LES PAYSANS
1" mai 1849.
Les paysans qui, pendant des siècles, n'avaient d'autres droits politiques que celui de donner au pays leur sang et leur argent, ont enfin conquis, grâce à la révolution de Février, le droit de voter. Par l'exercice qu'ils en ont fait, ils ont décidé la plus grande question de la situation. Ce sont eux qui ont affermi la République en appelant à la présider l'homme dont le nom résumait l'histoire de la Révolution française. On se rappelle la surprise que ce résultat du vote
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populaire excita dans les régions parlementaires et con ciales. Cette surprise montre bien la profondeur de Va qui sépare le peuple de ceux qui ont depuis longteir prétention de le représenter comme publicistes ou or agents du gouvernement qu'ils disaient être l'cxprossit vœux du pays.
Le pays nourrissait des souvenirs et des espérance la presse et le parlement n'ont pas officiellement dit i mot. Le pays avait déjà depuis longtemps son candidl que les faiseurs d'élections, la veille même du sent soupçonnaient à peine le nom. Que l'on ne s'étonne ce même pays tentait un de ces jours des appels et d< (jui surprendraient de nouveau les hommes politiqu parlement et serviraient de commentaires au vote cain du 10 décembre.
Les réactionnaires pressentent ce danger. Ils < hautement reconnu l'importance de l'opinion des du pays, c'est-à-dire des paysans. Ils mettent tout e pour circonvenir les paysans, pour les influencer et I dans leur association officielle '. Iles hommes qu< présent- s'étaient si peu occupés du paysan, qui ne jamais donné la peine d'étudier ses intérêts mor&u: riels, ces hommes, dont, la plupart n'ont jamais p paysan, se sont avisés tout à coup de se poser e. exclusifs de la religion et de la propriété du p
' On lit dans un article signé: Froment et intitu fiaynans. «Ces Messieurs île la Montagne aonl d n'ont jamais parlé au peuple des o un pag
qu'ils veulont vous dire. Tout peuple, d ^^^J^ti][
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l'existence d'abus dans l'Église; il ne connaissait ni retendue ni la nature de ces abus, mais il souffrait de leurs effets. Aussi lorsque la justice populaire vint atteindre les pharisiens et les scribes d'alors, il se garda bien de les défendre. En vain lui disait-on que poursuivre l'évêque d'Autun l et emprisonner l'évêque de Brienne 2 , c'était attenter à la religion: il ne voulut pas non plus croire que les terres de ces abbayes et de ces monastères qui enrichissaient quelques élégants abbés commendataires et quelques fainéants parasites étaient la propriété sacrée de l'église du Christ. Le paysan laissa faire la Révolution, assuré qu'il était que ce qu'il y avait de vraiment religieux dans la religion, ce qui avait résisté aux persécutions séculaires du paganisme était plus fort que les décrets des pouvoirs éphémères de l'époque.
Le paysan sentit vrai et raisonna bien; il vit la réouverture des temples, le retour des curés, le rétablissement des splendeurs de l'Église et sa restauration officielle: ce qui le tourmente encore, c'est de ne pas retrouver dans toutes ces formes du passé, qui sont réellement françaises et catholiques, l'esprit français, l'esprit vivant, l'esprit paysan, l'esprit de mouvement et de force, l'esprit du Dieu vivant.
Il est temps pour le paysan de comprendre qu'il ne peut plus rencontrer cet esprit vraiment religieux dans les associations prétendues religieuses; il faut qu'il apprenne à se connaître, à s'estimer lui-même; il faut qu'il ait le courage de se dire à lui-même, et de le proclamer dans les élections, que c'est lui, le paysan, qui est le vrai représentant du sentiment religieux. Il représente le travail de la terre à la sueur du front, imposé à l'homme par la plus ancienne des lois religieuses; il représente, comme conscrit, comme contribuable, l'esprit de sacrifice, qui est celui du christianisme. 11 essaie
1 Tallevrand. (Note de l'éditeur).
2 Maître de la liste des bénéfices. {Note de l'éditeur).
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déjà de prendre l'initiative des lois nouvelles, ce qui témoigne de sa tendance à relier la loi ancienne du travail au devoir chrétien du sacrifice et aux espérances de la nouvelle société, et à unir ainsi l'ancienne loi et l'Église militante à la loi de la société nouvelle, qui doit triompher.
Dans une position si neuve, le paysan doit prendre conseil de lui seul ou de ceux en qui il reconnaît l'esprit et les tendances que nous venons de caractériser, et que nous osons appeler l'esprit paysan.
Le paysan souffre maintenant au fond de son âme; il a déjà des doutes sur la religion; il s'adresse déjà des questions sur le but de son existence comme homme et comme citoyen; il nous est extrêmement difficile de lui venir en aide; les questions qui le préoccupent sont plus hautes que celles qui agitent l'Assemblée nationale. Or, pour parler aux membres de l'Assemblée, nous avons un langage tout fait, tandis que, pour répondre aux besoins nouveaux d'un pays tout entier, nous ne trouvons rien dans l'histoire du passé. Nous nous bornerons pour le moment à donner aux paysans, quelques simples conseils, fruits dune longue expérience, qui nous paraissent utiles dans le moment actuel.
Nous conseillons donc à tout paysan religieux de se défier des hommes qui, au moment des élections, lui parleraient de la religion, et surtout de ceux qui accompagneraient ces paroles religieuses de certains accents, de certains gestes, que le paysan connaît parfaitement bien pour les avoir observés dans les maquignons et les commis-voyageurs, et que nous ne pourrions mieux qualifier qu'en les appelant jésuitiques.
Nous lui conseillons également de se défier des livres, des brochures et des publications autorisés par le gouvernement et le clergé, et colportés par des hommes officiellement religieux. Nous connaissons, littérairement parlant, les plus célèbres auteurs de ces livres et brochures; nous pouvons
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affirmer que c'est le mouvement électoral seul qui a le pouvoir de leur faire comprendre, pour un moment, l'importance des questions religieuses.
Ce monde-là ne parle de la religion qu'en vue des élections. C'est en vue des élections qu'il soulève d'une manière perfide la question de la propriété. Le paysan est religieux; il est propriétaire: nous avons montré ce que la réaction tente contre son sentiment religieux au nom de la religion; nous ferons une étude pour lui montrer comment, en vertu du principe de la propriété, elle tend à le dépouiller de tout ce qu'il possède!
2 mai 1849.
Les réactionnaires se présentent comme défenseurs de la propriété en général et de celle du paysan en particulier qu'ils prétendent être menacées par la Révolution. La France a déjà traversé bien des révolutions, le paysan en conserve le souvenir; il n'a qu'à consulter sa mémoire: il se rappellera bien que la grande Révolution, loin d'attenter à la propriété du paysan, l'a mis au contraire en état d'acquérir de la terre et lui en a assuré la libre possession.
C'est la Révolution qui a fait le paysan propriétaire, et certes ce ne sont pas les républicains, héritiers de la Révolution, qui voudraient abolir un des droits les plus précieux qu'elle ait fondés, celui d'acquérir par le travail.
La République n'a pas distribué des terres nationales en cadeau ainsi que les monarques ont l'habitude de le faire; elle ne pourra pas non plus les ôter par une espèce de caprice législatif. Les réactionnaires eux-mêmes ne supposent pas que l'Assemblée nationale puisse jamais avoir envie d'attenter au droit de propriété.
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Mais ils craignent, disent-ils, les violences des républicains ouges et des socialistes dont le nombre est si grand; car, ans le langage des réactionnaires, tout citoyen qui n 'apparent pas à la faction légitimiste-orléaniste ou qui n'est pas mployé du gouvernement, pour peu qu'il s'occupe de poliique, est inscrit parmi les républicains rouges et les sociastes.
C'est de la part de cette classe nombreuse de citoyens, estructeurs de la monarchie de Louis-Philippe et ennemis e son système, malheureusement encore en vigueur, que on craint des violences contre la propriété. Le paysan a plus 'une fois souffert de la violence; sa propriété a été plus d'une Dis saccagée et même confisquée. Nous sommes les premiers rappeler au paysan son devoir de veiller sur sa propriété t de la bien garder contre ses «nnemis. Quant à ces deriers, le paysan les connaît parfaitement: ces ennemis, ce ont les amis des réactionnaires, ce sont les Cosaques qui lettaient le feu aux villages de la Lorraine et de la Chamagne, ce sont les soldats de Blttcher qui, après avoir pillé et accagé un grand nombre de propriétés particulières, s'aprêtaient à détruire à Paris les propriétés nationales telles ue les monuments et les ponts, que l'on a été obligé de raheter des Prussiens en leur donnant des millions pris sur i propriété du paysan; ces ennemis, ce sont les émigrés léitimistes qui, pendant le règne des Bourbons de la branche înée, n'ont cessé de menacer tous les propriétaires de biens lationaux en France et qui, à force de menaces, appuyés juils étaient par les puissances russe, autrichienne et prussienne, ont réussi à extorquer aux paysans un milliard d'indemnité.
Et notez que l'immense majorité de ceux qui ont payé l'indemnité n'avaient en rien profité des confiscations dont la République avait frappé les terres des émigrés. L'achat de ces terres augmenta la fortune des hommes riches, des
spéculateurs, des banquiers, des fermiers-généraux et des employés haut placés. La majorité de ces hommes composa la chambre des pairs et les assemblées législatives du temps de Louis-Philippe; et, comme ils ne trouvaient plus de terres nationales à acheter, ils continuèrent à s'enrichir en Raccordant les uns aux autres de gros appointements sur les budgets; or, c'est sur la propriété du paysan qu'on prélève surtout cette immense masse d'impôts qui constituent le budget
Il nous reste maintenant à nous occuper d'un nouveau genre d'ennemis de la propriété, de ceux dont la réaction parle le plus souvent et le plus volontiers, de ceux qu'elle appelle les communistes, les partageux. Il n'est pas facile de les trouver: la réaction, qui les dénonce à la haine populaire, n'en donne pas les noms et n'en désigne pas le domicile, et même ceux qu'on accuse le plus de communisme n'ont jamais été convaincus d'avoir dit ou écrit quoi que ce fût dans le but d'amener le partage des propriétés. Il se pourrait pourtant qu'une nouvelle secousse politique, en donnant le pouvoir à quelques hommes violents, les mît dans le cas de tenter une mainmise de l'Etat sur la propriété, ce que l'on prétend être une conséquence nécessaire d'une révolution radicale. Y a-t-il à craindre un tel avenir, les réactionnaires le redoutent-ils réellement? Nous en doutons. En général, ils n'ont pas l'habitude de mettre le public dans le secret de leurs craintes ni de leurs espérances réelles. Ce qu'ils paraissent redouter le plus, ce n'est pas le retour des violences révolutionnaires, mais bien plutôt raffermissement du pouvoir républicain et le progrès régulier des principes de justice et d'humanité. En effet, le développement de ces principes menace la pire espèce de communistes et de partageux, qui n'est autre que celle des réactionnaires.
Ce sont ces mêmes réactionnaires qui ont joui en commun des capitaux de la France, comme si elle était une association communiste, sans y avoir mis leur quote-part. Les
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migres, les anciens sénateurs, traîtres à Napoléon, et les organistes, traîtres à tous les gouvernements, restèrent poursuit fidèles à l'engagement qu'ils avaient pris les uns envers 3s autres de s'entr'aider dans l'exploitation de la France. On hangeait de gouvernement on persécutait les hommes qui ^présentaient les idées religieuses ou politiques; mais on pargnait toujours les hommes d'intérêt, les exploiteurs qui appelaient autrefois légitimistes, honnêtes gens, plus tard onservateurs, et enfin qui n'étaient que ce qu'ils sont aujour- 'hui, c'est-à-dire des réactionnaires. Le légitimiste duc de :ichelieu, après la chute de l'empire, protégeait et payait alleyrand; Talleyrand protégeait à son tour M. Thiers, qui rotège les membres du club de la rue de Poitiers. Ce club 3 compose en grande partie d'hommes riches, qui continuent e partager entre eux le budget. Ce sont là les véritables artageux!
Ajoutons une remarque historique.
Les hommes les plus influents de la grande Révolution, 3nt quelques-uns disposaient des ressources de la France itière avec un pouvoir dictatorial, sont presque tous morts iuvres; et nous demandons qu'on nous montre les paysans :>nt ils auraient partagé la propriété. Les révolutionnaires 3 Février ont été maîtres de Paris pendant plusieurs mois: ms ce temps où les tribunaux ne siégeaient pas et où la >lice était désorganisée, on ne nous citera pas un seul exeme de spoliation ni de partage des biens d'autrui. Et si, dans ne ville comme Paris, le respect de la propriété a été si bien t>servé par une population immense, armée, et composée q partie de ces hommes qu'on appelle socialistes et partaeux, si les diamants des Tuileries et les effets précieux du arde-meuble royal ne les ont pas tentés, croit-on sérieusement que ces hommes se laisseraient prendre par l'appât de >artager entre eux la pauvre terre d'un paysan qui suffit à >eine à ses besoins et à ceux de sa famille ?
Nous venons de raconter des choses que tout le monde sait à Paris, qui ont été dites et redites mille fois; mais la réaction se garde bien d'en instruire le paysan. Il faut donc le lui répéter jusqu'à satiété, il faut lui redire chaque jour l'histoire de la révolution de Février, lui raconter la manière dont le peuple de Paris, ce paysan le plus pauvre peut-être de la France, a usé de sa victoire. C'est ainsi que les paysans, hommes du pays, apprendront de leurs frères, les prolétaires de Paris, les paysans de la cité, quels sont les communistes et les partageux qu'ils ont les uns comme les autres à redouter.
3 mai 1849.
Les paysans sont appelés à élire leurs représentants. Le droit de se faire représenter n'appartient qu'aux souverains. Les paysans, qui forment la majorité du peuple français, et qui sont réellement peupie et Français, ont de tous temps exercé la souveraineté dans ce quelle a de pénible et de dangereux. Ce sont les paysans qui prenaient sur leur cassette privée des sommes pour payer l'administration du pays. Ce sont les paysans qui donnaient le mot d'ordre aux armées, en les poussant contre l'étranger, et en marchant à leur tête comme sentinelles avancées, comme tirailleurs, et parfois comme généraux en chei". il y eut même des paysans promus à la royauté, et acceptés comme rois légitimes par ia vieille Europe monarchique.
La Révolution, qui n'était au fond que l'expression des besoins et des v.-cux du paysan, s'est déjà suffisamment légitimée comme force matérielle. Les monarques ont été obligés de traiter avec elle. Il* la flattent, il lui font même la cour; ils l'acceptent donc comme souveraine et. en honorant
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ainsi la Révolution française, ils rendent hommage au peuple français, aux paysans.
L'Europe est dans une grande attente pour voir comment le paysan français, sorti de la tutelle officielle, usera de sa souveraineté. Il n'a cessé d'accuser, durant des siècles, ses maîtres d'abus de pouvoir, de violence et de concussion. Maintenant qu'il est devenu lui-même maître, il doit méditer sérieusement sur le choix de ses représentants et de ses ministres futurs.
Les élections approchent. Tous les partis politiques travailles pour leurs candidats. Le parti national, le parti des paysans, est le seul qui jusqu'à présent n'ait pas formé de comités électoraux, qui n'ait pas publié de brochures et qui n'ait pas employés d'agents.
Il n'a pas besoin de recourir à tous ces petits moyens que mettent en usage les petits hommes des petits partis politiques. Le paysan n'a qu'à vouloir et à exprimer sa volonté par un vote. Le candidat qu'il .fera adopter dans sa commune, comme vrai représentant de ses sentiments et de ses intérêts, sera le représentant du peuple français tout entier. Ainsi chaque commune, dans les élections qui vont avoir lieu, ne doit prendre conseil que d'elle-même, et chaque citoyen appelé à voter, ne doit obéir qu'à la voix de sa conscience et à celle de ses concitoyens, à la voix du peuple, qui est la voix de Dieu.
Si les paysans ont le souverain courage d'obéir à cette voix, ils choisiront de préférence pour leurs représentants des paysans ou des hommes intimement liés à la vie du pays, comme eux: des gardes champêtres, des maîtres d'école et des curés véritablement chrétiens.
On leur dira de la part du gouvernement que des candidats paysans ne peuvent pas avoir l'instruction et l'habileté nécessaires pour gérer les affaires d'un grand pays. Les paysans pourraient répondre que ce grand pays, toujours gou-
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verné par les hommes instruits et habiles, se trouve dans la nécessité de changer tous les quinze ans de gouvernement, et qu'il voit chaque jour ses préfets et ses juges, hommes trèsinstruits, chassés de leurs places par des ministres également instruits.
Nous pouvons assurer aux paysans que, parmi ces hommes instruits, il en est qui se défient de la valeur de cette instruction dont on parle tant officiellement.
«Éducation n'est pas synonyme d'instruction ou de cul- «ture intellectuelle; il y a plutôt à se féliciter de l'insuccès «des plans d'éducation populaire qu'à les déplorer.
«Ces plans, s'ils étaient mis en exécution, auraient ajouté «aux douleurs physiques du peuple, qu'ils n'avaient pas puis- «sance de guérir, des peines intellectuelles et morales. Il vaut «mieux aujourd'hui que la majorité de nos paysans soit en- «core assoupie au sein de l'ignorance que s'ils avaient l'es- «prit faussé et le cœur aigri ou rongé de passions mauvaises.»
Nous citons là les paroles d'un homme très-instruit qui est conseiller d'Etat et un des rédacteurs du Journal des Débats. Nous différons toutefois d'opinion avec lui sous un point de vue essentiel. Lui, en sa qualité d'homme instruit et connaissant tous les dangers de l'instruction, il respecte l'innocence des paysans qu'il croit ignorants; c'est le système de tous les exploiteurs. On croit que tout homme qui se laisse tromper est nécessairement ignorant; on protège cette ignorance si utile à l'exploitation. Nous, au contraire, nous sommes convaincus que les Français en majorité sont forts et sages; que, s'ils se laissent si souvent tromper par les exploiteurs instruits et par les habiles, cela vient précisément du sentiment intime de l'immensité de leurs ressources.
Un homme riche et honnête se laisse tromper souvent et longtemps par son intendant, et il faut qu'il ait acquis des preuves matérielles de la perfidie pour qu'il la dénonce à la justice. Plus on est puissant et riche, plus on est tolérant.
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e a été la position du peuple français, fort de ses sentiîts nationaux et riche de ses espérances, à l'égard de ses îinistrateurs habiles et instruits.
Le moment est venu de régler les comptes entre le peuet ceux qui ont jusqu'ici prétendu le représenter. Le moit est venu pour les paysans de créer une représentation ionale véritablement paysanne.
Un homme instruit, un des ministres du gouvernement visoire de la République, le citoyen Carnot, dans ses cirlires adressées aux instituteurs, insistait sur la nécessité )peler à l'Assemblée nationale les hommes du pays, et s ce nom il comprenait les paysans. «N'ayez pas peur, lit-il, de nommer des hommes illettrés \» La France ne nque pas de savants et d'hommes de lettres. La science es belles-lettres sont de grandes et belles choses, mais il temps de reconnaître que sciences et lettres et tout ce 3n appelle instruction ne sont, après tout, qu'un accessoire, ssentiel, c'est le caractère moral, c'est la force morale, c'est aient, c'est-à-dire le don du ciel.
Pour ne pas citer des exemples antiques de Rome, où l'on it vu des paysans dicter des lois aux rois et aux ministres (-instruits de la Grèce et de l'Egypte, pour ne pas même 1er de l'histoire de France, dont les plus illustres héros,
que Charlemagne, les chefs des croisades et Jeanne d'Arc, savaient ni écrire ni lire, appelons-en à l'histoire contemaine. Il existe à côté de nous des monarchies absolues et
royaumes constitutionnels où l'on accepte pour dogme > le chef de l'État n'a besoin d'aucune espèce d'instruc- 1: il n'a qu'à choisir des ministres instruits. Nos réactionres ne s'inquiètent nullement de l'inexpérience de l'emeur d'Autriche ou de l'ignorance de la reine d'Angleterre, qui les préoccupe, c'est l'ignorance et l'inexpérience de
* Circulaire du 16 mars 1849. [Note de V éditeur.)
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la majorité du peuple français, c'est-à-dire des paysans. Et cependant les ministres et les diplomates eux-mêmes conviendront avec nous qu'un paysan français est beaucoup plus apte à gérer ses affaires, et par conséquent mieux préparé à s'occuper des affaires d'autrui, que ne le sont les souverains de l'Autriche et de l'Angleterre.
Le devoir du paysan est de reconnaître qu'il est appelé à gouverner. Il va déléguer ses pouvoirs à une assemblée qu'il doit créer. Tous les peuples de l'Europe attendent la décision du Grand Peuple, de la Grande Nation.
Les paysans de l'Europe entière attendent leur salut du paysan français.