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LE BONAPARTISME ET L'IDÉE NAPOLÉONIENNE

8 avril 1649.

On donne quelquefois au parti national qui s'est manifesté dans le vote du 10 décembre le nom de parti bonapartiste. On se trompe. La majorité populaire n'est pas bonapartiste, elle est napoléonienne.

On nous demandera en quoi consiste la différence entre le bonapartisme et le napoléonisme, ce qu'est l'idée napoléonienne ?

La réalité et la vitalité de cette idée sont suffisamment prouvées par l'acte le plus spontané * et le plus solennel que le peuple français ait jamais accompli par le fait de l'élection.

Le peuple a voulu.

Maintenant c'est le devoir de ceux que le peuple a choisis pour ses organes, qu'il a chargés de parler et d'agir pour lui; c'est le devoir des magistrats de réaliser en paroles et en actes l'idée napoléonienne du peuple.

Le bonapartisme n'est que dynastique. Les ennemis de la France tentent le parti napoléonien comme ils ont jadis tenté Napoléon, en persuadant à l'homme de la révolution universelle qu'il n'était que l'homme d'une dynastie nouvelle.

Le peuple en France, c'est-à-dire l'ouvrier et le soldat, la blouse et l'uniforme, en saluant son élu, ne l'appelle pas par son nom de famille, mais par son nom de baptême. Le nom de Bonaparte est aussi peu connu du peuple que celui de Bourbon, de Mirabeau et de Saint-Just.

Le peuple ne connait de son passé révolutionnaire que le nom de Napoléon.

1 Malgré l'influence qu'a toujours un gouvernement, M. le général Cavaignac n'eut que 1,448,107 voix, et Louis Napoléon 5,658,755.

{Noté de l'éditeur).

Que signifie ce nom? Il définit les qualités que le peuple et l'armée admiraient dans Napoléon:

La foi dans la Grande-Nation;

La foi dans les principes qu'elle a proclamés;

La foi dans le triomphe de ces principes;

La conformité de la parole à l'action;

La parole brève et l'action vaste;

L'homme qui parle répondant de l'homme qui agit;

L'homme que les soldats appelaient leur camarade, leur caporal; les conseillers d'État, leur président-né; les membres de l'Institut, le plus légitimement choisi de leurs collègues; les aristocrates, le plus terrible des plébéiens; le clergé, l'Antéchrist (preuve de son christianisme); et que les rois, maîtres du monde ancien, malgré leur orgueil satanique, venaient tour à tour adorer et tenter.

Napoléon, c'est la révolution devenue autorité régulière. C'est l'idée sociale faite gouvernement. Napoléon, c'est mille | autres choses que le peuple fera et nous forcera de lui expliquer.

Il y a une grande différence entre le bonapartisme et le napoléonisme. Mais si la France entière évoque avec tant de solennité l'esprit de Napoléon, ceux qui tiennent à lui de plus près, les enfants, les parents de l'homme qui a tant aimé sa famille, doivent les premiers se pénétrer de son esprit

Alexandre le Grand a laissé son héritage au plus digne. Le peuple français a donné à ceux qui sont les proches du héros tous les moyens de devenir les plus dignes du plus grand des héritages.

Les familles et les dynasties périssent; l'idée reste.

Les dernières révolutions ont démontré certaines vérités politiques, qui, désormais, doivent être acceptées comme axiomes, ainsi qu'il suit:

8 avril 1849 151

Un peuple qui combat pour son indépendance ou pour le développement de ses libertés, est autorisé à regarder comme ses ennemis naturels toutes les vieilles dynasties et tous les dynastiques, quelque estimables d'ailleurs qu'ils puissent être dans leur vie privée.

Ce peuple doit se défier des hauts dignitaires de l'Église, tous également attachés au culte de l'absolutisme, fût-il mahométan, hérésiarque et même athée.

Enfin, il lui faut refuser le concours des aristocrates, et particulièrement de ceux qui ont servi ou conseillé les gouvernements oppresseurs du peuple.

Si les révolutions actuelles n'avaient acquis à l'humanité que ces seuls axiomes, ce serait déjà un grand pas de fait vers l'avenir.

S avril 1849.

Lorsque nous donnions dernièrement la biographie du général Chrzanowski 1 , nous signalions déjà son manque de foi révolutionnaire et son respect pour ces pouvoirs que les hommes du jour en France appellent des pouvoirs réguliers.

Au moment où nous écrivions, Chrzanowski commandait une armée; ce n'était pas le moment de donner des avertissements. D'ailleurs, Charles-Albert a été plus d'une fois averti sur le compte du général Chrzanowski. Le malheureux roi a préféré suivre les conseils de l'aristocratie polonaise et du jésuitisme français. Chose étrange! le général Chrzanowski, de tous les Polonais marquants, était celui qui paraissait le moins accessible à tout sentiment religieux, et c'est lui que le parti jésuitique poussait au pouvoir, par cette seule considération qu'il s'avouait hautement partisan quand môme de la monarchie.

1 Dans le n° de la Tribune des Peuples du 19 mars.

{Noté de l'éditeur).

Le culte dea rois, dans l'esprit des catholiques officiels d'aujourd'hui, excuse tout ce qui peut se commettre contre Dieu. Les mômes hommes qui ont tué la révolution polonaise, les Czartoryski, les Zamoyski l , les Romarino, aidés de leurs alliés français qui ont faussé la révolution de Juillet et celle de Février, se sont servis du général Chrzanowski, leur ancien instrument, pour frapper au cœur là révolution en Italie. La honteuse capitulation de Varsovie explique celle qu'a contresignée le 26 mars le général Chrzanowski. La même majorité philippiste qui s'était tant réjouie de la chute de Varsovie, triomphe aujourd'hui dans l'espoir de voir tomber Turin et Alexandrie.

Il y a progrès en cynisme!

Aujourd'hui le citoyen Thiers avoue franchement sa vieille admiration pour l'empereur Nicolas et le citoyen Dupin, qui pendant longtemps n'avait que des sympathies secrètes pour le citoyen Thiers, ne craint plus de l'applaudir en public.

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