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AVERTISSEMENT AUX DÉMOCRATES AMÉRICAINS

U avril 1849.

Les nouvelles qui nous arrivaient de Brescia, de Gênes et de Pesth, accompagnées de coups de canon ne nous lais-

cChrzanowski, sans aucun ordre repassa la Vistule. Comme auparavant, il nous abandonna à notre sort. Après dix jours d'attente, j'expédiai une estafette au général en chef Skrzynecki en le priant de nous envoyer sur la ligne d'opération. Je lui annonçais que nous étions prêts et ne manquions de rien; que les armes que nous avions nous-mêmes prises aux Russes étaient en très bon état et pouvaient nous servir; que nous étions suffisamment pourvus des cartouches, échangées à Zamosé contre la poudre russe et que nos lances neuves et nos uniformes étaient payés avec de l'argent que nous avions apporté de chez nous. Je priai en môme temps le général en chef de nous laisser conserver notre habitude de n'avoir qu'au seul front de bataille. Skrzynecki sut apprécier notre bonne volonté; il nous témoigna sa satisfaction de la promptitude avec laquelle nous nous étions organisés et accorda tout ce que je lui avais demandé. ..» (L'insurrection en Voîhynie ou mémoire du régiment de la cavalerie volhynienne en 183 J, écrit par son chef le colonel Charles Bôéucki et publié à Bourges, Souchois et C* 1832 (Pages 24—27).

1 *La Tribune des Peuples, lisons-nous dans le journal la Vraie République du 15 avril, relève avec une noble indignation un singulier factum des démocrates américains, qui ont mis à prix la tête des monarques et des chefs réactionnaires et déposé l'argent.» Suivent quelque citations. [Noie de V éditeur).

Avertissement aux Démocrates américains 159

saient pas un moment libre pour nous occuper d'un fa et u m singulier de diplomatie démocratique américaine.

Les Américains, désireux de nous aider dans notre lutte xmtre la réaction européenne, ont dirigé toutes leurs atta- [ues contre les chefs de la réaction. Ils veulent les avoir vifs >u morts. Ils ont mis à prix les têtes des monarques et des ihefs réactionnaires. L'entreprise américaine est sérieuse. Tout individu, possesseur d'une tête de monarque ou de géléral réactionnaire, n'a qu'à se présenter (munis des certificats îécessaires) à Philadelphie, tel rue, tel bureau pour toucher ant de milliers de dollars.

L'affaire noue le répétons, est sérieuse, l'argent est dé- >osé. Les prix sont modiques. Le gros lot, la tête de l'empeeur d'Autriche, n'est estimée que 70,000 fr., d'après l'évaluaion du Journal des Débats.

La lecture de ce premier acte vraiment diplomatique de a démocratie américaine nous a remplis d'une tristesse aaère. Il paraît que les républicains américains ne connaisent et ne jugent l'Europe que d'après les dires et les asseyions des organes européens tels que le vieux Observateur lutrichien, le vieux Journal modénais, le Journal des Déats, la Presse, l'Assemblée nationale etc. Sur la foi de ces ournaux, nos amis d'outre-mer croient naïvement que chez ious en Europe, rien ne se fait que par l'argent et pour le l'argent.

Nous les excusons. Les publications récentes du comité le la rue de Poitiers partent déjà de Paris, comme autant le pièces justificatives à l'appui de la fausse idée que les républicains se font de la démocratie européenne. En effet, si le comité de la rue de Poitiers se fait fort de trouver des apôtres moyennant finance, pourquoi ne trouverait-on pas, moyennant le même argent, des sicaires?

Les Américains se sont laissé induire en erreur par les organes de la presse philippiste; par les Débats, la Presse,

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V Assemblée nationale et par V Univers religieux, organe du catholicisme officiel. Us ne connaissent pas l'histoire de ces derniers temps.

11 est vrai que chez nous, en Europe, le plus auguste des monarques, le premier magistrat de l'Église, le pape Grégoire XVI, avait mis à prix la tête du marquis de Tanara, chef bolonais, et avait publié la tarif des tètes de ses partisans. Il est également vrai que le prince Metternich, il n'y pas longtemps de cela, prit l'obligation officielle de payer une certaine somme d'argent comptant, pour chaque tète d'un noble polonais de Galicie. Mais les Américains na savent probablement pas avec quelle indignation l'Europe nouvelle repousse ces souvenirs des procédés féodaux,mèlés aux mauvais désirs mercantiles qui d istinguent la société officiel le française.

Et, en effet, le pape Grégoire n'a pas trouvé des sicaires: le prince Metternich n'a payé que des faits accomplis de brigandage, et il a fini par s'avouer incapable d'enrôler une nouvelle armée de brigands.

Pendant que les Américains publiaient le prix-courant des tètes de réactionnaires, il y avait en Europe des révolutions populaires. Le Peuple était maître de Paris, il était maître à Berlin, à Vienne, à Milan, en Sicile, maître un moment de l'Europe entière. Les gouvernements révolutionnaires, établis par le Peuple, n'ont pas laissé tomber une seule tête. Pourquoi donc offrirait-il aujourd'hui de l'argent pour ravoir ces tètes qu'il avait épargnées dans le temps où il pouvait en disposer en toute conscience et en toute sécurité!

Nous conseillons aux Américains d'employer les fonds destinés à l'achat des têtes monarchistes à équiper les Polonais et les Italiens victimes du monarchisme et à leur fournir les moyens de rejoindre les armées du général Bem, du général Dembiriski et la légion polonaise d'Italie.

Ce n'est pas avec de l'argent qu'on réussira à vaincre les hommes d'argent.

Séance de l'Assemblée 161

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