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LA RUSSIE

23 mars 1849.

Il nous arrive des nouvelles très-graves de la Russie. Nous les tenons de bonne source.

La Russie continue d'équiper et d'expédier des troupes.

espèce de séminaire pour le peuple. Nous voulons la liberté de réunion, nous la voulons, non-seulement pour nous, mais encore pour nos adversaires. Et que diriez-vous si oette entrave à la liberté était un jour tournée contre vous-même ? Je dis cela comme je le dirais de cet échafaud politique que vous venez de relever. (Violente interruption).

«Le citoyen Marrast, président: Je rappelle à l'ordre le citoyen I Pierre Leroux. I

cLe citoyen Pierre Leroux: Vous allez faire descendre sur la nation française la colère céleste.

cLe citoyen président : Je rappelle à l'ordre le citoyen Pierre Leroux.

«Le citoyen Pierre Leroux: J'accepte avec bonheur ce rappel à l'ordre.

«Le président, après avoir consulté l'Assemblée, retire la parole au citoyen Pierre Leroux.»

Malgré le rapporteur de la commission, le citoyen Crémieux, qui se demandait où serait le droit d'association «s'il ne peut y avoir de réunion ni publique, ni secrète, ni périodique,» l'Assemblée adopta, par 378 voix contre 359, un article ainsi conçu: «Les clubs sont interdits.»

(Noie de l'éditeur).

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Elle arme des flottes. Les préparatifs militaires qu'elle fait actuellement ne sont comparables qu'à ceux de 1812. D'après des calculs que nous avons tout lieu de croire exacts, la grande armée, disponible en ce moment, se compose de 500,000 hommes. Trois corps campent sur la frontière de la Prusse; deux corps s'approchent de la frontière de la Galicie; le reste, avec la garde impériale destinée à former la réserve, occupe la Lithuanie.

L'armée s'attend à chaque instant à recevoir l'ordre de marcher.

Personne ne sait encore par où commencera l'attaque. Tout le monde s accorde à dire qu'on ira combattre la Révolution.

L'Empereur lui-môme n'en fait pas mystère. Il explique l'attitude qu'il vient de prendre et expose ses plans ultérieurs devant les membres du corps diplomatique et souvent devant des personnes, qui n'étaient pas autrefois admises à l'honneur d'entendre Sa Majesté discuter sur des sujets de cette importance.

L'Empereur assure qu'il est de tous les monarques le plus éloigné de toutes idées de conquêtes. Il se contentera, dit-il, de ses possessions héréditaires. Il ne veut pas s'en prendre aux territoires de ses voisins, qui sont ses alliés.

Sur ce point, nous croyons à la sincérité de l'Empereur. 11 ne veut pas s'en prendre aux territoires des monarques, c'est au principe révolutionnaire qu'il en veut. L'Empereur avoue avoir averti l'Angleterre des dangers de la situation actuelle; lui avoir offert sa coopération pour le rétablissement de la paix en Europe.

Il a fait faire de semblables communications à l'Empereur d'Autriche et au roi de Prusse. L'Angleterre n'a pas fait de réponse précise; l'Autriche ne s'est pas décidée; la Prusse persiste à hésiter; la Russie, c'est toujours l'Empereur qui parle, n'a pas pour habitude de se mêler des affaires intérieu-

res de ses alliés et elle y est maintenant disposée moins que jamais; elle n'agira pas sans être appelée. Si l'Empereur » permis à ses troupes d'entrer en Transylvanie, ce n'est que sur la demande formelle de son allié, l'Empereur d'Autriche. On ne lui a demandé 20,000 hommes: ils sont là. Qu'on lui en demande 200,000 ils seront encore là.

La Russie ne donnera à ses alliés que les secours qu'ils auront trouvé eux-mêmes nécessaires et indispensables pour leur cause.

Cette dernière partie de la confidence Impériale ne nous parait pas avoir le caractère de sincérité que peuvent avoir les protestations de Sa Majesté en ce qui concerne son désintéressement territorial.

Les progrès de l'esprit de liberté sont si rapides, la force de l'opinion acquiert une telle puissance que, jusque dans les salons de Pétersbourg, l'Empereur lui-môme, le seul homme à qui il soit permis d'être sincère dans son pays, se croit peut-être obligé de dissimuler certaines intentions et certains actes qui pourraient compromettre ses alliés constants, l'Empereur d'Autriche et le roi de Prusse, vis-à-vis de l'opinion européenne. Nous présumons même que, dans ces confidences diplomatiques qui ont pour témoins les salons de Pétersbourg, l'Empereur, pour les mêmes motifs, épargne un peu le gouvernement actuel de la République française. Il lui suppose une probabilité de sympathies pour l'autocratie. Ce qui nous fait douter de la sincérité de Sa Majesté, c'est qu'à Pétersbourg on signale certaines mesures financières et militaires qui semblent prouver qu'il n'y a pas lieu d'accuser l'Empereur d'Autriche de manque de bon vouloir envers la Russie, et que le roi de Prusse n'a pas mérité, de la part de son allié impérial, le reproche d'hésitation.

Le cabinet de Vienne, déjà quelques mois avant la Révolution de Février, avait négocié un emprunt de trente millions de florins (75,000,000 de fr.) ou, pour mieux dire, un

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ubside pour une guerre que, de tous les hommes politiques >e l'Europe, l'Empereur de Russie a seul prévue.

L'Autriche n'a donc pas manqué de bonnes intentions, nais elle attendait que la Russie lui fournit les moyens de ss réaliser.

C'est alors que l'Empereur de Russie autorisa l'Empereur /Autriche à prendre à la Russie de l'argent.

Dans cette question capitale d'argent, l'Angleterre s'étant léclarée hors d'état de payer les coalitions contre-révolutionlaires, c'est la Russie qui parait disposée à prendre à sa harge la solde de toutes les armées de la réaction.

A l'heure qu'il est, l'Autriche négocie en Russie un nouel emprunt avec la maison Stieglitz et C ie , un emprunt monsre, à ce qu'on dit On sait que la maison Stieglitz et C le t'est pas de force à se charger, par elle-même, d'une telle opéation. Aussi ne s'y serait-elle jamais engagée; mais le baron le Stieglitz est le banquier de la cour de Russie. Ce patronage arantit son crédit

Il y a pourtant des difficultés dans la négociation. Il s'a- ;irait de trouver le moyen de donner des garanties suffiantes à la maison Stieglitz, sans compromettre en quoi que e soit le nom de l'Empereur de Russie. Il y a du reste des •récédents. En effet, on a bien su garantir de la part de la lussie les emprunts que Radetzki a faits, il y a un an, en talie, sans que le nom de l'Empereur de Russie fût mêlé à affaire. Les plans militaires et les opérations financières de i Russie embrassent l'Italie. Le maréchal Radetzki n'est, à iroprement parler, que le chef d'un des corps de la grande rmée monarchique, détachés contre la Révolution.

C'est de Pétersbourg que Radetzki reçoit sa solde; c'est e là probablement qu'il reçoit des ordres: ce qui est certain, 'est qu'à Pétersbourg on connait déjà les plans futurs de Ladetzki, et l'on en parle hautement D'après ce qui se dit, tadetzki, dans le cas où il ne pourrait pas tenir campagne

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contre les Piémontais, se retirerait de nouveau derrière l'Adige. Il tâcherait de maintenir ses communications avec le Frioul et l'IUyrie et, dans ces positions attendrait l'arrivée prochaine des armées de Windischgraetz et de Jellachich. La Russie se chargerait de pacifier la Hongrie, les provinces danubiennes et la Bohème.

Déjà elle inonde de ses troupes la Transylvanie: elle continuera sa marche dans cette Hongrie, que l'on annonce déjà comme conquise par les Autrichiens: les Russes n'y auraient par conséquent rien d'autre à faire qu'à constater cette conquête. Leur armée occupera de même la Galicie, et laissera ainsi l'Autriche libre de diriger vers l'Italie tout ce qu'elle a de forces disponibles.

Le général Chrzanowski, en attaquant l'armée de Radetzki, qui n'est qu'une avant-garde de la grande armée des monarchies, ne doit pas perdre de vue la réserve commandée par l'Empereur Nicolas.

23 mars 1819.

La menace que la minorité républicaine a faite hier à la réaction * a dû, nous l'espérons du moins, produire un effet salutaire sur la ministère. Elle a du l'effrayer.

Quant à la population de Paris, le sentiment avec lequel elle a reçu les nouvelles de l'Assemblée n'était que de l'étonnement. On s'attendait à une chaude discussion; personne n'était préparé à donner un appui à une opposition active. On se rappelait bien que des manifestations semblables

1 II s'agit de la déclaration faite par M. Crémieux à la séance du 21 mars que la majorité de la Commission chargée d'examiner le projet du ministre de l'Intérieur sur le droit de réunion se regardait comme dissoute, ne voulant pas participer à la réglementation de la tyrannie contre le droit. (Note de l'éditeur),

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iraient précédé les événements de Juillet et de Février. Mais >lle d'hier, bien qu'elle ait eu tous les caractères d'un préide de révolution, ne témoignait au fond que d'une irritaon extrême parlementaire.

L'Assemblée nationale a certe raison de prendre en face u gouvernement la position d'un ennemi décidé; mais, pour u'elle soit appuyée par le peuple, il faut qu'elle prenne conlaissance des désirs et des vœux du peuple d'aujourd'hui, qui test plus celui de Juillet ni même celui de Février.

Les idées populaires ont fait des progrès; le peuple marche toujours, et d'autant plus vite qu'il est moins arrêté par les discussions théorétiques et juridiques. Il ne suffit plus l'appeler le peuple à la défense d'un droit par cette seule raison que c'est un droit; il faut maintenant lui expliquer clairement, pourquoi l'on tient tant à exercer ce droit, quel usage on veut faire de ce droit

On combat pour le droit de réunion, pour l'existence des clubs. Nous demanderons aux membres de la minorité ce qu'ils se proposeraient de faire discuter dans les réunions et dans les clubs. Seraient-ce les questions de l'inamovibilité ou de l'amovibilité de tel ou tel magistrat, des traitements lies fonctionnaires publics? Mais c'est là l'affaire de l'Assemblée et de ses comités. Le peuple ne s'enthousiasmera pas pour ces questions-là.

Dans les réunions et les clubs de Février, on traitait des réformes sociales, on inaugurait une politique extérieure nouvelle, on parlait de l'Italie, de l'Allemagne, de la Pologne. Test au nom de la Pologne que toute la population de Pa- •is a été mise en mouvement au 15 mai. Les orateurs des •eu nions et des clubs ne durent leur influence populaire pi'au courage avec lequel ils se déclarèrent les représenants des intérêts populaires européens, trahis par Louis- ^îilippe et négligés même par le gouvernement provisoire.

Si les membres de la minorité osaient parler et agir fran-

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chement au nom de ces intérêts-là, il n'est pas de majorité qui ne fut forcée de céder. Leurs chefs, au lieu de se retirer sur le mont sacré de l'ancien Palais Bourbon, seraient appelés, nous en sommes sûrs, au palais de l'Élyséè.

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