ET LA PRESSE
1" avril 1849.
,e comité de la rue de Poitiers se décide enfin pour la agande *. Le comité est composé presque en entier de
Il s'agit de la légion polonaise créée en Italie en 1848 par Adam ewicz. (Note de l'éditeur.)
Il était dit dans son manifeste que «les signataires, bien que difts d'opinions et d'origine, bien que rangés dans des partis hostiles,
vieux ennemis de toute espèce de propagande. Ils étaient jusqu'aujourd'hui conséquents avec eux-mêmes. Qu'avaientils à propager? le froid, les ténèbres, la mort Les principes destructifs de toute vie représentent, dans le système physique et moral, la non-intervention politique. Celle-ci ne se propage pas; elle n'exiéte qu'en niant toute propagande. Mais voilà que la nuit du comité de la rue de Poitiers, le froid des banquiers et la nullité des avocats qui le constituent, se transforment en propagateurs de la lumière et de l'action. Le susdit comité fera de la propagande spiritualiste, religieuse et sociale K Le comité commande des livres et des brochures
bien que s'étant pour la plupart combattus longtemps et vivement, ont oublié leurs anciennes divisions pour s'unir contre l'anarchie et sauver la société menacée.»
Voici le titre des principales productions patronnées par le comité des Poitevins: «A bas la folie révolutionnaire et sociale!» par A. Desloges; «Dieu le voudra!» par Jamet, avec cette épigraphe: Les républicain* de bonne foi sont des idiots, et les autres sont des intrigants; «le Pariageux, dialogue à la portée de tous», par Vallon. Sous le patronage de l'Académie des sciences morales et politiques, il parut également une série de petits livres destinés au peuple, et dont la répulsion du peuple interrompit bientôt la publication. {Note de Véditeur.)
1 II nous parait curieux de rapprocher de cette appréciation de ceux qui exploitent les idées politiques et sociales une note écrite par Adam Mickiewicz pour un de ses amis, M. Ram, le 11 juin 1844, contre ceux qui, tels que les Madrollo, les Vintras, etc., spéculent sur la théosophie et le mysticisme. La voici :
«Quand on entend des hommes dont la vie ne porte aucun carac- j tère particulier de sainteté, des hommes qui ne comprennent pas même le langage de l'esprit, et qui font des mystères de Dieu un sujet de discussions et de lettres anonymes, parler de révélations et de visions célestes, on est dégoûté de la religion. Le mal agit par ces faux révélateurs pour semer des difficultés sur le chemin du vrai verbe révélateur. Ce sont des hébertistes de la religion. Ceux qui les écoutent et propa- ." gent leur doctrine assument une grande responsabilité. \
«Le mal veut faire accroire aux hommes que. pour pénétrer les mystères de Dieu, il n'est pas nécessaire de vivre selon l'Évangile, de suivre le
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nti-socialistes. On payera les écrivains anti-socialistes à tant % ligne; tout ennemi du socialisme est assuré de gagner sa Durnée. Mais comme on vise à l'actualité, ce que l'on denande pour le moment, ce sont des ennemis contre l'Italie t la Pologne.
La Presse, pour cette œuvre anti-italienne, anti-polonaise t anti-sociale, a souscrit pour une somme de 1,000 fr.
Nous regardons la Presse comme un organe officiel de Académie des sciences morales et politiques, et de la ma- Drité de l'Assemblée nationale. La Presse dit avec franchise e que le monde officiel rumine dans son silence diplomaique. La Presse se fait propagandiste, elle fournit des fonds t des arguments: elle dit que l'argent dépensé en frais d'inarcérations, de procès, de condamnations, d'exécutions, et évoré par le procureur général, les témoins et le bourreau, erait mieux employé à la propagande des principes. Oui, l'ar- ;ent qu'il nous en coûte pour faire tomber la tète d'un sociaiste, victime aveugle des passions, employons-le à l'achat de a lumière pour éclairer de pareils aveugles; c'est ainsi que la y resse nous semble avoir compris le programme de la rue e Poitiers. Aussi souscrit-elle pour 1,000 fr.
La Presse, abordant la grande question de la propagande lorale, s engage dans l'inconnu. En souscrivant pour 1,U00 p., la Presse suppose que nous sommes déjà assez marhands, assez exploiteurs pour croire qu'on n'ait pas besoin 'une prime de plus de mille francs quand on veut avoir un vre édifiant Le capital de 1,000 fr. est censé suffisant pour
Ihrist, mais qu'il suffit de lire des brochures et de consulter des femles magnétisées. Les protestants croient qu'on pourrait apprendre la eligion en lisant la Bible, comme si la religion était un système. Lies iussaires de la doctrine céleste vont plus loin, en dispensant môme les ommes de vivre honnêtement, pourvu qu'ils lisent leurs brochures.»
{Noté de l'éditeur).
ltt La Tribune dm Pe m pi e ê
entreprendre l'œuvre de l'apostolat Le comité de la rue de Poitiers se trompe, la Presse se trompe.
On continuera à lire les articles du citoyen Proudhon, ne fut-ce que par cette seule raison que l'honorable représentant du peuple n'est pas payé, qu'il paie au contraire ses articles de son argent et de sa liberté.
Mais les livres et les articles du comité de la rue de Poitiers n'auront jamais pour le public que la valeur des annonces et des réclames. On nous dit d'avance que la propagande de la rue de Poitiers se vend et s'achète. La seule chose qui intéressera le public, ce sera de savoir le prix des articles. Le capital le moins productif est celui qu'un marchand consacré à une propagande morale. Sa souscription signifie que les appointements des procureurs généraux et autros accusateurs publics devraient, à partir de ce jour, être partagés entre les entrepreneurs de propagande morale qui font partie de l'église de la rue de Poitiers. Mais les livres et les articles du comité de la rue de Poitiers n'auront jamais pour le public que la valeur des annonces et des réclames.
Propager veut dire se produire, s'étendre, se communiquer: dans le langage de la rue de Poitiers, cela signifie thésauriser, se concentrer, se cacher, s'enfouir, s'enterrer. Quoi! les mêmes hommes qui prêchent la non-intervention entreprennent la propagande! Propagande d'un genre nouveau On eut bien fait de la caractériser. Le comité de la rue de Poitiers et la Presse auraient dû déclarer que l'on abjurerait toute idée de propagande désintéressée, mais que l'on se réservait de faire de la propagande à tant la ligne.
Il n'y a pas de propagande sans foi!
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Nous lisons dans V Univers:
«1" avril 1849.1
La Tribune des Peuples, organe spécial des réfugiés potiques, publie ce matin la note suivante:
«On nous affirme que tous les Italiens en état de porter les armes, résidant à Paris, sont partis ou font leurs préparatifs de départ pour aller défendre la cause de V indépendance. Nous n'attendions rien moins de leurs patriotisme.»
Suit un long article sur la conduite que devraient tenir >s réfugiés italiens. Le journal religieux termine ainsi:
«Il faut le dire, le fait le plus grave de cette guerre et le plus triste pour l'Italie, ce n'est point la défaite de Charles- Albert, c'est l'isolement où le Piémont a été laissé par ceux qui l'avaient poussé à prendre les armes 1 .»
1 Voici l'article de l'Univers, auquel il est fait allusion: «Nous l'aouerons, ces préparatifs de départ nous semblent un peu tardifs; nous royons môme qu'il eut été plus méritoire de partir aux premiers bruits e guerre qu'après la fin de la campagne.»
L'Univers reproduit ensuite le document suivant qu'il dit avoir été dressé à l'Assemblée nationale par les Italiens présents à Paris:
«Citoyens représentants,
«Nous serons courts, car il doit être question plutôt d'agir que de brler. Un ennemi, fort surtout du morcellement de notre pays, vient infliger un échec à nos armes. Malgré la bravoure de nous troupes, Autrichien est au cœur môme du Piémont. Nous ne désespérerons jatais du salut de la patrie, car notre cause est celle de la justice et du roit, combattant l'iniquité la plus criante et l'Italie est décidée à conuérir son indépendance à tout prix. Mais sa lutte avec l'Autriche sera 'autant plus longue et terrible qu'attendu la division de ses forces, elle e peut être qu'inégale.
«C'est le moment ou jamais pour la France d'accourir à son aide. |ue le glorieux drapeau de Février se montre seulement sur les Alpes t l'esprit de nos soldats se ranimera tout à coup et les populations de os villes et de nos campagnes désolées se lèveront comme un seul omme. Mais il ne faut pas tarder un instant, tout retard pouvant en-
C'est Charles-Albert qui s'est constamment tenu dans l'isolement La Lombard ie s'est donnée à Charles- Albert lors de son entrée à Milan. La Vénétie s'est donnée dans l'espoir
traîner de nouveaux désastres, de nouvelles épreuves douloureuses pour cette pauvre Italie déjà si cruellement éprouvée! Et c'est à vous, citoyens représentants, à prendre une noble initiative dans cette circonstance solennelle, à vous qui, par le vote mémorable du 24 mai, engagiez la parole de la France.
«Au nom des Italiens présents à Paris:
«(Signés):
«/. Ricciardi, C. Menotti, Joseph de Filippi.*
«Paris le 29 mars 1849. •
L'Univers fait suivre ce document des réflexions suivantes: «Nous ne doutons pas que les signataires de ces pompeuses prouesses ne soient personnellement fort disposés à les tenir, nous savons d'ailleurs, qu'ils font leurs préparatifs de départ. Mais les engagements qu'ils prennent au nom de toute l'Italie, nous semblent bien téméraires, en présence des faits qui viennent de s'accomplir. Est-ce que le Piémont n'a pas été complètement abandonné dans cette seconde campagne? Les gouvernements révolutionnaires de Rome et de Florence se sontils mis en mesure de seconder l'armée de Charles- Albert? Ces héros de club, si savants dans l'art des émeutes, si terribles en paroles, si entreprenants quand il s'agissait de se débarrasser de M. Bossi et d'assiéger le Pape dans un palais qui n'avait point de défenseurs, qu'ont-ils fait contre les Autrichiens? Rien. Nous nous trompons, ils les ont appelés barbares et leur ont payé des indemnités. Que l'on ne dise pas que le dénouement a été trop prompt pour permettre aux démagogues de Rome et de Florence d'entrer en campagne, pour donner le temps à la Lombardie de s'insurger, car personne ne pourrait accepter cette défaite. N'est-il pas certain en effet que les Républiques romaine et toscane connaissaient le projet de Charles-Albert longtemps avant que ce malheureux prince dénonçât l'armistice. Le jour où les Piémontais ont passé le Tessin, on devait attaquer les Autrichiens de tous côtés et personne n'a bougé. M. Mazzini a fait des discours aux Romains, M. Guerrazzi a harangué les Toscans et Radetzki s'est jeté sur le Piémont avec toutes ses forces, bien persuadé qu'il n'avait rien à craindre de ces éléments discordants et que du moment où la question était portée sur le
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qu'il y viendrait; Parme, Plaisance se sont réunies au Piémont pour secourir leurs frères de la Vénétie et de la Romagne. Il n'y a pas d'exemple qu'on ait refusé au gouvernement de Charles-Albert quoi que ce fût, argent, hommes, munitions. Mais, dès les commencements de la guerre, l'esprit qui parle par l'organe de V Univers n'a cessé de donner au roi des conseils perfides dont les tristes résultats réjouissent maintenant la coterie de V Univers, Les jésuites et les conservateurs faisaient en Italie ce qu'ils font aujourd'hui en France. Ce n'est pas l'Autriche qu'ils combattaient, c'est la liberté et ses représentants.
On a persuadé à Charles-Albert qu'il était de son intérêt de repousser le concours que lui offraient toutes les populations italiennes, depuis les bouches du Pô jusqu'à Palerme. Pour le parti dont V Univers est l'organe, le maréchal Radetzki, Y allié de Nicolas, était toujours le représentant du principe légitimiste, religieux et politique. Ce dont on pourrait accuser le parti national, c'est de n'avoir pas assez compris la pensée intime du parti dynastique et jésuitique en Italie. Cette pensée se révèle assez clairement en France dans VUnivers. Les rédacteurs de cette feuille sont plus explicites, assurés qu'ils sont d'agir dans le sens du monde officiel. Leurs amis de Turin agissent avec plus de mystère.
Pour ce qui est des remarques de VUnivers, remarques
champ de bataille, l'armée sarde était le seul ennemi qu'il put rencontrer». Suit la phrase citée dans la Tribune des Peuples, après quoi l'article se termine ainsi: «Chose étrange! Dans cette lutte engagée au nom de l'indépendance italienne les seules troupes dont les journaux et les correspondances s'accordent à louer sans réserve le dévouement, la discipline et l'énergie, sont les troupes savoisiennes! Il n'y a cependant pas de clubs en Savoie et l'on y a môme énergique ment protesté contre les mesures, dont les Assemblées révolutionnaires de Turin ont frappé les communautés religieuses. Nos démagogues sauront-ils comprendre cette double leçon?» [L'Univers, union catholique, 31 mars 1849.)
(Noie de l'éditeur).
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pieusement perfides, sur le devoir pour les réfugiés italiens d'aller se joindre à l'armée de l'indépendance en Italie, nous lui ferons observer que les réfugiés auxquels il fait allusion ont déjà fait leurs preuves sur plus d'un champ de bataille. Si VUnivers désire sincèrement les voir combattre Radetzki, il ferait bien de parler à ses amis du ministère et de la police pour lever les difficultés politiques et bureaucratiques du départ. La Gazette de France, journal certainement aussi religieux et pour le moins aussi catholique que VUnivers, n'a pas perdu, elle, le sentiment, le sens commun national, au point de ne pas voir l'intérêt qu'aurait la France d'assurer l'indépendance de l'Italie. Nous engageons les jésuites de VUnivers à lire les gallicans de la Gazette, qui s'expriment ainsi qu'il suit: «Quelque prévu que fût ce dénouement du «Piémont, après les nouvelles qui nous sont parvenues, il «nous est impossible de ne pas le déplorer. Si le gouverne- «ment piémontais, à la première nouvelle du désastre de «Novare, puisant une inspiration énergique dans le danger «de la patrie, avait décrété que son siège était transporté à «Gênes et qu'il y eut convoqué les Chambres, nous ne sa- «vons pas trop quel fruit le maréchal Radetzki aurait rem- «porté de sa victoire et ce qu'il aurait gagné à occuper Tucrin. Que peut vouloir en ce moment la France, amie de «l'Italie? Deux choses que nous ne pouvons laisser confis- «quer sans honte et sans humiliation pour notre propre pays «lui-même: l'intégrité du Royaume de Sardaigne, la liberté «de l'Italie.»
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