I.A Tnini'NE MODEnNE
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Dans cft ordre de raisoiincincnl, ce n'csl pas la dictature de la foule, c'est la sublimité de la loi qui amène les liommcs à la vérité, dont elle établit graduellcmenl l’empire.
Quoi qu’il en soit, dans sa nouvelle vue du Christianisme, moins judicieuse et moins vraie ipie le langage cité par nous, M. de, Cliateauliriand allègue, en faveur de l’ancien plan de son ouvrage, qu’il ii’atirail pas été bien venu « à parler de lu libellé future descendant du Calvaire, a quand on était encore tout meurtri de l’excès de la lift berlé des passions. »
Cela était fondé sans doute. Mais, il n’en résulta |ias moins qu’au premier moment, le Génie du Christianisme plus éclatant de vives couleurs (pi’appuyé sur de sages et libres principes de droit public, llétrissanl avec raison les fureurs de l'anarcliie, mais ouiiliant les excès du pouvoir religieux ou civil, servit indirectement la Puissance qui s'accroissait sans bornes, sous prétexte de rassurer tout le monde, bientôt, il est vrai, celle Puissance, par les égarements même, où sa force illimitée l'entraina, n’en fut plus à SC eonlenler de tels suffrages, ni à soubaiter le concours de telle opinion. Mais, le talent de l’auteur et l'éclat du Turc n'en allaient |)as moins figurer, nn moment, paiâni tant d'illusions de gloire, qui décoraient le Consulat et ravanl-scènc de l'Empire.
Sans doute, ce n'était là ni le but de M. de Cbaleaiibi 'and, ni son dernier mol à Ini-méine. Dans une page de ce iivic, en cil'et, tout en paraissant reporter à la religion SI, .le les plus beureux progrès de la société civile et sa lilurlé, comme sa ]iolitessc, il nomme le système re|)résentatif, parmi les trois ou tpialrc grandes découvertes, qui onlcbangérèlaldu monde : c'èlail la doctrine, alors même.
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iiltii([uéc dans madame de SlaCd; c'jélail, comme nous le croyons, la vraie pensée dn pcinire éliupienl du clirisliaiiisine; c'élail âa signature , mais dans un coin dn lalileau, tandis que les vives coulenrs, les admirations, les regrets partout rép, indus dans l’ouvrage portaient les esprits en général vers le passé de I nncieMne monarcliie, ou semblaient les disposer aux splendeurs d'une monarcliie plus grande.
Cependant le succès du livre aux Tuileries, comme au faiibourg Saint-Germain, dans les salons de l'aristocratie nouvelle, comme chez le pauvre prêtre, ou chez le pauvre émigré, l’espèce de reconnaissance, ipii se mêlait à l’entliousinsme, marquèrent pour .^1. de Chateaubriand une de ccsé|)oques de faveur jiublique, bien rares dans les vies les plus illustres.
Cette faveur aecrut, on commença pour lui des liaisons nombreuses et parfois très-intimes, dans les rangs de l’ancienne noblesse française. Cette noblesse n’était pas tonte, on lésait, gagnée par des restitutions de bois contisqnés, lies grades militaires et d’antres faveurs : elle n'aspirait pa.s toute à de prochains honneurs, dans ces antichambres, (|ui bientôt allaient s’onvrir : clic comptait, dans ses rangs décimés, et à côté des personnes les plus tentées par l’espérance du servage de cour, (|ticlqiies caractères indépendants, lidèles au malheur, à l’amitié, et ne permettant pas tout à la puissance, et même à la gloire.
Dans cet ordre se plaçait d’abord, par l illustration personnelle, madame de StaCd, dont l'esprit piquant et généreux, la conversation trop écoutée avaient attiré déjà le mécontentement, et les impatientes rigueurs du premier Consul.
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Les louanges et l'amitié de cette femme célèbre ne manquèrent pas au premier grand succès de M. de Chateaubriand; cl, près d'elle, ou dans des cercles dilTèrenls, d'autres influences de femmes étaient plus favorables encore à l’auteur d'Atala. Il alliait donc, alors, à quelques amitiés sérieuses et toutes littéraires ces attachements du monde, qui ont parfois tant de puissance sur le talent. Du château de Champlatreux, où il animait de .son attention et de ses éloges l'esprit rare d’un très-jeune représentant du nom de Molé, il allait passer des jours de travail et de rêverie à Fervaques, chez madame de Custine; puis, il visitait le château d'une autre dame de grand nom, qui se félicitait d'avoir, quelques aimées auparavant, converti ou plutôt séduit à Dieu M. de la Harpe, durant une captivité commune, dans les cachots de la Terreur.
De ces admiratrices et de ces amies, la plus chère au grand écrivain si'inhlait être celle qui, dans la société de M. Jouhert, avait coinm la première les belles pages du Génie du Clirisliauisme, madame de Beaumont, la fille dernière survivante d'nn ancien et courageu.x ministre de Louis XVI. Libre, après de longs malheurs, éloignée du monde, par ses souvenirs, par les langueurs d'une sauté aussi frêle que son âme était délicate cl lière, madame de Beaumont n’existait plus que de la gloire de son ami, comme elle avait partagé l’anxiété de son dernier travail, à la veille du triomphe. Revenue à Paris, elle jouissait de ce Iriomphe, dans le cercle di.screl de quelques amis, M. de Fonlanes, M. Jouhert, M. de Chencdollé, d’autres hommes plus jeunes, mais d’un esprit sévère, admis à cette gracieuse intimité. Trop généreuse, pour passer, en politique, au parti du vainqueur, madame de Beaumoiil restait fidèle, comme elle le disait, à toutes
M. DE ClIATEAUUnmD.
les douleurs cl au martyre Je sa famille. Sou doux et fier ascendant était le premier obstacle qui eût arrêté M. de Chateaubriand, dans la route, où l'attiraient d'autres amitiés.
Parmi les diversions et les succès du monde, M. de Chateaubriand semblait appelé cependant à une vie plus sérieuse, non-seulement par le caractère de l’ouvrage qui faisait sa gloire récente, mais par (pielqucsincidentsdomesliques. Madame de Chateaubriand, si longtemps éloignée de lui par son exil d'abord, par des difticultés de fortune, put-être aussi, par une froideur mutuelle, songeait à revenir, près de lui, au bruit de sa gloire, et, comme elle le disait finement, sur le titre de son livre. Femme d’un esprit original et inllcxible, admirant son mari, mais ne l’approuvant presque sur rien, elle n'était pas sans ambition pour lui, et eut secondé en cela M. de Fonlanes. Entre ces iniluences diverses, M. de (dialeaubriand, tout solitaire qu’il était, ne fuyait pas les Puis.sanccs du jour; et, par exemple, dans une fêle donnée [)ar Lucien, ministre de l’intérieur, après l’adoption des articles organiques du Concordat par le Corps législatif, il était au nombre des invités, évidemment, pour être présenté au premier Consul.
Celui-ci, objet de tant d’hommages, et dont le moindre coup d’reil était si fort envié de toutes les ambitions, chercha de lui-même M. de Chateaubriand, dans la foule; et, l’abordant tout à coup, comme s’il l'eùt connu déjà, sans autre intermédiaire qu’une communauté d’idées qui leur étaient également familières à tous deux ; « Quand j'étais « en Égypte, lui dit-il, j'étais frappé de voir dans le désert « les Cheiks s’agenouillant, pour adorer quelque chose « dans l’Orient. C’est partout l’instinct ilc l’homme, parce O que c’est la vérité ; cl voilà ce que n’ont pas compris les
IJI TRIBUXE MODERNE.
« idéologues, Dupuis et les autres qui croyaient, qu'on « peut se passer de Dieu. »
Rien, sans doute, de plus flatteur pour le peintre du Genie du Christiau'wnc que celte réfle.vion suscitée par sa seule présence. Il resta muet cependant, à ces paroles et à quel(pies autres moins expressives dans le meme sens ; et il ne prit part à reniretien que par l'impression, qu’il liariit éprouver du regard, du sourire cl de l'approbation du premier l.'onsul.
Rien longtemps après, il a lui-même commenté ce souvenir, peut-être avec plus d'orgueil que de vérité. En rappelant que le succès du Génie dn Christianisme avait frappé l’e.spril de iNapoléon, au lieu de s’arrêter à l'idée si naturelle du concours utile, que le politique signataire du Concordat devait trouver dans le succès de ce livre, il a mieux aimé voir dans cet incident un rapport d'imagination et une sympalliic de talent. « Napoléon, dit il à ce sujet, n’eùl pas etc ce qu'il était, si la muse ii'eùt été là. La raison accomplissait les idées du poète. »
iM. de Chateaubriand, calmé dans sa haine contre l'Empire, et devenu favorable à certaines théories sociales et littéraires, n’est pas ici plus prés de la vérité que lorsqu’il reprochait, dans un autre temps, à Napoléon le goût île la basse littérature cl de Vécrivasseric. , l’aime mieux cependant l'exagération admiralive, même avec un retour sur soi niéme, que la délraction cl l'injure.
Quoiqu'il en soit, l'entrevue avait pleinement réussi. Madame Racciochi et M. de Eonlan''s répétèrent que le premier Consul avait été charmé de la conversation de M. de Chateaubriand. Pareil jugement alors était fortune faite. Une occasion se présentait d’ailleurs; le premier Consul, un couronnement du Concordat, venait de nommer à
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l’anibassiidc de Home son onde, déjà Cardinal cl arclicvèqnc de Lyon. Cet ecclésiastique, fort détaclié de sa |irofession, durant nos grands troubles civils, cniployé même alors dans l'admini-stration militaire des vivres, et sans «Imite, entraîné à bien des choses par la licence du temps, avait gardé toutefois, ou retrouva hienti'itcc fond d'habitudes et de pensées religieuses, qui lui rendit même, sans «me édillante sévérité de mœurs, un zèle ardent pour l'Kglise.
Pi •ès de ce Cardinal ambassadeur, que son |)uissant neveu morigénait par des recommandations de bienséance assez minutieuses, il parut convenable de placer un premier secrétaire versé dans les lettres ebrétiennes, habile, élüipient. Les emplois publics ne se refusaient pas alors; et l'hésitation de M. de Chateaubriand, s’il en eut, ne fut pas longue, ün employa cependant pour la vaincre, l’influence de M. l’abbé Krncry, supérieur de Saint-Sulpicc, prêtre savant et sincère, le même qui plus lard montra tant de caractère et d’intrépidité d’esprit, pour la juste défense des droits du pape.
M. de (ibateaiibriand, tout en alléguant celte intervention de l’abbé Lmcry, donne dans ses Mémoires, pour cause décisive de son acceptation, le désir de conduire eu Italie son amie, madame delteaumonl, dont la poitrine était menacée. Je me sacrifiai, dit-il, à l'espoir île In sanl'er .Mieux vaudrait l’aveu de ce motif, s’il était parfaitement vrai, qu’une affectation de pieuse déférence; mais, dans la réalité, mjilgré (]uel(|ues défiances et quelques regrets suscités par d'autres amis, cette mission, jiréparée par M. de Fontancs, plaisait au jeune et illustre écri-
’ Hemoiret d'Ontrc-Jomlc, l. II, p. üOi).
U TRIEUSE MODERNE.
vain, qui ii'on prévoyait pas les prochaines anieitnmes. Il accepta, dans l’e.spoir exagéré de services immédiats à rendre à l'Kglisc cl d’une destination plus haute pour luimême; et, renonçant à voir madame de rdialeaubriand, qui restait en Bretagne, il prit la roule de l’Italie.