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PARIS, 22 AVRIL

Ce qu'on ignore en France, et à Paris plus que partout j ailleurs, c'est que le monde officiel, c'est-à-dire les ministres, '

Paris, 21 avril 1849 179

îs préfets, la police, les personnes enchaînées dans le cercle arlemen taire, est le moins bien renseigné sur ce qui se passe ans le peuple et parmi les soldats.

On se rappelle que, la veille même de la révolution de nillet, les Polignac 1 , les Raguse 2 , les Mangin 8 assuraient au oi et aux diplomates étrangers qu'ils feraient passer les or- Ion nances sans éprouver de sérieuses résistances.

On se rappelle que, le jour même de février, au moment

1 Le prince Jules de Polignac entra dans le complot tramé par reorges et Pichegru contre la vie du Premier Consul, eut besoin que le •ape levât ses scrupules pour prêter serment à la Charte, fut appelé au ainistëre le 8 août 1829, signa le 25 juillet les ordonnances qui furent occasion de l'expulsion de Charles X, fut condamné à la prison perpétuelle, gracié en 1836, et mourut en 1847 à Saint-Germain-en-Laye.

(Note de l'éditeur.)

* Marmont, duc de Raguse, qui avait livré en 1814 l'armée que lui vait confiée Napoléon, commandait à Paris en juillet 1830, et fit feu sur î peuple. Il trahit, en 1830, la liberté comme la patrie en 1814. Judas vait rendu les 30 deniers et s'était pendu de désespoir et de remords; ïs traîtres modernes gardent le prix de leurs crimes et persistent dans î mal Le duc de Raguse, chassé, fut chargé par le prince de Metterich d'enseigner au duc Reichstadt l'histoire de son père; il s'en alla ueillir à Saint-Pétersbourg les éloges de l'empereur Nicolas, osa prenrepour devise: Patriae totus et ubique f écrivit des Mémoires où il joint . l'apologie de ses actes les plus coupables force calomnies contre les gloires les plus pures, et s'éteignit à Venise, en 1852.

(Note de V éditeur.)

• Mangin était préfet de police pendant les journées de juillet 1830. fous ne citerons de lui qu'un seul trait qui dépeint suffisamment cet xlieux personnage. A Poitiers, lors de l'affaire de Berton, un des conlamnés à mort, le médecin Caffé, dans la nuit même qui précédait l'exécution, se coupa l'artère crurale avec une lancette que son jeune fils lui ivait apportée cachée dans ses cheveux. Le matin, lorsqu'on entra dans ta cellule, on le trouva baigné dans son sang et sans connaissance. On Jla porter la nouvelle au procureur général Mangin, qui s'écria: «S'il li reste un souffle de vie, qu'on le porte à l'échafaud.»

(Note de V éditeur.)

où les fusils populaires frappaient la royauté, la Chambre des pairs royalistes riait des avertissements de M.. de Boissy. Nous faisons cette remarque avec le sincère désir qu'elle soit méditée sérieusement par le chef de l'État

22 avril 1849.

Citoyens de la Hongrie! l

Quand votre cause semblait perdue, quand les hommes d'État de la réaction escomptaient d'avance le prix de votre défaite dans l'intérêt de leurs plans égoïstes, vous n'avez pas douté de vous-même, vous avez su conserver la foi dans le triomphe définitif de la justice.

Nous non plus, nous n'avons point douté de vous!

Quand nos frères slaves, mus par un injuste ressentiment envers un passé dont vous ne pouvez accepter la solidarité, se laissèrent égarer au point de se ranger sous le drapeau détesté de la tyrannie pour l'aider à vous combattre, nous les avons avertis, nous avons déploré leur erreur, et nous n'avons cessé d'espérer qu'un jour, mieux éclairés, ils s'uniraient à vous pour conquérir fraternellement une commune liberté.

Le jour de gloire est arrivé pour les hommes de foi et d'énergie! Vous qui connaissez le chemin de Vienne pour y être allés au secours de la démocratie assiégée, cette fois encore vous êtes aux portes de la capitale des Césars germaniques, et, derrière les soldats tremblants de Welden 2 , une

1 Cet article, comme l'article du 20 avril, ne se trouve pas sur la liste des articles d'Adam Miekiewicz; il peut n'avoir pas été écrit par lui, mais, en tant que déclaration de la Tribune des Peuples, ne saurait point ne pas avoir reçu son approbation entière. {Note de V éditeur.)

* Louis, baron de Welden né en 1780, mort en 1853, fit les campagnes contre Napoléon I ,r , en 18-Ê8 bloqua Venise, fut commandant de Vienne d'avril à Juin 1849, puis passa au commandement de l'armée de Hongrie. {Note d* l'éditeur.)

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pulation frémissante vous tend les bras, comme à des libé- ;eurs désirés.

La terreur répandue parmi les suppôts du despotisme, r votre héroïque audace, par l'énergie et par l'habileté des efs que vous avez su vous donner, livre en vos mains, 3sque sans résistance, la destinée de l'empire d'Autriche, par conséquent celle de la liberté en Europe.

Bem a déjà su réunir sous ses drapeaux les Madgyars x Slaves et aux Roumains, présageant ainsi à votre révoion ses hautes destinées.

Ce n'est plus seulement d'un intérêt national qu'il s'agit!

Votre cause est devenue pour tous les peuples gémissants js l'oppression séculaire de l'Autriche la cause d'une comme liberté. Déjà, les soldats russes dispersés par Bem, sont es porter la nouvelle d'une prochaine délivrance jusque ns les contrées lointaines régies par le despotisme de Nilas.

Vous, dont la nationalité était jusqu'à présent une énigme ur l'Europe, vous vous révélez à elle comme les champions

toutes les nationalités opprimées; vous qu'on a accusés tre aristocrates, vous défendez la cause populaire et vous rez à ce qu'il y a de vivace dans les classes privilégiées

Nord l'exemple de votre dévouement.

Ce que vous avez fait est grand, ce qui vous reste à faire ; sublime.

Après l'élan prodigieux de l'année passée, l'Allemagne, couragée par les machinations de ses despotes, retombe ns le marasme, sans avoir pu conquérir ni l'unité ni la lirté. A vous de tendre une main fraternelle à ce peuple ignanime, dont l'énergique soulèvement à Vienne vous a vert la voie de l'avenir.

La Pologne, comprimée d'un côté par la force brutale, de utre par le manque d'une sympathique assistance sur laelle elle avait le droit de compter, ne pouvant combattre

sur son propre terrain, vous a envoyé ses meilleurs généraux qui s'appellent Dembifiski et Bem; ses soldats les plus intrépides, dont le nom est légion. L'armée hongroise ne peut s'arrêter à cette frontière que les Polonais ont su franchir, malgré tous les obstacles, pour venir en aide à l'indépendance de la Hongrie.

Dans vos rangs les Italiens combattent aussi, et l'Italie, envahie par ses ennemis, en proie aux traîtres à l'intérieur comme à l'extérieur, n'a pas en vain tressailli d'espoir au retentissement de vos victoires.

Elle sait que vos ennemis sont les siens, que vous ne pouvez asseoir votre nationalité sur une base inébranlable que si son indépendance est en même temps assurée, et, sans espérer un secours direct, elle regarde comme un gage de son propre avenir les défaites que votre héroïsme inflige aux Autrichiens.

Ceux de nos frères slaves qui d'abord se sont crus en droit, par suite d'anciennes injures, de se mettre dans les rangs de vos ennemis, hésitent et s'ébranlent, après vous avoir aidés dans la défense de vos foyers, par leurs frères polonais

Citoyens de la Hongrie,

Entre vos mains est l'avenir du monde, et si vous savez cueillir les fruits de la victoire, comme vous avez su en mériter les lauriers, votre triomphe sera celui de la liberté en Europe. Que l'esprit de liberté qui vous anime, vous préserve de toute transaction, de tout compromis avec les éternels ennemis de la justice et du droit.

Voyez! si l'Italie n avait pas mis sa confiance dans les rois et les princes, ceux-là ne l'auraient pas entraînée, par leur faiblesse ou leur trahison, jusqu'au bord de l'abîme!

Voyez! si le gouvernement français n'avait jamais voulu pactiser avec la politique rétrograde, le drapeau français aurait-il jamais subi le déshonneur de s'unir en Italie au drapeau jaune et noir du despotisme.

Une victime de la Révolution 183

Non! point de transaction!

En avant! Ce mot d'ordre vous est familier. Que de fois vous l'avez entendu de la bouche de votre chef intrépide, de l'héroïque Kossuth.

En avant! pour vous-mêmes, pour les Slaves, pour les Allemands, pour les Italiens!

En avant! encore un pas, et toute la vieille Europe s'ébranlera en entendant ce cri de guerre, auquel elle se souvient d'avoir répondu, quand vous l'appeliez jadis à la croisade pour la défense de la chrétienté.

En avant! La reconnaissance des peuples vous accompagne, leurs espérances vous indiquent la voie.

Salut et fraternité!

Les rédacteurs de la Tribune des Peuples*

Paris 21 avril 1849.

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