L'ITALIE MANQUE D'ARGENT
Lundi 19 mars 1849.
Des plaintes nous parviennent de toutes les parties de l'Italie sur le manque d'argent pour le soutien de la sainte cause de l'indépendance. Cette pénurie, dans un moment aussi décisif pour les peuples de la Péninsule, ne peut que soulever l'indignation de tous les amis de la liberté.
«L'Italie manque d'argent,» c'est là un mot incompréhensible aussi bien pour les vrais patriotes que pour les financiers de toute l'Europe! La patrie est en danger, diront les premiers, le pays est en proie à l'envahisseur barbare et pillard, et on hésite encore à envoyer des soldats, à leur donner des armes, à leur fournir des vêtements? On veut faire la guerre, ajouteront les hommes de calcul, on se plaint du manque d'argent, mais ne savons-nous pas que l'Italie est un des pays les plus riches d'Europe; que, d'après des données
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tatistiques incontestables, les deux villes de Milan et de Gêes renferment beaucoup plus de richesses en numéraire et n objets précieux que n'en possède la ville de Paris, si Ton n excepte la Banque et. le Trésor qui appartiennent à la naon et non à sa capitale.
Et la République romaine l , qu'atelle donc fait de tous ?s trésors enfouis dans les couvents, comment a-t-elle disosé des biens du clergé, des cardinaux et des grands bééficiaires de l'Église? Comment se fait-il enfin que Radetzki rouve le moyen de lever des contributions immenses sur ?s Milanais, de pressurer en vingt-quatre heures Ferrare l'un demi-million, d'entretenir ses bandes par l'exaction et e pillage, tandis que le parti national crie misère et n'a pas de quoi vêtir ni armer ses soldats?
L'argent donc ne manque pas, mais ce qui manque, c'est le dévouement de cette partie de la nation qui le possède; ce qui manque, c'est le cœur à l'aristocratie, c'est la décision aux révolutionnaires.
Et en effet n'avons-nous pas vu un prince milanais refusant un de ses bons chevaux à la cause nationale et, après que Radetzki eut pris Milan et pillé son palais, fuyant avec des millions pour aller enrôler les Suisses, quant tout était déjà perdu? Ne voyons-nous pas chaque jour de grands seigneurs italiens dépenser splendidement, à l'étranger, des fonds dont la moitié employée pour la cause de l'indépendance en hâterait le triomphe?
Quant aux révolutionnaires italiens, n'avons-nous pas vu l'indolent peuple modénais et les habitants de Parme courir à la recherche de l'argent, en passant chaque jour à côté des
1 Le pape s'étant enfui de Rome le 25 novembre 184*8, le 21 janvier 1849 les électeurs furent convoqués à l'effet de nommer des députés par le suffrage universel et direct, l'Assemblée ainsi élue proclama la République le 9 février.
(Note de l'éditeur).
palais des ducs chassés, palais remplis d'argenterie et d'objets précieux!
Le moyens que les révolutionnaires repoussent aujourd'hui serviront demain à la réaction pour anéantir la liberté; nous conseillons, par conséquent, aux républicains de Romfe et de Toscane 1 de prendre d'avance leurs mesures, de èe rappeler que dans de certaines situations l'indolence et Tindifférence surtout doivent être considérées comme les plus grands crimes envers la patrie, que dans une révolution on doit être révolutionnaire, et que, si on ne l'est pas, on tombe.
Que craignent donc les Italiens pour procéder franchement dans la voie de la révolution ? Redoutent-ils ce qu'ils appellent le blâme de l'Europe, c'est-à-dire les déclamations du Journal des Débats, les sarcasmes de la Presse ou bien les capucinades du Coiistitutionnel? Ah! à cet égard, il suffit que l'Italie veuille de la liberté pour que la réaction lui jette l'insulte au visage.
Que les républicains d'Italie sachent bien, une fois pour toutes, qu'ils auraient beau agir de la manière la plus réservée, le partie réactionnaire de l'Europe ne les en traiterait pas moins de misérables et de brigands.
Aux yeux des hommes ministériels des grandes puissances, Radetzki qui pille, qui ordonne des fusillades et des massacres, qui dévaste le pays au nom des principes monarchiques, sera toujours le plus digne représentant des idées d'ordre et de l'égalité *.
1 Le 26 juin 1848, le grand-duc inaugura en Toscane le régime parlementaire, le 30 janvier 1849 Léopold II s'enfuyait du palais Pitti, le 8 février l'Assemblée nommait un gouvernement provisoire composé de Joseph Montanelli, de Guerrazzi et de Mazzoni, le ô mai 1849 dix-huit
mille Autrichiens réoccupaient la Toscane.
(Noie de V éditeur).
1 C'est vainement en effet que l'on chercherait dans les journaux conservateurs de l'époque l'ombre d'un blâme sur les terribles exécu-
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La seule justification digne des révolutionnaires italiens, c'est le triomphe de la république, c'est avant tout l'expulsion des Autrichiens du sol de la patrie.