PROPAGE PAR LA RUE DE POITIERS
4 avril 1849.
La vieille société européenne n'a jamais reçu de la part de Saint-Simon ni de Fourier, ni des citoyens Cabet et Proudhon, un affront comparable à celui que lui fait subir la réu-
1 Un article sous le titre: l'Empereur d'Allemagne parut dans le journal le Corsaire du 6 avril 1849. (Note de l'éditeur).
gouverner l'Italie, et en acceptant l'offre malgré lui (il en a fait l'usage que Ton sait).
Le roi de Prusse ferait bien de laisser là ces exemples historiques, et de créer, s'il est possible une chose sans exemple:
Une royauté ou un empire populaire.
Ce qu'il aura à craindre, ce ne sont pas les invasions des étrangers et des luttes avec les partis dissidents à l'intérieur. Ce sont les conseils de ses amis et alliés les empereurs d'Autriche et de Russie. En définitive, lui faudra-t-il s'unir à la Russie, à l'Autriche, au ministère français, ou bien aux peuples de l'Europe?
Tous les pouvoirs nouveaux, élevés par le peuple: Louis- Philippe, Chtopicki, Charles-Albert, ont préféré l'alliance avec des ennemis.
Ils sont tous tombés.
Le ministère actuel du nouveau pouvoir de la France fait tout ce qu'il peut pour la faire entrer dans cette politique qui aboutit à la chute.
Le roi de Prusse choisira, les peuples aviseront! 1 ...
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nion de la rue de Poitiers. La réunion se constitue en représentation légale de la vieille société. Les honorables représentants du vieux monde n'exhibent en fait de pleins pouvoirs que leurs vieux titres d'anciens royalistes, d'anciens légitimistes, d'anciens procureurs, titres représentés par des billets de banque. C'est à la vieille société de voir si elle accepte une telle représentation. On en connaît déjà l'historique et le bilan moral.
Des philosophes voltairiens, des banquiers juifs, des fils de croisés s'unissent dans un même intérêt. Séparés jusqu'à présent les uns des autres par le sentiment religieux, divisés d'opinions politiques, ils trouvent enfin un dogme commun, celui de VintérêL
On n'a à opposer au socialisme que ce dogme; on recrute maintenant des apôtres pour le proclamer. La propagande est déjà organisée, bureaux, caisse, commis-voyageurs, tout cela existe; on embauche des apôtres.
Cette ignoble parodie des fonctions les plus respectables, parodie de l'apostolat, parodie de la propagande et de l'association, cette parodie qui s'avoue elle-même anti-socialiste, est profondément affligeante pour tous ceux qui, comme nous, s'obstinent à croire à la possibilité d'un progrès organique, régulier et légal. La déclaration de la rue de Poitiers nous ôte l'espérance que nous conservions en dépit de l'avertissement évangélique, notre espérance de voir les vieilles outres devenir susceptibles de s'emplir de vin nouveau, de voir les vieux chiffons venir s'adapter à un habit neuf.
Des philoéophes ne cessent de nous dire qu'une fatalité inexorable pousse les vieux pouvoirs et les vieilles institutions au suicide: pour nous, qui voyons les hommes de la rue de Poitiers agir en pleine possession de leur sens commun d'hommes d'argent et de places, et en toute liberté de propagandistes, sans qu'ils aient la moindre crainte d'être poursuivis et jugés, comme l'est chaque jour le commun des ré-
publicains socialistes, nous n acceptons pas le dogme de la fatalité; nous ne voyons dans le fait de la rue de Poitiers que la preuve de la puissance que s'est acquise parmi nous la volonté mauvaise, et de la liberté d'agir qui lui est accordée.
Qu'on n'accuse pas la fatalité. Si nous voyons tomber les hommes puissants, entraînant dans leur chute de vieilles institutions, c'est qu'ils l'ont voulu. La royauté, l'institution la plus puissante du vieux monde, est certes tombée. En accusera- t-on les républicains? Sont-ce les républicains qui ont fait au plus puissant des représentants de la royauté, à Louis-Philippe la réputation que nous ne voulons pas qualifier? Est-ce pour plaire aux républicains que l'empereur Nicolas parlait en public de Louis-Philippe en l'appelant Vhomme taré? Essayez s'adresser à un philippiste des plus fidèles, comme MM. Bugeaud, Dupin, Barrot, des compliments orléanistes, en appelant, par exemple, le maréchal Bugeaud le Louis-Philippe de l'armée et le citoyen Barrot le Louis-Philippe du ministère, vous verrez qu'ils en seront médiocrement flattés. C'est donc le roi des Français qui a porté en France le dernier coup à la royauté, en suivant le système que les Bugeaud et les Barrot font valoir auprès de la présidence, sauf à donner un jour des regrets officiels au président, comme ils en donnent aujourd'hui à leur vieux patron, ce qui ne les empêche en rien de servir son successeur.
Après la royauté, la pairie, vieille et glorieuse institution! Il n'y a pas longtemps de cela, le titre de pair de France sonnait aux oreilles comme un coup de clairon. Qu'est devenue maintenant la pairie? Les grandes destructeurs, les intruments les plus actifs du socialisme, les Decaze *, les Pas-
1 Elie Decazes fut conseiller du roi Louis de Hollande, secrétaire des commandements de l'Impératrice-mère; sous la Restauration, préfet de police et ministre de l'intérieur. Il a eu une grande part de responsabilité dans les assassinats juridiques de Ney, de Labédoyore, de Mou-
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uier 1 , les Mole 8 , n'ont eu besoin que d'une vingtaine d'anées pour détruire une institution qui datait de Charlemagne, t conservait encore quelque prestige au temps de Napoléon.
La chevalerie périt de la môme main qui a aboli la paiie. Guizot a été reçu chevalier de la Toison d'Or. Demandez ux vieux aristocrates de l'Europe, aux membres du chapitre e la Toison, d'où leur est venu tout à coup le scepticisme à égard de l'importance d'un des plus anciens ordres de chealerie? De ce que Guizot a été reçu chevalier de l'ordre, dé- 3nseur et propagandiste de ses principes.
Les propagandistes de la rue de Poitiers semblent vou- >ir aller plus loin que Louis-Philippe, Guizot et Thiers. Ils nt pris à tâche de rendre le titre de propriétaire aussi odieux ue l'est devenu le titre de roi, aussi ridicule que celui de air de France et de chevalier de la Toison d'Or.
Ils s'attaquent déjà à la famille. Cette dernière question lérite d'être traitée à part.
m-Duvernet, des frères Faucher, et aussi dans l'impunité accordée ux massacreurs royalistes du Midi, dans l'établissement des cours préô ta les, etc. En 1834, Louis-Philipe le nomma grand-référendaire de la hambre des Pairs, et Christian VIII de Danemark le créa duc de rlucksberg. (Note de V éditeur).
1 Denis Pasquier fut conseiller d'Etat et préfet de police sous Naoléon, garde des sceaux en 1815, et plusieurs fois ministre sous la lestauration. Sous Louis-Philippe, créé président de la Chambre des >airs, il dirigea les débats de tous les procès politiques soumis à cette issemblée. Napoléon l'avait fait baron, Louis-Philippe le nomma duo.
(Note de l'éditeur).
* Le comte Molô, grand juge sous Napoléon, pair sous Louis XVIII, vota la mort de Ney, fut ministre sous Louis-Philippe, et, en 1848, dans la Constituante et la Législative, l'un des chefs de la réaotion.
(Noie de VédiUur).
publicains socialistes, nous n'acceptons pas le dogme de la fatalité; nous ne voyons dans le fait de la rue de Poitiers que la preuve de la puissance que s'est acquise parmi nous la volonté mauvaise, et de la liberté d'agir qui lui est accordée.
Qu'on n'accuse pas la fatalité. Si nous voyons tomber les hommes puissants, entraînant dans leur chute de vieilles institutions, c'est qu'ils l'ont voulu. La royauté, l'institution la plus puissante du vieux monde, est certes tombée. En accusera-t-on les républicains? Sont-ce les républicains qui ont fait au plus puissant des représentants de la royauté, à Louis-Philippe la réputation que nous ne voulons pas qualifier? Est-ce pour plaire aux républicains que l'empereur Nicolas parlait en public de Louis-Philippe en l'appelant Vlwmme taré? Essayez s'adresser à un philippiste des plus fidèles, comme MM. Bugeaud, Dupin, Barrot, des compliments orléanistes, en appelant, par exemple, le maréchal Bugeaud le Louis-Philippe de l'armée et le citoyen Barrot le Louis-Philippe du ministère, vous verrez qu'ils en seront médiocrement flattés. C'est donc le roi des Français qui a porté en France le dernier coup à la royauté, en suivant le système que les Bugeaud et les Barrot font valoir auprès de la présidence, sauf à donner un jour des regrets officiels au président, comme ils en donnent aujourd'hui à leur vieux patron, ce qui ne les empêche en rien de servir son successeur.
Après la royauté, la pairie, vieille et glorieuse institution! Il n'y a pas longtemps de cela, le titre de pair de France sonnait aux oreilles comme un coup de clairon. Qu'est devenue maintenant la pairie? Les grandes destructeurs, les intruments les plus actifs du socialisme, les Decaze *, les Pas-
1 Elie Decazes fut conseiller du roi Louis de Hollande, secrétaire des commandements de l'Impératrice-mère; sous la Restauration, préfet de police et ministre de l'intérieur. Il a eu une grande part de responsabilité dans les assassinats juridiques de Ne y, de Labédoycre, de Mou-
er 1 , les Mole*, n'ont eu besoin que d'une vingtaine d'anus pour détruire une institution qui datait de Charlemagne, conservait encore quelque prestige au temps de Napoléon. La chevalerie périt de la môme main qui a aboli la pai-
Guizot a été reçu chevalier de la Toison d'Or. Demandez : vieux aristocrates de l'Europe, aux membres du chapitre la Toison, d'où leur est venu tout à coup le scepticisme à ^ard de l'importance d'un des plus anciens ordres de cheerie ? De ce que Guizot a été reçu chevalier de l'ordre, déseur et propagandiste de ses principes. Les propagandistes de la rue de Poitiers semblent vou- ? aller plus loin que Louis-Philippe, Guizot et Thiers. Ils : pris à tâche de rendre le titre de propriétaire aussi odieux 3 Test devenu le titre de roi, aussi ridicule que celui de r de France et de chevalier de la Toison d'Or.
Ils s'attaquent déjà à la famille. Cette dernière question >rite d'être traitée à part.
-Duvernet, des frères Faucher, et aussi dans l'impunité accordée : massacreurs royalistes du Midi, dans rétablissement des cours préaies, etc. En 1834, Louis-Philipe le nomma grand-référendaire de la imbre des Pairs, et Christian VIII de Danemark le créa duc de icksberg. {Note de l'éditeur).
1 Denis Pasquier fut conseiller d'Etat et préfet de police sous Naéon, garde des sceaux en 1815, et plusieurs fois ministre sous la itauration. Sous Louis-Philippe, orée président de la Chambre des rs, il dirigea les débats de tous les procès politiques soumis à cette emblée. Napoléon l'avait fait baron, Louis-Philippe le nomma duo.
(Note de l'éditeur).
* Le comte Mole, grand juge sous Napoléon, pair sous Louis XVIII, a la mort de Ney, fut ministre sous Louis-Philippe, et, en 1848, dans Constituante et la Législative, l'un des chefs de la réaction.
(Note dé VédiUur).
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