SÉANCE DE L'ASSEMBLÉE
15 avril 1849.
Nous croyons qu'en présence des questions qui agitent humanité, il y a d'autres mesures à prendre que celles de anques hypothécaires, de crédit mobilier, de syndicat du ravail, de communes modèles. Et d'abord, disons que tout ystème ne sera qu'une vaine utopie tant qu'il prétendra réoudre la question humanitaire par la paix et sans léser personne. Vous avouez qu'il n'y a qu'esclaves et oppresseurs, rictimes et bourreaux, et vous voulez rendre l'humanité heu- •euse en introduisant l'harmonie entre le bien et le mal ? Vous voulez que les exploiteurs cèdent à la logique de votre argumentation, quand ils ont résisté au dévouement et aux sacrifices de générations entières? Pour sauver la société, vous proposez des banques hypothécaires et des communes; mais allez en Pologne et vous y trouverez ces banques établies depuis trente ans; en Russie, vous rencontrerez à chaque pas des communes, et cependant vous n'admettez pas que l'état du malheureux paysan polonais, du serf abruti de la Russie, constitue cet idéal de bonheur sur la terre que vous faites briller aux yeux des déshérités de votre propre pays... Quand on parle de l'état de la société, on doit embrasser un horizon beaucoup plus vaste que celui des trente-huit mille communes de France. La question n'est pas seulement française, elle intéresse tous les membres de la grande famille humaine. La révolution de Février, en ébranlant l'Europe, a prouvé la solidarité de tous les peuples. Le peuple français, lui à lui seul avait fait la révolution, savait également corn-
1 Note autographe d'Adam Mickiewioz utilisée et développée en aride dans la Tribune des Peuples par le rédacteur auquel le poète l'avait 'onfiée. (Note de l'éditeur.)
ment il aurait fallu la développer. Aussi l'avons-nous vu, après le 24 février, tout brûlant du désir de voler au secours de l'Italie, d'entreprendre la sainte croisade contre l'Autriche, contre la Russie. Les meneurs d'alors ne comprirent rien à ce magnifique élan, qui devait aboutir à la catastrophe du 15 mai. Bientôt la république, pour peine de son exclusivisme, subit les fatals massacres de juin et le triomphe de la réaction. Aujourd'hui, en voulant intervertir l'ordre de l'histoire, les réformateurs intempestifs ne font que servir la réaction. Que le citoyen Considérant dépose en conséquence pour un certain temps la bannière pacifique, qu'il arbore avec nous celle de la dernière guerre de la liberté contre le despotisme, et il peut être sûr de ne pas nous trouver, au jour de la victoire décisive, dans les rangs de ses adversaires.