‹ La tribune moderne M. de ChateaubriandChapitre 25 sur 76 · I.A TniRLNE MODER>E · texte numérisé non relu

I.A TniRLNE MODER>E

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inquiéliides, «les liaiiies trime l'oule tl individus caehés dans un grand peuple. L’alinsdéinesurédela Conscriptinu, la dureté du (louvcrueinent, les cliaiices aventureuses, et Lienlùl les désastres trop certains de la guerre de Iliissie eut retenaient ce malaise politique et ce péril interne, tpie révéla tout à coup l’audacieuse entreprise et l'insolent demi-triomphe du général .Mallet.

A côté de cette explosion isolée de quelques Ames plus fortes, et dans l’immobilité docile des classc.s populaires, la di.ssidencc presque muette de plusieurs hommes, de plusieurs familles de l’ancienue aristocratie était peu contagieu.se. Elle agissait cependant; elle inquiétait les indifférents; elle rapprochnil des intérêts longtemps divisés; elle s’armait contre A’apoléon de ce qui d’abord avait fait son prestige et sa force, le besoin de repos et de sécurité ; elle aigrissait contre lui les gens paisibles, et jusque dans le rang des hautes fortunes entraînées à la suite de l’Empire, elle faisait |iénélrcr la prévoyance, ou même le désir d’un changement qui laissât debout ()iiclque chose de ce que Napoléon avait créé, mais de ce qu’il semblait prêt à précipiter avec lui et à perdre entièrement.

l’ar .ses relations de monde élégant, par sa célébrité, par sa passion, M. de Chateaubriand se trouva fort engagé dans ce jiarti, que grossissaient les malheurs et les fautes des dernières années de l’Empire. On comptait sur lui, d’après scs livres, sa vie entière, sa disgrâce actuelle. Il était, à l’intérieur, ce que madame de Staél était, au dehors, l'image d’une protestation vivante contre l’ahus de la Dictature et l’oiipression de la pensée. Il avait de plus qu’elle un nom cher au parti religieux, dont la captivité du Pape entretenait l'hostile mécontentement. Du reste, il n’écrivait jilus pour la presse; il semblait avoir pris congé

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M. UE CIlATEAL'BniAND. i'Jl

du public par celle modeste et noble plirnse qui lerminc V Itinéraire : « Dans tous les cas, j’ai assez écrit si mon « nom doit vivre; beaucoup trop, s'il doit mourir. »

L’ordre verbal qui, en 1813, l’éloigna quelque temps de Paris, celte espèce de relégalion à Dieppe, qui lui fut conseillée i)lulôt que prescrite, ne dut pas le ramener à des éludes trop insuflisantes pour occuper son âme, dans la crise violente de la France et de l’Europe. Il a pu, comme il l’indique plus lard, loucher alors à quelques parties de ses Mémoires commencés. Mais, nul doute que son esprit ne fût tendu tout entier vers un autre objet, et trop agité du présent, pour en être distrait par une application lointaine. Les trois dernières années de l’Empire furent nn tenq)s de douloureux et stérile travail pour les intelligences capables de réllexion. Que chacun aujourd’hui le sache bien! que les nobles illusions de riiisloirc, sur documents odiciels et à grands tableaux militaires, ne cachent point, pour nous, le vrai de la vie humaine I Dans ce temps, la grandciirétaitcncoreàla surface; la souffrance etrangoisse étaient partout, à l’intérieur. Pour en avoir l’idée, il suffisait d’approcher certains représentants du i)assé, ou de l’avenir, dans les rangs les plus divers, M. .Sieyès, le prince de Talleyrand, M. de Marbois, le général Lafayette, un député comme M. Raynouard, M. Lainé ou M. Maine de Biran, nn sénateur tel que M. de Tracy, M. Lanjuinais ou M. Lambrecbt, plus il’un général enfin comblé d’honneurs et fatigué de la guerre.

Evidemment, une crise mortelle avançait, à grands pas, plus puissante que le génie d’un homme : et, après que ccl homme, à force de tenter la loterie de la guerre, avait mis souvent contre lui les chances défavorables, l’épreuve continuée amenait, cette fois, la nécessité mathématique

U TRIBI.NK MODERNE.

de la défaite par l’épuisemcnl des ressources, par la contagion dn découragement, le nombre croissant des ennemis, les calculs personnels de défection, l’âpreté des espérances et la coalition des haines, alliance plus fidèle qu’aucune autre.

La raison, comme la passion de M. de Chateaubriand, sentit de bonne heure cette vérité. Il vit gro.'sir chaque jour le faix amoncelé sur l'Empire. Le même pressentiment appartenait alors à bien d’autres : et un effort de génie guerrier, l’accident d’une grande victoire, n’aurait pas suffi, pour le démentir et le réduire à néant. Pareille conséquence n’aurait pu résulter que d’une cause morale, d’une révolution de volonté plus inouïe, plus invraisemblable que toute catastrophe matérielle. Bien que Napoléon, dans ses vicissitudes de 181ô, ait pu, ce semble, arrêter à un point fixe la roue de la fortune et traiter du maintien de son Empire, à moitié chemin de sa ruine, il ne devait pas faire ce qui semblait alors si tentant et si facile pour lui; il ne le devait pas, parce que cela était contre sa nature, je dirai presque, contre sa raison. Pendant les éclaii-s de prospérité qui lui revinrent, à celte époque, les causes de sa chute allaient toujours croissant; et les revers, plus grands à la suite de ces courts succès, lui commandaient des sacrifices qui rendaient la paix impossible ou trop suspecte, pour être ratifiée de ceux mêmes qui l’offraient. Telles furent les conjectures, les inductions fatales cl vraies, ne disons pas les espérances, dont M. de Chateaubriand s’entretint, durant deux ans.

Le 12 janvier 1815, un sénalus-consulte avait livré à Napoléon une nouvelle recrue de deux cent cinquante mille hommes, pris sur le demeurant des années antérieures, et offrant, pour la guerre, une masse plus virile et

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M. ÜE CUATEAtBRIAM).

plus mûre que la jeune conscriplioii de l'aniiée courante. Dans les mois qui suivirent, du !2 mai aux 18 et 19 octobre, de la victoire sanglante de Lutzeii aux ruineuses défaites de Leipsick, ce nouvel enjeu était en partie détruit. Napoléon était revenu de l'Allemagne, comme de la Russie, de l'Elster, comme de la Bérésin.i ; et, le 19 décembre 1815, le Corps législatif asservi, depuis tant d’années, consulté cette fois sur la question de la paix ou de la guerre, et appelé à connaître des négociations commencées, entendait sa Commission déléguée pour cet examen déclarer : « Que les moyens de paix auraient des a effets assurés, si les Français étaient convaincus que leur « sang ne serait versé que pour défendre une patrie et des « lois protectrices ; que Fa Majesté doit être suppliée de « maintenir l'entière et constante exécution des lois, qui « garantissent aux Français les droits de la liberté, de la « sûreté, de la propriété, et à la nation le libre exercice « de ses droits politiques. »

On sait comment celte première voix libre, depuis dix ans, fut aussitôt étouffée, le Corps législatif ajourné par un décret du 31 décembre, et les membres de la Commission, MM. Lainé, Raynoiiard, Gallois, Maine de Riran, Flaugergues, signalés comme factieux et traîtres pni-FFmpereur lui-même, à sa réception solennelle du V’ janvier 1814.

C’étaient là de graves cl formidables symptômes de l’ébranlement de l’Empire. A la perle des conquêtes lointaines, aux défaites du dehors, à l’animosité croissante des agresseurs, à la révolte des alliés apparents, à l'épuisement des forces nationales, à l'invasion commencée, à la limite du Rhin franchie, au passage de la Suisse forcé se joignait un signe inouï jusqu’alors, une plainte, une

IJl TIIIBINE MüDEHNE

()rolcstatioii, un rap|id du droit des citoyens cl de la liliertc promise à la nation. — Mais, a-l-on dit : le moment était mal choisi ; et Napoléon affecta justement de flétrir du nom de lâcheté celte réclamation, qui s'élevait, à la suite de ses malheurs, et semblait profiler du ses périls.

La réponse était dans les choses même. Ce n'élail point la plainte qui suscitait le péril ; et satisfaite, elle jiouvail lu détourner. Les étrangers, ceux qui s'étaient armés, alin de nous repousser de leur territoire , stipulaient au.s.si des libertés intérieures et civiles, pour prix de leur courage, et se proposaient un double but de leurs efforts. La France, dans la résistance désespérée, que lui demandait son chef, avait Lien droit aux mêmes égards. L'histoire a prouvé d'ailleurs qu'une concession aux vœux des peuples, ou, pour mieux dire, qu'une reconnaissance de leurs droits ne s'obtient pas d'un maître, dans son orgueil et sa toute-puissance, (ju'ellc a été parfois une transaction de la nécessité, un calcul de l'ambition, jamais un don gratuit et spontané du Pouvoir arbitraire.

La réclamation faite, en ce moment, était donc aussi raisonnable en soi que d’accord avec le vœu public. Fn la rejetant avec mépi'is et menace, en ne voulant avoir recours qu’aux armes, en se vantant tpie la France avait plus besoin de lui qu'il n lirait besoin d elle, Napoléon hâtait le dénonment fatal et l'annonçait ini-méme; car, il avait brisé ce talisman de domination et de silence, qui semblait confondre la puissance du Souverain avec la vie même de la P'rance, et mesurer la durée de l'une sur la force presque inépuisable de l’autre. Maintenant, le divorce était prévu ; la séparation des intérêts éclatait à tous les yeux ; et avec elle, se multi|)liaient les chances d'aiïaiblissemenl et de ruine.

M, DK CIIATKAUBRIAND.

Déjà étail t'orl sensible le inéconlenleme.nl du parti religieux gagné d'ubord à l'Empire, lui concédant volontiers le Pouvoir absolu, admirant ses conquêtes, et les saluant même, comme providentielles et mérilt*es, dans l’abaissement de la Prusse protestante et philosophe. Ce même parti iic pouvait admettre sans protestation, ou du moins, sans un blâme secret, les persécutions anticatholiques, le séquestre de Rome, la captivité du Pape et des Cardinaux, l'oppression du Concile de Paris, et le Concordat surpris ou arraché, dans Fontainebleau, A cet ordre d’opinions se rapportaient bien d’humbles prières, bien d’obscurs, de pieux dévouements; là s’adressait l’anathème pontifical lancé contre Napoléon, la bulle supprimée par la police et punie par la rude expulsion du Conseiller d'Etat, directeur des cultes. C’était une dernière et timide opposition, qui gardait grande puissance et devenait prophétique.

L’injuste détention du Pape donnait raison à la Sentence (|u’il avait osé prononcer. Sa délivrance inopinée devait bientêt paraître le commencement même de l’anathème accompli. Maintenant à cette résistance secrète du clergé, des âmes pieuses et généralement des esprits honnêtes et paisibles, se joignait le réveil d'un parti constitutionnel, d'une classe d’bommes de Fortuiic aisée, d’esprit cultivé, sans passions révolutionnaires, sans théories démocratiques, mais aspirant au règne des lois et à quelques garanties de liberté publique. Commune aux professions libérales, à la science et aux lettres, au barreau, à une grande partie de la magistrature, à la banque, à l’ordre le plus élevé du commerce, cette opinion s’étendait chaque jour; et elle s’aigrissait à la fois par les malheurs publics et par certaines iniquités dn pouvoir.

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D'autre part, des nums illustres, de grandes rurtuiu-s demeurées presque intactes, qui s'étaient tenues loin de l'Empire, ou ne lui avaient payé que le tribut de sang imposé par la formation des gardes d'honneur, se rapprochaient des diverses classes de mécontents, qu'on voyait grossir en France. Chose singulière et vraie! cette disposition trouvait plus d'un assentiment et d'un appui, jusque dans de hauts emplois de radminislralion et de la Cour. La déliance de l'avenir, le reproche amer des fautes commises, ces pronostics de malheurs iimniiienis, qui préparent la défection, en y donnant préle.xle, devenaient plus fréquents, et plus libres. Jamais la rignciir de la police n'avait été moins active qu’au moment, où elle aurait <mi le plus à faire.

Devenu sans obstacle de son c.vil arbitraire à Dieppe, M. de Chateaubriand, par sa disgrâce non moins connue que son génie, était un centre et un lien pour beaucoup de ces haines d’origines diverses, que rencontrait l'Empire, à son déclin. Vers lui avaient abouti quelques coiilidenecs du Clergé de Paris, dissident d'un Archevêque intrus et servile, quelques communications des Cardinaux exilés, quelques avis même de ce qui se passait à Fontainebleau et de ce qui se préparait en Italie. M. de (.'hateaubriand avait connu de bonne heure le désaveu, par lequel le Pape, rétractant le Concordat forcé cl indûment publié de 1813, n'en obligea pas moins son oppresseur à linirsa captivité, et à lui rendre Rome, qui nous échappait.

Par d’autres points, il louchait à ce qu'il y avait de libres caractères, dans la Chambre des députés. El enfin, sa gloire, le prestige de séduction, qui entourait son nom, lui avaient valu, dans le monde le plus brillant d’alors, plus d'une influence ignorée cl d'une révélation nii ieusc sur

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