‹ La tribune moderne M. de ChateaubriandChapitre 14 sur 76 · I.A TftlBDîiE MODERNE · texte numérisé non relu

I.A TftlBDîiE MODERNE

trc du niinislrc de l’intérieur Lucien, dont la part avait été si grande dans le coup d’état récent du 18 hrumaire, il voulut ménager à SI. de Chateaubriand ces deux protections puissantes. Il le mena plusieurs fois à la campagne ' du ministre, au château de Plessis, près Scnii.s; et, sans le mettre peut-être dans la coulidence de tout ce (|u'il ciitre\oyait des desseins ilii nouveau Pouvoir, il voulait, par airection, attacher le jeune écrivain à la fortune illimitée (le cette Dictature, par laquelle il se sentait saisi et enveloppé lui-même.

Une des causes, ou plut(H le prétexte ostensible de ces assiduités était la radiation du nom de Chateaubriand de la liste des émigrù. Mais cette affaire, désormais très-facile par l’éclat de renommée, qui remplaçait riiiC(j<y;ii/o ou le pseudonyme du jeune voyageur, n’était, pour Lucien et pour sa sœur, qu’une occasion piijuante d'accueillir, d'écouter et de montrer, dans leurs salons, l'auteur i\' Alain.

On peut le croire encore, avec cette première et attentive sagacité du Consul à ménager les opinions des partis et à frapper l’imagination de la foule, à épier les talents, à s’approprier toutes les gloires, son calcul habile devait pressentir un instrument utile dans le brillant écrivain panégyriste de l’autel et même du Intne, anti-jacobin, adorateur des souvenirs et célébrant toutes les grandeurs, que la politi(|ue d'un chef nouveau voulait en partie rétablir.

On conçoit comment un ouvrage annoncé sur le Génie du Christianisme semblait venir naturellement s’associer à la paix religieuse, donnée par le Concordat, et à la restauration du culte proclamée par un général vainqueur. La dédicace du Génie du Christianisme au pre-

H. DË ClUTËAUBRIANU.

mier Consul fut néj'ocicu dès lors; cl M. de Fontancs, dans sa naïve aniilié, se vantait d’avoir bien Iravaillé à celle alliance qui innnqiin, dit-il, par la faute des deux parties contractantes. File ne manqua pas tout à fait, comme nous allons le voir; mais elle ne fut pas ce qu'aurait voulu l'impérieux Consul. M. de Cliateaubriand admirait son génie, plus qu'il n'était rallié à son pouvoir. Fn religion, disuil-il à M. de Fontancs, je suis pajiiste; mais, en jiolitique, je reste augUcan ; et bien des mots expressifs marquaient déjà sa préférence invariable pour un gouvernement légal, et ce qu’il redoutait de ce Pouvoir absolu invoqué par tant d'autres.

li 'ouvrage s'acbevail cependant, avec un renfort d’érudition un peu expéditive, que l'auteur, déjà plus mûr, voulait joindre à rai'deur ({u’il sentait en lui. Il lui semblait, qu'il ne pouvait relire assez de vieilles bisloires de monastères, et assez étudier ces institutions religieuses, qu’il éb.'vait si haut. Sun nouveau et spirituel ami, M. Joubert, riait de celle application et l'cn détournait, par l'assurance que ce n était pas cela qui toucherait le piihlic, et qu'au souvenir de voyage, un trait de passion, une belle pensée lui vaudrait bien plus de lecteurs que toute l’érudition des bénédictins.

Un autre conseiller, d’un "ordre fort difTérenl, quoique d’un esprit romanesque aussi , le ministre de l’inlérieiir, s’intéressait beaucoup à l’impression du Génie du Christianisme. Fa censure établie sur les journaux ne s’étendait pas encore de plein droit aux livres; elle ne les atteignait que par surveillance de police et menace préventive. Fc ministre, qui accueillait M. de Chateaubriand, désira voir les épreuves de son livre ; et il y mit fd et là des notes assez communes, dit l'auteur. Je le crois bien, s’il s’agit de goût littéraire. Ce qui préoccupait encore

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