VI. DK nilATEAUBniANÜ
li!s prodigieux événemenls, que cachait encore la fuinéc (lu champ de hataille.
Ce fut au milieu de ces anxiétiss obscures, qu'à la fin de 1813 et dans les premiers mois de 1814, li.\é à Paris, l'ue de Rivoli, à quelipies pas de ce Sctuctuairc du Pouvoir violé tant de fois, M. de Chateaubriand, incapable d'une autre occupation, d'une autre pensée que la nouvelle de chaque jour et l'aUentc du lendemain, tut conduit à préparer le célèbre écrit, le pamphlet implaeable, dont il frappa l'Empereur, dans sa chute. I.ui-méme, seul témoin sur l'origine de cet écrit, il n'indique nulle part ipiand il le commença; mais, on ne peut douter que, dans le cours de' celte œuvre de haine, dans les interruptions et les reprises de ce dangereux travail, il n'ait suivi les vicissitudes de celle campagne de France, qu'il a signalée, vingt-cinq ans plus tard, comme un des prodiges de la lactique de Napoléon. Alors, il n'y voyait qu'une agonie désastreuse pour la Fcance; et, dans la prévoyance du terme, il se préparait à publier, le lendemain de la victnire i'trangère, un anathème au Pouvoir vaincu, un acte
d'accusation contre ses fautes et ses malheurs, une con-
solation de nos revers, un ap|)d aux principes de Droit ])ublic, (jui pouvait les couvrir et les réparer.
F^a hardiesse momenlan(''e de ce travail , les transes d'impiiétude, ressenties près de l’anteur, sont ici peu de chose comparées à la responsabilité meme de l'écrit, sous le point de vue moral. Cicéron écrivant et publiant, meme sans l’avoir prononcée, sa stxonde PhilijiinqHe contre Antoine, était, l'événement le prouva, bien plus téméraire que l'auteur de la brochure de Buonaparte et des Bourbons. I.ecourageiix Consulaire attaquait une puissance bien moins détruite, un ennemi bien moins aliattu, (pii, demain,
l.\ TRIBI NF, MOliERNE.
pouvait frapper avec le glaive du Triumvirat. Mais laissant de côté ce qui n'est pas analogue en principe, et ne se ressemble point par le dénuiiment, il reste encore pour l’opinion équitable et pour l’avenir, la question même du degré do blâme, ou d’excuse, qui doit s’attacher à l’acte diversement jugé de l’écrivain fraiH'iis.
Ici, ou doit le reconnaître, l’invective élocpiente, datée du âO mars 1814, la veille de l’abandon officiel de Paris laissé, sans secours, à l’invasion étrangère, cette invc*ctive publiée quelques jours plus lard, après de grandes défections militaires cl des actes de divorce |>oliliquc émanés du Sénat même de l’Kmpirc, ne peut cire considérée comme le manifeste d’un complot anti-national. Elle ne tendait pas à désarmer la défense, alors que la défense eût été possible, et qu’elle n’avait j)as encore été désespérée par celui-là même, auquel on s’immolait. Elle n’était pas le cri de sauve qui peut, sur un champ de bataille encore défendu. Préparée d’avance, elle venait seulement après la défaite et l’abdication du chef, pour prévenir les luttes stériles, les divisions fatales, et l'anarcliic dans la ruine. Elle incriminait, non sans excès, mais à bon droit, le despotisme brisé par la seule puissance «[u’il eût jamais rcconmic, la force matérielle. En dénonçant avec passion ces failles, elleservait à lui ôter un dernier prestige, qui ne pouvait que faire des victimes aveugles, et non plus susciter d’utile.s défenseiii-s. Eu séparant désormais du Monarque vaincu cl déchu la nation mallioiireiisement envaliie, elle prévenait, elle arrêtait du moins le flot même de celte invasion; elle ramenait l’idée du droit, la puissance naturelle d’un principe, au milieu du décliaiiiemcnt de la guerre; et, danfi le mauvais succès des armes, elle ménageait pour nous un prétexte à la réconciliai ion et