‹ La tribune des peuplesChapitre 19 sur 45 · LE DENIER DE SAINT PIERRE · texte numérisé non relu

LE DENIER DE SAINT PIERRE

2 avril 1849.

Sans doute, un événement immense vient de se passer ins l'Église de Dieu. Oh! si, il y a quelques siècles, le chef le père de tous les chrétiens eût été obligé de fuir, si on sût yu déposé de sa puissance temporelle par ses propres ijets, si Ton eût vu tout le patrimoine des successeurs de dnt Pierre séquestré, saisi, vendu, la catholicité tout entière it été plongée dans la douleur et dans le deuil; les églises iraient retenti des gémissements des fidèles prosternés nuit t jour au pied des autels et implorant la miséricorde divine; q tel événement eût été une calamité publique, chacun y lirait reconnu un signe de courroux céleste!

Est-ce ainsi que cet événement immense a été considéré? •h! non; il a à peine défrayé quelques colonnes de journaux.

«Les nations môme dissidentes dans la foi, dit M. Le Courtier, ont oublié leur dissidence, pour ne plus voir que l'ingratitude la plus révoltante envers un pontife suprême tel que Pie IX.» Il y a dans ce fait même l'appréciation exacte e l'effet produit généralement sur les esprits par cet imîense événement.

Ces nations dissidentes ont-elles été par là ébranlées dans îur dissidence? Ont-elles renoncé à leur séparation, se sont- Iles inclinées devant l'autorité spirituelle du Souverain Ponte? S'il en eût été ainsi, le Souverain Pontife aurait béni, t toute la catholicité aurait béni avec lui, un événement qui

1 L'article s'est retrouvé de la main d'Adam Mickiewioz tel que tous le reproduisons ci-dessus. 11 a paru un peu plus développé dans a Tribune des Peuples. 11 a pu être amplifié par un collaborateur d'Adam tâcktewicz, voilà pourquoi nous nous en tenons au texte autographe.

(Note de l'éditeur).

aurait ramené au bercail des brebis égarées. Mais non, ces nations dissidentes se sont indignées contre un acte politique qui ajoute un souverain de plus à la liste des souverains détrônés et fugitifs devant le flot révolutionnaire qui soulève l'Europe; cet événement n'a malheureusement pas une plus haute portée à leurs yeux.

Plus que les autres, les souverains dissidents se sont émus, parce que, en voyant tomber une couronne sous laquelle était la tiare pontificale, ils ont tremblé pour leur propre couronne à laquelle manque l'appui du respect religieux.

Ames chrétiennes en qui il est resté une étincelle de ce foyer d'amour qui animait nos pères, quelque vestige de cette foi brûlante qui dans les premiers siècles de l'Église conduisait au martyre, qui de nos jours peut seule régénérer le monde qui s'écroule, ne sentez-vous pas que, dans cet événement immense, il y a plus qu'un mouvement politique, plus qu'un souverain détrôné, plus que l'œuvre d'un parti, plus qu'une colère populaire ? Ne sentez-vous pas qu'il y a la main de Dieu?

Sondons courageusement la plaie, et voyons en nous, autour de nous, partout, clans la vie privée comme dans la vie publique, dans la politique, dans l'industrie, dans les rapports sociaux, dans la famille, partout l'astuce, le mensonge, l'amour effréné de jouissance, Fégoïsme, la déification du moi, l'esprit du mal, l'oubli de Dieu. Et dans cette chute effroyable, dans ce cataclysme qui entraîne rapidement la société à sa ruine, que chacun prenne sa part de solidarité, et les peuples et leurs chefs, et les brebis et leurs pasteurs, non pour s'accuser les uns les autres, mais pour descendre au fond de leurs consciences et se reconnaître coupables.

Ce qui peut sauver l'Église, et avec l'Église la société, ce n'est pas l'œuvre du denier de saint Pierre, œuvre toute terrestre et étroite, qui n'offre qu'un secours vulgaire, comme s'il s'agissait d'un malheur vulgaire; œuvre égoïste, qui, pour

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doter des nonces, arrache l'obole du soulagement aux Irlandais qui meurent de faim par milliers, à ce tiers de la population parisienne, Irlande française, qui vit d'aumône faute de travail. Ce que Jésus-Christ accepta de la femme de Béthanie, ce qui attira sur elle le pardon, ce n'était pas le parfum dont elle oignit les pieds et la chevelure du Sauveur du monde, c'était l'amour pur qui remplissait son âme; ce vase qu'elle brisa, c'était son cœur qui s'ouvrait. Cet argent que vous offrez au vicaire de Jésus-Christ, ne le comparez pas au parfum d'amour de Madeleine, c'est la bourse de Judas que vous videz à ses pieds.

Il est une autre œuvre qui ne se montre pas encore, Yœuvre de Vépée de saint Pierre; celle-là se perdra sans sauver l'Église, car Jésus-Christ a dit à saint Pierre: Tous ceux qui prendront Vépée périront par Vépée.

L'œuvre la seule touchante, la seule noble, la seule chrétienne, parce qu'elle est la seule vraie, la seule efficace, la seule qui attirera la miséricorde et la grâce de Dieu, c'est Y œuvre du repentir de saint Pierre, de saint Pierre qui, après avoir renié son divin Maître, sortit et pleura amèrement.

Oui, pleurons, pleurons tous amèrement, parce que tous nous avons renié; mais pleurez aussi avec nous, ministre du Très-Haut, vous à qui Jésus-Christ a confié son Église. Voyez autour de vous la société qui se débat dans l'agonie sous l'étreinte du mal. N'aurez-vous pour la sauver que de froides formules, que des quêtes ou de stériles gémissements? Prêtres et prélats, vous n'attendez de salut que par l'or, le canon et les protocoles, et ces moyens que vous ne possédez pas, c'est à la puissance terrestre que vous les demandez, vous qui devriez relever et sauver la terre, vous demandez à la terre de vous relever et de vous sauver.

Ne dites pas que les peuples vous quittent, c'est vous qui les avez abandonnés; ils vous cherchent à votre poste, et ils ne vous y trouvent pas; ils veulent s'élever, et vous

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vous abaissez. Vous possédiez la force invincible, la richewe impérissable qui donnent la vie, et vous les avez abandon" nés, ces trésors du ciel, pour ceux de la terre qui tuent l'e* prit. Oh! pleurez, pleurez avec nous; rouvrez la source de la vie par l'ardeur de vos sacrifices; relevez-vous, et sous l'étendard de la foi vivante, les peuples unis marcheront avec vous vers l'accomplissement de leurs grandes destinées.

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