cutané. Les mèches sortent de chaque côté de la base du lambeau cutané.
Il n’y a pas de hernie cérébrale.
2° Plaie de la mastoïde. — Anesthésie locale.
Débridement de la plaie en haut et en bas, et petite incision sur le milieu du grand axe et perpendiculaire à lui.
Ecartement des bords de la plaie. J'extrais de nombreuses esquilles. Tout le massif mastoïdien est presque en bouillie. Je mets à nu les cellules. Parmi les esquilles, je trouve et J'extrais un petit fragmentd'obus, irrégulier, de 7 millimètres de côté.
Commela plaie osséuse suppure, je régularise le fond et les
bords au ciseau et au maillet comme pour une mastoïdite. L'antre est ouvert. Le massif du facial n’est pas lésé, ce qui explique l'absence de paralysie faciale, tandis que la partie supérieure de la paroi postérieure du conduit auditif externe est effondrée, d’où l’otorhagie abondante. Mèche iodoformée dans la brèche osseuse. Suture en haut et en bas de la plaie cutanée après régularisation des lèvres.
Suites. — Simples. Pas de shoc opératoire. La température est revenue graduellement à la normale. Après s'être maintenue pendant deux jours vers 39°, le blessé s’est éveillé peu à peu, et le 5° jour il était presque complètement sorti de son coma.
J'ai fait tous les jours une ponction lombaire; le 8° jour, le liquide est redevenu clair et la tension presque normale
La raideur de la nuque et l’ébauche de Kernig n'existent plus le 4° jour après l'opération.
La plaie frontale est cicatrisée sans suppuration. J'ai fait le premier pansement le 3 jour, et J'ai enlevé la mèche qui allait dans la plaie cérébrale le 6° jour.
La plaie mastoïdienne a suivi également une marche régulière avec une légère suppuration. Pansement quotidien. A la sortie, elle était en bonne voie de cicatrisation.
En somme, dans ce cas, nous avions affaire à une plaie pénétrante du crâne avec début d'infection méningo-cérébrale. L'intervention large et immédiate a complètement enrayé la menace d'infection Notons que ce malade, malgré cette légère infection n’a pas présenté de hernie cérébrale.
Observation XXXVIIT (personnelle).
Plaie par balle de shrapnell de l'apophyse mastoïde gauche. — Paralyste faciale périphérique. — Extraction du projeclile. — Guérison. — Disparilion de la paralyste.
Ambulance C 2, Simitli.
Sotirop… Kyr., 7° Régiment d'infanterie, 8 compagnie.
Il est transporté dans mon ambulance le 14/27 juillet.
Etat général bon. Paralysie faciale gauche, totale.
Plaie. — Au niveau de la mastoïde gauche, orifice ovalaire, à bords irréguliers. L'apophyse mastoïde est fracturée, crépite à la palpation. Ecoulement par le méat auditif gauche.
Opération. — 28 juillet. — Débridement de la plaie à l’anesthésie à l’éther.
Ablation de nombreuses esquilles. Ouverture des cellules mastoïdiennes. Au fond, je sens la balle, profondément et solidement enchâssée dans l'os. Je la retire à l’aide d’une rugine. C'est une balle de shrapnell en plomb, aplatie d'un côté.
J'enlève de nombreuses esquilles au niveau de l'antre. Je redouble d'attention au fur et à mesure que je m'approche du massif du facial. Celui-ci ne semble pas avoir beaucoup souffert du traumatisme; j extrais à cet endroit quelques esquilles.
Etant donné cette intégrité relative, j’'émets l'hypothèse de la compression possible du facial par une de ces esquilles, ce qui permet d'espérer une amélioration de la paralysie.
Régularisalion de la brèche osseuse. Compresse 1odoformée.
30 juillet, — La paralysie faciale a beaucoup diminué depuis le jour de l'opération.
Il est évacué ce soir; bon état, sans fièvre. La plaie n'est pas infectée.
J'ai revu ce blessé à Salonique en septembre; la paralysie faciale avait complètement disparu depuis le 20 août.
CORYLLOS 49
Les observations qui suivent se rapportent à des blessés qui avaient été admis au 3° Hôpital militaire de Salonique avant que la direction du service chirurgical de cet hôpital m'ait été con-
Jfiée.
Observation X XXIX (personnelle).
Ê Plaie tangentielle de la région frontale droite par balle de fusil bulgare. — Pas de troubles cérébraux. — Débridement, ablation d'esquilles. — Hernie cérébrale. — Guérison.
3° Hôpital Militaire, Salonique:
Carayan... Christ. (fig.56),31 ans. 2° Régiment, 2:compagnie.
Blessé le 1° juillet, il a été transporté le 10 juillet. Dans l'ambulance, on lui avait déjà enlevé quelques esquilles.
Etat actuel. — Pas de troubles cérébraux, pas de paralysie, pas de troubles de la sensibilité.
Hernie cérébrale du volume d’un gros œuf. Suppuration légère:
Description de la pldie. — Sur la bosse frontale droite; à 3 travers de doigt au-dessus du sourcil droit, plaie cutanée irrégulièrement elliptique.
Deux orifices osseux : orifice d'entrée en haut, à 3 centimètres de la ligne médiane. Orifice de sortie, èn bas et en arrière, à 6 centimètres du ‘précédent. Cet orifice a les dimensions d’une pièce de 5 francs. Il en sort du pus et la substance cérébrale fait une hernie du volume d’un petit œuf.
Intervention (par le D° Psaltoff). — Anesthésie au chloroforme. Débridement de la plaie, ablation de nombreuses esquilles, élargissement ‘des orifices osseux; entre les deux orifices, l'os est sillonné en (ous sens par de nombreuses fissures. Réunion des deux orifices à la pince-gouge.
Incision de la dure-mère. Il s'écoule du pus. La substance cérébrale est ramollie et diffluente: On:y trouve de nom- . breuses esquilles.
Draînage avec des mèches.
- Suiles. — La suppuration a diminué peu à peu, La hernie cérébrale est restée stationnaire pendant 20 jours environset suppure légèrement le jour où j'ai vu le blessé.