‹ La tribune moderne M. de ChateaubriandChapitre 27 sur 76 · II. UE CIIATI AURIIIAMI · texte numérisé non relu

II. UE CIIATI AURIIIAMI

une (ligiiilû moralt; u la paix. Il l'allait hieii (|u'il eu l'ùl ainsi, car ce véhément pamphlet de M. de Chateaubriand, publié dans les premiers jours d’avril, eut le plus grand ell'et, la plus rapide influence, «pi'aucun écrit ail exercée, eu France, depuis 1789. Je ne dirai pas qu'il aida les vainqueurs ; ce serait le diiïamer et le maudire ; je dirai qu'il coidirma la chute irréparable du Pouvoir vaincu, qu'il diminua le nombre, ou les regrets de ses partisans, concourut au ralliement des esprits, dans l'intérêt des lois et de la patrie, prévint des maux partiels et îles tentatives isolées, dont se serait accru le malaise général. Cette autorité d’iiiie parole éloquente et d’un appel aux sentiments généreux, dans une grande crise publique, fut bien mari|iiée par le mot de Louis XVII I, disant que, pour sa « cause, la broclimr de Chateaubriand avait mieux valu « qu'une armée. »

Sans doute, sur Napoléon même, il s’y rencontrait des choses fabuleuses, populairement exagérées, des vengeances de l’opinion trompée et des réprésailles du malheur contre le génie vaincu. Mais l'ouvrage n'avait rien que de juste et d'exemplaire dans le blâme réfléchi, dont il poursuivait le Despolisme, ses abus naturels, ses fautes inévitables, l’aveuglement de son égoïsme, et sa ruine amenée par lui-méme. L’ouvrage n'avait rien que de national, dans l'hommage qu'il rendait aux armées françaises dans la part d’honneur irréprochable (|u’il leur faisait, aux plus mauvais temps même de la Terreur, et la gloire méritée qu'il leur attribuait, dans les succès et jusque dans les défaites de l'Empire. Cette déclaration ardente était plus |>atriotii|ue encore, dans le vœu qu’elle exprimait, pour un retour à des principes, de|)uis trop longtemps, sacrifiés alors, et pour l'établissement durable

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U TRIBLSE MODEHM:.

(l’ullu libel le lanl Je fuis promise el si chèrement achetée.

Ne l'ouhlions pas (et des témoignages sans nombre en sont la preuve aulhcnlii|uc), ce que l’écrit de M. de Chateaubriand reiircrmait de plus accusateur et de plus amer sur la dureté de l'Empire, le ravage annuel et les reprises croissantes de la Conscription, les tyrannies locales et l'oppression publique n'escédaient en rien le grief et la plainte de la France, à cette époque. La brochure passionnée de Buonaparte et des Bourbons n'était pas plus violente que le livre de l'Esprit de Conquête et d'Usurpalion, publié au dehors cl réimprimé, deux mois après, à Paris, par benjamin Constant. C’était le soufOe de la même colère, la révolte du même sentiment moral, le inêinc instinct de haine civique contre l’excès du Despolisinc militaire, le même appel aux luis et à la liberté, après l’abus de la Conquête el du Pouvoir absolu.

Seuleincnl, pour la majorité des Français, à cette fatigue de l’Empire el de la guerre perpétuelle il ne se mêlait d’abord aucun souvenir bien distinct, aucun souhait formel. Tant d’années de révolutions, de conquêtes el il’asrendant glorieux du nom Français avaient ciïacé de la mémoire ce qui était tombé en 178!) : cl, à l’idée confuse, qui en restait, on pouvait même facilement associer plus lie répugnances que d’impressions amies. Recommandable, aux yeux de quelques esprits sages, comme expression du droit el de la transmission régulière du Pouvoir, le mol de lêtjUimité choquait par un autre côté l’esprit de la foule, réveillait plus d’une prévention, ou faisait craindre plus d’un abus des vieux temps. Sur ce |>oint, M. de Chateaubriand ne se déGa point assez des écueils attachés à sa cause. Une ardeur de parti cl d'imagination outra scs paroles, el peut-être aussi son espérance d’un

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lacilo h'iuniplie pour la Restauralion appuyée sur la Cliai'te. N'oublions pas cependant que, sinon le même vœu, du moins la même probabiliU'! se présentait alors à des esprits bien opposés, dans des rangs bien divers. Un antagoniste trop implacalilc de l’ancienne royauté, un de ccuA qui l’avaient combattue jusque et au delà l'éclial'aud de Louis XVI, Uarnot, écrivait, en 1814, cet aveu mémorable : « Au retour des Bourbons, la joie fut univer- « selle : il n’y eut (]u’une opinion, qu’un sentiment. Iæs « anciens républicains, particulièrement opprimés, ap- « plaudircnt rrancliemeut à la Beslauralion. » Le zèle de .M. de Chateaubriand pour les l’iombons pouvait accepter ce témoignage; mais, il ne devait pas en abuser; et il devait craindre, au contraire, que cette impression, née du mécontentement excité par l’Empire, ne s’affaiblit liientùt et ne fit place à des souvenirs et à des intérêts tout contraires.

On sait quel libre mouvement, quel concours national avait, au premier aspect accueilli la restauration des Stuarts en Angleterre. La lutte intérieure contre eux Il en reparut pas moins, s’accroissant par leurs fautes, et victorieu.seà la (in, par leur ex|iulsion. Rien de plus inévitable que cette résurredion opiniâtre des partis, celte inquiétude hostile qui succède pour eux à la confiance et au désarmement, celle défense agressive qui suit la soumission. D’autre part, (ouïe Reslauralioii monarchique ne peut manquer d’avoir sa fatalité de fautes et d’imprudences. Ce qui forme son tilre est aussi son péril. Ce qu’elle prétend de privil<fijes la rend suspecte ; ce qu’elle accorde de garanties devient une arme conire elle. Une grande force de caractère et d’esprit politique pourrait seule résoudre ce dilTicile problème.

U TRIEUSE HUDERNi:

M (le Clialeaubri.ind le conçut sans doiilo; et il on marquait avec franchise plus d'un point diflicilc, dans son puissant écrit de 1814. Mais, souvent chez lui la passion, ou plutôt l'alTeclation de Vl^migvê, dominait la raison du publiciste. Malgré quelques vues généreuses et en mémo temps habiles, malgré cet art du langage, dont il savait parfois flatter même les passions ennemies de sa cause, il eut, en 1814, bien plus de talent que do prévoyance. Si, dans le premier moment, .sa noble et vive parole gagna beaucoup d'esprits honnêtes, désarma quelques préventions et décora ce qu’on avait besoin de laire eonnailrc, s'il eut raison .surtout d'établir, dès l’abord, la nécessité de la Charte, et de réclamer, à côté du droit ancien, l’ordre nouveau, bien des exagérations de langage venaient, dans ses écrits, donner prétexte à la calomnie et à la défiance, ces deux écueils d'un pouvoir mal affermi.

Il était bien d'honorer les restes de Louis XVI, tout en se gardant d'imiter les vengeances de la Restauration anglaise contre les juges de Charles 1"; il était juste et impérieusement politique de maintenir les ventes nationales, tout en rendant aux familles déshéritées les portions de biens non vendues; il était sage, enfin, si on donnait à la Religion catholique le titre de religion de l’Llat, de ne changer rien, d'ailleurs, aux droits des autres cultes et à la tolérance civile. L'éloquent publiciste do In Restauration, en 1814, ne remplit qu'à demi cette (ouvre diflicilc. D’un côté, il rassurait trop; de l’autre, il irritait souvent. Plaider longuement, comme il a fait, au mois de février 181”), pour l'excommunication des comédiens, approuver M. le curé de Saint-Roch excluant, à grand bruit, de son église le cercueil d’une actrice célèbre, c’était faiblement servir le Pouvoir, si près alors d’un grand péril.

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Je fus, je l'ilvoiip, bien plus frappé, quelques semaines plus tard, (le l’observation de cel Anglais qui, d'un coin de la rue des Pyramides, où il se tenait avec moi, ayant vu tonte une armée d’habits noirs avec bien des jeunes fcwrtes d’officiers en demi-solde, puis, une foule de peuple encombrer la rue Saint-Honoré, forcer les portes de l’église, y porter le corps de mademoiselle Raucourt, et de là, remonter, par masses immenses, les boulevards jusqu’au Pùre-I.acbaise, m’avait dit ; « Mais regardez donc, mon cher; c’est là une « réiiélilion de révolution, et, à la porte du château des « Tuileries. Avec un chef, il ne faudrait que celte émeute « pour changer votre gouvernement. »

Le chef n’était pas loin, (l’était le détr(iné de 1814, encore Empereur à l'île d’Elbe ; et, à part même l’action toute puissante de la force militaire, la remarque de ce voyageur étranger mérite encore d’être accueillie, dans l’examen des causes politiques du ‘iO mars. Sans doute, parmi ces causes, entrait pour beaucoup l’inexpérience, ou même la rare incapacité de quelques-uns des hommes cpii formaient le ministère de la monarchie restaurée. M. deChaleaubriand, nous le croyons bien, sentait vivement cette incapacité, quoiqu'il ne l’eût alors attaquée nulle part dans ses écrits. Il se .serait volontiers offert, pour y suppléer. Mais l’esprit de Louis XVIII, par scs (|ualités, et aussi peut-être par quelques défauts, avait peu de goût pour le talent de M. de Chateaubriand. Il acceptait .son zèle; il l’on félicitait même; il en aimait assez peu la forme. La plus haute faveur qu’il crut, en 1814, devoir accorder à M. de Chateaubriand fut de le nommer à la Pairie ; puis, dans les derniers moments de la première Restauration, sur les instances réitérées de la duchesse de Duras, il l’avait désigné pour l’ambassade de Stockolm,

dan.s le désir à la fois de le satisfaire et de l’éloigner. Mais le vent de feu était déjà levé à l'horizon, sur la côte de la Méditerranée ; et bientôt, il n’y aurait plus place (|u’aiix délibérations confuses d’une politique an.x abois et à la fuite en commun vers l’exil.

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