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LA DIPLOMATIE RÉACTIONNAIRE ET LÀ CAUSE ITALIENNE

6 avril 1849.

Les gouvernements réactionnaires de l'Europe croient que le moment est venu de confier à la diplomatie la tâche d'achever la ruine de la cause italienne. Il y aura donc un congrès de plénipotentiaires; on traitera.

Il est évident que l'Autriche ne peut avoir d'autre but que celui de ramener l'Italie à l'état où elle se trouvait avant Février. Cette date une fois conquise, on laissera aux diplomates futurs le soin de rétablir en Italie, comme partout, Tordre de choses d'avant juillet 1830.

Les révolutions ont plus d'une fois vaincu les armées de la vieille Europe, mais elles n'ont pas entamé le vieux système diplomatique; les révolutions continuent de produire de nouveaux gouvernements, qui, à leur tour, ne cessent pas d'être absorbés par la vieille diplomatie.

Le gouvernement provisoire, à peine installé à l'hôtel de ville, se trouva attaqué et conquis dans la personne du citoyen Lamartine par l'ambassade anglaise, aidée de celle d'Autriche et de Russie. Le général Cavaignac et le ministère actuel s'empressèrent de signer la capitulation Lamartine.

Les négociations dont on nous menace ne peuvent avoir qu'un résultat fixé d'avance par l'Autriche et la Russie. Le ministère français s'est obligé à obtenir ce résultat de manière à ne pas trop choquer la susceptibilité du peuple français, ce qui pourrait compromettre la cause de l'Autriche et de la Russie.

1 Le journal la Vraie République cita le 7 avril des extraits de cet article et le 11 des extraits d'un article publia par Ivan Golovine dan« la Tribune des Peuples. (Note de l'éditeur).

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Que l'Italie se garde bien de fonder des espérances sur la coopération libérale du ministère. Le ministère n'est, dans cette négociation, que l'agent responsable de la société anonyme des réactionnaires de l'Europe. Il en a pris la responsabilité, enhardi par l'exemple des anciens ministres de la Restauration et de Louis-Philippe, qui ont tous fidèlement servi l'intérêt de l'étranger contre le peuple français, et qui n'ont aucun motif de regretter leur conduite passée. Les rois n'oublient et ne pardonnent jamais; le peuple est oublieux et miséricordieux. Lorsqu'il s'agit de se compromettre à l'égard des rois ou des peuples, on sait d'avance le parti que prendront les hommes habiles de l'école de Talleyrand et de Malthus. Ce qu'a fait en Italie le ministre Périer par l'entremise du général en chef Cubières, le ministre Barrot espère le faire avec l'aide du maréchal Bugeaud.

En attendant, on négociera.

Il y a un an, lorsque toute la puissance autrichienne en Italie se réduisait à la possession de trois forteresses sur l'Adige, l'Autriche proposa alors au gouvernement insurrectionnel de la Lombardie de négocier. L'Autriche ne demandait que l'abandon définitif de toute prétention, de la part des Italiens, à la possession de la ville de Venise et de son territoire. Ces propositions de l'Autriche n'étaient pas plus sérieuses que les promesses du ministère français d'alors. Le gouvernement lombard eut le bon esprit de refuser les unes et de ne pas croire aux autres.

Pour les réactionnaires autrichiens et français, la question

était de gagner du temps et de diviser les Italiens. Us n'ont

, cessé d'agir en conséquence auprès du roi Charles-Albert.

i On lui laissa entrevoir l'espérance de rester possesseur tran-

[ quille de la Lombardie et des principautés, à condition qu'il

n'entreprendrait rien dans l'intérêt de la Vénétie.

On trompait de même le pape. Cela explique la conduite étrange du cabinet romain, qui envoyait une armée au se-

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cours des Vénitiens, à condition qu'elle ne combattrait pas les Autrichiens! De même aussi le retard du gouvernement sarde à envoyer sa flotte dans les eaux de Venise et la répugnance du roi à passer l'Adige n'avaient d'autre source que les conseils perfides des diplomates. On négocia jusqu'à ce que Radetzki obtint des secours et rétablit ses communications avec l'Autriche. Alors la diplomatie changea de ton et de conduite; elle s'avoua franchement l'alliée du plus fort.

Après avoir détaché ainsi la cause du Piémont de celle de l'Italie centrale, on médite de nouvelles trahisons diplomatiques, dans le but de diviser les intérêts des États, des villes et des populations que la révolution est parvenue à réunir. On promet aux Toscans un gouvernement représentatif, à condition qu'ils ne se mêleront pas des affaires de la Romagne; aux Romains, une administration séculière, pourvu qu'ils acceptent la domination papale avec le dogme du «chacun chez soi, chacun pour soi.»

La diplomatie réserve à toutes ces constitutions et chambres le sort de celles de Kremsier, de Prague et de Turin.

Si les Italiens se laissent tromper encore cette fois, ils n'auront plus le droit de prendre pour excuse leur ignorance des vues et des projets de la diplomatie. Les événements de cette année mémorable ont démontré jusqu'à la dernière évidence la solidarité qui existe entre tous les cabinets et tous les réactionnaires de l'Europe.

Ce que médite l'empereur de Russie, l'empereur d'Autriche l'explique, le cabinet de Londres l'exprime dans ses notes diplomatiques, le cabinet français s'en inspire, et le congrès sera chargé de l'exécuter.

Le bonapartisme et Vidée napoléonienne 1 49

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