SELON LE PEUPLE
18 mars 1849.
La lutte parlementaire et la polémique des journaux perdent de leur intérêt; les partis quittent peu à peu l'ancien terrain de combat et changent de tactique. Certaines grandes questions constitutionnelles, qui absorbaient l'attention de tous les hommes politiques, se trouvent résolues par des faits. L'opinion travaille et avance la solution d'autres questions, dont le parlement et la presse ne sentent pas encore toute l'actualité.
Une de ces questions difficiles, c'est la position constitutionnelle du chef de l'État vis-à-vis de son ministère, de la Chambre et de la nation.
Nous savons que tout cela a été longuement discuté, que l'on a précisé et fixé dans les articles spéciaux de la Constitution tous les rapports entre les différentes parties du pou-
voir: il en était de même du temps des Bourbons et du temps de Louis-Philippe; rien de plus clairement exprimé dans la Charte que leurs droits et surtout leur droit d'irresponsabilité. D'où vient donc que l'on n'a jamais pu s'entendre sur le sens de ces articles si précis? Durant le règne des Bourbons de la branche aînée et de la branche cadette, tous ceux qui, dans le parlement ou dans la presse, faisaient une opposition sérieuse au gouvernement, concentraient toujours leurs attaques sur le centre même du pouvoir, sur sa perso nniGcation, sur le roi.
C'est en vain que MM. Broglie \ Guizot, Thiers, travaillaient sans relâche à ériger contre chaque attaque nouvelle un nouveau rempart, afin de mettre à l'abri des coups de l'opposition le dogme d'irresponsabilité, le paladium de leur système.
Ces héros du constitutionnalisme avaient laborieusement construit tout autour de la royauté une enceinte continue de théories et d'arguments. Couvrir la royauté, c'était leur mot
1 M. de Broglie, gendre de madame de Staël, membre, sous la Restauration, de la Société Aide-toi, le ciel t'aidera et de celle des Amis de la Presse, fut, sous Louis-Philippe, l'un des adversaires de toute liberté. C'est sous sa présidence, en 1835, et avec le concours de M. Thiers, que furent rendues les lois dites de septembre, qui déclaraient punissables de la détention et d'une amende de 10,000 à 50,000 fr. l'offense à la personne du roi et toute attaque contre le principe du gouvernement commise par voie de publication ; qui défendaient, sous des peines exorbitantes, de prendre la qualification de républicain, de mêler la personne du roi à la discussion des actes du gouvernement. On ne pouvait plus s'intituler républicain, on s'appela radical. Ne pouvant s'attaquer au roi, on inventa les mots le système, la pensée du règne, et Ton poursuivit le roi sous ces dénominations. Après l'élection du président, M. de Broglie entra à l'Assemblée législative, et oe fut lui qui, en 1851, proposa la révision de la Constitution, qu'il voulait détruire au profit de TOrléanisme, et qui fut supprimée au profit du Napoléonisme.
(Note de l'éditeur).
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d'ordre. Ils la couvraient de leur responsabilité personnelle. *Le roi règne, mais ne gouverne pas, disaient-ils, c'est nous qui gouvernons.»
Vous, répondait le peuple, vous n'êtes rien, c'est Louis- Philippe qui règne et gouverne, c'est à lui que nous en voulons 1 .
Le peuple lit rarement les programmes et les professions de foi politique; quant aux constitutions, il ne les lit pas du tout. Du jour de l'avènement de Louis-Philippe, il pressentit la pensée intime de son règne; l'antipathie populaire s'est communiquée à l'opposition, et la poussa à travers la Charte jusqu'à la République.
Le chef actuel de l'État est dans une position nouvelle, unique en Europe, le peuple est prévenu en sa faveur; le peuple lui accorde déjà un certain degré de cette irresponsabilité que tous les efforts de ministres habiles, appuyés de formidables majorités, n'ont pu conquérir pour Louis-Philippe. Parlez, avec les hommes du peuple, des maux et des dangers de la situation actuelle, et partout on vous répondra que c'est à Guizot et à Thiers qu'il faut s'en prendre.
1 La veille du coup d'État, le président de la République, Louis- Napoléon Bonaparte, fit distribuer aux députés une brochure anonyme: La Révision de la Constitution, qui arguait du double mensonge de la responsabilité des ministres et de l'irresponsabilité du chef de l'État pour réclamer le changement d'une Constitution qui devait être abolie le lendemain. On y lisait: «La France veut que ses chefs aient un pouvoir réel, sérieux, efficace, et c'est pour cela que, dans les grandes révolutions, c'est à eux qu'elle s'en prend. C'est bien vainemeut que les chartes de 1814 et de 1830 avaient posé comme base essentielle l'irresponsabilité du roi et la responsabilité des ministres. Dans le fait, les rois ont toujours été responsables et les ministres ne l'ont été jamais. Charles X est mort en exil, et M. de Polignac est mort paisiblement à Paris. Louis-Philippe est mort en Angleterre, et, un an après la révolution de février, M. Guizot est rentré aussi complètement dans ses droits politiques que dans son salon.» {Note de V éditeur).
Le peuple croit que Guizot est toujours là; M. Thiers y est réellement 1 .
1 M. Guizot et ses collègues au ministère avaient été décrétés d'accusation au lendemain de la révolution de Février. Ordre était donné de les arrêter partout où on les trouverait, mais déjà on s'était assuré par avance qu'ils s'étaient mis à l'abri en passant la frontière. M. Guizot ne revint à Paris qu'à la fin de 1849. Mais dès le mois de janvier de cette année, il avait lancé une brochure, la Démocratie en France, trèsviolente contre le socialisme, et où il faisait appel à la coalition de toutes les forces conservatrices, politiques, sociales et religieuses, sans distinction de rite ni de nuances pour combattre l'esprit de désordre. En réalité, M. Guizot, qui avait été le ministre du gouvernement des classes moyennes, essayait d'opposer aux classes populaires la digue de tous les intérêts du vieux monde; et, plutôt que de laisser monter une nou- * velle couche sociale, il aimait mieux conseiller à la bourgeoisie de rebrousser chemin et de donner la main aux classes de l'ancien régime pour barrer le chemin au peuple.
De môme que M. Guizot avait proposé, dès 1839, une alliance entre le catholicisme et le protestantisme, sans en excepter une sage philosophie, pour lutter contre l'incrédulité et l'athéisme, il proposait, après 1848, une entente entre le légitimisme et l'orléanisme, sans positivement exclure le républicanisme modéré, pour lutter contre l'anarchie politique et sociale. Il patronna, en 1850, ce que Ton appela la fusion, c'est à dire la réconciliation entre les deux branches de la maison de Bourbon. Il est le premier qui ait formulé ainsi la nécessité de cette sorte de sainte alliance intérieure. Elle avait eu pour précurseur M. Thiers, qui, par son livre la Propriété, publié d'abord en articles par le Constitutionnel, fut posé en drapeau contre Proudhon; elle eut son organe dans le club de la rue de Poitiers, et son expression finale dans le mot de M. de Montai e m bert: cUne guerre de Rome à l'intérieur». M. Guizot, après sa rentrée en France, publia, en 1860, son volume: Pourquoi la révolution d'Angleterre a-t-elle réussi? dans lequel il osa glorifier le général Monck d'avoir été le promoteur de la restauration anglaise, et l'offrit en exemple aux généraux français. Le général Changarnier ne se blessait pas de la comparaison et laissait espérer qu'on pourrait trouver en lui l'étoffe d'un Monck français.
M. Thiers et ses amis, Odilon-Barrot, Billaut, etc., se rallièrent à la république. Mais M. Thiers se posa presque aussitôt en défenseur de la propriété, de la famille, de la religion. La propriété venait au premier
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Pourquoi le peuple, après l'épreuve de ce pauvre trimestre gouvernemental ! , continue-t-il à espérer toujours beaucoup de Lous-Napoléon ?
Pourquoi s'obstine-t-il à l'absoudre de tout ce dont on accuse son gouvernement?
Le pourquoi, le peuple ne le dit pas. Nous cherchons à nous l'expliquer, car, le 10 décembre, nous étions de l'avis du peuple.
Lors de la proclamation de la République, ce que tout le monde trouvait de plus urgent, c'était d'en assurer l'existence et la durée, de faire sortir du sein de la République nouvelle un gouvernement nouveau qui s'identifiât avec les principes que la République a fait triompher et les intérêts qu'elle allait faire naître, un gouvernement qui devint autant que possible la personnification de l'état de choses nouveau opposé aux vieux principes, aux vieux intérêts et aux vieilles
rang, la religion au dernier. Ayant échoué aux élections générales, il occupa ses loisirs à son volume de la Propriété. Il fut élu aux élections partielles, le 4 juin, à Paris. Son nom servant de ralliement à la réaction, M. Thiers fut son candidat réussi dans les départements comme dans la capitale, à Rouen, Alençon, Laval, Bordeaux. Quand il entra dans l'Assemblée, le corps de la contre- révolution trouva sa tôte. On organisa ce qu'on appelait le grand parti de Tordre. Ils acceptaient le mot de république provisoirement. «La république est le mot qui nous divise le moins,» disait M. Thiers, et Ton se faisait les plus étranges concessions. M. Thiers, le rapporteur de la loi d'expulsion des jésuites en 1844. donnait la main à M. de Montalembert et devenait le rapporteur de la restauration pontificale par la France (Oct. 1849). On retrouve la main de M. Thiers dans toutes les lois liberticides contre les clubs, le droit d'association, la presse, etc. Au 31 mai 1850, il fut l'un des premiers instigateurs de la restriction du suffrage universel. C'est dans cette discussion qu'il laissa échapper contre le peuple le mot de vile multitude. Le peuple, on le voit, avait raison de redouter ce mauvais génie.
(Note de l'éditeur).
1 De décembre 1848 à mars 1849. (Note de l'éditeur).
individualités. Il était également urgent d'enlever aux partisans de l'ancienne dynastie, ainsi qu'aux rois et aux aristocrates étrangers, leurs protecteurs, tout espoir de rétablir la royauté en France.
Le nom de Louis-Napoléon répondait à ces besoins du moment. Tout homme politique, libre des préjugés de parti, avouera que, pour le duc de Bordeaux et les membres de la famille de Louis-Philippe, le nom de Louis-Napoléon est un obstacle plus difficile à vaincre que ne le serait toute la popularité de M. Dupont (de l'Eure) et de M. de Lamartine.
L'étranger redoute de môme le nom de Napoléon; il se rappelle l'avoir vu inscrit sur les drapeaux que l'on a promenés dans toutes les capitales de l'Europe. Pour l'étranger, Napoléon, c'est la France révolutionnaire, victorieuse et toutepuissante.
Ce nom et l'idée qu'il représente, devenus l'expression du vœu populaire, excluaient toute possibilité de ces alliances trompeuses à l'aide desquelles l'étranger a neutralisé la politique française.
En effet, y a-t-il probabilité raisonnable, y a-t-il possibilité que Louis-Napoléon veuille ou ose jamais s'allier avec la contre-révolution européenne, et rentrer dans ce que MM. Guizot et Thiers appelaient le concert européen?
Si Louis-Napoléon était jamais tenté d'abjurer les principes révolutionnaires, comme l'a fait Napoléon en se liant avec l'Autriche, s'il oubliait ses traditions de famille, comme Murât lors de la chute de L'Empire, il n'aurait qu'à se rappeler Sainte-Hélène et la fusillade du Pizzo.
Cependant, ces considérations ne sont pas les seules qui nous portent à regarder le choix du 10 décembre comme providentiel J .
1 «La totalité des suffrages exprimés (le 10 décembre) pour la nomination du président de la République est de 7,327,226.
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L'intérêt républicain n'est pas le seul que le gouvernement actuel de la France est appelé à garantir. Il y a au fond des peuples républicains et de ceux qui aspirent à se constituer en républiques un ferment socialiste qui ne cessera de lever les masses.
C'est là que résident toutes les forces vitales des Etats nouveaux; c'est de là que viendront tous leurs dangers futurs. Nous croyons que le gouvernement est en position de profiter de toutes ces forces nouvelles en en empêchant l'abus. Notre tâche sera d'examiner sous toutes ses faces cette question décisive pour la France et très-importante pour l'étranger.
20 mars 1849.
C'est donc un fait démontré qu'entre la France révolutionnaire et la vieille Europe il y a inimitié irréconciliable; l'histoire de la Restauration et du règne de Louis-Philippe n'est qu'une suite des efforts du roi et des ministres pour nier ce fait, pour en empêcher l'éclat et en prévenir les conséquences.
«Pourquoi (disaient le roi et les ministres) serions-nous condamnés à être perpétuellement en guerre avec tout le monde? La guerre, c'est la barbarie: il n'y a qu'une nécessité
Louis-Napoléon Bonaparte a obtenu 5,434,226
Le général Cavaignac 1,444,107
Ledru-Uollin 370,119
Raspail 36,020
Lamartine 17,210
Le général Changarnier 4,690
Voix diverses et perdues , 12,600»
(Rapport à l'Assemblée nationale le 20 décembre 1848).
absolue, qu'un intérêt immédiat, le salut du peuple, par exemple, l'intérêt de la défense nationale, qui puissent l'excuser. Personne ne nous menace; on nous laisse jouir de notre liberté intérieure, dont la conquête a déjà tant coûté à nos pères; voudrions-nous la compromettre en nous lançant dans des entreprises humanitaires au-dessus des forces et des ressources d'une seule nation ?
«La Convention a été abandonnée par le peuple français pour avoir voulu être plus populaire que le peuple lui-même; Napoléon perdit l'appui de l'esprit révolutionnaire parce qu'en sa qualité de représentant de la Révolution il a commis contre les rois, contre l'Église officielle et les aristocraties étrangères des attentats que la Révolution française n'a plus voulu prendre sous sa responsabilité. Soyons donc sages. Par respect pour la Convention, abstenons-nous de ces hardiesses humanitaires qu'elle-même blâma et punit plus d'une fois; méditons l'histoire de Napoléon. Vouloir aller plus loin que Napoléon, ce serait du Donquichottisme. Le sang français n'appartient qu'à la France. Consultons la France! c'est-à-dire la Chambre des pairs et la Chambre des députés.»
Or, toutes les fois que les Chambres étaient appelées en consultation sur ces graves sujets, elles répondaient que, en fait de révolutions, la France n'en connaissait qu'une qui fût nécessaire, légitime et providentielle: la révolution de Juillet; encore n'était-elle nécessaire, légitime et providentielle qu'en ce qu'elle avait en elle de dynastique et de gouvernemental. Les moyens de la révolution de Juillet étaient mauvais, mais la fin c'est-à-dire l'établissement de la famille d'Orléans, justifie les moyens.
Les mêmes Chambres, consultées par le ministre Thiers, déclaraient abandonner définitivement la Pologne, l'Italie, l'Allemagne, la Grèce, l'Orient, tout le terrain politique en-
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fin, depuis le mont Liban jusqu'à l'enceinte continue K Les mêmes Chambres, consultées par le ministre Guizot, trouvèrent difficile de défendre même cette enceinte continue. On laissa l'étranger entrer au nom de la France jusque dans les conseils du roi des Français.
Quant à la protestation des vrais représentants de la France, hommes sans position sociale, sans emplois, hommes sans nom; hommes en blouses et en casquettes, qui, le jour même où Louis-Philippe s'était décidé à continuer la vieille royauté comme membre solidaire et responsable de la vieille société, se dressèrent devant lui comme opposition révolutionnaire en répondant à chaque nouvelle création d'un ministère par la création d'un nouveau journal indépendant, à chaque manifestation menteuse des Chambres royalistes par une émeute populaire, à chaque compliment mensonger des hauts dignitaires par un cri de douleur, d'indignation et de mépris, mettant en face des Lafayette, des Laffitte et de tout ce qui s'en est suivi, jusqu'au président Séguier, les Carrel,les Garnier-Pagès aîné 2 , les Lamarque, les d'Harcourt (duc et et pair de France, mais ennemi de la vieille Europe), les Barbes; quant à cette opposition, quant à la France représentée par ces organes-là, on n'en a tenu officiellement aucun compte jusqu'à la révolution de Février inclusivement.
Carrel, Garnier-Pagès, Barbes poussaient la France à la gruerre; on disait que c'étaient des hommes de clubs et de sociétés secrètes. La France, celle du palais du Luxembourg, et du Palais-Bourbon, voulait la paix, la paix à tout prix.
La paix à tout prix a été proclamée et maintenue au nom
1 M. Thiers, comme premier ministre, lit voter les fortifications de Paris et les forts détachés (le 10 septembre 1840), ce qu'on appela l'embastillement de Paris. Cela coûta quatre cents millions.
(Note de l'éditeur).
1 Mort en 1841. [Note de Véditeur).
des intérêts du peuple français: «Le peuple, disait-on, a peur de l'impôt beaucoup plus qu'il ne craint les Cosaques. Le peuple français accepterait les Cosaques à condition de ne pas payer les centimes additionnels. Si Ton contrariait ses instincts d'avidité et ses habitudes de lâcheté; si on lui demandait des impôts pour faire la guerre et des conscrits pour la faire réussir, il serait capable de se révolter. Le peuple viendrait nous forcer, les armes à la main, de nous soumettre aux Cosaques. Nous nous résignerions à accepter les Cosa- j ques, s'ils nous étaient imposés par la volonté du peuple français! *»
Le mensonge royal et parlementaire qui a si longtemps régné et gouverné conserve sa contenance légale, son aplomb diplomatique, et continue à se poser en face du peuple en vrai représentant de la France.
Toute cette politique de mensonges se résume en ceci:
«Nous, rois, ministres, députés, nous avons été cupides, lâches, méticuleux, par cette raison que la France que nous représentons est lâche, cupide et méticuleuse; nous ne pouvons pas prendre sur nous envers nos commettants la responsabilité d'une action quelconque qui pût être accusée ou même soupçonnée d'honnêteté, de désintéressement ou de tendance à l'héroïsme.
«Nous sommes responsables. Le pouvoir, depuis la révolution de Février, est responsable. Le dernier commis est responsable au même titre que le chef de l'État Si nous compromettons nos rapports avec les légations et les ambassades étrangères qui représentent seules l'étranger, c'est-àdire l'Europe, et par conséquent le monde entier, le peuple français nous accusera des crimes qu'il a le plus en horreur,
1 t Plutôt les Russes que les rouges, écrivait en 1850 le journal V Assemblée nationale au lendemain de l'élection de de Flotte, Vidal et Car- I not par le peuple de Paris.
(Note de l'éditeur).
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il nous condamnera comme coupables de tendances révolutionnaires et héroïques.»
Malgré toute la vulgarité, l'absurdité et le ridicule de ces arguments royaux et ministériels, il a été difficile d'y répondre avant la révolution de Février et l'élection du 10 décembre.
Nos adversaires, hommes du pouvoir, opposaient toujours leur responsabilité à nous autres révolutionnaires légalement irresponsables.
Ceux d'entre nous qui ont occupé une position gouvernementale quelconque, comme chefs d'un club, d'une société secrète ou d'un peloton de soldats, respectent les scrupules de tout homme responsable de la destinée de ses semblables; mais y aurait-il réellement pour le gouvernement un motif de crainte, s'il osait assumer sur lui la responsabilité d'agir en gouvernement révolutionnaire vis à vis de l'Europe ?
La révolution de Février appela au gouvernement les hommes qui passaient pour les ennemis les plus acharnés de l'influence étrangère, les défenseurs les plus éloquents de l'Italie, de la Pologne, des chrétiens du Liban, les adversaires les plus opiniâtres du système russo-autrichien.
Le personnel du gouvernement provisoire était un défi adressé à l'Europe. Le gouvernement provisoire n'a pas compris la pensée que le peuple le chargeait d'expliquer et de réaliser. Le gouvernement provisoire n'osa accepter le brevet de chef de l'armée révolutionnaire de la République universelle. Les hommes du gouvernement provisoire n'ont pas même eu le courage d'un héraut d'armes, d'un officier d'ordonnance porteurs d'un ultimatum: tant cet ultimatum leur apparut compromettant pour leur responsabilité d'hommes d'État et d'orateurs parlementaires:
Le gouvernemeut provisoire ayant ainsi suffisamment prouvé que, dans ses rapports avec l'Europe, il ne sortirait pas du cercle d'idées de Louis-Philippe et des limites d'ac-
tion fixées par Guizot et Thiers, le gouvernement provisoire s'étant déclaré solidaire des traités conclus entre l'Europe coalisée et les transfuges de Waterloo, le peuple crut nécessaire de renforcer le défi qu'il avait porté en Février à l'Europe, en y ajoutant la menace du 10 décembre.
Ces enseignements suffisent-ils au gouvernement actuel? Peu fait pour comprendre le langage bruyant des pavés et des coups de fusil, saisira t-il du moins le sens de la parole populaire précisée par le vote du 10 décembre? Persistera-t-il toujours à dire que, s'il craint d'offenser en quoi que ce soit les rois de l'Europe, c'est qu'il a peur du peuple français, qui pourrait bien le rendre responsable de ce qu'il aurait entrepris contre les ennemis du peuple français?