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LE NOUVEL EMPEREUR D'ALLEMAGNE

3 avril 1849.

Un grand fait, un fait politique européen, vient de s'accomplir sous nos yeux, dans une ville qui touche presque à la frontière de la France.

On a changé l'esprit et la forme de toute l'Allemagne. Un empire nouveau surgit; l'Allemagne nouvel aura un empereur nouveau.

Le roi de Prusse, un Hohenzollern, est appelé à succéder aux Othon, aux Hohenstaufen, aux Habsbourg K

Tout cela s'est fait à l'insu de la France officielle. Le gouvernement le plus révolutionnaire de l'Europe, celui de la France, a pris dans cette question l'attitude la moins offensante pour la vieille diplomatie.

Le chargé d'affaires de France, heureux d'avoir été admis dans la société des grands personnages politiques, n'exigeait rien, ne demandait rien. Toutes les fois que ses amis les metternichiens ou les ennemis de la nouvelle Allemagne

1 «Le roi de Prusse a été proclamé Empereur d'Allemagne par l'Assemblée de Francfort. Sur 5H8 votants, 290 se sont prononcés pour et 248 se sont abstenus.» (L'Univers, 1 er avril 1849).

(Note dé V éditeur).

Le nouvel Empereur d'Allemagne 141

lui demandaient conseil, il en référait gravement à son gouvernement La seule chose que les ministres français gardent avec une habileté universellement reconnue, c'est leur gravité silencieuse qui continue à couvrir leur nullité réelle.

La France est-elle décidée à favoriser l'établissement de ce nouvel empire, ou bien osera-t-elle le combattre ?

Un tel fait, il y a quelques années de cela, aurait bouleversé l'Europe entière.

Napoléon dut gagner vingt batailles pour faire accepter à l'Europe son titre nouveau d'empereur de la République française. Le monde a marché. Ce nouvel empereur d'Allemagne ne rencontrera pas d'opposition systématique de la part des monarchies, et pas même de la part du gouvernement quasi-républicain de la France.

Le roi de Prusse tient entre ses mains le sort des peuples allemands. Dans la grande lutte, entre le monde nouveau et la vieille société, entre les républiques naissantes et les monarchies agonisantes, c'est le peuple qui donne l'exemple du respect de la légalité et môme de l'histoire.

Le peuple s'attache au souvenir des temps passés. La poésie et l'histoire, la foi et l'espérance ont influé sur le choix du nouvel empereur, éléments électoraux dont en France les partis ne veulent plus tenir aucun compte.

Comment le roi de Prusse répondra-t-il à cet appel que lui fait le peuple allemand? Accepte ra-t-il ? et, s'il accepte, comprendra-t-il le sens de cet appel?

Il a devant lui deux exemples, deux routes et deux manières d'agir.

D'abord l'exemple de l'empereur d'Autriche, qui accepte tout, constitutions et révolutions, qui les accepte publiquement, officiellement, les jure à la face de Dieu et des hommes, mais à condition d'en rendre l'application impossible. Il a devant lui l'exemple de l'ex-roi Charles-Albert, appelé à

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