‹ La tribune des peuplesChapitre 15 sur 45 · DE L'ITALIE RÉVOLUTIONNAIRE · texte numérisé non relu

DE L'ITALIE RÉVOLUTIONNAIRE

29 mars 1849.

La guerre d'Italie est une guerre de principes. Cette guerre, quoi qu'en pense aujourd'hui la réaction, n'est point finie, et les parties belligérantes ne s'appuieront encore que sur des forces morales actives ou négatives. Le maréchal Radetzki compte plus que jamais sur la crainte qu'il inspire aux populations, beaucoup plus que sur l'effectif de ses bataillons. S'il a menacé les chefs du parti révolutionnaire, c'est qu'il a vu derrière lui l'Allemagne dynastique et l'empereur de Russie. Le parti révolutionnaire, dont Charles-Albert était hier encore le chef, n'existe et n'agit qu'autant qu'il est appuyé des sympathies nationales. La connaissance de l'état moral du pays peut seule nous indiquer les conditions et les résultats de la lutte, qui ne saurait être arrivée à son terme.

Commençons par dire que cette lutte est réellement nationale. Tous les peuples d'Italie ont le même désir de conquérir une existence politique indépendante et de se constituer en un corps d'État homogène. Le pape lui-même l'a dit. Le pape reconnaît que tous les Italiens veulent être libres et indépendants; ce qu'il leur reproche, c'est de n'être pas d'accord sur les moyens de conquérir la liberté, et sur la manière d'en exercer le droit. Sous ce dernier rapport, en effet, les Italiens diffèrent beaucoup entre eux.

Cette nation a plus qu'aucune autre des éléments hétérogènes. Elle a un souverain spirituel, des rois, des princes, un clergé nombreux et riche, une aristocratie influente, des

l'état-major, au lieu de continuer la lutte, s'en alla faire déposer en Autriche les armes au corps qu'il commandait. Il y a des gens qui portent en eux une véritable malechanoe. (Noie de V éditeur).

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États et des villes dont les intérêts sont divers et souvent opposés. Tout cela modifie la tendance universelle vers l'unité.

Le royaume de Sardaigne représente la force active de la révolution: un échec, quel qu'il soit, peut se réparer. Mais l'État sarde est composé lui-même d'éléments différents; ses soldats ne sont ni d'une même race, ni de même nature. Les Savoyards sont presque Français, ils ont la même vivacité et le même courage militaire; ce sont les meilleurs soldats de l'armée. On en compte à peu près vingt-cinq mille. Ils connaissent peu l'Italie et n'ont aucune idée des partis qui la divisent. Ils n'ont de commun avec l'Italie que la haine contre l'Autriche. Ce qui les enthousiasmait hier, c'était l'espoir de voir faire à leur chef de grandes choses, dont l'éclat rejaillit sur la Savoie.

Les Piémontais, race mêlée, tiennent du Suisse et de l'Italien. Moins inflammables que leurs frères de la Basse-Italie, prenant peu de part aux intérêts moraux de la Péninsule, ils combattront de nouveau avec joie pour l'indépendance de leur pays. Ils sont bons soldats et susceptibles d'enthousiasme, mais à condition d'avoir un chef digne d'en inspirer. Le Piémont paraît compter, dans ce moment, jusqu'à 120,000 soldats.

La ville de Gênes avec son territoire appartient, depuis 1815, au royaume de Sardaigne. Elle a conservé ses anciens souvenirs républicains et n'a cessé de faire une opposition systématique au gouvernement piémontais, qu'elle regarda comme étranger, jusqu'à la Révolution de février et les événements qui s'en suivirent en Italie. Du moment où Charles- Albert fit marcher ses troupes contre l'Autriche, les Génois, oubliant leurs anciennes querelles politiques avec le Piémont, sacrifièrent généreusement à l'intérêt de la patrie italienne tout, jusqu'au souvenir de leur ancienne existence républicaine. D'ennemis dangereux qu'ils étaient, ils devinrent les plus enthousiastes partisans d'un principe qui est désor-

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mais hors de cause. Les Génois se distinguent des autres )euples d'Italie par l'activité, la sagacité politique et l'énergie lu caractère. Gênes est une des grandes positions révolutionlaires. Cette ville peut opposer aux impériaux une résisance bien autrement redoutable que celle de Milan, de Vience ou de Bologne. Elle est d'ailleurs mieux située. L'arisocratie génoise est franchement révolutionnaire, de môme [ue celle de Venise.

La Toscane est le seul pays qui ait joui, sous le régime les traités de 1815, d'une liberté politique inconnue aux aures peuples d'Italie. On n'y connaissait ni espions, ni sbires; m y discutait des questions politiques dans les cercles, les caés, et quelquefois sur les places publiques; on y recevait tous es journaux étrangers: le grand-duc permettait tout cela. Ce ui lui répugnait, c'était de rompre ouvertement avec la fanille impériale. Ce qu'il ne pouvait jamais comprendre, c'éait le désir qu'avaient les Toscans de devenir Italiens, et de isquer leur bonheur matériel dans une guerre qui ne pouait avoir pour dernier résultat que de changer leur État, ^dépendant comme duché, en une province de l'État itaien. Or, c'est précisément ce que les Toscans voulaient à Dut prix. Ils peuvent servir de preuve comme quoi le boneur matériel n'est pas le seul but d'une nation. La beauté u pays, la douceur des mœurs des habitants faisaient l'adniration des étrangers, qui appelaient les Toscans un peuple de rentiers.

Gloire à ce peuple d'avoir préféré être soldat! Les Tosans, dans la dernière guerre, ont montré de l'élan et de la iravoure. Ce qui leur manque, c'est l'expérience militaire. ls peuvent fournir vingt mille hommes de bonnes troupes.

Livourne est à la Toscane ce que la ville de Gènes est lu Piémont. Livourne, ville plébéienne, sans monuments ni misée, a déjà acquis un nom historique. C'est la bourgeoisie le Livourne qui entretient l'agitation dans la république de

Toscane. Il y a là un grand nombre d'Israélites, très-dévoués à la cause du mouvement et très-capables de la servir. Ils devraient servir d'exemple à leurs coreligionnaires des autres pays.

La Lombardie, avec la ville de Milan, ancienne capitale du royaume d'Italie, la Lombardie qui, sous le règne de Napoléon, avait une armée et une administration nationales, n'a pas su se résigner à redevenir une province de l'Autriche. La plus exposée aux vexations de l'étranger, elle a réagi la première. C'est elle qui a le plus osé et le plus souffert. Siège de sociétés secrètes et de conspirations incessantes, elle compte le plus grand nombre de martyrs politiques. Les autres États de l'Italie avaient quelques troupes, des arsenaux et des finances organisées; les Lombards, eux, attaquèrent les Autrichiens à Milan en 1848 avec 300 fusils seulement. Us le- ; vèrent plus de 20,000 soldats et volontaires pour la guerre de \ l'indépendance. L'aristocratie lombarde est en général patriote, mais elle n'a pas l'énergie de celle de Gênes. La bour- ; geoisie est partout franchement révolutionnaire. Le paysan fait des vœux pour la cause de la révolution; il aimerait à voir l'Italie unie et puissante. 11 ne se presserra pourtant pas trop d'aller combattre les Autrichiens. Il n'a pas eu beaucoup à souffrir deux.

Le gouvernement autrichien tirait de la Lombardie des ressources immenses. Il appelait ce'pays son grenier (granaio del imper oj] mais il l'administrait par des employés italiens. C'est sur ces employés que retombait tout l'odieux des mesures oppressives. Le clergé lombard, les hauts dignitaires exceptés, fraternise avec le peuple. Les prêtres faisaient le service de la garde nationale. II y a eu dans les compagnies de volontaires des pelotons formés de prêtres, marchant en soutane, en tricorne et le mousquet au bras. Les Lombards pourraient mettre sur pied 60.000 hommes de bonnes troupes.

La ville de Modène, clergé, noblesse et peuple, arbora

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vec enthousiasme le drapeau de la révolution. Le petit nomre de soldats de la maison militaire du duc paraissait d'abord ésiter; ils marchèrent pourtant contre l'Autriche, et firent ien leur devoir. Les paysans semblaient assez indifférents, 'out le monde avait une certaine crainte de voir revenir ce ouverain tant de fois chassé et cependant toujours rétabli ar l'étranger. Les Modénais sont bons soldats. Ils fournisaient sans peine un contingent de 4 à 5,000 hommes.

Parme et Plaisance, grandes et belles villes, gouvernées vaut la révolution par un même souverain, se séparèrent endant la révolution et formèrent deux gouvernements disnets. On cherchait alors un centre nouveau d'action natioaie. On s'adressa à Milan, et plus tard au Piémont Ces deux illes, avec leurs territoires, peuvent mettre sur pied 10,000 ommes.

Toutes les capitales dont nous avons parlé sont plus ou îoins fortifiées, et seraient facilement mises en état de déînse. Il en est de même des villes de Crémone, de Bergame, e Brescia, etc.

Rome et la Romagne formaient, pour ainsi dire, deux Itats étrangers et hostiles. Les Bolonais, les Ferrarais, les .nconais, ne payaient qu'avec répugnance les impôts destiés à enrichir les cardinaux et leur nombreuse domesticité, insi que les troupes étrangères à la solde du pape. La derière révolution réunit ces villes et ces populations si longimps divisées d'intérêts et d'opinions. La Romagne ne commença réellement à exister, comme État, que depuis la prolamation de la république romaine.

Rome elle-même est composée des quartiers habités par es populations qui ont l'air d'appartenir à des nationalités iverses. L'aristocratie princière romaine est de toutes celles e l'Italie la plus dégradée. Elle doit ses richesses aux bienlits des papes; elle remplit à leur cour les hautes charges éréditaires et possède le privilège de donner au Sacré-Col-

lège la majorité des cardinaux et à l'Église le pape. Par intérêt, par tradition et par caractère, elle est papiste sans être religieuse, et anti-révolutionnaire sans aimer la monarchie. Le haut clergé, en général, est dans la même disposition. Le bas clergé et les moines voient sans trop de déplaisir arriver le moment de la fermeture des couvents. Us voudraient profiter de la nouvelle liberté, en conservant pourtant leurs vieilles habitudes d'oisiveté et leur influence. La bourgeoise est révolutionnaire. Le peuple, les Transtévérins surtout, était très-dévoué à la papauté. Il a fallu toutes les fautes et tous les crimes de Grégoire XVI pour affaiblir dans le peuple son respect religieux pour la personne des successeurs de saint Pierre. A l'heure qu'il est, la majorité du peuple s'est ralliée à la révolution.

Quand on parle du royaume de Naples sous le rapport politique et militaire, on n'a réellement en vue que la ville de Naples; c'est elle qui règne et gouverne. Les provinces habitées par des populations qui diffèrent les unes des autres par les mœurs, divisées par les intérêts locaux, sont toutes également étrangères à la ville de Naples. Rien de plus rare que de voir un Napolitain s'avancer audelà de sa ville natale jusqu'à la distance de dix lieues. Les provinciaux sont encore plus casaniers. Quant aux paysans, ils ne s'intéressent à rien de ce qui se fait à Naples. Aux environs de Palerme, les paysans donnaient, il n'y a pas vingt ans de ça, aux soldats napolitains le nom d'Espagnols (Spagnolï), par souvenir de l'ancienne domination à Naples. Les provinces obéissent pourtant à la capitale, paient régulièrement les redevances fixées d'après les anciennes coutumes, et envoient des recrues qui entrent au service militaire de Naples avec l'assurance de ne jamais être exposées à faire la guerre. Les soldats, et même les officiers, disent publiquement que le Napolitain n'est pas fait pour la guerre, cela regarde les Suisses qui sont payés pour cela. En effet, le sort

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le la royauté de Naples dépend de la garnison suisse. Douze ni lie Suisses, établis dans des casernes et des postes bien brtifîés et protégés par les canons du Castelnuovo, suffisent >our garder toute la capitale. La bourgeoisie n'est ni assez énergique ni assez unie pour pouvoir attaquer avec succès in ennemi si bien préparé à la défense. D'ailleurs la bourgeoisie est menacée elle-même par 40,000 lazzaroni. Les laz- :aroni sont tous papistes, légitimistes et conservateurs. Paesseux et lâches par nature, ils sont cependant capables de l'enflammer, et leur enthousiasme monte jusqu'à la rage tou- ,es les fois qu'il s'agit de combattre la révolution, c'est-à-dire mit ce qui est nouveau, tout ce qui les menace dans leur caresse et leur cynique pauvreté. Ainsi, comme il n'y a pas )ossibilité de faire marcher contre Naples les paysans, et ju'il est difficile de vaincre les Suisses et les lazzaroni à l'aide ies seuls bourgeois, l'état actuel de Naples pourra durer iniéfiniment. C'est un malheur pour l'Italie. On pourrait tirer ie Naples 100,000 hommes de troupes, qui seraient employées sinon à combattre, du moins à garnir des places fortes. Naples a une belle marine militaire.

D'après tout ce que nous avons dit la première chose que levrait faire le commandant en chef des forces militaires de la révolution, ce serait d'envoyer quelques régiments de bonnes troupes pour organiser les armées à Modène, Parme, Florence et Rome, puis de prendre des mesures pour s'assurer du royaume de Naples. Une armée de 12,000 Romagnols et Toscans, envoyée au secours des révolutionnaires de Naples, suffirait pour y vaincre les Suisses. Il n'est pas probable que l'armée ou les populations napolitaines fassent des efforts pour défendre les Bourbons.

Ces opérations intérieures auraient dû précéder l'ouverture de la campagne.

Si nous n'avons pas parlé de Venise, c'est que nous la considérons non-seulement au point de vue politique, mais

au point de vue militaire, comme la position capitale, dans la campagne actuelle, qui, nous le répétons, ne saurait être terminée 1 . Aussi réservons-nous un article à part à cette

cité «

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Nous sommes plus affligés que surpris de l'arrêt qui vient de frapper le citoyen Proudhon 8 . Ce qui nous afflige surtout, c'est le réquisitoire du procureur général, en tant qu'il trahit l'esprit du parquet. Ce que Ton a particulièrement attaqué, c'est la forme que le citoyen Proudhon donne à sa polémi-

1 lia Tribune des Peuples conseillait la continuation de la lutte mémo après Novare. Chrzanowski fut d'avis qu'on passât sous les fourches caudines de l'Autriche. Ce général joignait à des opinions pernicieuses beaucoup de bravoure et un vaste savoir. Il a exécuté dans son émigration une grande carte de Pologne en soixante feuilles, qui est justement estimée. Mais les qualités qui suffiraient à un directeur d'école militaire dans des temps calmes ne suffisent pas à un général en chef dans des temps exceptionnels. {Note de V éditeur.)

1 Cet article n'a pas été écrit. [Noté dé V éditeur.)

s II est question ici de l'un des nombreux procès du journal le Peuple, qui se jugea le 28 mars. Les deux articles incriminés, l'un intitulé: la Guerre, l'autre: Le président de la république est responsable, s'élevaient contre la dissolution de l'Assemblée: «Pourquoi veut-on la dissolution de l'Assemblée? Parce qu'au fond elle est républicaine, qu'elle ne veut plus marcher à la suite de la réaction, parce qu'elle songe à son origine? Pourquoi l'Assemblée ne veut-elle pas se séparer avant d'avoir voté les lois organiques ? Justement parce que les monarchies de toutes les couleurs demandent la dissolution.» Le réquisitoire fut débité par le citoyen Meynard de Franc, avocat général: «Ce n'est pas la pensée que l'on poursuit, dit-il, c'est l'appel de la pensée d'un seul à la pensée de tous ; or, cettte publication de la pensée prend de telle ou telle circonstance, de telle ou telle époque, un caractère de gravité qu'elle n'aurait pas de telle ou telle autre. Les circonstances étant graves, les articles que nous incriminons en reçoivent une grande importance.» Le jury, à la majorité de huit voix contre quatre, condamna Proudhon à trois années d'emprisonnement et 3,000 francs d'amende.

{Note dé V éditeur).

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que, et qui nous paraît à nous-mêmes avoir souvent nui à ses idées fondamentales; mais au milieu d'événements tels que ceux dont nous recevons à chaque moment la nouvelle, est-il permis aux magistrats d'un grand peuple de s'occuper à faire appliquer la question à des phrases pour en tirer des indices d'intentions? Le parquet croit-il que le citoyon Proudhon est ennemi quand même de celui dont le nom a été mêlé si souvent au procès, du premier magistrat de la République? Si. le parquet le pense, il a peu étudié les écrits du citoyen Proudhon, et il connaît encore moins l'effet de ces écrits sur le public.

Selon nous, la justice de la République aurait dû chercher ailleurs les vrais ennemis du principe qu'elle a voulu défendre en faisant condamner le citoyen Proudhon. Citons un exemple: Carnot le père, comme on le sait, combattit par sa parole et son vote, au Tribunat, le projet de conférer à Napoléon le pouvoir impérial héréditaire. Talleyrand au contraire, donna à ce projet tout l'appui de son influence mystérieuse. On croit même que c'est lui qui l'inspira à Napoléon. — Or, au moment du danger, Carnot accourut offrir son concours à Napoléon, menacé par la coalition, dont Talleyrand l faisait les affaires, de façon toutefois à échapper à toute espèce d'enquête et de réquisitoire. — Nous conseillons donc à la justice de la République de trouver les moyens de poursuivre légalement les Talleyrand, et lorsqu'il s'agit des vrais républicains, de savoir dégager l'idée, l'intention de la forme.

Nous croyons que le citoyen Proudhon soupçonne luimême, et l'expérience le lui rendra encore plus clair, que, si on le poursuit avec tant de haine, ce n'est pas pour défendre le principe constitutionnel de la Présidence, mais pour con-

1 Mirabeau disait de Talleyrand: <I1 vendrait son âme, et il ferait bien, car il troquerait son fumier contre de l'or.» Le maréchal Lannes appelait ce personnage: «De la boue dans un bas de soie.»

(Noie de l'éditeur.)

server le principe dynastique orléaniste. C'est l'esprit des Dupin et des Hébert l qui parle par la bouche des procureurs actuels de la République.

Ce que nous venons de dire de l'accusateur public dans cette affaire s'applique également au réquisitoire du citoyen Baroche *. Nous n'attaquons pas les gens du métier eux-mêmes, mais nous appelons l'attention sur les dangers du métier. Malheureusement la tendance de l'époque est de faire de tout un métier, et il n'y en a pas dont les conditions de travail et de réussite soient aussi bien connues que celui de l'accusateur public. Dans l'innombrable hiérarchie judiciaire, il n'y a personne qui ne sache comment il faut argumenter et pérorer pour obtenir une condamnation qui serve à un

1 Michel-Pierre Hébert, procureur du roi à Rouen, en 1833, puis avocat général à la Cour de cassation, et ensuite procureur général près la Cour royale de Paris, se fit une triste célébrité par sa véhémence dans les procès politiques. 11 attacha notamment son nom à la découverte d'un nouveau délit qui rappelait les jours néfastes de l'empire romain. Un certain Quessiney qui, le 18 septembre 1841, avait attenté à la vie du duc d' Au maie, ayant parlé de l'influence qu'avait eue sur sa détermination la lecture du Journal du Peuple, le rédacteur de cette feuille, M. Dupoty, fut traduit devant la Cour des pairs comme prévenu de complicité morale, et condamné, sur le réquisitoire de M. Hébert, à cinq ans de détention. Seize journaux protestèrent collectivement contre cet arrêt monstrueux. M. Hébert était ministre de la justice lorsque la révolution de 1848 le relégua dans la vie privée. (Note de l'éditeur.)

* Baroche fut, en 18i7, député de l'opposition. Il signa l'acte d'accusation contre Guizot, ce qui lui fit dire dans une proclamation, au lendemain de février 1848, qu'il avait «devancé la justice du peuple.! Nommé procureur général de la République, il prononça les réquisitoires contre les accusas du 15 mai. Nommé ministre de l'intérieur en 1850, il obtint de l'Assemblée la suspension du droit de réunion, la faculté d'interdire les réunions électorales, le rétablissement de l'impôt du timbre sur 1( s journaux, l'augmentation du chiffre de cautionnement, la loi sur la déportation des condamnés a Noukahiva, etc. Sous Napoléon III. il fut Président du Conseil d'État, sénateur et ministre de la justice. Il mourut le 29 octobre 1870. (Note de V éditeur.)

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substitut ou à un avocat général de marche pied pour devenir procureur et même ministre. Les Dupin doivent le savoir encore mieux que d'autres, depuis qu'ils ont vu procéder leurs amis les Hébert.

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